INTRODUCTION. XXXIII
entière. Sans avoir besoin de lettres de recommandation, je demandais en arrivant où demeurait l'homme instruit du lieu (el hombre eriuUto del lugar ) / alors on me conduisait ou chez quelque chanoine pour les renseignements historiques, ou chez le hott^ cario (pharmacien) pour les objets d'histoire naturelle, et chez qudque négociant ou avocat pour tout ce qui regarde le commerce et l'agriculture : les hommes de loi, en Espagne , sont en général fort instruits sur ces matières, par l'habitude qu'ils ont de juger toutes les contestations qui y ont rapport. J'ai trouvé aussi dans la noblesse et le haut clergé des hommes du premier mérite. Tous me recevaient d'abord très-froidement et avec un ton brusque, voulant pénétrer quel était mon but et qui j'étais ^ mais, au bout d'une demi -heure de conversation j ils me confiaient tout ce que je pouvais désirer, et m'accablaient d'attentions ; ma curiosité même devenait un titre à leur bienveillance. Nulle part je n'ai plus souvent éprouvé le /. 3
XXXIV ITIN]éRAiBE. — INTRODUCTION-
sentiment pénible qui me paraît tourmenter les voyageurs qt quelquefois ceux qui les accueillent, ce sentiment qui fait qu'on se dit à soi-même : il est inutile que je m'attache à cet homme , je ne le reverrai jamais.
Bons Espagnols, qui m'avez aiijsi comblé de bontés sans même espérer de moi de la reconnaissance, qui m'avez rendu mon exil si facile à supporter , puissiez •vous , à votre tQur, rencontrer quelque asile protecteur au milieu des troubles qui désolent votre payslHâas! je vous parlais ainsi au commencement de vos malheurs! Faut*il que, vingt ans après, je doive, avec les mêmes paroles, exprimer les vœux que je fprme pour votre fâicité. Puissiez -vous donc être bientôt délivrés des dissensions qui vous déchirent, et jouir enfin d'une existence assurée et tranquille! Vous apprendrez alors qu'il est des douceurs à la vie après de grandes infortunes , lorsqu'on a su conserver un cœur droit, l'estime des i»ens, et l'amour de la patrie.
FIN DE l'introduction.
♦ DESÇJltPXIF •
GÉOGÎIAPHIE PHYSIQUE
. . DE JL^EÔPAGNE.
|jjLr me^letii^e'iiiaqière de fiiire l'ëjioge de rUsp^fgne, a€|r^t de présenter le 4;ableau de sa siti;iation y d^ sa température, de la direction de ses montagnes , du bassin de ses fleuves , en un mot , de la charpente de son territoire. On Terrait alors .un vaste pays placé au milieu de deux mers qui étendent son commerce dans finîtes les parties du monde , et protègent ses limites contre toute invasion. Le seul point qui l'unit au continent l'en sépare en même temps ; et les Pyrénées lui fournissent à son choix une barrière formidable ou une communication facile. L'ensemble total de ses monta-* I. I
2 ItLNéRÀIRE DrE l^ESPÂÙ^.
gnes , formant .un aç|jaâ-cercle rapproché des côtes' de Test , les abi:ite *des yenCs du nord , et y fait régner le«eKîW le plus tempéré; il entoure de l'autre éôté uqé étendue de terrain assez vaste pour, quelles fleures pi^o^uits-par ces montagnes , et qui tous , à l'exceptron de rÈbre , se jettent dans- l'Océan , acquièrent le développement nécessaire au commerce et à Tagriculture d'un .graqd pays. L'ihspeèti«n/iâie la carte physique fera mieax septir cette hçu-; reuse distribution ; mais ce qui JPera ïion moins bien juger encore l'aspect géologique de'^ce pays , ce sont deux mémoires fort intéressans que nous devons, l'un, 411 savant bapon de Humr boldt , dont le nom seul eçt le plus bel élpgè j Tautre, à M. le colonel Bory 4e Saint-Vincent, auteur des cartes générales qui fiint partie de l'atlas du pjrésent ouvrage, et l'un des savâns qui ont le mieux étudié et fait connaître l'Espagne^
NOTICB SUR LA CONFIGURATION DU SOL f)E L'EsPAGNE
ET SON CLIMAT, /7ar M. A. de Humbàldt *.
Aucun pays de l'Europe ne présente une configuration aussi singulière que celle de l'Espagne ; c'est cette forme qui etplique et 1 aridité du sol dans l'intérieur des Castilles ,
■ Celte notice,, écrite en 1808, a été revue et augmentée par M. deHumboidt, en 1826.
