MÂCON
cafés, le télégraphe électrique et la poste aux lettres; les Champs- Elysées, près de la gare. — Un buffet a été établi à la gare.
Les omnibus conduisent aux hôtels et à domicile pour 30 cent., avec 10 kilog. de bagage, le jour, et, la nuit, 50 cent, avec 30 kil., 1 cent, par 1 kilog. d'excédant.
M. de Lamartine décrit ainsi, dans le premier chapitre des Confidences, Paspect général et la situation de sa ville natale :
<z Sur les bords de la Saône, en remontant son cours, à quelques
Maçon.
lieues de Lyon, s'élève, au penchant d'un coteau à peine renflé audessus des plaines, la ville petite mais gracieuse de Mâcon ; deux clochers gothiques décapités et minés par le temps attirent l'œil et la pensée du voyageur qui descend vers la Provence ou vers l'Italie, sur les bateaux à vapeur dont la rivière est tout le jour sillonnée. Au-dessous de ces ruines de la cathédrale antique s'étendent, sur une longueur de près d'une demi-lieue, de longues files de maisons blanches et des quais où Ton débarque et où l'on embarque les marchandises du midi de la France et les produits des vignobles maçonnais. Le haut de la ville, que l'on n'aperçoit pas de la rivière, est abandonné au silence et au repos; on dirait une ville espagnole : l'herbe y croit l'été entre les pavés; les
hautes murailles des anciens couvents en assombrissent les rues étroites; un collège, un hôpital, des églises les unes restaurées, les autres délabrées et servant de magasins aux tonneliers du pays; une grande place plantée de tilleuls à ses deux extrémités, où les enfants jouent, où les vieillards s'assoient au soleil dans les beaux jours; de longs faubourgs à maisons basses qui montent en serpentant jusqu'au sommet de la colline; et, aux alentours delà place, cinq ou six hôtels ou grandes maisons presque toujours fermées qui reçoivent, l'hiver, les anciennes familles de la province; voilà le coup d'œil de la haute ville. C'est le quartier de ce qu'on appelait autrefois la noblesse et le clergé.
« A l'un des angles de cette place qui était avant la Révolution un rempart, et qui en conserve le nom, on voit une grande et haute maison percée de fenêtres rares et dont les murs élevés, massifs, noircis par la pluie, éraillés par le soleil, sont reliés depuis plus d'un siècle par de grosses clefs de fer. Une porte haute et large, précédée d'un perron de deux marches, donne entrée dans un long vestibule, au fond duquel un lourd escalier en pierre brille au soleil par une fenêtre colossale et monte d'étage en étage pour desservir de nombreux et profonds appartements. C'est la maison où je suis né. »> ( Confidences, III.)
L'histoire de Maçon ressemble beaucoup à celle de Chàlon. Avant la conquête romaine, c'était une ville importante des Eduens, César y établit un castrum. Sous la domination romaine, sa prospérité décroît au profit de Lyon et d'Autun. Tous les peuples barbares , Allemands, Bagaudes, Burgundes, Vandales, Huns, la détruisent tour à tour. Les Sarrasins l'incendient (732). Lothaire la prend, la pille et la brûle en 834. Les Hongrois la saccagent en 924, Les Brabançons la ruinent de fond en comble en 1 140. Cette série de désastres, commencée au m" s. , ne finit qu'au xme.
En 1228, Jean de Braine, qui avait épousé Alix, la petite fille du comte Guillaume V, et qui perdait l'espoir d'avoir des héritiers, vendit le comté de Màcon au roi de France moyennant une somme de 10000 livres et une pension viagère de 1000 livres pour Alix. Ce marché conclu, il partit pour la Terre Sainte, où il mourut en 1229. Alix alla finir ses jours dans le monastère du Lis (près de Melun), dont elle était devenue abbesse, et Mâcon fut incorporé au domaine royal. Au siècle suivant, le régent^ depuis Charles V, la céda au duc Jean de Berry comme augmentation d'apanage, et l'année suivante (1359), il érigea le comté en pairie. En 1416, Jean de Berry étant mort sans enfants, elle fit de nouveau retour à la couronne; mais, huit ans après, Charles VII la donna au duc de Bourgogne, Philippe le Bon, pour solde de la dot de Michelle de France. Celui-ci n'en prit toutefois possession qu'après le
traité d'Arras( 1435). Enfin, après la mortde Charles le Téméraire, Louis XI la réunit au domaine royal, dont elle ne devait plus être séparée.
Lors de la réforme, Mâcon devint le quartier général des huguenots dans la Bourgogne. Gaspard de Saulx , marquis de Tavannes, lieutenant de la province pour le roi , ayant vainement tenté de s'en emparer par la force, la prit par ruse en 1562. Il y fit aussitôt commencer une citadelle destinée « à fortifier cette place pleine de huguenots, voisine des Suisses, frontière du duc de Savoie. » Le gouverneur qu'il y laissa, Guillaume de Saint-Point, y noya un grand nombre de protestants' et se contenta de piller les catholiques. En 1567, les protestants la reprirent, mais, assiégée bientôt par le duc de Nevers, elle fut obligée de capituler; elle paya une contribution de guerre de 30000 écus. Malgré les excès auxquels s'étaient déjà livrés les deux partis, la Saint-Barthéiemy n'y fit aucune victime, grâce à la courageuse résistance que le bailli Philibert de la Guiche opposa aux ordres secrets de la cour.
Mâcon avait embrassé dès le début le parti de la Ligue : elle resta longtemps fidèle à la sainte-union ; toutefois, en 1594, elle se soumit au roi. A dater de cette époque, son histoire n'a plus qu'un intérêt local. Aujourd'hui Mâcon est le chef-lieu du département de Saôneet-Loire. Sa population s'élève à 18006 hab.
Mâcon est tout à la fois une ville industrielle et une ville commerçante. Elle possède des fabriques de toiles à voiles, une fonderie de cuivre très-considérable qui occupe plus de 100 ouvriers, plusieurs imprimeries, une faïencerie, des tanneries, des teintureries, des tuileries, etc. Elle vend surtout des vins, des grains, des merrains, des cercles. Les marchés se tiennent au faubourg de Saint-Laurent (Ain), sur la rive g. de la Saône. Ils offrent aux artistes une curieuse collection des costumes de la Bresse et du Mâconnais.
Avant la Révolution, Mâcon possédait un évôché dont l'origine remontait, dit-on, au ve ou au vie s., et qui n'a pas été rétabli. On y comptait douze églises, et, après la restauration du culte, quand le pape Pie VII s'arrêta à Mâcon, il dit la messe dans ses appartements. Napoléon, pour se concilier l'affection des Mâconnais, qui l'avaient pourtant brûlé en effigie lorsqu'il s'était fait
t. Chaque jour, lorsque tout était disposé pour ce barbare spectacle, on allait avertir M. le gouverneur que la farce étoit preate; de là vient la locution proverbiale : farce de Saint-Point. Les protestants exercèrent de cruelles représailles sur les catholiques, lorsqu'ils furent maîtres de la ville.