LES RETABLES
La Salle des Gardes s'étend d'un côté jusqu'à la tour des ducs de Bourgogne, et de l'autre elle communique avec la tour de Bar par une galerie construite sous le gouvernement de M. Bellegarde. Une de ses extrémités est ornée d'une grande cheminée, véritable monument d'architecture, devant laquelle un daim pouvait rôtir tout entier.
« Dans cette belle galerie, dit M. Maillard de Chambure (Dijon ancien et moderne), étaient servis ces banquets somptueux pour lesquels la cour de Bourgogne était sans rivale. Olivier de la Marche et les comptes de la maison des ducs nous présentent d'étranges détails sur le luxe et les divertissements introduits dans ces festins. C'était, au milieu des buffets chargés d'or et d'argent, tantôt un dromadaire fait au vif, portant panier plein d'oiseaux peints que son conducteur lâchait au milieu de l'assemblée, tantôt un lion plus gros qu'un cheval qui chantait agréablement une ballade et faisait la révérence ; d'autres fois c'était un loup jouant de la flûte, des sangliers sonnant de la trompette, et un quatuor d'ânes chantant un motet, à quoi il faut joindre les montagnes de glaces ornées d'ours, les châteaux forts, les moulins à vent, les lacs, les baleines de soixante pieds de longueur, de la gueule desquelles sortaient nombre de sirènes et de chevaliers qui, leur rôle joué, rentraient dans le ventre des monstres ; les pâtés creux, renfermant une église avec ses moines et ses orgues , et beaucoup d'autres inventions aussi miraculeuses qui, sous le nom d'entremets, descendaient du plafond sur des charriots peints d'or et d'azur, aux armes des ducs, et étaient présentées à l'admiration de l'assemblée. Cependant ces magnifiques automates n'étaient pas les seules délices que les ducs offrissent à rébattement de leurs convives. Le gibier de leurs forêts et le bon vin de leurs vignes de Pomard et de Montrachet en faisaient la principale richesse. Quant aux menus mets d'usage à leur table, et spécialement destinés à affriander les dames, on trouverait dans les comptes de ces repas de curieuses nomenclatures : faisans à la poudre d'or, poules de l'Inde braisées, dont la première fut offerte à la duchesse Marguerite le 12 novembre 1385, gélines au safran, pâtés de groseilles, tartelettes et confitures de poivre, anis et aulx confits servis dans de riches drageoirs, orge pilé, épinaches (épinards) au sucre, rousset, blé vert, oblies, pots de gingembres verts, verjus de pommes au girofle, noix musquettes, hypocras, vin d'épices et claret de Gascogne, servi par les pages dans les hanaps d'or et que le duc buvait à longs traits dans le grand hanap de M. Julius César, qui fut remis à neuf pour la venue du roi d'Arménie à Dijon. — Comptes de Josset de Halle, 1389. — Après le service, des cure-dents d'argent étaient offerts aux convives, avec une brosse de bruyère et une
queue de renard pour s'épousseter. C'était Pheure attendue où quelque ménestrel ou poète parasiste, Thomas de Hédincourt, en 1368, Jehan des Fossés, en 1376, introduit dans la haute galerie de pierre qui dominait la salle, chantait, pour réjouir les dames, quelque complainte nouvelle ; ou bien l'assemblée se tirant, près du foyer brûlant, les allumettes de jonc, qu'il fallait, « sous peine de bailler gage, éteindre d'un « coup sans tousser, » les « almanacques et pronosti fi cations » copiées plus tard par Nostradamus, et déjà célèbres et infaillibles comme depuis, servaient de passe-temps aux femmes et aux jeunes gens, tandis que le duc et ses barons devisaient des guerres de Flandres, de l'occision des Armagnacs, ou de leurs faits de chasse, un des passe-temps favoris du prince, qui n'avait pas moins de quatre cent trente veneurs de tout grade dans son équipage. Quelquefois, une petite porte, cachée près de la cheminée et comme enfouie dans les sculptures de ses piliers, s'entrebâillait silencieusement, et un homme vêtu de noir, une chaîne d'or au cou, un livre et une verge à la main, s'avançait au milieu du cercfe attentif et charmé. A cette heure le duc ne faisait faute, non plus que les plus braves chevaliers de prendre rang et de prêter attention. Que prédira Pastrologien de monsieur le duc ? Parlera-t-il à Jean sans Peur du pont de Montereau; à Charles, de l'étang de Nancy? Ses prophéties étaient plus courtoises sans