‹ Itinéraire de Paris à la méditerranéeChapitre 54 sur 360 · SAIN T-SJSI N E-L* A BB A YE · texte numérisé non relu

SAIN T-SJSI N E-L* A BB A YE

stalles, qui appartiennenl à une autre époque que l'église, et derrière lesquelles se voient encore de curieuses fresques du xve s. , représentant les principaux épisodes de la vie de saint Seine.

Saint-Seine est riche en fontaines. Celle qui donne la plus grande quantité d'eau, la Grande ontaine, alimente le lavoir public; la plus jolie, la Samaritaine, jaillit sur la place de l'église. Elle a été décorée par les moines de l'abbaye.

L'établissement hydrothérajique du docteur Guettet, fondé depuis 1846 dans les anciens bâtiments de l'abbaye, qui ont été restaurés et agrandis, peut recevoir plus de cinquante malades internes, avec les domestiques. Ses prix sont très-modérés. Un charmant jardin anglais, arrosé par de belles eaux, a été créé dans l'ancien enclos des moines. Les environs offrent un grand nombre d'excursions intéressantes. On peut aller visiter au nordouest (10 kil. environ) les sources de la Seine, où des fouilles récentes ont fait découvrir de curieuses antiquités, classées parmi les monuments historiques et décrites par M. Baudot dans le tome II de la Commission des antiquités de la Côte-d'Or. La Seine sort de terre, dans un bois, à 2 kil. environ de la route de Paris à Dijon (à gauche en venant de Saint-Seine), un peu au delà d'une ferme dite ferme de la Source ou des Vergerots. Les antiquités que l'on a découvertes en ce lieu sont, à ce qu'il parait, les débris d'un temple romain, dont les plus beaux fragments ont été transportés au musée archéologique de Dijon. D'après une ancienne tradition, la mère de saint Seine s'appelait Sequana, et elle aurait été l'une des prêtresses de ce temple. Les sources de /7#non(àpeu près à la même distance, par la môme route, mais à dr.), un des affluents de la Saône, sont éloignées de 3 kil. à peine de celles de la Seine, entourées de bois et de rochers, au milieu desquels la rivière naissante forme de gracieuses cascades. On peut descendre la vallée de Tlgnon par Poncey et Pelleray, qui possèdent de beaux moulins, des papeteries et des forges, et, au delà de la côte des Trapeux (à dr.), revenir à Saint-Seine par la jolie vallée de la Margelle, où se trouvent le hameau pittoresque de Cheneroilles et le joli petit village de Vaux-Saules, C'est une promenade de 24 kil. environ, dont la plus grande partie peut se faire en voiture. Au sud-est, s'étend le Val-Suzon (10 kil.), vallée étroite,

dont les prairies, les eaux limpides, les bois touffus et les rochers pittoresques faisaient jadis pressentir la Suisse aux touristes qui voyageaient en diligence ou en poste, et qui des hauteurs voisines apercevaient déjà à l'horizon lointain, quand le temps était parfaitement clair, les cimes éblouissantes du Mont-Blanc, au-dessus des crêtes bleuâtres du Jura. — Le trou de Soucy (près de Francheville, à 8 kil. environ à l'est) est un abîme de forme ovale creusé parla nature dans des roches jurassiques, etc.

Une tranchée, longue de 650 mèt., haute de 12 mèt. 82, à son point le plus élevé, précède l'entrée du souterrain de Blaisy », par lequel on passe du bassin de la Seine dans celui du Rhône. Ce tunnel a une longueur totale de 4100 mètres. Il a été percé en ligne droite. De Tune de ses extrémités, on aperçoit à l'autre extrémité un petit point blanchâtre. Sa largeur est de 8 mèt.; sa hauteur, des rails à la clef de voûte, de 7 mèt., 50 c. On a dû le maçonner sur toute son étendue, car il a été ouvert dans des marnes si dures qu'on ne peut les attaquer qu'à la mine, mais qui deviennent promptement friables et qui perdent leur adhérence dès qu'elles sont exposées à l'air. Vingt-un puits circulaires d'un diamètre intérieur de 3 mèt., revêtus presque tous d'une enveloppe de maçonnerie, offrant une longueur développée de 2458 mèt. et espacés entre eux d'environ 200 mèt., ont été creusés pour permettre d'en attaquer simultanément, sur un grand nombre de points, le déblaiement. Six de ces puits ont été comblés, et quinze seulement sont conservés pour l'aérage. Deux ont une hauteur de 200 mèt. Commencés en 1846 , les travaux furent terminés en 1849. Letunnel proprement dit a coûté 1900 fr. par mètre, soit 7 790 000 fr. Les puits ont coûté plus de 2 millions. La dépense totale s'est donc élevée à plus de 10 millions, (2240 fr. par mètre).

