STATION. — TANLAY
8 kil. de Tonnerre. — 205 kil. de Paris. — 307 kil. de Lyon.
Voitures de correspondance pour (11 kil.) Cruzy4e-Chdtel (1 fr. par le courrier).
Tanlay, bourg de 665 hab., situé sur la rivedr. del'Armançon, à 1 kil. environ de la voie gallo-romaine d'Auxerre à Langres, doit
être fort ancien. En 1849, on y a découvert des tombeaux et un pan de muraille qui faisaient probablement partie d'une villa antique. Son église, au lourd portail d'ordre toscan, date du milieu du xvne s. On remarque, à l'intérieur, le maltre-autel, provenant de la grande église abbatiale de Saint-Martin. L'ancienne maladrerie, appelée la cour du Saint-Esprit, et reconstruite vers la fin du xvie s., offre encore un aspect assez pittoresque.
Le château de Tanlay remonte à une haute antiquité; en effet, Courtépée cite des seigneurs qui en portaient le nom au xn* s. La veuve de Gaspard de Coligny, maréchal de France, Louise de Montmorency, sœur du connétable Anne, l'acquit en 1535, avec les fiefs de Saint-Winnemer et de Ravières. François de Coligny d'Andelot le rebâtit en partie vers l'an 1559 ; Jacques Chabot fit le terrier en 1604; Michel Particelli, seigneur d'Hémery, surintendant des finances, l'acheva et l'embellit en 1642. Il appartint ensuite à Louis Phelippeaux de la Vrillière, gendre d'Hémery, en faveur duquel la seigneurie de Tanlay fut érigée en marquisat.
Une avenue de 2300 met., qui traverse le chemin de fer, l'Armançon et le canal, conduit à la grille d'entrée du château. A 48 mèt. de cette grille s'élève un corps de logis, appelé le Petit château, construit vers 1610, large de 24 mèt. et profond de 11 mèt., « un des types les plus gracieux de l'art de bâtir à cette époque, qui n'avait plus, dit M. Victor Petit, l'élégante et merveilleuse finesse de ciselure de l'art italien de la Renaissance, et qui n'était pas encore arrivé à la période lourde d'ornementation qui commença avec le règne de Louis XIII. » On entre ensuite dans une vaste cour, presque carrée, dans laquelle s'ouvrent deux portes. L'une de ces portes conduit au parc, l'autre aux bâtiments de service ou dépendances, formant, eux aussi, un immense carré bâti d'un seul jet, et avec une grandeur de style fort rare, sur les dessins de l'architecte le Muet, vers Tannée 1643. Pour entrer dans le château proprement dit, il faut franchir un fossé de 22 mèt. alimenté par les immenses canaux du parc, puis traverser, au delà du pont, flanqué de deux obélisques, le pavillon du concierge. La cour d'honneur, large de 42 mèt. sur 32 mèt., est formée par un grand corps de logis, ayant à dr. et à g. une aile, terminée, celle de dr., par la tour de la chapelle, et celle de
g., par la tour des archives. A chacun des grands angles que forment la façade centrale et les deux ailes, s'élève une belle tourelle à pans coupés, qui renferme un escalier en pierre à large montée, tournant sur une colonne centrale. La façade opposée, qui donne sur l'ancien parterre, a été construite par François de Coligny d'Andelot. La tour de dr. (en regardant cette façade) s'appelle la tour de la Ligue, parce que les Goligny et le prince de Condé, qui résidait à Noyers, s'assemblèrent plusieurs fois dans la salle principale pour y délibérer de leurs affaires pendant les guerres civiles.
