PLAGE DE LA MINERVE
L* obélisque égyptien qu'on voit au milieu de cette place, et qui est couvert d'hiéroglyphes, a été trouvé dans le jardin du couvent dit de la Minerve, vers l'année 1665. Alexandre VU le fit élever sur cette place par le Bernin, qui le plaça sur le dos d'un éléphant de marbre, ouvrage d' Hercule Fer^ rata. On sait que les temples d'isis et Sérapis, connus par les anciens sous les noms d*Iseum et Serapetmi, étaient dans ces environs; ils occupaient l'es- )ace depuis le jardin du couvent des dominicains , usqu'à peu près aux écuries du palais Al tieri. En ef- 'et on a trouvé dans cet espace, en plusieurs occasions, des objets relatifs au culte égyptien, et par* ticuliérement les deux obélisques de la place du Panthéon et de celle de la Minerve , Y autel isiaque qui est aujourd'hui au Musée du Gapitole, et les deux belles statues colossales du Nil et du Tibre , dont la première est dans la nouvelle galerie du Musée du Vatican, et l'autre est à Paris.
Dans le palai&qui est vis-à-vis de l'église était étar blie l'académie ecclésiastique, fondée sous Clément XL pour les jeunes nobles qui voulaient s' appli-
2uer aux études et embrasser l'état ecclésiastique, lette académie a été dissoute en 1848 par le souverain pontife Pie IX.
L'égUse vis-à-vis porte le nom d'
ÉGLISE DE STE. MARIE SUR iftINERVE.
Sous le pontificat de Grégoire XI, vers la fin du XIY* siècle, les religieuses bénédictines dumonastère de Campo Marzo cédèrent cette église aux frères dominicains, qui la rebâtirent avec plus de magniv ficencc; à cette époque appartient la façade^ qui est très-simple, et sur laquelle on voit plusieurs ins-
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criptions qui marquent les débordemens du Tibre en 1422, 1495, 1530, 1557, et 1598, qui fut le plus extraordinaire. Dans le XVII* siècle le cardinal Antoine Barberini la restaura considérablement, k Texception de la tribune, qui fut refaite par les seigneurs Palombari, sous la direction de I architecte Charles Maderne,qui y ajouta le chcBur. Cette église, riche en monumens a'arts, s'appelle ste. Marie sur Minerye, parce qu'elle a été érigée sur les ruines du temple de Minerye, construit par Pompée le grand après ses victoires.
En 1846 les mêmes pères dominicains, à qui appartient toujours cette église, délibérèrent d en renouveler tout r intérieur, à T exception des chaj^elles. Ce travail fut commencé sur les dessins du père Jérôme, religieux du même ordre, et après sa mort il fut continué sur les mêmes dessins avec quelques changemens. Gomme le travail est déjà fort avancé , nous croyons opportun d* en donner dès à présent une succincte indication, comme s'il était déjà terminé. C'est pourquoi avant de parler d'autre chose , nous ferons mention de tout ce qui a rapport à une si importante rénovation.
L' église à été encore plus réduite au style gothique, tant pour l' architecture que pour la décoration. Son pavé a été fait entièrement de marbre blanc avec des bandes de marbre dit hardiglio. Les piliers qui divisent les nefs ont été, dans la partie inférieure, revêtus de beau cipollin, et recouverts dans le restant de leur hauteur de scagliuolaf imitant ce marbre. Dans cette circonstance on déplaça tous les tombeaux adossés à ces mêmes piliers du côté de la grande nef, et on les réunit, avec une belle disposition , à ceux qui existaient déjà dans les petites nefs. La voûte de la grande nef, construite en six compartimens , a été richement décorée d'ornemens peints en style gothique sur un fond
Église de sU. Marie ncr Minerve. 319
azur. Chaque compartiment est aussi embelli de quatre médailloos j dans lesquels on a peint alternativement, dans un compartiment des demi-figure d'apôtres, et dans l'autre des omemens gothiques, de sorte que les douze apôtres se trouvent représentés dans r étendue de la voûte. Cette décoration fut entièrement exécutée à fresque par le peintre Bernardin Biccardi , également auteur des médaillons que Ton voit aux côtés des arcs, dans lesquels il représenta quelques saints, et des bienheureux de Tordre de st. Dominique. On doit à ce même artiste Tomement des voûtes des nefs latérales.
