II
Les deux nivellemeDS barométriques que j'avais faits en Espagne, de Valence à Madrid, et de Madrid à la Corogne , m'avaient donné , par Madrid à la grande place , 543 toises (uénnoies de Ciencias natuPales ,tJ i*', p. 86). Ce premier aperçu, obtenu en 1799, a ^é confirmé par d'autres observateurs muni3 de meil-^ leurs instrumens que ceux que je pouvais employer alors. M, Antillon , dans la nouvelle
GJ^I^RAPQIB' PHTSIQ0E. 7
édkion de la géographie ' , donue , par la hanteur barométrii|u^ moyenne de Madrid , 3o Vj pouces ^ mesure de Burgos , d'où résulte une hauteur, d^ 804 Taras, ou 344 toises. Dans les profils ,de la Péninsule espagnole , que j'ai pur bliés en 1 826, dans l'atlas de monf^ojageoua: régions fiquinoxicdes ^ je me suis arrêté à 340 tojs«j$^ Depuis cette publication , M. Bauza a bien voxilu.me commtiniquer une série d'observationsi astronomiques faites par lai , au moyen d'u» excellent baromètre de Trougtin , dans la liaison du Déposito hydrografico de Madrid; ies l\îniiteiîrs du niercure . furent observées quatre fois par jt)ur à 8 ou 9 heures du matin y à midf, à 2 heures après«-mi4i et à minuit. Les observations de' i82rO ont donné, réduites à zéro 3e température : •
Moyennes des mois en pouces , et millièmes de pouces * ^ -anglais.
Janvier, 37,884
Février, •27,833
Mars, .27,633
Avril, 27,617
Mai,, ». 27,7^ JuSn , . 27,807 JuUIet, ^ 27,736 Août, ** 27,742
Septembre, 27,829 Octobre , 27,706 Novembre, 27,665 Décembre, 27,791
I| 'résulte dé ces observations de M. Bauza , par ^ hauteur moyenne du baromètre à Madrid,: en 1820 : V, î
* Elementos de la Geografia de Esparia, 1808 , p. xxxvi.
à 8 ITIfrtRAIliB.Dé t'ESPAGKE.
•27,74a pouce» angL =s= o^, 704^5 ^le n*k*cuire réduit à zéro de température/ fin #up]^ô^ sant l'air k Madrid à iS^veat. , et tft^iiiyéauf d» k mer, le merteure o"j,763 à iÔ% 6n obtient, d'après la forme de M. Lapiace , pomrj^ hauteur de Macbid^ 65 1 mètres (M 334' toisée. Des observations correspondantes .^ faites par MM. Ferrer et Bauza à !Ûlbao et à Mad^d, au indjren de deux baromètre^ bien éoMpa^és , 6nt donné à M. Bauza la kauteur* de Madrid»^ ^ 336 tcHses^. Les, résultats, extrêmes' osoiliérétit de 3i4 toises ^8 à 343^oises» M!adrîd<rek ffàr ooBséqirent de 3o luises plus éleré qûé te Tilïe dlnspraçk , située dails uo^ des gorges cfu fy^ roL Madrid çst cin^ fois plus^' élevé que le mont Valérien , un tier» de pliis élevé qtaè Genève. Lalandç avait conclu , d'observations que le célèbre géomètre ^on Georçe Juan lui avait communiquées , qiie la Hatiteur dfe Madrid ( Mémoires de l'Académie «des sciences de Paris pour l'année 1776 , p. i48 , )* était, à la Tv\fi^ de los PresiadoSs , près Av^portijo de San Mar» tin, de 294 toises au-dessus de Paris ; C% qui donnerait 3i4 toises au-dessus du niveau de l'Océan. Le palais de la Granja est par coq* séquent de 5 toises plus élevé que le bord du« cratère du Vésuve.
Pour oiTrir une idée plus précise de la con-, figuration du sol de l'Espagne, je donnerai
OÉOGRIlLPglfi PHVSIQCJB» 9
ici, 4'^^^^ '^^^ nivellement J^auotuétrique , les poiilts principaux cf^ns.la direction' du sudesé au nerd-^uést de la M é^terranéé à l'Océan caiitabre , en passant pat* Mtfdrîd et la ^ande chaîne granitique du Guddarrama ,-^ui sépare l%9. deux CastiUes. -
•- , • toutes.