I. On peut aller à pied en deux heures de Blaisy-Bas à Màlain par la montagne. Dans ce trajet, on traverse Blaisy-Haut, dont les ruines pittoresques méritent une visite, et on découvre de beaux points de vue sur les plaines de la Bourgogne et de la Franche-Comté, la chaîne du Jura et le Mont-Blanc (quand le temps est parfaitement clair). Il ne faut pas manquer de passer près du puits 15, un des puits destinés à aérer le tunnel de Blaisy. Sa profondeur atteint 200 mèt. Les touristes qui feront cette course redescendront à Màlain par les rochers pittoresques de Baulme-la-Roche.

BLAISY. 159

Depuis son entrée du côté de Blaisy jusqu'à sa sortie du côté de Dijon, la voie suit une pente descendante de 4 millimètres par mètre : la différence du niveau est par conséquent de 16 mèt. 40. Le point le plus élevé, Je point culminant de toute la ligne de Paris à Lyon, se trouve à 405 mèt. ,49 c. au-dessus du niveau de la mer. C'est le point départage des eaux. D'un côté elles coulent à l'Océan; de l'autre elles descendent à la Méditerranée.

Cet admirable tunnel, dont les proportions sont indiquées en lettres d'or sur des tables de marbre qui en décorent l'entrée, a

Entrée du souterrain de Blaisy.

été construit par M. Debains, sous la direction de M. Jullien. Le souterrain de la Nerthe, sur le chemin de fer d'Avignon à Marseille, a 4617 mèt. ; le tunnel de Mauvage, sur le canal de la Marne au Rhin, a 4700 mèt. : mais les dimensions de ces deux percées sont moins grandes, et la profondeur de leur puits est moins considérable.

Cinq à huit minutes suffisent pour traverser le souterrain de Blaisy. On en sort dans une tranchée profonde (13 mèt., 30 c), et, jusqu'à la gare de Dijon, on descend par une suite de pentes de 6 ou 8 millim., etc. Les tunnels succèdent sans interruption

aux viaducs, et les viaducs aux tunnels. Laissant à dr. le château ruiné de Mâlain, à g. le 'petit village de Baulme-la- Roche, situé au pied de grands rochers nus et escarpés, on passe d'abord sur le beau viaduc de Mâlain, long de 190 mètres, haut de 26 met., 50 c, et composé de quinze arches de 10 mètres d'ouverture, puis on traverse un tunnel de 328 mètres.

38e STATION. — MALAIN.

8 kil. de Blaisy-Bas. — 296 kil. de Paris. — 216 kiL de Lyon.

Voitures de correspondance pour : Pont-de-Pany (5 kil., pour kO c.)

Mâlain, ch.-l. de c. de 802 hab., groupé , un peu au delà et à dr. de sa station, au pied du mamelon que couronnent les ruines de son vieux château, fut jadis, si l'on doit en croire certains savants , la capitale des Insubriens, dépendant de la république des Éduens, et ses anciens habitants fondèrent, en Italie, une ville à laquelle ils donnèrent leur nom (Milan). On y a trouvé en effet de nombreuses antiquités gallo-romaines : médailles, pots de cuivre, fûts de colonnes, débris de chapiteaux, tombeaux, statues, carreaux, etc. Mais l'histoire de la ville gauloise et de la ville romaine est complètement inconnue. Les seigneurs de Mâlain (Malayun, Malein et peut-être Mediolanum) portaient, au moyen âge, le titre de barons, qu'ils ont conservé jusqu'à la Révolution. — L'église de ISkk a remplacé un curieux monument dn style byzantin. Dans le cimetière est une croix dont on remarque le pied sculpté. — La vigne, déjà cultivée à Mâlain, ne donne que de médiocres produits. Les noix y sont au contraire renommées.