La voûte de la nef de la croisée, divisée en trois compartimens , a été décorée d' ornemens et de fi-
Sres également sur un fond azur parsemé d'étoii d*or. Dans le compartiment du milieu on.a re** présenté les quatre évangélistes;dans celui de droite on voit quatre docteurs de Téglise latine, savoir, st. Augustin , st. Grégoire le Grand, st. Jérôme, et st. Ambroise; et dans l'autre, les saints docteurs de r église grecque, Jean Chrysostôme, Grégoire de Nazianze, Basile et Anastase. Toutes les peintures de cette voûte ont été exécutées par l'artiste génois Oreggia; et les huit médaillons sous les fenêtres appartiennent à Philippe Baibi, qui, d'après une méthode perfectionnée par lui, y peignit à l'huile quelques saints et bienheureux de Tordre dominicain. La tribune a aussi été peinte sur le même style que la nef de la croisée. Le susdit Biccardi y exécuta tons les omemens, et peignit les quatre grands prophètes que l'on voit sur la voûte, ainsi que l'Annonciation de la ste. Vierge, qui orne la petite voûte de Tabside: à ce même artiste appartiennent les figures de quelques saints dominicains, qui embellissent Tes viti^aux des trois grandes fenêtres à forme aiguë. Les quatre ihédaillons sur les parois ont été peints à l'huile par le susdit BaIbi, et nous offrent les ef-
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figies d' autant de principaux saints de V ordre de saint Dominique/
Après avoir ainsi exposé en peu de mots ce qui regarde la rénovation de cette église, qui par là a acquis une nouvelle splendeur, nous en commencerons la visite selon notre méthode.
En se dirigeant donc vers la principale entrée , et de là dans la nef à droite en entrant dans Téglise, on voit sur l'autel de la première chapelle, après celle des fonts-baptismaux , un tableau du Baciccio, représentant st. Louis Bertrando : les fresques de la voûte sont de Gaspard Gelio, et elles nous offrent quelques faits relatifs à la vie de st. Dominique. Le monument sur la face du pilier presque visà-vis de cette chapelle, fut érigé à la mémoire du chev. Mongardi; Tenerani en sculpta le buste. Dans la seconde chapelle, dédiée à ste. Rose, il y a trois tableaux de Lazare Baldi. Le tableau sur T autel de la chapelle suivante, qui représente le martyre de st. Pierre dit le martyr, fut peint par Bonaventure Lamberti; les deux fresques latérales sont de Jean-Baptiste Franco, vénitien; celles des lunettes et de la voûte appartiennent à un autre artiste; et le Mutien peignit Tare et les pilastres.
Après la petite porte de l'église on trouve la chapelle de FAnnonciation, construite d'après les dessins de Charles Maderne, et décorée de peintures à fresque de César Nebbta. Le tableau de l'autel, représentant l'Annonciation de la ste. Vierge, que quelques-uns attribuent à frère Jean- Ange de Fiesole , est selon nous un ouvrage de Benozzo Goz* zoli : la statue d' Urbain VU a été sculptée par le Buonvicino.Dans la chapelle Aldobrandini qui suit, on voit sur Tautel la cène du Sauveur, qui est le dernier ouvrage qu'envoya Barroche à Rome; les autres peintures sont de Chérubin Alberti; les statues des apAtres Pierre et Paul ont été sculptées
Église de ste. Marie sur Minerve. 321
par Camille Marianij les anges sur le fronton sont de Buonyicino; le st. Sébastien est de Gordieri; la statue représentant Clément YIII, placée yis-à-vis, est un ouvrage de Buzi. Les deux tombeaux latéraux furent érigés à la mémoire des Aldobrandini, père et mère du pape Clément YIII 3 les deux statues couchées et la petite statue représentant la Charité, appartiennent au susdit Cordieri ; les autres sont des ouvrages de Mariani, d'Etienne Ma*deme, et d'autres artistes. Près de cette chapelle on voit le monument du cardinal Bertazzoli^ scul-
5 té par Rinaido Rinaldi. Vient ensuite la chapelle édiée à st Raymond, dont le tableau est de Nicolas Magni. La peinture à fresque que Ton voit à Textérieur, représentant ste. Catherine et ste. Aga^ the, est l'ouvrage de Sicciolante de Sermoneta.
