‹ Itinéraire de Paris à la méditerranéeChapitre 41 sur 360 · STATION. — ANCY LE-FRANC · texte numérisé non relu

STATION. — ANCY LE-FRANC

8 ML de Lézinnes. — 219 kil. de Paris. — 293 kil. de Lyon.

Des omnibus conduisent à la ville pour 25 cent, avec 10 kilog. de bagages; nuit, 50 cent, avec 30 kilog. de bagages.

Ancy-le-Franc (hôtel de la Poste), ch.-l. de canton, est une V. de .1839 hab., située sur la rive dr. de l'Armançon, et possédant an port animé sur le canal de Bourgogne. On y remarque de jolies maisons modernes qui témoignent de l'aisance de ^population. De très-belles carrières (à ciel ouvert y sont exploitées, et M. de Louvois y a fondé des forges et des hauts fourneaux qui ont pris des développements considérables. Véglise, bâtie dans la partie haute de la ville et sur le penchant d'une colline, n'a rien d'intéressant, mais le cimetière, qui y touche presque, renferme, outre la chapelle sépulcrale de la famille Louvois, une jolie chapelle qui semble dater de la fin du xve s. La seule curiosité d'Ancy-le-Franc est son château.

Un village, devenu peu à peu un bourg, s'était fondé depuis des siècles près de la fontaine située au milieu de la ville actuelle, lorsque, dans la première moitié du xvi* s., le comte de Glermont, grand maître des eaux et forêts de France, lieutenant général, puis connétable du Dauphiné, seigneur de Tallard, de Laignes, de Griselles, de Grusy, de Chassignelles et d'Ancy-le- Franc, résolut de se faire bâtir, près de l'Armançon, un des plus beaux châteaux de France. Il s'adressa, en conséquence, au Primatice qui, en 1531, était venu à la cour de France avec la permission et la protection du duc de Mantoue. Les travaux commencèrent en 15451. Continués, dit-on, par Serlio, car le Prima-

i. C'est à tort que M. le baron de Cbaillou des Barres dit 1555, car M. Victor

tice mourut en 1570, ils ne furent achevés qu'en 1622. Si Henrill ne put pas être reçu dans le château, déjà habité cependant quand il vint dans le Tonnerrois, Henri IV s'y arrêta plusieurs fois , notamment en 1591. En 1631, à son retour de Metz, Louis XIII y logea, et, le 12 juin 1674, le comte François y fut honoré de la visite de Louis XIV qui, pour la seconde fois, venait de conquérir la Franche-Comté. En 1683, le comte François-Joseph de Glermont le vendit au marquis de Louvois, fils du chancelier le Tellier, qui lui acheta, l'année suivante, le comté de Tonnerre et ses dépendances; et, depuis lors jusqu'à nos jours, la famille de Louvois l'a toujours possédé; seulement, bien que la Révolution l'eût laissé intact, le mobilier et les archives furent vendus, dispersés ou détruits en 1793. M. de la Salle, qui fut adopté en 1841 par le dernier marquis de Louvois, mort en 1844, avait commencé d'importants travaux de restauration que le propriétaire actuel, M. le marquis de Clermont-Tonnerre, a fait continuer avec un goût parfait; aussi, la Société française d'archéologie lui a-t-elle voté une médaille d'argent.

Le château d'Ancy-ie-Franc n'est pas parvenu jusqu'à nous tel que l'avait conçu et commencé le Primatice. Non-seulement le pont-levis a été supprimé, les fossés remplis d'eau ont été comblés en partie, mais quatre nouvelles fenêtres ont été ajoutées par étage sur chacune des quatre grandes façades, et les anciennes fenêtres ont perdu la double croisée en pierre qui les divisait autrefois. Enfin, les pavillons élevés aux angles des quatre façades, et plus hauts d'un étage, témoignent aussi de remaniements importants.