doute, et il en était payé royalement. Parfois il se mêlait aussi d'escamotage. En 1419, Georges de Bayne était astrologien et alchimiste du duc ; il lui demanda pour engins à souffler cent quarante-cinq francs, ce qui était une grosse somme alors. Jean attendit la fin de l'œuvre avec assez de patience pour un prince; pourtant, ne voyant rien venir, il envoya mander maîire Ceorges, mais il avait disparu. Aucuns dirent que le diable l'avait enlevé ; aucuns qu'il avait emporté les écus du- duc. AVant lui, Jehan de Magny et Robert des Jardins avaient tenu cet office, où ils gagnèrent de bonnes sommes, disent les comptes de 1368 et 1396, « a faire nuictamment aulcunes choses bien secrettes qui ne doibvent seulement estre dictes. »
Outre cette cheminée, qui a été restaurée par M. de Saint-Mesmki, on remarquera dans la salle des Gardes, — ornée d'ailleurs de beaux tableaux, de statues et de bustes qui représentent les hommes célèbres nés à Dijon et dans la Bourgogne , et du mausolée de Crébillon,— trois retables d'autel, monuments curieux de la sculpture en bois et de la dorure au xiv' siècle, longtemps abandonnés dans l'église Saint-Bénigne, et restaurés aussi par M. de Saint-Mesmin. Deux de ces retables connus sous le nom de chapelles portatives des ducs de Bourgogne, sont l'œuvre de Jacques de Baërze ; ils furent commandés par Philippe le Hardi, pour l'ornement de l'église de la Chartreuse : ils ont la forme d'armoires à deux battants, hauts de 1 mèt. 62 c, larges de 2 mèt. 60 c. ; ils offrent, quand ils sont ouverts, un développement de 5 mèt. 20 c. ; la face ex-
térieure de l'un est ornée de peintures attribuées à Melchior Broederlam , peintre du duc Philippe le Hardi, et représentant : l'Annonciation, la Présentation au Temple, la Visitation et la Fuite en Égypte. Les tableaux extérieurs de l'autre ont été enlevés. L'intérieur de chaque battant est orné de cinq figures de saints de 41 centimètres de hauteur, dont les vêtements sont enjolivés de feuillages d'or bruni sur un fond rechampi de diverses couleurs.
Les sujets suivants, également en sculpture de rondeibosse et décorés d'une manière aussi brillante, sont placés sous des baldaquins soutenus et couronnés par des ornements de l'architecture gothique la plus riche et la plus délicate. Ce sont, pour le premier retable : V Adoration des Mages (9 figures), le Calvaire (20 figures), l'Ensevelissement (8 figures) ; pour le second retable : la Décollation de saint Jean - Baptiste (6 figures), Scènes de Martyres (7 figures), la Tentation de saint Antoine (4 figures) . Sur le soubassement du second retable et le recouvrement des battants du premier, on voit une suite répétée des armoiries et des initiales des noms du duc Philippe et de Marguerite de Flandre, son épouse.
Le troisième retable , du xve siècle, provient de l'abbaye de Clairvaux. Les volets ont été détruits; il n'en reste que la pièce principale, formée de cinq tableaux, peints à l'huile, qui représentent : Saint Bernard tenant dans ses mains V église du monastère, le Baptême de Jésus, la Sainte Trinité, la Transfiguration et l'Abbé de Clairvavx.
Mais quelque intérêt qu'offrent ces retables, ce qu'on vient surtout admirer dans la salle des Gardes, se sont les tombeaux des ducs de Bourgogne, Philippe le Hardi et Jean sans Peur. Ces tombeaux étaient dans l'origine le plus bel ornement de l'église de la Chartreuse de Champmol (F. page 193). Ils y rèçurent de nombreuses visites. En 1521, François Ier eut la curiosité de voir la tête de Jean sans Peur; comme il s'étonnait de la largeur de la plaie que la hache de Tanneguy Duchàtel avait faite au crâne : « Sire, lui dit le prieur, c'est par ce trou que les Anglais sont entrés en France. » Ces tomheaux furent détruits à la Révolution, mais les débris en avaient été conservés en divers endroits; l'autorité municipale les remit plus tard à M. Saintpère, professeur d'architecture à l'école de Dijon, qui eut l'heureuse idée de les réunir, après avoir racheté des fragments possédés par divers particuliers, et, sur sa demande, le conseil général vota, en 1818, la restauration de ces beaux monuments. Cette restauration, dirigée par M. de Saint-Mesmin, fut terminée en 1827. M. Moreau, de Dijon, a restauré les figures; M. Marion, de Semur, l'architecture et les ornements.