C'est à la station de Mâlain qu'il faut descendre si l'on veut aller faire un pèlerinage poétique au château de Montculot ou d'Urcy, où M. de Lamartine a écrit quelques-unes de ses premières Méditations. Un omnibus conduit à Pont-de-Pany (voir ci-dessus). De ce joli village, agréablement situé sur l'Ouche et le canal, 45 minutes suffisent pour monter à pied jusqu'au château de Montculot, qui appartient actuellement à M. de Montureux, et qui dépend du village d'Urcy, éloigné de 2 kil. environ.

« Le château d'Urcy, l'une des plus vastes et des plus belles de-

MÂLÀIN. 161

meures de la province, dit M. de Lamartine dans ses Nouvelles confidences, xl vu, une des anciennes résidences de mon grand -père, que le second de mes oncles avait eu pour sa part dans la succession, appartenait à cet oncle, l'abbé de Lamartine. 11 était situé dans ce labyrinthe de montagnes noires, de gorges sombres et de monotones forêts qui forment le plateau le plus élevé de la Bourgogne, entre Semur et Dijon, à quatre ou cinq lieues de toute ville; pays âpre, sauvage; air de feu, ciel de neige ; Sibérie française, triste comme le Nord ; région des pasteurs et des bûcherons, où l'on marche des heures sans voir autre chose qu'un chêne pareil à un chêne, et un troupeau pareil à un troupeau. Les lignes de l'horizon, arrêtées par la noirceur des "bois qui les couvrent, droites et roides comme des remparts tirés au cordeau, se

Combe, près de Mâlain.

dessinent toutes semblables aussi sur le ciel pâle et gris. C'est la monotonie des déserts entre le Caire et la mer Rouge avant que les arbres soient devenus cendres, et que le rocher soit devenu lave.

« Sur un plateau étroit, au confluent de ces gorges , s'élève le château d'Urcy, véritable site d'abbaye. On n'apercevait qu'à travers les branches des grands chênes sa façade immeose, dentelée d'élégantes balustrades, ses quinze fenêtres à plein cintre, et leurs balcons de fer aux armoiries dorées, qui attestent la plus pure architecture italienne, dépaysée au milieu de cette contrée des Druides. Ce château, disent les paysans des environs, a été bâti pour les étoiles, car il n'y a qu'elles qui puissent le voir; il est à une demi-heure de chemin du village : de vastes jardins, découpés à coups de hache sur les bois, l'environnent. Quatorze

sources, rare suintement de ces flancs de roc, y ont été recueillies dans de longs conduits souterrains, qui les répandent çà et là en conques murmurantes, en vasques de pierre, en dauphins à barbe de mousse verte, en pièces d'eau rondes, ovales; carrées, de toutes formes et de outes grandeurs. L'une d'elles porte bateau, et j'aimais à en détacher la haîne et à le laisser dériver parmi les joncs. La fontaine qui s'y verse à gros bouillons éternels s'appelle la fontaine de Foyard , du nom d'un hêtre séculaire qui en ombrage les sources et couvre un demiarpent de ses branches et de sa nuit. C'est cette source que j'ai célébrée un jour, en revenant baiser sa chère écume, sous le titre : La source dans les bois.

