‹ Itinéraire de Paris à la méditerranéeChapitre 36 sur 360 · STATION. - TONNERRE · texte numérisé non relu

STATION. - TONNERRE

13 kil. de Flogny. — 197 kil. de Paris. — 316 kil. de î.yon.

Voitures de correspondance pour : — Chablis (15 kil. pour 1 fr. 50 c. par le courrier);— Chaources (27 kil. 3 fr. 50 c); — Isle-sur- Serein (3 fr, 50 c. par le courrier) ; — Troyes (57 kil. pour 6 fr).

Tonnerre (buffet ; hôt. du Lion-d'Or, des Courriers) doit probablement son origine à sa belle source de la fosse Dionne , autour de laquelle s'établirent ses premiers habitants, une peuplade gauloise. Sous les Romains, elle fut une étape de la grande voie qui reliait Alise à Sens. Elle donnait son nom, comme chef-lieu d'un pagus, à un territoire considérable appelé pagus tornodurensis. Plus tard, les seigneurs féodaux qui la possédèrent (ils avaient le titre de comtes) occupèrent au haut d'une colline isolée, où les Romains s'étaient fortifiés, un château dont il ne reste aucun vestige. Puis la ville haute, dominée par un château fort, eut une rivale redoutable dans la ville basse; mais ces deux villes du moyen âge furent détruites : la première, en 1359, par Édouard III d'Angleterre, et en 1414 par les troupes de Jean sans Peur ; la seconde, en 1556, par un incendie. Aussi Tonnerre a-t-elle aujourd'hui un aspect presque entièrement moderne . Tous ses édifices publics ont été, depuis le xvie s., rebâtis ou tellement remaniés, qu'ils ont perdu leur caractère primitif.

En 1684, François-Joseph de Glermont, qui avait hérité du comté de Tonnerre, le vendit à Michel-François le Tellier, marquis de Louvois, ministre de Louis XIV. Aujourd'hui Tonnerre

est un ch.-l. d'arrond. du département de l'Yonne. Sa population se monte à 4789 hab. C'est une ville commerçante et industrielle. Elle vend des grains, mais surtout des vins assez estimés. Elle possède des clouteries, des tanneries, des fabriques de faïence, des brasseries ; elle exporte des escargots.

Si, au sortir de la station, on longe à g. la palissade de clôture, on se trouve à peu de distance en face de la maison du chevalier cPÈon, située rue du Faubourg-du-Pont. Cette maison, bâtie dans le style du xvne s., s'élève à l'angle formé par le chemin de fer et la rue de l'Hôpital, au fond d'un petit jardin. C'est là que naquit, le 5 octobre 1728, Charles-Geneviève-Louis-Auguste-André-Timothée d'Éon, fils de Louis d'Éon, subdélégué de l'intendance de Paris, et de Françoise de Charenton. La nature l'avait doué d'une charmante figure et ne lui avait pas donné de barbe. Il s'amusait à se faire passer pour une femme. Louis XV l'ayant chargé d'une mission secrète en Russie, il parvint, grâce à son costume féminin, jusqu'auprès d'Élisabeth, et il réussit, en captant les bonnes grâces de cette impératrice, à opérer un rap. prochement entre la Russie et la France (1756). Ayant repris ensuite les habits de son sexe, il servit avec distinction dans la guerre de Sept ans. La paix conclue, il fut envoyé à Londres comme secrétaire d'ambassade du duc de Nivernais. Il se brouilla plus tard avec le comte de Guerchy, successeur du duc de Nivernais, perdit sa place, resta à Londres, publia contre le comte de Guerchy des Mémoires qui le firent condamner comme calomniateur, et reprit son costume féminin sous lequel il eut plusieurs aventures scandaleuses. Il revint en France, en 1777, en grande tenue de dragon, casque en tête ; mais le roi lui imposa l'obligation de conserver jusqu'à sa mort les habits de femme pour cacher, dit-on, certaines intrigues amoureuses dans lesquelles de grands personnages se trouvaient compromis. En 1779, il fut enfermé trois mois au château de Dijon. Retiré en Angleterre dès 1784, il offrit plus tard ses services à la Convention qui les refusa, puis il vécut d'une pension que lui fit le gouvernement britannique. Le P. Élysée, confident de Louis XVIII, eut de fréquents rapports avec lui. Il mourut à Londres en 1810. L'autopsie a prouvé qu'il était du sexe masculin.

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