Le tombeau de Philippe le Hardi s'élève sur un socle et une base en marbre noir. Autour des quatre faces régnent des arcades ogivales en marbre blanc, qui se détachent sur un fond en marbre noir. Une galerie
découpée à jour couronne ces arcades; des pilastres, ornés de colonnettes, de chapiteaux, de cinquante-deux figurines d'anges, de pinacles et de clochetons, les soutiennent. Elles figurent un cloître autour duquel sont placées quarante statuettes représentant les divers personnages des maisons civiles et religieuses des ducs de Bourgogne, et différents ordres monastiques. Sur la table, longue de 3 met. 20 c, large de 2 mèt. 06 c, haute au-dessus du sol de 1 mèt. 50 c, repose la statue couchée de Philippe le Hardi, dont les pieds, chaussés de souliers de fer , s'appuient sur le dos d'un lion, et dontun coussin soutient la tête. Deux anges, aux ailes déployées et dorées, placés en arrière de la tête, supportent un casque à visière conique, qui a la fleur de lis pour cimier. Cetombeau est l'œuvre du Hollandais Claux Sluter, nommé, vers 1390, ymaigier du duc de Bourgogne , aidé par Claux de Vousonne, son neveu, et Jacques de Baërze, pour l'architecture et les ornements. 11 a coûté 3612' livres, qui représenteraient 26000 fr. aujourd'hui.
Le tombeau de Jean sans Peur et de Marguerite de Bourgogne
ressemble beaucoup à celui de Philippe le Hardi ; mais comme il n'a été terminé que vers le milieu du xv« siècle, il est plus richement ouvragé. Deux lions sont couchés aux pieds de Jean sans Peur et de Marguerite de Bourgogne ; le duc et la duchesse portent la couronne ducale. Derrière leur tête, quatre anges soutiennent le casque du duc et les armoiries de la duchesse. La table, longue de 3 mèt. 41 c, large de 2 mèt. 27 c, haute de 25 centimètres, est à 1 mèt. 49 c, au-dessus du sol. Ce tombeau fut commandé, en 1444, à Jehan de la Verta, dit d'Aroca, du pays d'Aragon, tailleur d'ymaiges, demeurant à Dijon, qui s'adjoignit Jean de Drogués et Antoine Le Mouturier. Le marché était fait moyennant le prix et somme de 4000 livret (28 500 fr. d'aujourd'hui) qui seront payés en quatre ans , dit le titre.
Entre les tombeaux de Philippe le Hardi et de Jean sans Peur, on a placé dernièrement une reproduction de la statue de la duchesse de Bedfort (l'original est au musée de Versailles), fille de Jean sans Peur, dont la dépouille mortelle, retrouvée dans l'église des Célestins de Paris, repose actuellement à l'église Saint-Bénigne de Dijon.
Outre les galeries de peinture et de sculpture, le musée de Dijon possède : des émaux peints de la fabrique de Limoges (xvie s.) ; des émaux -porcelaines du xvme s. ; des faïences de Bernard Palissy ; des faïences de Nevers (xvie s.) ; des faïences de Delft (Hollande) du xvne s.; desfaïences de fabrique française (xvines.); des porcelaines de Sèvres; des porcelaines de Saxe (xnr3 s.); des mosaïques dites de Florence ; des camées et pierres gravées; des vitraux ; des tableaux en tapisserie ; des ouvrages de fabrication
orientale ; des incrustations en burgau et autres matières sur vernis de laque ; des ouvrages de jade et de cristal de roche ; des ouvrages de stéatite ; des ouvrages émaillés de fabrique chinoise ; des ouvrages de porcelaine, terre vernie et terre cuite; des ouvrages de fabrication indienne et chinoise, etc.
La collection Devosge, léguée en 1850 à la ville de Dijon, comprend : une belle collection d'estampes ; de nombreuses gravures en portefeuille, plusieurs dessins remarquables, des études d après le modèle vivant, par Prudhon; des statues; des empreintes et médailles, etc.
Musée archéologique.