Alginète, eptre Valence 6C le Rio' Xii^ar* . . 65 VAla de Moxente. ../...•......;• 164
Puerto de Almanisa. ; ^ , v ....*■...: . 817
Almans^ 348
Bonite. . . • • • ^ • 477
Mbaceite .....,..:.««. ^ . 34f
BfiDaya . / 874
%àmtaiiard^laOrden. .....'.....'. 35i
OeaSa: * i 895
Arrâj^ez . / , . 258*
Taldemoro • . 3f7
Madrid. , ;.•.,. • 34o
Escuriffl'. ...... ^ . 64i
Putrlp de Guadarrama ^-près du Lion. . . . 7^0
^lacastin. , . : . ;. ^% .# 572
•Stacbidrian'. . n .*.;...,,...,.., . 474
Médina idciCanapo. . . ^ ' . . . / 3Sù
TordesUlas. .... ^ ..-*...*..... . 334
Villalpando.. ! . . . . .... • . . . . *\ . *32d
^ * ,* ." Mon observation du.ipaltnf réduite Sur' Madrid / m'a donné le Lion 8o3«loises aiirdessus du niveau de la mer. J'ai diminné ce résultât^ parce quer M^ de Bétanconrt a trouVé , l'ignoie d's^prës quelle formure , par FËscurial^ 5i i ; paf* le Lion , 729 toises ; mais IV^. Bauz^ donne à TEscùnal 563 toises ; ce qui me rassure. * .
10 ITINÉRAIRE D» I^'eSPA^ï:.
. ' ^tpîscs.,
Benavente. .• • «^ 33o
Astorga. . . . .^ . > . . . . ^ 4^^
Villafranca. . .t i .' '. 217
Vcma del Pagada del Bastrow : . . . . r . . 48#
^brado. ... ^ »..,.*. 277
Ltigo; r*. ........... . 20g.'
Gûtrîzp . . . . . , 212
La Cerogne 3
Voici d'autres résultats obtenus^ len 1817, par M: Bauza , et fondes ftur des obseryations cori»espondantes faites à Bîlbao.
toîse?.
Poçada de Torrpsa. , 34
Vei^arar ,'....'*....... * 110
VitWria ^ 27^^
. Mifânda dfe Ebro. .......:....;.!. 236
Qttintanaxaila. ..... ^ » . .• . 47^
Burgos^. . i <....... .^ . 44^
Lerma< • . *....,. .^ . . . .^ 444
Horrubia. * . *64i
Fresi^îllo de la Fuente . *. . v . . . 56ft
Venta de Junnilla.^ . . . . : .\ . . .'... *. ^i^*- Somosierra^ le plus haut du chemin. . . .-:. 773.
liuitrago. . . îv ...*.... .t. 621
La Granja.*^^. . * . >r . ^ . ^ ...*... • 641
Montagne de Penalara. . . .^. T I286
' — ^ de Siete Sitids '. . . 1073 .
Quel- est le souv^rahi en'Eijrope'doiit les châteaux (l'Escurîal et la Granja ) soient sîkués a 55o et 640 toises de'hauteur ?
g6ographië physique. II
La hauteur du plateaoi des Castilles influe sur sa température. On est étonné de ne p^ trouver d'orangers en pkin air, soùs les 4^ degrés de latitude ^ sous . (e même paraUèle ' d^ Tvente , d'mne partit de la Galabre.^ de la Thessalie et de l' Asie-Mineure. La température moyenne * de Madrid parait être ^e X2" de Réauiqur , ou. i5* cent. , quinid celle de daint*' Pétersbourç est de 3* /A j celle d'Édimhpu];g , 8" ^A; cdUe de Paris», lo" Vsj celle de Li^^onne;: i6* Vs; celle de Naples,^i8'' ; celle des pays. situés sur réquat^eur, et au niveau* de FOcéan, 27** V5 4lu.therlïion\4tre "centésimal. Gènes est de 4 degré» dç latitude pluS septentrional que Madrid i et cépeiidant la température de Gênés est^de près de 2 degrés plus élevée que ceUe^^e laf-t^apitale dé l'Ssp^gnè*. Telle est l'influaq^ce des causes locales, de Télévatipti ^u site, de la proximité de la 'mer, d'unç chaîne de moj^tagneS' qiri arreJTe les vents firt>ids dunord , et d'unp infinité -^e* circonstances, dont la réumou modifie |^ température des lieui et Tinflexion des lignes isotheNne$,"
' Les phy^iens trQ|ivent la tembérature nÀoyenne de rannée en additionnant j6ur par joi^r Tes nutacima et les minimà des observations thermométriques , et eh divisant cette somme pftr le nAtbre des observations. Sous^a zonetempërée , la cbaleur moyenne d'un endroit difi^re sensiblement de la demi-somme du maximum et du minifnum de Fannëe entière. •
Il ITllirÉEi^tttf DE l'eSPAGWE.