On arrive généralement dans le château par la cour d'honneur. Al'écusson des Glermont, placé au-dessus de la porte d'entrée, détruit probablement pendant la Révolution , s'est substitué celui de la famille de Louvois. En avant et au-dessus de cette porte, deux belles consoles d'ordre dorique, cannelées, soutiennent, avec deux énormes colosses, un large balcon assez richement orné. Cette porte franchie, il faut monter neuf mar-

Petit a lu l'inscription suivante : Soli Deo gloria (1546), au-dessus de la voûte de la porte de fer, établie dans la façade la plus ancienne (sud-ouest).

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ches pour arriver au niveau de la cour intérieure, qui a 21 mèt. de largeur sur chacun des quatre côtés, et des deux galeries latérales. Cette cour est décorée, dans le goût italien, de deux ordres de pilastres composites.

Le rez-de-chaussée était occupé dans le principe par de grandes salles et galeries voûtées en pierre, qui avaient été divisées et plafonnées pour être rendues habitables, et qui ont été rétablies dans leur état primitif. Plusieurs de ces salles sont décorées de

Fontaine d'Ancy-le-Franc.

peintures et d'arabesques. Au premier étage (quatre escaliers circulaires), M. Victor Petit signale : la galerie de Phanale, où Niccolô dell7 Abate a peint, dit-on, la bataille de Pharsale ; — le cabinet des fleurs, décoré d'une copie médiocre d'un portrait de Diane de Poitiers (en Diane chasseresse) ; la chambre du cardinal, ainsi nommée d'un portrait du cardinal de Richelieu, et décorée de tableaux ovales allégoriques, attribués aux élèves du Primatice : le plafond de cette pièce est divisé en neuf caissons subdivisés

en compartiments variés, ornés d'arabesques, de médaillons, de cabochons, de fleurons dans le genre et le goût de l'époque d'Henri II ; — la chapelle, située dans l'un des grands pavillons faisant l'angle du N. 0. et vis-à-vis de la grande pièce d'eau du parc. Elle a environ 10 mèt. de longueur sur 6 mèt. de largeur. Les peintures plus que médiocres qui se trouvent au-dessous de la voûte sont de Menassier , et datées de 1 596. Au-dessous des figures en pied des apôlres, des prophètes, des sibylles peintes en camaïeu sur un fond doré, décorent les vingt-quatre panneaux d'un large lambris. A dr. et à g. de l'autel sont quatre portraits de famille. Au-dessus de la porte, on remarque un assez bon tableau d'un auteur inconnu, représentant l'Adoration des bergers. Un entablement sculpté et surmonté d'un cartouche, où les armes de Louvois ont remplacé celles de Clermont, renferme deux inscriptions qui méritent une mention. L'une est un bref de Clément VIII, en date du 31 octobre 1603, accordant dix ans et autant de quarantaines d'indulgence à tous fidèles pénitents confessés et communies qui, dévotement, visiteront la chapelle du château d'Ancy-le -Franc, le jour de saint Pierre et saint Paul de juin. Les successeurs de Galixte II n'oubliaient pas qu'au commencement de xne s., l'un des aïeux de Glermont-Tonnerre avait rétabli le pape sur le trône pontifical, après avoir chassé de Rome l'anti pape Bourdin. <r Mais la seconde inscription qui se lit à gauche, comment se l'expliquer? se demande M. le baron Chaillou des Barres. Elle est bien plus qu'étrange ! accorder des indulgences (40 jours de vrai pardon), le 24 février 1604, à tous ceux qui visiteront cette chapelle toutes les fêtes de Notre- Dame et le jour de la fête de saint Mathias, et qui y feront leurs prières pour le seigneur, madame la comtesse et messieurs leurs enfants. »

Signalons encore dans la château d'Ancy-Ie-Franc : la grande salle des Gardes, longue de 19 mèt. 20 c. et large de 9 mèt. 10c; la galerie des Sacrifices, décorée de peintures médiocres ; le grand salon (l'ancienne chambre de Louis XIV), restauré vers 1826 dans le style du règne d'Henri III ; et enfin le cabinet du Pastor Fido, petite pièce décorée d'une belle boiserie en chêne de 2 mèt. env. de hauteur (dans le style composite), au-dessus de

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