« Le classement des monuments et autres objets d'art du musée archéologique de Dijon, dit M. Nicolas Fétu (Le musée archéologique de Dijon) est dû entièrement aux soins de M. Henri Baudot, président actuel de la Commission des antiquités de la Côte-d'Or. Ce savant et dévoué archéologue a droit à la reconnaissance publique, car il a sacrifié son temps, sa fortune, ses talents, à un établissement éminemment utile aux sciences, aux lettres et aux arts, et il l'a doté d'une partie des pièces les plus précieuses de sa collection. »
L'entrée du musée est située sous le vestibule de la porte d'honneur de l'aile orientale du palais des États. Ce musée se divise en trois salles :
La première salle contient {époque celtique) un grand nombre d'éclats de silex et de silex façonnés en fers de flèches, en lames, en aiguilles, en ascia, et des polissoirs, provenant d'une fabrique d'armes découverte à Grancey (époque romaine) ; une admirable statue de marbre, de grandeur naturelle, mutilée, représentant un génie, trouvée dans les ruines de l'établissement thermal de Vertilium; des fers de chevaux découverts à Grancey, des lances, des piques, des sabres, des bracelets, des colliers, etc. ; une quantité considérable d'ex-voto et de médailles du Bas- Empire, découverts dans les ruines d'un temple bâti aux sources de la Seine ; des échantillons de mârbre provenant du même temple ; des idoles et des statuettes; une collection de clefs de formes bizarres; des outils de menuisier et des instruments aratoires ; des fioles de verre et des lampes; divers objets de céramique (époque mérovingienne) : une pointe de bouclier admirablement travaillée pour l'époque; des agrafes,
des boucles, des fibules, des médailles, des vases, des ornements de sculpture, etc.; (moyen âge) : un grand nombre de pièces d'orfèvrerie religieuse {fin du xiic s.) , des casques, des masses et hacbes d'armes; des fers de piques; des pièces de monnaie; le bâton cantozal des Bénédictins de Dijon , représentant le martyre de saint Bénigne ; une crosse provenant de l'abbaye de Pzâlon ; une collection de sceaux bourguignons et dijonnais; des fragments d'étofTes dans lesquels Jean sans Peur fut enseveli ; de nombreux fragments de poteries des xm«, xv* et xvi' s. ; divers dessins coloriés originaux deM.de Jolimont; une vue de la cour de Bar et des cuisines des ducs ; un grand tableau (la bataille de Rocroi) sans nom d'auteur; plusieurs exemplaires des belles chromolithographies publiées par M. H. Baudot et représentant divers objets de parure et de sculpture découverts en 1832.
Dans la seconde salle, consacrée aux monuments civils et religieux du moyen âge et des temps modernes, on remarque : deux bas-reliefs du ix« s. (la Cène, le Sauveur entre deux Séraphins et les quatre animaux symboliques), provenant des ruines du monastère des Bénédictins de Dijon ; la tête et le buste du Christ du calvaire qui surmontait le puits de Moïse de la Chartreuse de Dijon, et les bras de la Magdeleine ; des fragments de sculpture provenant de la rotonde de Saint-Bénigne; des débris de colonnes et de chapiteaux de la Sainte-Chapelle de Dijon ; le retable de l'église de Jours-en-Vaux (xv« s.) ; un délicieux morceau de sculpture, représentant le chiffre de François I#r enlacé avec des fleurs de lis et entouré de feuillages; des fragments d'architecture et de sculpture gothique; la clef de voûte de la chapelle du Saint-Sacrement de l'église Saint-Bénigne de Dijon, une statue du tombeau de Saulx-Tavannes, provenant delà Sainte-Chapelle de Dijon; plusieurs pierres tombales avec épitaphes ; une statue en marbre avec deux anges (xvn* s.); une admirable console provenant de l'église de Saint-Jean^ie-Losne (xvie s.) ; l'un des chenets en fer forgé de l'ancienne cuisine des ducs de Bourgogne (xv- s.) ; des canons et boulets trouvés dans les fossés du vieux château de Dijon ; une curieuse gargouille du même édifice ; un fragment de la grille qui entourait les tombeaux des duos de Bourgogne ; un chef-d'œuvre de serrurerie représentant des chiffres entrelaces; le morceau de sculpture allégorique auquel était appendue la poulie du puits de la prison de la rue des Singes, à Dijon ; des ornements de l'hôtel Chabot-Charny ; des échantillons de pavés é mai liés provenant de
l'hôtel du chancelier Rolin et de l'abbaye de Fontenay; une dalle d'un cachot de la Bastille, sur laquelle a été gravé le profil de Louis XVI; des reproductions en plâtre, etc.
La troisième salle renferme (époque gallo-romaine) : un bas-relief figurant les trois Déesses-Mères, portant des cornes d'abondance; une Isis avec le sceptre et le croissant ; le tombeau d'un druide ; le tombeau
de Manda, fille de Blandus; plusieurs tombeaux sur lesquels sont sculptés des personnages gaulois, vêtus du sagum et portant, pour la plupart, une bourse et un gobelet; le tombeau d'un chef de nautonniers dijonnais (bas-relief avec inscription); de belles tombes hébraïques provenant du cimetière juif sur l'emplacement duquel a été bâtie la Sainte- Chapelle; un magnifique morceau de sculpture découvert en 1851 et qui a dû appartenir à la façade d'un théâtre; des fragments de frises, de rinceaux, de corniches, d'architraves, de frontons ; les derniers débris découverts, en 1864, dans les fouilles de la rue de la Monnoye; Tune des colonnes de granit de la crypte de Saint-Bénigne construite avec les débris d'un temple antique; un cercueil trouvé en 1858 près du tombeau de saint Bénigne ; la déesse du temple (Sequana) découverte aux sources de la Seine, etc.
