TRADUCTION DES DEUX EPITAPHES
Depuis Tan 1818, ici est déposëe une fille unique et bien aimée de parents respectables, Rosalie N. N. Elle cessa de fleurir , quand la nature commence à se couvrir de fleurs : elle mourut le premier mai, âgée de 3 ans, a mois, 5 jours.
O Marie ! O la plus charmante des vierges , ô toi qui fus ravie dans la fleur de ta beauté, combien il est moins doux de vivre avec le reste du monde qu'avec ton spuvenir !
Comme il fut ^impossible de nous procurer à Gori des voitures pareilles à celle qui nous avait conduits jusque là , nous nous vîmes forcés de nous contenter de quelques chevaux et de mulets , d'une espèce à l'existence de laquelle beaucoup de personnes refusent encore de croire. L'hébride né d'un âne et d'un buffle femelle , le jumard en un mot, est très commun dans tout le nord de la Perse. J'en ai vurun grand nombre en Géorgie. Il est plus grand , plus beau, plus fort et moins têtu que l'âne et le mulet ordinaires ; il tient cependant fort peu delafemelle qui l'a mis au monde. On conçoit tout ce que l'on a pu objecter contre la possibilité de l'accouplement de deux espèces aussi différentes de mammifères, d'un ruminant avec un animal à un seul estomac, d'un solipède avec un bisulque 1 Mais à cela je réponds , comme M. Jacotot, le fait! le fait ! Ce fait , je viens encore l'attester après une foule de voyageurs ; je souhaite que mon témoignage fasse définitivement pencher la balance du côté de la vérité.
Nous fîmes charger nos bagages sur ces animaux: moi , ma femme et mes enfants nous montâmes tous à cheval. J'avais fait faire des habits à la circassienne pour nous en revêtir à la frontière turque : déjà mes deux domestiques étaient habillés de la sorte. Ma femme ne prit jamais le costume circassien; mais elle porta toujours un voile. Rien de plus original que l'aspect de cette petite caravane , avec ses
costumes variés , ses bagages et ses singulières montures. Lebon Gallotne nous eût pas manques s'il fût tombé sur notre chemin.
Nous nous dirigions yers le.châteaud'Opplissigbi^ espèce de forteresse taillée dans le roc, à dix werstes de Gori et sur l'ancienne frontière de Plmérétie. C'était la résidence du prince Tsérételli, qui nous y accueillit ayecuQe hospitalité cordiale et nous y offrit à déjeuner.
La salle àmangerétaitàia fois Jie salon de réception et la chambre à coucher du prince et de sa femme. Surun des côtés de l'appartement se prolongeait un immense lit de bois, pareil à ceux que l'on voit dans nos corps-de-garde. La nuit on étendait là dessus une une espèce de matelas de feutre, épais de deux doigts, et fort dur : on roulait, dès le matin cette couche conjugale ,pour la placer sur des cofires où étaient serrés les habillements du prince et de la princesse. Le long des murailles étaient suspendues toutes les différentes armes du prince : elles étaient riches et nombreuses. Leis croisées, taillées en pierre comme celles de nos églises gothiques, étaient garnies de papier huilé en place de vitraux. Nous dînâmes par terre , accroupis à la turque. Pour faire honneur à ma femme , la princesse dérogea aux mœurs du pays et prit place avec nous. Quelque grand que soit le nombre des convives , ils se rangent toujours sur une file , et le maître de la maison est placé à l'une des
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extrémités, de manière à pouvoir s'occuper de tous ses hôtes. Nous étions en tout douze personnes. Une natte fut étendue devant nous et par dessus une nappe de couleur. Des pains longs et plats, d'une pâte fort molle , furent placés devant chacun des convives; Ces pains servent h plusieurs usages : on s'en construit, pour manger la soupe qui est fort épaisse et même les légumes et les sauces, une sorte de cuiller que l'on finit par avaler ; on s'en fait également une serviette pour s'essuyer les doigts ou les lèvres. Les Imérétiens boivent beaucoup, et un domestique circule continuellement derrière la file des convives , arme d'u&e énorme amphore et d'mie grande cuiller d'argent dans laquelle chacun boit à son tour. Chez le prince Tsérételli , ma femme et la princesse se servaient à elles deux d'une coupe plate en forme de patère. La table était abondamment plutôt que somptueusement servie en volaille et gibier, rôtis ou accommodés avec beaucoup d'herbes de haut goût Les plats était fort petits et très nombreux. La plupart des légumes différaient singulièrement de ceux que l'on nous sert en Europe. Les Géorgiens mangent, crus ou bouillis dans l'eau , une vingtaine de végétaux que nous dédaignons ou qui manquent à nos climats. Tous ces mets nationaux figuraient à la table du prince. Le potage, aulieu des herbes que nous y mettons, était composé avec de la coriandre (corûmdrumsatiçum; en géorgien, Z^nri). Il fut remplacé
