TONNERRE
De l'autre côté de la rivière, s'élève Vhôpital, dont la première pierre fut posée le 3 octobre 1848. Il a coûté 350 000 fr., c'est tout ce qu'on peut en dire. Après avoir longé la grille en fer qui permet de voir dans toute son étendue la façade blanche de ce vaste bâtiment, on passe devant une lourde façade duxvm6 s., on tourne à g. sous une arcade, on longe un corps de logis insignifiant, puis on aperçoit, à demi cachée par une double allée d'arbres, la grande salle des malades , fondée et bâtie vers l'année 1293 par Marguerite de Bourgogne, belle-sœur de
Eglise Saint-Pierre.
saint Louis , reine de Jérusalem, de Naples et de Sicile. Cette salle, du style ogival, est aujourd'hui la chapelle de l'hôpital. On y entre par une lourde porte de 1754. Sa longueur était de 100 mèt. On en remarque la largeur (18 mèt. 50 c.) et la hauteur, mais ce qui frappe surtout , dit M. Victor Petit, à qui j'emprunte ces détails, c'est le vide et la nudité des murailles. La chapelle ou abside établie à son extrémité et éclairée par cinq fenêtres ogivales du xme s. ( 1293) renferme plusieurs tombeaux. Au centre s'élève celui de Marguerite de Bourgogne, composé de
deux statues de marbre blanc: l'une de ces statues, à demi couchée ou assise, représente la fondatrice; l'autre , à demi nue, est, dit-on, une personnification de la Foi et de la Charité. Ce tombeau, qui date de 1826, est de M. Bridan. Il a coûté 23 000 fr., sans y comprendre le prix du marbre. Ce n'est pas une restauration, quoi qu'en dise l'inscription du piédestal : car l'ancien mausolée, transporté en 1793 de Tonnerre à Paris pour y être fondu, était en bronze.
Parmi les autres tombeaux de cette chapelle, nous citerons en première ligne celui de François-Michel le Tellier, marquis de Louvois. Il fut sculpté par deux artistes célèbres, Girardon et Desjardins. Placé d'abord dans l'église des Capucins de Paris, transporté ensuite par Alexandre Lenoir dans le Musée français, il a été, lors de la suppression de ce musée, rendu à la famille de Louvois et transporté à Tonnerre. Louvois est couché à demi. On remarque surtout, au point de vue de l'art, la tête et les étoffes. Cette statue, placée trop haut, est en outre mal éclairée. La statue en marbre blanc, agenouillée, représente YHistoire. Les deux autres, »en bronze, à dr. et à g. du socle, sont (droite) la Vigilance, par Desjardins, (gauche) la Sagesse, par Girardon, c les deux plus belles œuvres de bronze que possèdent les églises du département. »
A peu de distance du tombeau de Louvois, sur la g., un médaillon en marbre blanc représente de profil le marquis de Courtanvaux, mort en 1781, et inhumé dans la chapelle de l'hôpital, où son mausolée est resté jusqu'au mois d'août 1792. — La statue du maître-autel (la Vierge etTenfant Jésus) rappelle le style du xive s. — On peut aussi visiter à l'hôpital, dans une salle voûtée appelée la Revestière et qui semble dater du xive%s., un Calvaire composé de huit grandes statues en pierre (il y en avait dix dans le principe), et qui a été donné à l'hôpital en 1454 par un marchand de Tonnerre.
Le gnomon (instrument qui sert à mesurer la hauteur du soleil et à marquer les heures, en indiquant la longueur et la direction de l'ombre projetée), dont on voit des débris à l'hôpital de Tonnerre, fut établi en 1786-1788 par leR. P.dom Camille Ferouillat, savant religieux bénédictin du couvent de Saint-Michel.