Parmi les monuments trouvés dans les ruines de Vertilium nous signalerons : une inscription latine provenant de. l'établissement thermal de Vertilium; un bas-relief figurant les Déesses-Mères; un autel votif (personnages symboliques sur les trois faces) ; des fragments de statues, de bas-reliefs, de mosaïques, des tombes avec personnages ; la colonne milliaire de Sacquenay (an XLÏII de l'ère chrétienne ; une pirogue celtique, trouvée en 1859 dans le lit de la Loue (Jura); de nombreux exvoto, etc.
Le musée d'histoire naturelle (au jardin des Plantes), établi en 1836 dans les bâtiments de l'Arquebuse, est ouvert au public tous les dimanches, et tous les jours aux étrangers. Nous y signalerons seulement à l'attention des simples visiteurs l'enveloppe supérieure d'un glyptodon, animal gigantesque recouvert d'une immense carapace osseuse. Cette pièce, unique dans les collections de l'Europe, a été trouvée dans des terrains tertiaires d'eau douce, aux environs de Monté video, et léguée à la ville de Dijon par M. le vice-amiral Dupotet.
La Bibliothèque de la ville, fondée en 1632 et 1707, considérablement augmentée pendant la Révolution, occupe une partie des bâtiments de l'ancien collège des jésuites où se trouve l'école de droit (à g. dans la cour). Elle se compose aujourd'hui de 70 000 volumes et de 900 manuscrits. Son catalogue, terminé en 1840, remplit 43 volumes in-folio. Parmi les manuscrits, M. Goussard, auteur d'un guide de l'étranger à Dijon, que nous avons souvent cité, signale : une Bible du xin* s., grand in-folio, sur vélin, à deux colonnes ; une autre Bible in-1 2, également sur vélin et du xmes.;
un très-beau Virgile avec les commentaires de Servius, de la fin du xvie s., in-folio sur vélin; un Roman de la Table ronde duxve s. avec vignettes, in-folio; la Chronique de saint Bénigne; un cahier du Bréviaire cistercien, du xve s., curiosité bibliographique d'un grand intérêt, et qui est faussement connue sous le nom de Bréviaire de saint Bernard; une Histoire de Vhôpital du Saint-Esprit de Dijon, par dom Calmelet, in-folio orné d'une grande quantité de dessins, etV Énéide de Virgile virée en vers patois bor guignons, etc. La collection d'autographes réunie par l'ancien bibliothécaire, M. Toussaint, est riche et curieuse. Le médaillier date de 1829. Des bustes des hommes célèbres de Dijon ornent les salles.
La bibliothèque est ouverte tous les jours au public, de onze heures à trois heures, excepté les dimanches et fêtes, la quinzaine de Pâques et les mois de septembre et d'octobre ; et de sept heures à neuf heures du soir, à partir du 16 novembre jusqu'aux vacances de Pâques. Les étrangers sont admis toute l'année à la visiter.
Les Archives départementales de la Côte-d'Or et de l'ancienne province de Bourgogne occupent actuellement l'ancien hôtel de ville (rue Jeannin), acheté en 1501 par la ville 1500 livres, reconstruit en 1707, vendu au département, en 1833, 170 000 fr. et auquel une aile a été récemment ajoutée. Ce vaste établissement renferme, dans quinze salles, une précieuse collection de titres historiques et privés se rattachant soit à l'ancienne Bourgogne, soit au département de la Côte-d'Or : Bureaux. — Inventaires. — Bibliothèque administrative. — Bureau des finances. — Intendance de Bourgogne. — États de la Province. — Féodalité. — Instruction publique. — Communes. — Clergé séculier et régulier. — Administration départementale , communale, financière, militaire, des travaux publics et des établissements de bienfaisance. Les archives sont ouvertes au public, de midi à k h. du soir. — Le conservateur actuel est M. J. Garnier, qui a publié d'intéressantes monographies sur le Bourg, la Maladière, Talant, etc.
L'ancien hôtel de ville n'a de remarquable qu'une grande salle, qui servait autrefois aux séances solennelles du conseil. La cheminée, soutenue par deux cariatides, est ornée de deux