‹ Itinéraire de Paris à la méditerranéeChapitre 6 sur 360 · MONTGERON. — BRU NO Y · texte numérisé non relu

MONTGERON. — BRU NO Y

Brunoy (1500 hab.) est un beau village pittoresquement groupé dans la vallée boisée de TYères. ■

Brunoy remonte à une haute antiquité, car il appartenait aux rois de la première race. Dagobert légua au monastère de Saint-Denis une por-

Église de Brunoy.

tion de cette seigneurie, ainsi désignée dans l'acte : Villa nomine Brunadum in Bregio (Brunoy en Brie). Suger, le célèbre abbé de Saint- Denis, la donna au prieuré d'Essonne, qui, à la fin du xvr9 siècle, la vendit à Christophe de Lannoy, déjà propriétaire de l'autre partie. Les rois de France y eurent probablement une habitation, puisque Phi-

lippe VI y rendit un édit dont le texte existe encore. Le voisinage de la forêt de Sénart avait dû les attirer dans cette vallée.

Le château de Christophe de Lannoy fut pillé et brûlé, en 1590, par les ennemis du roi. Charles de Lorraine, duc d'Elbeuf, prince d'Harcourt, épousa la petite-fille de Christophe de Lannoy, et son fils, seigneur de Brunoy du chef de sa mère, fit donation de cette terre à son neveu, François de la Rochefoucauld, célèbre par le rôle qu'il joua dans les troubles de la Fronde, où il était poussé par la duchesse de Longueville, et plus célèbre encore par le livre des Maximes. Au xviiic siècle, un sieur de Plonic acheta Brunoy des héritiers du duc de la Rochefoucauld et le vendit, en 1722, au fameux financier Paris de Montmart, qui abattit l'ancienne demeure seigneuriale, pour construire à la place un château moderne, qu'il décora avec un luxe royal et qu'il entoura d'un parc magnifique. Ce fut en sa faveur que la terre de Brunoy fut érigée en marquisat. .

Son fils unique, le marquis de Brunoy, ne se fit remarquer que par ses excès et ses extravagances. A dix ans, il donna un coup de couteau à son précepteur qui lui faisait quelques observations sur sa tenue, à la table même de son père, et en présence de vingt convives. Agé de vingt ans, il épousa, à Paris, une fille de la maison d'Escars, partit pour Brunoy aussitôt après la messe, et ne voulut jamais revoir sa femme. Sa passion la plus vive était le goût des cérémonies religieuses. Après avoir fait mourir de chagrin successivement son père et sa mère, il célébra leurs funérailles avec un fasle ridicule et les affectations les plus bizarres. Il organisait pour la Fête-Dieu des processions d'un luxe inouï, où l'on voyait figurer, sous des chasubles d'or, deux cents prêtres ou moines amenés à grands frais de toutes les paroisses et de tous les couvents d'alentour. Comme il donnait à ces divertissements étranges la plus grande publicité, les curieux de la cour et de la ville y accouraient en foule. Il hébergeait, il régalait tout le monde, les paysans comme les grands seigneurs, et la fête religieuse se terminait par une immense orgie. On peut juger de son goût en visitant l'église de Brunoy, qu'il fit décorer comme on décorait alors les boudoirs des grandes dames. On remplirait un volume de ses folies. Il dévora ainsi la plus grande partie des 20 millions que lui avait laissés son père. Sa famille enfin le fit interdire, et Monsieur, comte de Provence, depuis Louis XVIII, acheta Brunoy.

Monsieur accrut encore la magnificence de cette résidence, et y fit élever un petit château, le grand ne lui suffisant pas apparemment. Puis la Révolution abattit l'un et l'autre, combla les fossés, dessécha les pièces d'eau et dépeça le domaine, couvert de villas.

Brunoy possède de belles et charmantes villas parmi lesquelles

Page 1