DIJON. — LA CHARTREUSE
conseiller au parlement de Bourgogne, occupe depuis 1803, dans la rue à laquelle il adonné son nom, l'ancien couvent des Bernardines. Dirigé par onze dames qui n'appartiennent à aucune congrégation religieuse et ne font point de vœux, il reçoit 140 jeunes filles légitimes, dont les parents sont indigents. Admises de dix à onze ans, ces jeunes filles ne peuvent rester plus de sept ans dans l'établissement ; on leur donne une instruction religieuse et morale, et on les exerce à la broderie, à la couture, au repassage du linge. Le produit de leur travail, versé dans la caisse du receveur des hospices, s'élève à 400 fr. par mois. Les revenus de l'hospice dépassent d'ailleurs 50000 fr.
L'Asile des aliénés, créé en 1832-1833, ouvert le 1er janvier 1843, situé à 10 min. de l'embarcadère du chemin de fer, en suivant la route de Plombières , mérite la visite de tous les étrangers , car il a été établi sur l'emplacement qu'occupait autrefois le couvent des chartreux, fondé par Philippe le Hardi. Il peut recevoir 300 malades appartenant âux diverses classes de la société, et pour lesquels ont été établis divers prix de pension en rapport avec la position sociale des pensionnaires.
Dix-neuf sœurs de la congrégation de Saint-Vincent de Paul, de Besançon, sont chargées, sous l'autorité du directeur-médecin, de la surveillance de la division des femmes, et de celle des services généraux de cette môme division. Les bâtiments, entièrement neufs, à l'exception du corps de logis dans lequel est établie l'administration, ont été construits sur les plans et sous la direction de M. Petit; ils ont coûté environ 600 000 fr.
La Chartreuse de Dijon avait été fondée en 1379, sur un vaste terrain appelé Ghampraol, et dont elle prit le nom, par Philippe le Hardi, le premier des ducs de Bourgogne de la seconde race royale, qui voulait y établir sa sépulture et celle de ses descendants, commencée le 12 juin 1383 et consacrée le 24 mai 1388 (la chapelle en 1391 seulement). Son fondateur avait réuni dans la capitale de ses États les artistes les plus célèbres de l'Europe : les statuaires Claux Sluter et Jean de Man ille, le verrier Henri Clumorack, le fondeur Joseph Golart, le charpentier Jean Duliége, le maître maçon Dronchtt de Dammartin. L'église et le couvent, qui étaient fort riches, se faisaient remarquer par leur magnifi-
cence ; il n'en reste aujourd'hui, — outre les tombeaux des ducs, les fragments d'un siège en bois et les retables du musée, — que le portail d'entrée, le portail de l'ancienne église, une tour octogonale et le puits de Moïse, classés parmi les monuments historiques.
Le portail d'entrée date du xiv« s.; il n'a rien de particulièrement curieux. Le portail de Vaurienne chapelle, rattaché avec bonheur à la chapelle nouvelle, par l'architecte, M. Petit, est décoré d'intéressantes sculptures. Une statue de la Vierge portant l'enfant Jésus surmonte le pilastre qui sépare les deux portes. A dr. et à g. sont les statues de Philippe le Hardi et de Marguerite de Flandre, agenouillés et assistés d'un saint et d'une sainte qui semblent implorer pour eux la mère du Sauveur.
La tour octogonale du xiv" s., que l'on remarque près delà nouvelle chapelle, servait aux ducs de Bourgogne pour se rendre à leur oratoire.
Le puits de Moïse, jadis placé au centre du grand cloître et construit de 1396 à 1399, est un puits de 7 mèt. 15 c. de diamètre, au milieu duquel s'élève un immense piédestal hexagone qu'entourent les statues de Moïse, David, Jérémie, Zacharie, Daniel et Isaïe. On l'appelait aussi le puits des Prophètes. Il était autrefois surmonté d'une croix de pierre haute de 7 mèt. 47 c. et au pied de laquelle se trouvait un groupe de figures. La croix et ce groupe n'existent plus 1 ; le piédestal seul est resté debout avec ses belles sculptures de Claux Sluter, peintes et dorées par Jehan Maluel, et restaurées tout récemment par M. Jouffroy.
Musées. — Collections d'objets d'art ou de sciences.
Le Musée de Dijon, une des plus riches collections de ce genre que possèdent les départements, a été inauguré le 20 août 1799. Créé par François Devosge , le fondateur de l'École des beauxarts, il s'est constamment enrichi depuis, soit par des acquisi-
1. En faisant des fouilles autour du puits de Moïse, on a retrouvé le buste complet du Christ, la tête, les mains, la draperie, les jambes et les pieds. Avec ces débris, M. de Saint-Mesmin avait rétabli en petit le calvaire, qui était de plus orné d'une statue de la Vierge et de sainte Marie-Magdeleine. La mort l'a empêché de terminer ce travail.
tions de la ville, soit par des dons du gouvernement, soit par des donations particulières. Il occupe neuf salles de l'hôtel de ville. L'entrée est àdr., au fond de la cour principale, sur la place d'Armes. Il est ouvert au public le dimanche de midi à 4 h., le jeudi de midi à 2 h. et tous les jours aux étrangers (s'adresser au concierge). Le catalogue a été refait en 1860 par feu Devillebichot, conservateur, remplacé par M. Louis Boulanger, qui est en môme temps directeur de l'École des beaux-arts.
Les collections du musée peuvent se diviser en cinq grandes catégories : 1° Peinture, comprenant les tableaux, dessins, pastels, aquarelles et miniatures ; 2° sculpture ; 3° antiquités et bronzes; k° monuments et œuvres d'art du moyen âge et delà Renaissance; objets anciens et modernes ; 5° collection léguée par Anatole Devosge.Nous allons indiquer, en suivant cet ordre, les divers objets qui doivent le plus attirer, à quelque titre que ce soit, l'attention des étrangers.
Escalier.
On a placé dans l'escalier du musée divers fragments de sculpture gallo-romaine et du moyen âge, et une tapisserie du xvi° s., représentant le siège de Dijon par les Suisses, en 1513. Cette tapisserie, qui dans l'origine décorait l'église Notre-Dame, était tombée pendant la Révolution entre les mains d'un brocanteur. Le maire de Dijon la racheta au commencement de ce siècle. Elle est divisée en trois tableaux, que séparent des colonnes ornées de guirlandes. Le premier représente le camp des armées suisse et impériale ; le second, la procession de la Vierge de Notre-Dame sur les remparts (c'est à l'intercession de cette vierge miraculeuse que certains chroniqueurs attribuent la levée du siège de Dijon par les Suisses); le troisième, la Trémouille, agenouillé devant la Vierge, dans l'église Notre-Dame. En dehors des murs sont les chefs ennemis recevant les otages, et dans le fond on voit les troupes suisses et allemandes opérant leur retraite.
L'escalier divise le musée en deux parties. La première, celle dont la porte s'ouvre à dr., se compose de cinq salles : c'est celle qui contient la salle des gardes, les tombeaux des ducs de Bourgogne, les retables, etc. Dans la seconde est la salle des sculptures. Nous allons signaler d'abord les principaux tableaux en suivant l'ordre adopté par le catalogue.
Tableaux.