OÉÔGRAPHIË ;PttTSlQUË« 3
OÙ fte manquenl; cependant pa$ les rivières, jtt la différence xle température que nous ob- ^ervo'n/ entre Madrid cft Naple^*, deux villes situéies à pett pi:ès sous lé même degi^é de latitude. lîpus ne pourrons donner qu'une légère esqiiisse d«'ce1:ableau météorologique de l'Es-pagnb : un très-]^etit ftombre d'observations Sur la température moyenne ou sur les hauteurs barométriques y ont été faites jusqu'à ce jour. Beaucoup de ihatériàtix précieuï peuvent être restés enfouis dans les manuscrits dé quelques ''personnes éclairées , qui , sans communication entpe elles ou avec des savans étrangers , se . soiît adinnéeS à des recherches de ce genrCé Quapd les observations exactes nous manquent^ il faut se cçntenter de l'analogie que présen-^ tent les paysliipitrdpbeâ. Le tableau physique de la Nouvelle-Espagne , sous le rapport mé* thodi'que , est peut-être plus facile à tracer que celui del'Micienne.
L'intérieur de TEspâgne est un plateau ; et , parmi les plateaux de l'Europe qui occupent une gmnde étendue de terrain, c'est le plus élevé. La Suisse,, le Tyrol, l'Ecosse, renferment des groupes de montagnes rapprochées les unes des autres : ce sont des masses sillon^ nées par des vallées profondes , entourées de plaines peu- élevées. La Suisse n'est pas un vrai plateau. Les cantons de Berne , de Fribourg ,
4 ITINÉRAIRE pE I^'ëSPACNË.
de Zurich, tous ces' pays co^verls^ d'une forjoaajtion de grès tertiaire ou molasse , sont diBS plaines dont 'la hauteur , /au-dessus dix niveau de l'Océan , n'est que de 240, à "iSolioises - ; elles font partie de la grande yallé<^ loogitor dinale qui se pi^olonge du suiî-stûl-ouest au i^ord-e$t, entre lachalneMes fautes-Alpes et le Jura , connoe l,e prouvent le^ belle; cartes géologiqu^ês de M. Ébeh La France et sprtout rAUèmagne pi:*ésentent des plateaux peu étendus sans doute , mais bien dignes d'être 'cilias* E» France, le plateau le plus jéleyé est le' plateau graiBiitiqw^ de l'Auvergne, sur lequel r^po^ent Je Montrd'Or, fe Cantal jdt ldbl^ju}f«dê* JPfôma, S^ h^^teur moyenne aurjd^ssus 4^ la nwsr est , d après \e^ mesures barométriques 4e ]Vf .Raçaoqd, de 4^0 toises. La Lorraine forme un pls^leaji qui s'éli^end entre les Vjosges^ et la içhaj^i^e def inontagnes qui , par Épinal etlSain^ Mihel, se joint aux Ardennes : ce plateau n'a cependant q^e iSo à it^-o toises d'élévation. *Le peçitre des plaines 4^ 1^ France , le dé* partemei^t de Loir-et-Cher , a une hauteur de 80 à 90 toises.
Le plateau 1^ plus étendu et le plus élevé de l'Allepiagn/e est la Bavière^ Une vaste plaine ,
' Berne (ville) , agS toises ; lac de Thoun , 274 toises ; lac de Lucerne , a3o toises ; lac de Zurich , qo8 toises ; lac de Ckagi^ve» 193 tofises.
0Ê06RAPHIB PHJSlQtJB. b
fond d'un ancïi^ lac , s'ét;iend depuis les montagnes çr^nTtic|ues du haut Palatinat ( Fichtel Gcbûrge) jusqu'au pi^d des Alpes du Tyrol t ces plaines (et ce fait est- très^curieux ) ont jxàç élévation^ de 2Ôo à 260 toises au-dessus du niiieau déTOcéan. Le plateau .de la Souabe a i4<* toises. .V ^ '
'•I/intérieur des deux Castilles ojBTre un plateau qui surpasse en tiauteur et en étendue tous ceux que nous< ^enôns de nommer. Son éléyation moyenne est de 35o toises. La hauteur barométrique de Madrid est , d'après une notg qui lin'a été communiquée, en i8o5, par M. OJ^uza^ açtrouome distingué, et directeur au dépôt îles cartes de la marine à Madrid , de !^^oxices 2'lignes Vs. Elle est par conséquent de deux pouces ou de V14 moindre que la hauteur nio^nne du mercure au niveau de l'Océan*. C'est laf différence de* pression atmosphérique qu'éprouvent tous les corps exposés à l'air libre à Madrid y à Cadiz , ou a Bordeaux. On voit baisser te baromètre à Madrid jusqu'à 25 pouces 6 lignes et même au-delà. Le Diario de los nues^os descubrimientos de todas las Ciencias fisicaSj lovfx» III , pages 56 , 200 ^ 4^7 , contient une série d'observations météorologiques ti'ès-intéress^^es,mais qui, malheureusement, n'eyibrassent pas une année entière.
Voici le tableau des variations de la pres-
b ITINERAIRE BE L ESPAfiNB^.
sion de l'air dans leç jneuf premiers* mais de l'année 1793 r • *. ^ - '