A peine montés dans la nef de la croisée, on trouve, à droite une petite chapelle, ou il y a un crucifix, que l'on croit peint par Giotto. La grande chapelle à c6té, dédiée à saint Thomas d'Aquin, est ornée de peintures fortrestimées. Le tableau de l'au^ tel est l'ouvrage de frère Jean-Ange de Fiesole; il représente la Vierge, st. Thomas d'Aquin et le cardinal Olivier Caraifa,de l'illustre famille de Naples, fondateur de la chapelle. Les sibylles et les anges de la voûte sont de belles productions de Raffaellino del Garbo, et toutes les autres peintures appartiennent à Filippino Lippi, florentin: toutes ces belles peintures ont été un peu endommagées par les restaurations. Le tombeau de Paul IV , de la famille Carafa , a été érigé d'après les dessins de Pyrrhus Ligorius, célèbre architecte du XVI* siècle.
Avant d'entrer dans la chapelle suivante il faut remarquer le tombeau de Guillaume Durante, dont les mosaïques ont été faites par Jean fils de Cosmas. Dans la chapelle à côté, appartenant à la maison Altieri, le tableau de l'autel est de Charles Ma-
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ratta; il représente la sainte Vierge et les saints qui forent canonisés par Clément X de là maison Altieri: le Baciccio peignit à fresque la grande lunette qui est au dessus de T autel. Les peintilres de la voûte de la chapelle suivante , dédiée à N. D. du Bosaire, sont de beaux ouvrages de Marcel Venusti : elles représentent les quinze mystères du rosaire; mais le couronnement d'épines est de Charles Vénitien. Jean de Vecchi y peignit quelques traits de la vie de ste. Catherine de Sienne. La Vierge qui est sur l'autel appartient à une ancienne école 9 et non à frère Jean- Ange de Fiésole^ comme quelques-uns le croient.
Dans la tribune, à gauche, est le monument érigé à Léon X, le Mécène de tous les arts, et vis-àvis est celui de Clément VU, tous deux ouvrages de Baccio Bandinelli ; cependant la statue de Léon X fut sculptée par Raphaël de Montelupo; et Baocio Bigio fit celle de Clément VIL Près de cette tribune, on doit observer la belle statue représentant Jésus-Christ, debout, tenant la croix, sculpture du célèbre Buonarroli.
Dans le corridor qui mène à la porte voisine il y a plusieurs tombeaux. A gauche on remarque celui du cardinal Alcssandriuo, neveu dd st. Pie V: le dessin est de Jacques délia Porta ; et Silla de Vigiu sculpta la statue du cardinal. Vis-à-vis est le tombeau du cardinal Pimentel, espagnol, d'après les dessins du Bemin, et exécuté par plusieurs artistes. Celui qui est sur la porte, est du cardinal Bonelli, élevé d'après les dessins de Charles Raïnaldi 3 et sur les côtés on observe deux monumens d'un beau travail du XV* siècle, érigés à Agapitet Cincio Rustici. Avant de rentrer dans la nef on voit à droite, enchâssée dans le mur, la mémoire sépulcrale de frère Jean-Ange de Fiésole, dominicain, peintre célèbre du XV* siècle , plusieurs fois mentionné ci-
Êgttse de iU. Marie $wr Minerve. 323
dessus. Â peine sorli de ce corridor » on trouve la chapelle de ste. Marie Magdelaine , dans laquelle il y a trois tableaux de François Parone.
