‹ Itinéraire de Tiflis à Constantinople;Chapitre 13 sur 44 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Temps mbderries. *— tiistoitre du Cfiristianùme eh Gé<yrgie. — Note

sur la langue Géorgienne.

L'histoire de la civilisation d'un peuple est généralement celle des religions qu'il a successivement embrassées, jusqu'à l'époque où cette civilisation définitivement accomplie , marche seule dans de nouvelles routes. Généralement , le christianisme a fait la civilisation moderne. C'est en suivant les rapports , trop négligés parles autres historiens , de son établissement , de ses progrès et de son triomphe en Géorgie , que nous allons achever de parcourir les annales de cette contrée^

Les descendants de JSTar^Zb* , fondateur présumé de la nation géorgienne (*), adoraient le soleil, la lune et le feu ; les restes de ce patriarche étaient aussi devenus un objet de culte : on jurait par le tombeau de Kartlos.

Lors de la conquête du macédonien Azon, l'adoration des idoles fut ajoutée par les Géorgiens à celle des

(*) Voyez la nofe àla fin du chapitre II.

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astres. Le culte d'Oramaze fut introduit par le persan Pharaaos {Pharnavaz^j vers la fin du 3® siècle avant notre ère. Ce culte , rapproché du Déisme , favorisa l'introduction de lois équitables et amena l'invention de l'écriture géorgienne. (*)

Pendant les guerres d'Ântiochus , un grand nombre de juifs de la tribu de Ruben vinrent se réfugier en Géorgie. Leurs descendants sont encore dispersés dans les différentes provinces de ce pays.

Les Géorgiens n'épousaient alors qu'une seule femme ; le mahométisme introduisit plus tard une licence que le christianisme réprima de nouveau. Ils furent anthropophages et sacrifièrent des esclaves et des enfants à leurs, divinités, jusques sous le règne de Reff ou Rew , vers la fin du 2* siècle après J. G.

Selon la tradition , l'apôtre Saint-André vint prêcher l'évangile en Mingrélie ; mais ce fut seulement vers le commencement du 4« siècle que trois chrétiennes persécutées dans l'Occident passèrent en Ibérie Quelles apportèrent et propagèrent leur foi : leurs noms étaient Nino,Ripsime et Gaïana. Nino s'établit vers 3 1 2 à Mschett, alors capitale delà Géorgie. Elle opéra dans tout le pays de nombreuses conversions et fonda plusieurs monastères , dans l'un desquels (ce-

(* ) Voyez la note à la fin du chapitre lit.

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lui de NinoâTTiinday àunelieuéde Signaghy) onyoïi '

encore son tombeau ( * ).

Pendant toute la durée du 4^ siècle , la religion chrétienne fit de grands progrès dans la Géorgie. Ce fut en vain que les Perses, animés par leur zèle pour leur ancienne foi, essayèrent de soumettre cette contrée : ils furent repoussés à différentes reprises. Vers le milieu du sixième siècle, Justinien y àè&\, Khosrou Nouchervan. Héraclius, en 626, détruisit les armées persanes ^ et enfin , en 642, Stéphanos en purgea son territoire. Ce fut une des plus belles époques de l'histoire du Kartwel.

Cependant l'Islamisme venait de s'établir.Naissan t à peine, il était déjà fort; et les conversions par le cimeterre avaient, en un clin d'œil, changé la face de l'Orient. L'ambition des Califes convoita le Caucase. La première armée d'invasion fut repoussée par les naturels du pay$ soutenus par les Grecs : la seconde expédition eut plus de succès ; et , en 684 y Mushlimeh , frère du Calife Velid , acheva la conquête de tout le pays. Cependant, même durant l'époque de la plus grande puissance des Arabes , la Géorgie resta plus indépendante que les provinces voisines. Elle garda sa foi et la dynastie légitime. Un gouver* neur arabe résidait à la vérité à Tiflis; mais en 861

(*) Voycï la note à la fin du chapitre III.