A l'intérieur, on peut visiter : — la galerie, qui, malgré la réduction qu'elle a subie à la suite d'un incendie, en 1762, est encore longue de 25 mèt. et large de 9 mèt. : des fresques, représentant des sujets mythologiques, la décorent; — la chapelle, construite en ]6<»8, et contenant, outre un tableau de Marot (saint Jean Vévangélîste, fin du xvn° s.), un tableau attribué à Y école du Pérugin (fin du xve s.) ; — les cheminées en pierre des appartements. La plus grande, celle de la chambre de l'archevêque, large de 2 mèt. 60, haute de plus de k mèt., est décorée de quatre cariatides et de plusieurs statuettes en bas-relief; — les peintures qui décorent une salle voûtée en pierre, située au deuxième étage de la tour dite de la Ligue. Ces fresques, en partie effacées volontairement et très -détériorées, représentent un nombre considérable de personnages dessinés dans la proportion des deux tiers de nature. On reconnaît assez facilement les dieux et déesses de la Fable sous les traits ou la figure des personnages célèbres, à divers titres, contemporains des seigneurs de Coligny d'Andelot. Quelques dieux et plusieurs déesses sont entièrement nus; les autres sont vêtus à l'antique, comme on le comprenait au xvi* s. Les six statues qui décoraient cette salle mystérieuse ont été enlevées.
Le parc du château de Tanlay, dessiné à la française et entouré de murs, renferme une magnifique pièce d'eau, appelée le Grand- Canal, longue de 530 mèt., large de 25 mèt., et alimentée par de nombreuses sources venant de la vallée de Quincy, que lui amènent de larges et beaux canaux tracés en ligne droite et bordés de vieux arbres. Une construction en pierre de taille, le
TANLAY. — LÉZINNES
château d'eau, ferme le canal. Près de l'extrémité du parc, on admire un magnifique tilleul.
Quinze minutes suffisent pour aller de l'extrémité du parc réservé aux Ruines de V abbaye de Quincy, situées à 3 kil. environ de Tanlay. Le chemin direct du village passe au moulin, laisse à dr. la chapelle de Saint-Émilian, gravit une colline et redescend par un petit bois sur l'abbaye, dans un vallon étroit arrosé par un charmant ruisseau. L'abbaye de Quincy fut fondée en 1133. Il n'en reste qu'un petit nombre de débris, un bâtiment secondaire, le logement de l'abbé, quelques corps de logis et des fragments du mur d'enclos (xnr3 s.). On y remarque une jolie tourelle d'escalier (fin du xves.). L'église a été démolie, l'étang desséché.— La jolie fontaine de Saint-Gaultier (xnr3 s.) mérite aussi une visite.
De Tanlay à Lézinnes on ne trouve qu'un seul village, Saint- Vinnemer (562 hab.), situé à la g. du chemin de fer, sur la rive dr. de l'Armançon , au pied d'un coteau. Une longue tranchée perreyée aboutit au tunnel de Lézinnes, long de 532 mèt., que suit une tranchée perreyée, mais plus courte. La voûte de ce tunnel, haute de 6 mèt., large de 8 mèt., est à 24 mèt. au-dessous du sol.
29» STATION. — LÉZINNES.
6 kil. de Tanlay. —211 kil. de Paris. — 301 kil. de Lyon.
Lézinnes, v. de 6kQ hab., se trouve situé près de la rive g. de l'Armançon, sur la pente d'une colline. La route de terre le traverse. L'ancien tracé de la voie romaine de Sens à Alise forme actuellement sa rue principale. Ce village insignifiant doit sa station à ses belles carrières de pierre.
Un grand remblai aboutit au beau pont en pierre de taille, composé de cinq arches en plein cintre de 12 mèt. d'ouverture, hautes de 10 mèt. 33c, et de deux autres plus petites pour le chemin de halage, que le chemin de fer a dû jeter sur l'Armançon. On franchit presque aussitôt le canal sur un pont droit de 10 mèt., puis on entre dans une tranchée perreyée qui aboutit à un tunnel de 1000 mèt. environ de longueur (sa voûte, large de 8 mèt., haute de 6 mèt., est à 35 mèt. au-dessous du sol), appelé le tunnel de Pacyy parce qu'il est voisin du village de ce nom, et coupant la colline dans laquelle sont exploitées les carrières de Lé-
zinnes. On a alors à dr. le canal, l'Armançon et la route déterre. 4u delà de l'Armançon on aperçoit Pacy {klS hab.), dont les carrières sont renommées, et dont le château seigneurial, aujourd'hui bien délabré, était autrefois l'un des plus importants du Tonnerrois. Plus loin se montre Argenteuil (628 hab.). On franchit une seconde fois le canal et l'Armançon (pont de cinq arches), puis on laisse à g. Cusy (212 hab.).