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par une salade de çonvallariapobyganatum ( Swintri) cujit à Peau et refroidi ; il se mange à l'huile et au vinaigre. La princesse avait devant elle une assiette de menthe verte (Pi//za), ^'elle prenait crue et sans aucune espèce d'assaisonnement. Enfin dans toute la Géorgie on mange la mauve (jnalva rotondifolia; en géorgien, Bàlbd)^ apprêtée à peu près comme on nous sert les choux. C'est le Qiets habituel des pauvres , qui le trouvent en abondance le long des routes et dans les prairies. On est frugal en Asie ; et l'on y a souvent de bonnes raisons pour l'être.
Au total, le vin qui croît dans les domaines du prince étant fort bon et ressemblant aux vins du midi de la France, mais moins chargé d'alcohol, il se trouva que nous fîmes un repas très-passable : ce qui n'était point arrivé depuis Tiflis , et ce qui ne nous arriva pas souvent jusqu'à Constantinople. Je demande pardon à mes lecteurs si je ressemble ici à un de ces Touristes qui , sous le titre de Voyage en Europe ou ailleurs, publient l'histoire des côtelettes qu'ils ont mangées et des flacons qu'ils ont bus : ma description culinaire renfern^e au moins un détail <jue je donne dans une vue toute philanthropique : peutêtre , durant la di sette de 1816, bien des malheureux eussent été charmés d'âpjH'endre que la mauve commune est mangeable.
Nous quittâmes le prince, enchantés de la ma-
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mhte dont il nous avait fiiit hs honneurs de l'espèce de grotte qp'il appelait son château*
Souram, qui se trouvait .sur notre route, est une ville, autrefois considérable, mais entièrement dépeuplée par la peste en 1811 et 1813. Un fort défendait jadis les habitants contre les invasions des Turcs: ses ruines encore debout semblent veiller sur leurs tombeaux. Ce spectacle d'une ville toute déserte n'est pas rare en Asie : il cause une impression que l'on néretrouve en Europe qu'à Tierculanuoiy à Pompé J a,. dans quelques rues de Versailles et dans la ville que Richelieu fit bâtir. Zadouban , Sakaraketti , Quirilli , sur la route de Ck>taïs, situées sur un terntoire fertile , commencent à peine à se relever.
Cotais^ même, sur le Rion (Phase), ne conserve plus rien de son ancienne i^lendeur. Ruines antiques peut-être , ruines gothiques , ruines arabea, ruines modernes même, y sont entassées l'une sur l'autre. L'ancien palais des rois d'Imérétie et le monastère sont les seules parties de ces débris qui offi^ent quelqu'intér^t Nous logeâmes à la mission csrtboliqœ , desservie par des capucins de Rome. Leur maison et le temple même sont en bois : ils y vivent dans toute la simplicité de l'église primitive, mais aussi dans toutes ses vertus. Durant les ravages de la peste, ils déployèrent un courage vraiment héroïque, servirent, veillèrent les malades de toutes
les classes, et de toutes les religions : surtout ils
enterraient soigneusement les morts ; car c'est là le seul préservatif que l'on puisse opposer aux progrès du £léau {*). Le père Joseph délia Colle, génois, chef de la mission, était digne de figurer à la tête de cette honorable corporation ; homme éminemment instruit, parlant et écrivant très-bien le géorgien, dt>ué de toutes les vertus et de tout ce qui les rend aimables et utiles, il était, pour les habitants du pays, l'objet d'une sorte de culte. Voilà les hommes auxquels il est encore dit aujourd'hui : euntes docete ; et celui-là se trouve dans un pays qui a be-** soin d'écouter lés véritables successeurs des apôtres, fit qui ne peut guère être sauvé que par eux.
