LES ILES DE LERINS
Pour bien voir les îles, il faut consacrer au moins une journée à cette excursion. En général, on a soin d'emporter des provisions pour faire un repas sous l'ombrage des pins, au bord de quelque crique. Le patron du bateau de plaisance s'offre le plus souvent pour préparer la bouillabaisse classique. On peut aussi prendre son repas à l'auberge du fort Sainte- Marguerite. — Prix du bateau : 10 fr. — Lorsque le vent est favorable, on peut se rendre en 45 min. de Cannes à 111e Sainte-Marguerite, et en 1 heure à l'île Saint-Honorat.
Le groupe des îles de Lérins, situé au S. du cap de la Croisette, se compose de deux lies inégales en grandeur, mais symétriques de forme et Rallongeant parallèlement l'une à l'autre dans la direction de TE. à PO. L'Ile septentrionale, dont les rivages se dressent au N. 0. en falaises abruptes, est séparée du littoral de Cannes par un détroit de 1 kil. 1/2 de largeur, semé de roches entre lesquelles peuvent s'aventurer les navires d'un tirant d'eau de k à 5 mèt. Le mouillage du Frioul, qui se prolonge entre les deux lies, offre à peu près la même profondeur; sa largeur est de 700 mèt. environ. Quelques petits Ilots rocheux non habités complètent l'archipel. Un temple consacré à Lero, fameux pirate des âges héroïques , s'élevait sur la grande lie ; le nom du demi-dieu devint celui du groupe entier qui continue à s'appeler Lérins.
L'île Saint-Honorat, la plus éloignée, a seulement 3 kil. de circonférence. Une ligne d'écueils, portant le nom de Frères ou de Moines, la protègent au S. contre les vagues de la haute mer. Cette lie s'appelait Lerina (petit Lero) ou Planasia, lorsque saint Honorât vint s'y établir en 410, et y fonder un monastère longtemps célèbre pour la science et la sainteté de ses moines. Saint Hilaire, évôque d'Arles, saint Loup, évêque de Troyes,
DE TOULON A NICE
saint Eucher, évêque de Lyon, saint Vincent de Lérins, auteur du Commonitoriutn Pereyrini, saint Patrick, apôtre de l'Irlande, Salvien, surnommé le Jérémie de son siècle, et beaucoup d'autres, embrassèrent l'état monastique à Lérins. En 690, l'abbaye comptait 3700 moines. Jusqu'au xie s., l'Ile Saint-Honorat fut souvent ravagée par les pirates sarrasins, qui y mirent à mort cinq cents religieux en 725. La construction d'une tour de défense, en 1088, rendit leurs incursions moins fréquentes et moins dangereuses. Les Espagnols la possédèrent longtemps. Il n'y restait plus que quatre moines, lorsque l'abbaye fut sécularisée en 1788. L'Ile Saint-Honorat, après avoir appartenu depuis lors à divers propriétaires, a été achetée en 1858 par l'évêque de F réjus, qui y a installé une colonie de frères agriculteurs de l'ordre de Saint-François.
Autrefois, Plie Saint-Honorat était renommée pour la beauté de ses ombrages; aujourd'hui la partie médiane de l'Ile est cultivée; il ne reste de petits bosquets de pins maritimes qu'aux deux extrémités.
Une ferme a remplacé l'ancien monastère. A côté de la maison d'habitation s'élève l'ancienne église Saint-Honorat, restaurée en 1863. Les murs principaux de cette église datent du vne s., mais, reconstruits en partie au xie s., ils ont été souvent réparés depuis. Au-dessus de la porte actuelle on remarque un bas-relief en marbre blanc, divisé en sept compartiments (Jésus-Christ et les apôtres), dont « le travail et la composition dénotent un ouvrage contemporain des premiers siècles du christianisme. » A droite de l'église est le cloître, aux voûtes écrasées, sombre et sans art, auquel sont attenantes diverses parties de l'ancien monastère.
Le monument le plus pittoresque et, de beaucoup, le plus considérable de Lérins, est le château fort, que les religieux élevèrent (1073-1190) en partie sur d'anciennes constructions romaines, en partie sur le roc vif, pour se mettre à l'abri des attaques des Sarrasins et des pirates. Ce château, situé à 100 mèt. environ au S. de la ferme et de l'église, « n'est, à proprement parler, dit M. Mérimée, qu'un donjon de forme irrégulière, couronné de mâchicoulis et entouré, du côté de la terre, d'une muraille percée