MONT TESTACCIO
Ce mont est ainsi nommé parcequ’ il^ est formé de fragmens de vases de terre cuite , appelés testa en latin; son origine est inconnue , et il n’y a pas d’autorité ancienne qui en fasse mention. Il a 163 pieds de Paris de
hauteur et 4503 de circonférence Le silence
des auteurs anciens et la découverte des tombeaux qu’on a faite sous cette colline, lesquels étaient comblés par les fragmens de ces vases, rendent assez problable l’opinion qu’il ait été formé dans les tems de la décadence. On sait que l’ on fesait à Rome un grand usage de vases de terre cuite j.pour rafraîchir les eaux, et conserver les vins, les huiles, et les cendres des morts. Au bas de cette colline on a creusé tout autour beaucoup de caves qui sont d’une grande fraicheur , et excellentes pour
Mont Testaccio-
conserver le vin. Du sommet de ce mont on jouit d’une très-belle vue des environs, dont le Poussin a tiré un grand parti.
En sortant de 1’ enceinte de Testaccio on voit, vis-à-vis, sur PAventin le front d’un bastion qui fait partie des fortifications nouvelles que le pape Paul III voulait faire pour mettre cette partie de la ville à 1’ abri ; 1’ architecte Antoine Sangallo avait etc chargé de ce grand ouvrage qui ne fut jamais achevé .
D’autres traces de cette ligne de fortifications existent sous l’église de su Sabbas,et un grand bastion qui porte le nom de bastion de Sangallo et qui est célèbre dans l’histoire de l’architecture militaire moderne, existe encore entre la porte st. Paul et la porte Appieune ou de St. Sébastien; il est lié aux murs de la ville.
Laissant à droite la colline, et suivant la rue à gauche de la porte de Testaccio, on trouve un arc en briques, dit de st. Lazare à cause de 1* hermitage qui est à côté. Etant trés-délabré il vient d’être restauré. Sa construction indique qu’ il fait partie d’ un batiment du tems de la décadence des arts; peut être appartenait-il aux greniers publics qui étaient dans ces environs? Parmi ceux que Victor indique comme existant dans ce quartier, ceux d’Anicetus pouvaient bien être ici.
On parvient ensuite à la place nouvelle' ment ouverte pour le depot des marbres qu on débarque du Tibre; près de celle-ci est a vigne Cesarini dans la quelle sont les restes
des anciens
JYaualia,
navalia.
C’ est ainsi qu’ on appelait anciennement r endroit où abordaient les vaisseaux qui remontaient le Tibre, et où l’on débarquait les marchandises qu* ils portaient» Tite^ Live en décrivant l’élection deCincinnatus dit que cet endroit était sur la rive gauche du Tibre, et non sur la rive droite comme on le prétend dans quelques ouvrages modernes. D auties passages du même écrivain confirment ce fait, en montrant que les Navalia étaient hors de la porte Trigemina qui était au bas du mont Aventin , près des magazins au sel d’ aujourd* hui . Dans la vigne Césarini qu* on vient de nommer existent encore des ruines très considérables construites, en petits polygones de tuf, construction que les anciens appelaient opiis incertum; elles paraissent appartenir au commencement du VII siècle de Rome , et faire partie de l’ancien arsenal. Dans cette vigne on a trouvé à diflerenles reprises un grand nombre de blocs de marbre de differentes espèces; parmi ces blocs il y en avait quelques uns qui portaient la date de l’envoi. Ces découvertes ont prouvé que leur débarquement se faisait ici; c*est pour cette raison qu’on appelle aujourd’ hui toute cette contrée du nom de Marmorata.
Dans le moyen-âge on nommait cette rive Iii~ pa Grœca , le rivage grec, comme celle vis-àvis s’appelait Jîipa Romœa^ le rivage romain.
En retournant à la place où aujourd’hui on débarque les marbres, on voit au pied du mont Aventin près du Tibre d’autres restes d’anciens greniers, qui peut être font aussi partie de ceux
Pont Subliciiis»
d'Anicetus dont on a déjà fait mention, et qui paraissent avoir couvert tout cet angle de la colline.
Lorsque les eaux de la rivière sont basses on voit les restes du
PONT SUBLICIÜS.
Ce pont fut le premier que l’on construisit sur le Tibre; il fut érigé par AncusMarcius,et comme il était tout en bois, on V appela Subliciusy h cause des poutres qui le composaient, C’ est sur ce pont qu’eut lieu 1’ action mémorable d’ Horatius Codés qui arrêta, lui seul , l’armée de Porsenna roi des Etrusques, jusqu’ à ce qu’ on eût démoli le pont derrière lui; après quoi , il s’élança dans le Tibre et regagna la ville <à la nage. La crainte de courir dans la suite un semblable danger , fit rétablir ce pont sans y mettre de clous , afin de pouvoir le démonter plus promptement. Ce pont prit ensuite le nom d’ Jlemilius, pareequ’ ayant été détruit, il fut refait en pierre par M. Aemilius Lepidus, dernier censeur sous Auguste. Antonin le Pieux le restaura ensuite; mais il fut emporté, l’an 780 de l’ère chrétienne, par un débordement du Tibre. Les restes de ce pont furent presqu’ entièrement détruits sous le pape Nicolas V , l’an 1454 , et dans cette occasion on se servit des pierres pour en fur® des boulets de canon . C’est de ce pont qu® l’on jeta dans le fleuve les corps des empe* reurs Commode et Héliogale.
En avançant, on trouve le magasin où 1 purifie et on débite le sel. Dans ce même®”" droit étaient les anciens magasins à seh <1*^
Mont Aventin.
appelait les Salines, et la porte Trigeraina de l’enceinte de Rome, faite par Servins Tullius.
Un arc en travertin qui portait les nom des consuls subrogés Publius Cornélius Lentulus et Titus Quiniiiis Crispinus Valérien, qui appartiennent à l’an 7 de l’ere vulgaire, a existe ici jusqu’à l’an 1480 lorsqu il fut détruit par Sixte IV pour ransformer les blocs en boulets de canons. Cet arc avait e'te' construit pour servir de porte aux magasins au sel, et il est très probable qu’il était dans le même endroit, où on voit un arc moderne qui sert de passage dans cette partie de la ville.
La colline qui domine ce bâtiment se nomme