CANNES. — ÎLE SAINT-HONORAT
de meurtrières qui dominent un chemin de ronde. Quelques bâtiments, entre autres une église pittoresque en ruine, se groupent dans cette enceinte et s'appuient au donjon. »
a Partout, ajoute M. Mérimée, une multitude d'escaliers dérobés, de corridors qui se croisent d'une manière bizarre, des souterrains communiquant aux étages supérieurs, donnent l'idée des châteaux d'Anne Radcliffe. Quelques chambres sont encore lambrissées dans le goût du xvni8 sM et plusieurs dessus de porte peints offrent des bergers et des bergères dans le style de Wat-
Ile Sainte-Marguerite.
teau, décoration qu'on ne s'attend guère à trouver chez des moines. »
On voyait autrefois dans Me, outre un certain nombre de cellules habitées par des cénobites, sept chapelles, dont deux sont encore assez bien conservées. La chapelle de la Suinte-Trinité semble antérieure à l'époque chrétienne et môme à la domination romaine. La chapelle de Saint-Sauveur a été récemment restaurée. Les autres sont des amas de ruines ou n'offrent aucun intérêt; mais on remarque, presque au centre de l'Ile, un puits d:eau vive recouvert d'une petite rotonde. Une inscription rappelle que Peau jaillit pour la première fois en cet endroit d'un rocher frappé par saint Honorât au nom de la sainte Trinité.
DE TOULON A NICE
Le donjon, les restes du monastère et ceux des diverses églises oq chapelles ont été classés parmi les monuments historiques.
L'ilot Saint-Ferréol, à TE. de Saint-Honorat, a pris son nom de l'un des moines massacrés par les Sarrasins en 725.
La grande île, appelée plus spécialement Lero par les anciens, a dû le nom de Sainte-Marguerite à une église qui y fut construite dans les premiers siècles du moyen âge. Plus haute et plus accidentée que Saint-Honorat, elle a de petites baies, un étang, un port; mais ce qui fait sa beauté, c'est la forêt de pins maritimes qui en ombrage toute la partie orientale. La circonférence de nie est d'environ 7 kilomètres.
Outre le temple du demi-dieu Lero, que saint Honorât fit démolir, il y avait autrefois dans cette lie une ville appelée Vergoanum, dont parle Pline, mais qui n'existait déjà plus de son temps. Plus tard, les Romains y établirent pour leurs flottes un arsenal dont il ne reste plus de traces. Après la fondation du monastère de Lérins dans Plie voisine, Saint-Marguerite devint le lieu de retraite des moines adonnés plus particulièrement à la vie contemplative. Les Espagnols et les Autrichiens en disputèrent successivement la possession à ia France. Aujourd'hui cette lie appartient tout entière à l'État, à l'exception du Grand-Jardin, qui est une propriété particulière.
Le fort, dont les remparts couronnent une falaise assez élevée, est un bâtiment très-peu intéressant par lui-môme, qui a servi plusieurs fois de prison d'État. Il a renfermé successivement Omer Talon; le personnage mystérieux connu seulement sous le nom de Masque de Fer; Lagrange-Chancel, l'auteur des Philippiques contre le Régent; M. de Broglie, évêque de Gand, sous le premier Empire, et, de 1841 à 1859, des prisonniers arabes. Actuellement ce fort n'est habité que par une faible garnison, a On montre encore la chambre où le Masque de Fer fut détenu pendant dix-sept ans, dit M. Mérimée (Notes d'un voyage dans le
Midi) ; elle est grande, voûtée et éclairée par une seule fenêtre
Le mur est d'une solidité extraordinaire, ayant près de 12 pieds (3 mèt. 50) d'épaisseur ; en outre, trois fortes grilles de fer garnissent la fenêtre et rendent impossible toute communication avec l'extérieur. Deux portes couvertes de clous et d'énormes
DE TOULON A NI'JE
barres de fer ne s'ouvraient que devant le gouverneur du château, et ce n'était que par les appartements de cet officier que Ton pouvait parvenir à la chambre du prisonnier. Un corridor étroit, muré k chaque extrémité, lui servait de promenade ; au fond on avait accommodé un petit autel où quelquefois un prêtre lui disait la messe. A côté de sa cellule, une autre renfermait son domestique qui, plus heureux que lui, mourut dans Plie après quelques années de détention, i
Le Grand- Jardin, le seul endroit de Pile qui soit cultivé, est situé à 1 kil. au S. E. du fort, sur la rive méridionale de l'Ile. Au milieu s'élève un édifice bizarre, qui date peut-être du xne s., peut-être du xvie s. C'est un bâtiment de forme carrée, surmonté d'une terrasse en plate-forme , et dont la destination est tout à fait inconnue. Un trou carré , d'environ 1 mèt. de diamètre sur 1 mèt. 50 cent, de profondeur, s'ouvre perpendiculairement sur la plate-forme, puis prend une direction oblique. Au rez-dechaussée est une salle décorée aux angles de k niches cintrées ; au bas de cha:une on remarque un trou de 2 cent, environ, qui communique avec l'extérieur. A quelques pas de ce bâtiment, un escalier taillé dans le roc conduit à une espèce de baignoire, surmontée d'une ouverture en forme de coupole.
Vdot rocheux de Tradelièr'e (autrefois Trans-Lero) s'élève à une petite distance à l'E. de la batterie de la Convention.