Rbm^\ 8e 2? 32' plus i^ustral qué-Giêncs, ïhais de i" 29^ plùs'boréstl qiie*Ma3rî4, afprfes- (fae ht ihéûïé température m6fétine que céttç â&cjàèt^ ville.' EÔè est entre iS*» ^/s , d'après . tiii' gra«d nôtoftrè d'obserVaûoits £f ès-exaotés < faites pa:^]Vf .CyandfçllL, et paiî* M. Gtûllftuiriè de Htind^ldt\ iadîs ministre du roî de Pf^trâsè'étf Italie. Le tableau suiyan/t infcfiqHie la température moyenne de g mois observés à Madrid et k.ïlomè, en 1793 ePéri 1807. Je n'ai ptf'me {)ï'ocuré;f d^ ôdbservatiôtis Mte$ à*lâ méniie époqne; mais ôii* sait <jué y <&nîs'4es tempëfa- I ures moyennes / là Variation èttœte dtmée à iWtjpe est trpçrpçu seiisibte. '. ^
TEataPÉRATCRÈ MOtElîIfB.
A^ÉAlftLID'. . '■ ^
^AR*«fi.:- '
Là^<ie4o^a5;i8('.
. .Iiatkudc,4|*»53'$4^
Étèvatioff , SiatôîscB,
^ Éh&raticm , 9 toisfs.
Jinviô". 3%8 R. . .
F^vri^: 6, 4 .
Mars.' . 7? 4
Avril. * ^/"2^ , ^
" lô, ^
MSî. ; 12, :i[ , '^
rl5, 5 ^
Juîii. 18, 1*
Juillet. 20^ 6
»• :aih 0"
Août, 22j af
Septembre. i5, 0
^ * Les obsenratioitf dç Msfdrid sont tirées du Diario de nuevos discubrimierilos y cité plus haut , p. 8.
GÉOjGR^PHIE phy^iqjus. i3
A ^ome mé^e^ le^ .orangers i^c p^uvapl; powt enduri^ le? rigueurs de i'hiyer ; il faut les couyrir. Les |;eiQpératifres i^oyei^^es* dédd^n^ certainement moip;( du genre ^de culture prjf^ pre À. tçl\)if tel clisijit , q|i;e.|a^^stribution jàé l^ci^leur entre les difiërefttei; parties de l'^qpqiée. Elles ^xercept^cepe^ant Ujtie grande in^ floienp^e; et le tablasiu ^uiy^qt indique ^ avpc assez de certitude , quelle est Ja 'tempér^jtjare moyenne anpiuelle au^essoûs d^kquelle telle ou telle produçtipi) ne >peut^pas être eiiltiy^ ayec succès. , . ,
Vignes donnant des vins potables,;^ V**> 7 ^^^^ -
Oliviers. .* . i4>^
Orangers. • ." 16*, 8
Gafier ' . . » . .e. . *iô, o
Caone'^ s^qire. . . .* 19, 5 ,
Si la tempé^at^r^ inoy^eniie du baut'plateau de l'Espagpe est de i5* cent, ^^ ceUe des cdtes, depuis le 4^'' J^ latitude jus<|u!ajU ^ô"" , est entre 18** et 19**. Auisi yoit-pp T^giter ^;^r ces côte^ ^ sou? des «xpps^tious abritées contre les yents iroi^s 9 des J^ananiers ^4^5 bélicp^ et la canne à çUiQre. -,
I^e profil gjéçlogiqi^ que Top ^ ajpjqi^é à çfit ouvr^^ge ^st l^acé d'après les^jUi^es prii^c^p^s que j'ai cru dpvp^r suiyre 4»ns Fatlas |]^y^que du Nouyçiau Continent, {^présente la poo^tr^ic-
l4 ITINÉRAIRE DE l'ISSPA&NE.