En entrant dans la sacristie on yoit snr V autel un tableau représentant le Crucifix et quelques saints, par André Sacchi. Le st Pominique, qui est peint sur la voûte, est du Bastaro. Joseph Speranza peignit au dessus de la porte le conclave tenu dans ce lieu en 1431 pour l'élection d'Eugène lY. Nicolas Y y fut aussi élu en 1447.
En retournant à Téglise on trouve tout de suite la chapelle de st. Dominique, décorée de huit belles colonnes de marbre blanc et noir antique. Dans cette chapelle est le tombeau de Benoit XIII Orsini, exécuté par plusieurs artistes sur les dessins de Charles Marchionni, qui en sculpta aussi le bas-relief et les deux anges qui sont en haut. Le tableau de Tautel est de Paul de Jdatteis.
En descendant dans la petite nef, on observe sur le premier pilier à gauche le joli monument érigé à Jérôme Buti, ouvrage du aY* siècle. Entre la première et la seconde chapelle est nlacè celui d'Octavien Ubaldini della Gherardesca, dont le portrait en mosaïque, d'une belle exécution, est du Calandra. Dans 1 un des côtés du pilier en face on voit le monument érigé à sœur Marie Baggi , sur Jes dessins du Bemin. La chapelle après le monument d'Ubaldini renferme un taoleau de Bernard Castelli, représentant st. YincentFerreri, auquel elle est dédiée. Dans la chapelle qui suit, on doit observer une petite statue de st. Sébastien, sculptée par Mino de Fiesole. Entre les deux dernières chapelles est situé le monument de César Magalotti^ florentin, vice-légat de l'armée pontificale, mort en 1602; et sur le pilier en face est celui de Raphaël Fabretti , antiquaire célèbre du XYII* siècle, qui a écrit plusieurs ouvrages fort estimés: Busconi le sculptQ.
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Après la dernière chapelle on roit deux tombeaux placés Vxin sur Tautre; celui en haut est du cardinal Jacques Tebaldi, érèque de Gésarée, mort en 1446; on croit que c'est l'ouvrage d*André Verroccbio ; celui qui est au dessous est de François Tornabuoni , riche marchand de Florence et parent des Médicis, travail estimé de Mino de Fiésole.
Enfin nous ferons' observer, du côté droit de la grande porte^ en sortant, le monument érigé dans le XV« siècle à Dio-ti-salvi Neroni , jurisconsulte de Florence.
Bibliothèque. Par un escalier voisin de la sacris* tie on monte à la célèbre Bibliothèque Casanatense, ainsi appelée parce qu'elle appartenait au cardinal Jérôme Gasanate, napolitain, qui la légua au couvent des dominicains de ste. Marie sur Minerve , pour qu'elle fût ouverte au public. Outre cela il lui laissa un legs considérable pour acquérir de nouveaux ouvrages. Cette bibliothèque est la plus riche de toutes celles de Rome en ouvrages imprimés, comme celle du Vatican l'est en manuscrits; et il y a, en outre, un grand recueil d'éditions antiques. Elle possède de précieux manuscrits, parmi lesquels se distingue une grande bible en parchemin, imprimée à Ta main avec des poinçons, genre de travail appelé chirographie, qui est l'anneau entre le manuscrit et l' imprimerie. Le nombre total des volumes, non compris les opuscules réunis dans les miscellanées , est de 120,000; ils contiennent des ouvrages de sciences , de lettres et darts, de toutes langues. De plus, cette bibliothèque renferme un beau recueil de toutes les meilleures gravures des planches que possède la calcographie du gouvernement. Au fond de la grande salle est la statue du card. fondateur, sculptée par Mr. le Gros.
Sur les parois du cloître de ce couvent , il y a dés peintures à fresque de Mappi , de Yàlesio , de
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Léllî, du Bastaro etc. ; et les routes sont ornées de peintures grotesques et de perspectives: il y a aussi les tombeaux des cardinaux Agnensi, napolitain, et Ferrici, espagnol, Tun et l'autre beaux ouvrages du XV* siècle.
Sur la plaice de T église que nous avons visitée, est le grand hôtel de la Minerve : à V angle de cet fadtel on trouve la rue des Cestari, qui conduit directement à r