A une lieue de Cotais se trouve le monastère de Geiattic J'y allai visiter le tombeau du roi David 1^ (Bsgmtion), enterré à cêté de la porte de fer de Der^ bent (pylœ caspiœ) , qu'il fit enlever aprè^ avoir pris cette ville sur les califes. Ce sont deux battante, formés dé barres et de plaques de fer, ceintréa par le luoit et placés entre deux colonnes. Le tout est plus gvand qu^une' porte de nos places de guerre. La suiv face des battants est eouverte d'inscripticms arabes ^n caractères cûfiques ; au bas est une inscription en vieux géorgien, écrite avec le premier des alphabets que J6 donnera là fin de cet ouvrage. Les curicsux ont
C") Voyez la deuxième note à la fîn du chjipitre.
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enlevé tant de pefî^ morceaux de fer qu'il ne reste pas deux mots entièrement déchiffrables. Ce monas- . tère est la résidence de l'archevêque Euphémio qip m'ipvita cordialement à diper. L'église est magnifique châtie eu pierre et d'une construction massive , elle a échappé aux ravages des infidèles. J'aime pqur^ tant mieux encore mes bons capucins de Cotais et leur muison de bois.
IjC général Komatofski résidait alors à Cotaïs. J'allai lui faire ^ne visite. Je le trouvai fort agité: une nouvelle qu'il venait de recevoir, l'avait mis en fureur. Il ip'Qpprift que Mahmoud , lil^ aîné d^ Selim ^ Pacha d'Adjara , venait de faire une inyas^p^ da^s |e Çouriël à la tête de deux cents hommes armés. Il s'était avancé jusqu'au village 4e Piersat, situé è vingt werstes des frontières ^ y ay^it enlevé bente neuf pecsonnes , t^nt hommes (pxe femmes, jQjyies et enfants, et s'étaitretiré avec sa pjpie. Pal(ait-il tirer vengeance de cet out^ge i^;7iédi^ej[pen{; et par la force des armes; ep un jpç^^fjcgjjfnaencer, 39ns ordres supérieurs, une guerre peji^t'^tr.e interminable ? pp pouyait-on $e contenter de réclamer, afin 4'obiteDir ^ par des ni^gociations , la. j;^niJ:;oi]i du (CQupable ejt la restitutipn de^ prisQ^nffsrs,. Je pa^vini? .à faire pçnç|ier le général yers ce derpier part/i , et q3n3in[ie je devais m'arrêter ^ ^rébizopde , il fut convenu qpç j.ç ipe chargerais de çç.mwppççrjà noj5 i^çbni^ioipiS^.en jj^e faisant ap^
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puyer par un consul européen.^ rendrai compte plus tard de Ja manière dont je remplis cette raisrsion.
Dans la journée du lendemain , à mesure que nous nous approchions de Marani, PElborus, l'ancien Caucase, se découvrit de plus en plus nettement à notre vue : son sommet s'élevait devant nous ^ chaque pas que nous faisions. Il semblait venir à nous avec la majesté d'un géant. Les peuplades qui en habitent le pied l'appellent souvent Shah-dagj ix)i-montagne. La neige qui couvre son front commençait à se fondre aux rayons du printemps; la partie inférieure de la calotte devenait jaunâtre : oiï aurait dit les cheveux vénérables d'un vieillard entourés d'un diadème d'or.
Quel froid doit régner parmi les glaces étemelless de l'extrême sommet! Sans doute c'est là le véritable vautour qui rongeait les entrailles du malheui^uz Prométhée, enfermé dans quelque tour, dont on retrouverait peut-être les Vestiges ! Pourtant, voilà des vautours même qui Viennent planer jusqu'au dessus de nos têtes; des vautours d'une envergure énorme : l'un d'eux 6'arrête immobile, et son œil ardent est fixé perpendiculairement sur nous. Pour peu que je m'abandonne à l'illusion des souvenirs antiques , je vais lui adresser la parole et lui demander compte de bien des choses. Mais un jeune pâtre m'aborde et me tire de ma rêverie : il me demande
si je veux lui acheter un lièvre. Il a les mains vides et je lui dis en riant que sans doute son lièvre œurt encore. Non , répond-il , en élevant un doigt en l'air, car voici un vautour^ puis en me montrant un tertre à quelques pas de nous, il ajoute, et voilà là-bas un lièvre. Je l'achète. Monpàti*e com*t, enfonce le bras dans un trou creusé au pied du monticule, et en tire effectivement l'animai qu'il m'abandonne pour quelques copeks. Je sus depuis, que dans toutes les plaines situées au nord et au midi du Caucase , les lièvres se creusent ainsi des terriers de deux à trois pieds de profondeur, où ils se réfugient quand ils aperçoivent un vautour, et où les pâtres vont les prendre, guidés par le même indice.