tioir extraordinaire de ce pays, dont une partie des côtes paraît avoir été engloutie par les flots^ tandis que lé platieau central » résistée IHrrup- ' tion dé POçéan; En rappelant les traditions des anciens insulaiires de Samothrace, et ia grande catastrophe qui afrappéla Méditerranée, nousne prétendons pas décidet* unequestidn qui a récem* ment ocùupé des sarans'd'un mérite distingué. L'analogie de ftrme et*d^ construction géologique* qu'offrent la Péniilsule et le Mexique 'condu!t à un rap^rocKemeiit qui peut ttitéresser les physiciens. On a fait graver à' la fois le profil de l'ancienne et telui de la Nouvelle- Espagne (Pli. Ift)». Ces*deuX'profils présentent des pays dont le plateau central jouit d'un climat différeiir de celui des côtes. Dans l'un et ^ans l'autre la^ ôapitalé est placée au milieu du plateau intérieur ; mais le plateau de k métropole est pour ainsi dire la miniature du plateau
de son ancienne colonie. La différence de hau-
tcjir qui existe entre les plus liantes cimes de l'ancîêt^et du nouveau monde n'est que de 900 toises. Le ChimBofazo n'est que d'un. quart plus élevé que le Mont-Blanc , tandis que les hautes plaines des Cistilles sont presque quatre fois moins ,haute$ que le plateau central du Mexique. La température moyenne de Mexico est de 10* cent, plus basse que celle de Véra- Cruz et d'Acapulo ; celle de Madrid n'est pro*
GÉOGIUPHIfi PHYSIQUE. l5
bableiMnt que de 3"" à 4* cent, au-dessous de celle des côtes de Valence. La t^apitaia de la ^ouvelIe-Espagne jouit , couime Madrid , d'un climat plus doux (jue Ton devrait le supposer, à çau^e de la hauteur des deux villes. Des plateaux très - étendus ^chaufTent Tair -ambiant par Feffet du rayonnement. 'La température moyenne de Mexico est de 17" Ctenti ; elle est au-ciessous cle celle de Çadiz ., et , à 2'' cent, près , égale k celle de Madrid. Le baromètre •se soutient à Mexico à ji^-pouces Î7 lignes; lia pressioxp de Tair y est e^^rimée par une «ô- Idtkixe demercur^de 5 pouces plus courte qu'à Madrid.
L'£spagBe » européenne , située à une latitude sous laquelle , dans les plaines , Végètent des palmiers {Phœm»dactii^era^ Chamœrops humilis^ , présente le £^pectacle majestueux d'une cnahie de montagnes dont la cime entre dans laVégion des neiges éternelles. Don Sinion de. Roxas y Clémente a trouvé , par un nivellement géodésique , exécuté avec le plus grand soin, que, dans la Sierra-Nevada de, Grenade, le Picàcho-de-Véléta est élevé de i ,78 1 toises ; le Mulahacen,de 1,826 toises au-dessus du niveau de la mer. Aucune montagne des Pyrénées n'gtteint cette grande hauteur : le Mont-Perdu, que Ton ^ cru long-temps là cime la plus élevée des Pyrénées espagnoles , n'a que i ,746 toi-
i^ ITIN^BAIRB DE h'E$P/kGViE.
ses ; le pic P^éthou o^ pic orieptal de Af sdadetta , ^ esp le p(4nt culminât deç Pyrénées, a , dVprès M. HebQul, ^57587 toisies. Le pic de ])fulal)^cen , daps J^ Sierra-Nevada de Qrepada, n'a que 7^ torses de pkçins quç le pic de TénéviSe. Cependant ce(te même cime j placée so^s la Ijatitude de 1^ yiUe de Mexico , ne^ serait ppiôt couyerjbe de neiges pendant tonte Fani^ée : 0^ ces neiges éte^àellds èon^ei^pent soiis l'éqnate^r k 2,4^0 JtqUes^ sous lesi 20* de latit^de^^•2,^&o tpises; sù^^ les 4â*'de lajUtudeyr à 1,379 toises ; sans .les 6?^de latitude , à 85o toisés^ ITel est rabaissement d^, Ta courbe depuis l'équateur jusqu^au pôle \
iWpBILÇU SUR LA GéOGRAPHÎÉ PHYÎSIQUB DE'L'Es^A-
GNfe; par M. le colonel JSory de Saint- f^inckrU, correspondant de t Institut de Fhmce {Académie des Sciences).
Lorsque l'ouvrage important , auquel nous attachons cette notice , fut livré au public pour la prenûèr^ fois , r£spagne éAait l'un des pays les moius connus , même de Bt% propres habi-
' On assure que, d«ii3 la Sierra-Nevada de Grenada, la limite des neiges perpétuelles atteint la hauteur de 1,418 toises. Je Faurais supposée plus élevée encore ; car , dans les Pyrénées , M. Parrot Ta trouvée , k la pente septentrionale, à - i,5oo toises; k la pente méridionale, à lJ^|So toises..