La station de Mâlain est dominée sur la g. par une montagne escarpée, dont le sommet, le Signal de Mâlain, atteint 608 mèt. et au pied de laquelle se trouve Ancey (456 hab.) Au sortir d'une tranchée qui atteint 8 m. 51 c. de hauteur maxima, on passe sur le viaduc de Lée, long de 160 mèt., composé de 11 arches en plein cintre, de 10 mèt. d'ouverture, et haut de 23 mèt. A g. se montre Lantenay (442 hab.), dont le château a été rebâti vers la fin du xvne s. A dr. s'élève une montagne conique, haute de 437 mèt. On s'enfonce dans une tranchée longue de plus de 1500 mèt., et haute de 9m, 83 à son point le plus élevé, et, après avoir franchi sur des remblais de profondes dépressions de terrain, on pénètre dans une autre tranchée, celle de Fleureysur-Ouche, dont le point culminant atteint 16 mèt. 21 c. On franchit alors la Combe de Fain sur un magnifique viaduc composé de deux rangs d'arcades — à l'étage inférieur, 7 arches de 9 mèt. d'ouverture chacune; à l'étage supérieur, 13 arches en plein cintre de 12 mèt. d'ouverture — haut de 44 mèt. et long de 220 mèt., puis le chemin de fer, achevant de décrire une forte courbe, descend par une pente rapide dans la vallée de POuche. De grands et beaux paysages se dérouleraient incessamment, sur la droite, aux regards des voyageurs si, de distance en distance, les talus des tranchées n'en interceptaient !a vue. L'Ouche et le canal serpentent au milieu de magnifiques prairies, et, au-dessus des coteaux rocheux et boisés dont la route déterre longe la base, apparaissent, quand le temps est clair, les sommets des plus hautes montagnes de la Côte-d'Or, le Plan de Suzan (565 mèt.) et le Mont-Afrique (584 mèt.)

URGY. — MAL AIN. — VELARS.

39« STATION. — VELARS.

10 kil. de Mâlain. — 306 kil. de Paris. — 206 kil. de Lyon.

Velars, v. de 1243 hab., situé entre le chemin de fer et l'Ouche, possède de beaux moulins, une importante filature de laine et une verrerie. Plus loin, sur la route de terre, est le hameau de la Cudey au-dessus duquel s'élève la petite chapelle de Notre- Dame de l'Étang^ où l'image de la Vierge, découverte en H35,

Viaduc de la combe de Fain.

attire chaque année un certain nombre de fidèles. Au viaduc de la combe Fouchères (18 mèt. d'élévation, 5 arches en plein cintre, de 10 mèt. d'ouverture), succède bientôt au delà d'un tunnel, le viaduc de la combe Bouchard formé, comme celui de la combe de Fain, de deux étages d'arcades — à l'étage inférieur, 7 arches de 7 mèt. 72 c. de largeur chacune; àl'étage supérieur, 11 arches en plein cintre de 10 mèt. d'ouverture chacune — long de 150 mèt. et haut de 38 mèt. On traverse un second tunnel. Sur la droite , l'attention esk attirée par les beaux établissements industriels

de Velars. Entre deux autres tranchées, on découvre un instant, à dr., la vallée de l'Ouche, à g., une jolie combe boisée que Ton franchit sur le viaduc de Matoye, composé de 5 arches, long de 90 mèt. et haut de 22 mèt. 2k c. Près d'une jolie maison de campagne on traverse sur un viaduc de 15 arches, ayant chacune 10 mèt. d'ouverture, haut de 22 mèt. 30 c, long de 236 mèt., la combe Neuven toute couverte de bois dans ses deux ramifications. On passe ensuite dans une tranchée profonde de 10 mèt. 67 c, enfin on laisse à g. la combe de Champ-Moron, qui contient les ruines du prieuré de Bonvaux.

Plombières.

40e STATION. — PLOMBIÈRES'

4 kil. de Velars. — 310 kil. de Paris. — 202 kil. de Lyon.

Plombières, beau v. de 1582 hab., très-agréablement situé à la dr. du chemin de fer, sur l'Ouche et le canal, fut donné par le roi Gontran, au vi« s., à l'abbaye de Saint-Bénigne. On y remarque une vieille église (mon. hist.), de beaux moulins et les vastes bâtiments du petit séminaire. Les habitants cultivent un grand nombre d'arbres à fruits, surtout des noyers, des cerisiers et des framboisiers dont les produits estimés s'exportent jusqu'à Paris.

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