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ce fléau cessa de lui être impose. Des dissentions in* testines ruinèrent le Califat, et pendant deux siècles , la Géorgie fût presque libre et tranquille. Mais des querelles avec les Grecs succédèrent aux invasions des Arabes. L'empereur Bazile vint se faire battre 9 en 1016 environ, par leGzar Sourgen et son fils. Cependant, au milieu dépareilles secousses, la religion du Christ et la civilisation dont elle est l'instrument , faisaient peu de progrès parmi les Géorgiens ; tantôt chrétiens , tantôt mahométans de nom, sans avoir l'esprit de l'évangile ni celui de l'Alcoran 3 indifférents et superstitieux à la fois ; pour ainsi dire idolâtres , puisqu'ils ne s'adonnaient qu'à des pratiques extérieures sans y joindre aucun sens moral, ces peuples étaient presque stationnaires ^ sans richesses, sans industrie^ sans bonheur au dedans et sans gloire au dehors.

David III y surnommé le reatcuirateuty en montant sur le trône vers le 1 2® siècle, sut établir pour quelques années un ordre de choses plus régulier et plus heureux. Il chassa entièrement les Mahcnnétans qui > depuis la domination des Seldjoukides en Perse > occupaient quelques places fartes au pied du Cau^ case. Dimitri , poursuivant les projets de son pré-* décesseur, étendit la puissance géorgienne depuis Trébisonde jusqu'à Derbend. L'illustre Tamara soumit les peuples même du Caucase. Mais avec elle finit l'époque la plus brillante de l'histoire géor^

gienne. Gengis-Kban , à la tête de ses Mogols , ayant pénétré jusqu'au delà-de l'Araxe, établit en Géorgie une domination militaire. Timour, dans le i4^ siècle , ne se contenta plus de régner sur ce pays ; il Toulut le convertir à l'Islamisme et en eut bientôt fait un désert. Depuis cette époque, tour à tour les Turcomans , les Tatares, les Sophis de Perse, furent les bourreaux des malheureux enfants de Karthlos. Exi i585, une démarche peu importante en appa rence, mais qui devait plus tard lanceji* dans une nouvelle route toutes les destinées de la Géorgie, fut tentée par un de ses princes. Alexandre III , roi de Kakhétie, se mit sous la protection du Czar Féodor Ivanowitch. Celui-ci à la vérité lui promit des ingénieurs et lui envoya des images de saints. Mais c'est néanmoins sur cette circonstance que la Russie a fondé dans la suite les prétentions qu'elle a successivement fait valoir. Ici un nouvel ordre de choses commence. Malgré tant de reproches banaux adressés à l'ambition moscovite, la fusion des provinces Caucasiennes dans l'empire Russe n'était-elle point amenée par la force des positions ? Seule chrétienne au-delà des monts , au milieu de peuples sauvages et indifférents à son sort, la Géorgie pouvait-elle lutter contre le colosse mahométan, ce colosse à mille têtes qui quelquefois semblaient s'entre-dévorer, mais qui se réunissaient toutes dès qu'il s'agissait de déchirer une proie commune?

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n fallait être membre d'un colosse aussi y pour se défendre contre celui-là. Il fallait^ pour la Géorgie même , que la Russie poussât ses frontières jusqu'au delà del'Araxe. Cette union était juste, puisqu'elle faisait le bonheur des deux parties. Dans un prochain chapitre, je raconterai avec impartialité comment elle s'est préparée, comment elle a été accomplie, comment elle doit s'affermir encore. On jugera si , malgré quelques irrégularités dans certaines formes,les Gzars n'ont pas le bon droit de leur côté quant au fond.^

Mais auparavant ^ j'ai à traiter , dans le chapitre qui va suivre immédiatement celui-ci , un point auquel je ne trouverais guère d'occasion d^ revenir ^ si je passais outi^e maintenwt.

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