GÉQGKAPHIE PHYSIQUE. 17
tans ; la géographie s'y concevait à peu près comme au temps de Strabon , où Ton compa-> rait la Ggure de la Péninsule à celle d'une peau de bœuf: un savant de Madrid, Don Thomas Lopez^ avait, seul et sans l'appui du gouver^ nement , essayé de faire connaître .la configuration de son pays; et, toutes vicieuses que puissent être la plup;irt des cartes qu'il ^en publia , on no saurait tr<jp loue^* le géographe castillan qui montra, dans son immense entreprise , autant de sagacité que de persévérance* Plusieurs voyageurs, plus ou moins imbus des préjugés nationaux qui caractéri^ saient encore, les diverses nations instruites de l'Europe , ne s'étaient occupés de l'Espagne , et selon leur manière de voir, que sous le rapport.des mœurg, de la littérature, de l'histoire ou de l'économie politique ; et, chacun apercevant ces choses à travers un prisme différent , des rapports contradictoires en étaient résultés; on disttinguait cependant , à travers leur confusion , que l'Espagne demeurait en arriére de la civilisation croissante; mais on ne trouvait pas un mot sur sa constitution physique, si importante cependant à connaître d'abord > car la constitution physique d'une contrée influe tellement sur le caractère moral des peuples qui l'habitent , qu'on ne peut , sans l'avoir préalablement étudiée, se rendre raison de beaucoup I. 2
DigJtized
l8 ITINÉRAIRE DE l' ESPAGNE.
de points obscurs de leurs fastes : c^est une vérité qui n'est pas encore assez sentie^ et qu'il est nécessaire d'énoncer jusqu'à ce que tout écrivain , qui se consacre k faire connaître ^ne nation , en deniçure bien pénétré ; c'est là le seul moyen de se r^ndi^e raison de l'origine , des mœurs , des coutumes y des idées religieuse^, des inimitiés t>u des alliances des hommes^ choses qui tienn^ntw nécessairement à la constitution physique du sol qu'habitent ceux-ci. Oi| avait sur la topographie physique de l'Espagne les plus fausses idées, entrç lesquelles cependant quelques notions exsictes avaient été comme entrevues dans l'excellent traité de notre premier géographe M. Malte-Brun. Si l'on en excepte ce savant, quiconque écrivit sur la conformation de la Péninsule bâtit son roman ; et les faiseurs de cartes adoptèrent ces amas d'erreurs pour matériaux , quand ils ne trouvaient pas plus expéditif de reproduire servilement Lopez. On plaçait des montagnes où s'étendent de monotones plaines; des plaines où s'élèvent de sourcilleuses montagnes. On promenait en quelque sorte les Pyrénées sur toute Fé tendue du pays, en y rattachant jusqu'aux moindres chaînons de hauteur ; on creusait pour chaque fleuve des bassins d'une parfaite régularité.
. Nous avons le premier signalé ces erreurs
dans un ouvrage sur l'-Espagne qu'accompagnait la carte physique aujourd'hui jointe à cet itinéraire ; et , pour la première fois , ce pays fat représenté comme il est à peu près fait.
Le tableau que nous allons tracer maintenant est en quelque sorte le résumé de cet ouvrage, et un ensemble général d^es vues qu'il contient.
Comme jetée entre l'Europe et l'Afrique , environnée par la TVléditerranée et par l'Océan , la Péninsule , qui nous doit occuper , participe à toutes les influences de deux continens si distincts, et de deux mers si différentes. Bornée continentalement au nord par la France , elle s'étend en latitude depuis Tilette de Tariffa , par 36** 3o" , jusqu^au cap Ortegal vers le. nord ,* par 43** 4^'- 4^".- Son point le plus occidental est celui de la Roca en Portugal," sous le 7° i4^',^ Touest de TénerifFe , et le plus oriental est ce cap Creux qui termine la.. Catalogne par 19** So'de longitude du niéme naéridien. / ' ' .'
On peut , aveci Antilion , auteur sec , mais exact, évaluei? s^ surface jtotaleà 18,296 lieues castillanes carrées, de 20 au degré, dont 3,437 et Va pour le Portugal ^ et 1 4,858 et. V, pour l'Espagne. Les nuits et. les journées les plus longues y sont y vers les parties méridionales , de 14 heures 3o minutes; et, dans. le nord, de i5 heures et un quart.