A la première station, le lièvre fut trouvé fort bon : tout en le mangeant , nous rîmes beaucoup de nos idées poétiques sur le vautour de Prométtiée. et de la manière dont nous lui avions ravi son dîner. Nous^ conclûme5.que Jupiter avait enfin délivré son prisonnier, ouquè'le foie avait fini par ne plus.repQÛssery puisque sou bourreau était obligé de se rabattre, sur les lièvres, les faisans ou lés perdrix rouges qui aboOf* dent dans ces plaines : gibier qui, après tout, vaut bim peut-être Pimmoriaie Jticur du fils de Japçt, vieuûe de quatre ou cinq mille ans.
Plaisatiterie .à part, je ne puis m'àccoatumenrè l'idée, qu'.un fait aussi peu contesté dans toute l'anf tiquitié^ et cbaaté par Ions ses poètes, ne repose sur
aucune réalité. Pompée , qui n'était ni un sot ni un superstitieux , pensait comme moi sur ce point ; car il alla visiter le lieu même où l'on prétend que Jupiter enchaîna son etinemi : ce qu'il y trouva, c'est cequ'autun historien n'a jugé à propos de nous apprendre. Une chose plus certaine encore, c'estque, d'après le Rapport des habitants du pays , il existe, dans une caverne, au milieu d'une des vallées qui s'étendent au pied du motlt, un énorme tombeau en bronze^^ jÉ*enfermant les ossements d'un géant, reliques pour lesquelles ces braves gens ont la plus profonde vénération. Cette tradition est tellement bien établie qu'en 1817^ le général major prince ErislofF tenta de. vérifier les faits qu'elle suppose. Escorté par un fort détachement de troupes russes , il essaya vainement de pénétrer dans le vallon indiqué ^ qui ^ si Pôn en croit l'auteur des Pélerinc^es des payensj doit être situé du côté du village de Komice» Un vent du nerdnest le surprit sur les hauteurs qu?xl avait à franchir et faillit le faire mourir de frcdd avec tous les siens. Ils rebroussèrent chemin en toutehâte ; mais plusieurs soldats restèrent sur la place^ d'autieis ioufiiirent long<^temps des suites de cet accident. Ptoat-nêtre étai t-èe ce qui pouvait leur arriver de moins malheureux ; car plus loin $ les hahiijaats des monta'^ gnes se seraient exposés à letir marche et les auraient massacrés jusqu'au dernier. La solution de ce problème ne sera sans doute trouvée que ^uapd
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la puissance russe en aura résolu plusieurs autres.
Maglakki, village situé à moitié chemin de Cotais àMaraniy c'est-à-dire à environ 18 werstesde l'un et de l'autre endroit, comptait avant 1810 plus de 1000 familles : la peste les a réduites à 60. Là on passe, sur un méchant pont de bois, la petite rivière ou plutôt le ruisseau de Gousbiskali.
A Maràni nous logeâmes chez lé colonel Pouserefski, excellent honime et militaire distingué, ho lendemain de mon arrivée, il m'invita à ttve chasse aux sangliers. Ces animaux pullulaient dans le pays et ravageaient les champs au^i fertiles que bien cultivés de cette magiiiû(|ue contrée. Nous eu eûines bientôt rencontré une troupe : nous en bless|to4s cinq , et réussîmes, non sftns peine et sans danger, à en mettre trois à mort. C'était une chasse çpmp^able aux plus fameuses de l'antiquité : Qotre Mélcja^refut un pauvre paysan qui faillit être découbu ; m<MS h^m* reusemeirt il en fut quitte pour la peur et pour nm légère blessure au bas ventre. ......
Marani, ville autrefois très peuplée, pps^^it l^i^t^t: ti^pôt des vins de ces copitréies. Elle est située sur le TschénisgAli , l'Hippus des ancieuis, qu Va se jeter dans le Phase (Rion). Nous nous embarquâmes ,pour descendre cette rivière, sur trois canots pareils encore à ceux que Strabôn a décrits , c'est-à-^ire ^ur trois énormes troacsd'airbrea^ezproprementçxeusés. Nous descendîmes ainsi jusqu'à Ketillà , ancienne
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maison de plaisanee des rois d'Émérétie, située preisque au confluent des deux rivières j c'est là que , selon Pline (Lib. I,c. 4), se trouvait la ville d'iËa, (*), Le lendemain , nous étant rembarques de bonne heure , nous entrâmes bientôt dans le Phase. Leruii^seau de Skaliskari, devant l'embouchure duquel nous passâmes dans la matinée , marque la frontière entre l'Émérétie et la Mingrélie. Sur le bord du fleuve nous ne vîmes d'autre village queTchaladidi, situé sur la rive gauche. Dans la soirée, nous arrivâmes à l'avantposte russe placé sur la rive droite du fleuve et à deux werstes du fort de Poti.
Là, se trouvent d'immenses magasins de fariné destinés à l'approvisionnement de Parmée, d'Émérétie et du Gouriél : cette denrée est apportée de la Crimée par de petits bâtiments qui la débarquent à la redoute deKouléh. Une compagnie d'infenterie du régiment de fiellofisli , formaitla petite garnison de cet endroit. La garde, composée de 3a hôtnmes etd'uil officier, se mit sous les armes quand nous débarquâmes ; elle en fit autant à notre départ. C'était le moment de prendre congé des braves compagnons d^aptties', dont sept années de dangers, de
{*) Apollonius de Rhodes, Dicéarque et Théopompe assurent aussi que cette ville fut fondée en cet endroit par lé ^rand Sésostris.
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fatigues et de succès communs, m'avaient presque fait le concitoyen : j'avais peine à quitter le front de ce petit peloton, qui m'attachait comme si j'avais vu toute notre belle armée devant moi. Je voulus parler; mais je ne pus que serrer la main d'un sergent en y glissant de quoi rendre ces braves gens heureux, à leur manière, durant quelques minutes, et je me jetai dans un de nos canots. Ils me saluèrent d'un hourrah. Mon émdtion était au comble: c'était peut-être une faiblesse ; mais cependant les hommes les plus sûrs ^t les plus fiers de leur courage , ceux qui ont servi le plus long-temps et le mieux, sont ceux qui la comprendront le plus facilement. Il y a dans l'attachement d'un militaire à son corps, à l'armée toute entière , quelque chose de fanatique et de passionné : on aime presque son drapeau comme on aimerait une femme. Enfin, l'on a vu Napoléon pleurer en embrassant son aigle, comme il l'eût fait en donnant le dernier baiser à son fils.
Le capitaine m'accompagna jusqu'à Gori, sans cependant y mettre pied à terre : je l'embrassai , et je vis son canot s'éloigner. C'était la dernière fois peut-être que mes regards s'arrêtaient sur l'uniforme que j'avais si long-temps porté ; et en me retournant vers le rivage, je ne vis plus que des turbans devant moi.:. Le jour tombait; tout était calme ; je n'entçndais plus , dans le lointain , les hourrahs qui avaient salué mon départ; mais, du haut des minarets, la
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voix sonore du Muezzin annonçait l'heure de là prière : Dieu est grand, disait^-il; et je repris courage {*).
{*) La prière Turque qui se «fait cinq fois {>ar jour s'appelle namazi ; elle s'annonce chaque fois par des paroles différentes. Le muezzin dit à midi : Allah, Ilah , Mohammed resul tlah; Dieu, Dieu, Mahomet prophète de Dleùi et le soir : Allàh^ hcekk kebir ; Dieu, Dieu grand. ( Le ][>remiêr mot est Turc et les deux autres Arabes ).
Ces mots ne sont pas cri^s^ comme on le croit généralement^ mais chantés ^ sur deux ou trois notes trèsprolongées.