Nulle étendue âe lat stirÊice du globe ne fut aussi favorisée de la nature, sous le rapport dft la lieauté du climat et de la yariété des productions. Une chaîne de montagnes considérables en protège la sûreté vers l'Europe, dans une étendue de 92 lieues de frontières , faciles à défendre. Un développement de plus de 600 lîeues de côtes, au contraire, y présente d-excellens ports sûr deux mers. Les Tégétaux de iû z^ne tempérée et des tropiques niême se plaisent à s-entremêler à la surface d'une terre qui , dans les sites fertiles , semble ne rieh savoir refuser à l'agricirif eur% Les céréales , le maïs et le ^iz-, des légumes excellens , tles vins secs et liquoreux , d'immenses quantités d'huiles , des fruits exquis, du sucre , du liège , quelques bois de construction aux lieux montueux, que Timprévoyance ne laissa point dépouiller; de lu sparterie , du lin, du chanvre , de la soie et du coton , de la cire et du miel; des substances tinctoriales variées , les plus beaux troupeaux du monde , des races de clïevauï parfaits, d'abondanjes pêcheries, d^inépuisables salines ^ des marbres de la plus éclatante richesse , d'excellentes terrçs à poterie , la barille , le soufre ,* le cinabre et le mercure; le fer, le plomb ^ le cuivre, l'étain, l'argent , même l'or , sont les sources où le gouyernement pourrait puiser d'immenses ri*-
chesses. Cependant des institutions surannées s'y opposent presque en toute chose aux vues de la bienfaisante Nature; nulle étendue de l'ancien monde n'offre , à peu d'exceptions près^ un aspect plus nu et plus misérable que cette Espagne qui deyrait en être la plus belle contrée.
Sept systèmes distincts de montagnes for^ ment la charpente du pays.
Le Ptrénâïque ^ qui s'étend de Test à l'ouest , dans une direction assez régulière^ depuis Textrémité orientale de la Catalogne jusqu'à, la pointe occidentale de la Galice ; il est , d'une extrémité à l'autre ^ de constitution granitique , et généralement d'une grande hauteur. On pourrait le subdiviser en cinq masses assez distinctes : I* la Méditerranéenne (orientale) , la plus basse, formée du Canigou , et séparée de la suivante par la Cefdagne, d'où naissent, pour s'écouler, en suivant deux pentes opposées , le Tet et la Sègre ; 2* l'Aquitanique , où la Garonne et l'Adour prennent leur source , et qui présente des glaciers éternels ; 3** la Cantabrique ( centrale ) , moins élevée , quoique encore très-haute, qui se courbe un peu vers le midi , et que les sources à peu près opposées dfe l'Èbre et de la Pisuerga séparent de la suivante ; 4* l'Asturienne , presque aussi haute que l'Aquitanique , où la neige se conserve toute l'an-
22 ITINÉRAIRE DE l'esPAGNE.
née , mais où n'existent pas de véritables glaciers , et qui , séparant les Asturies du royaume de Léon , présente , de ce côté , une coupure abrupte; S"" la Portugaise (occidentale), qui, se ramifiant dans la Galice j à travers le cours du Mino et du Sil, va se perdre vers le Duéro, en séparant , par l'une de ses projections , les deux provinces septentrionales du Portugal,
L'Ibérique , qui , des bords méridionaux de l'Ebre supérieur, affecte une direction sinueuse; et, se ramifiant du nord-ouést au sud-est jus* que dans le royaume de Murcie , sépare celui de Valence de FAragon et des Castilles. C'est celui-ci que l'an supposait s'unir au système précédent entre l'Èbre et la Pisuerga d'un côté, et de l'autre, aux monts de l'Andalousie , pour faire de la Péninsule un seul appendice des Pyrénées. Rien de plus faux qu'une telle assertion: c'est précisément aux prétendus points de jonction que se trouvent , au nord , les plaines d'AguillardelCampo, dont la canalisation songeait à profiter pour unir l'Èbre au Duéro ; et au sud les vastes plaines méridionales de la province de Cuenca , où les eaux pluviales semblent indécises sur le choix de pentes inappréciables à la vue. Les Sierra de Oca et de Moncayo , qu'on distingue également de Burgos et de Saragosse , en sont les sommets septentrionaux : la neige s'y conserve de neuf à
dix mois, selon la chaleur des étés. Les monts d'Albaracin et de Cnenca, où se reconnaissent de nombreuses traces de volcans et plusieurs cratères parfaitement conservés , en occupent le centre. C'est au nord des premiers , le long du Rio Àlhambra, qu'on trouve ces amas d'os^ semens fossiles , où des auteurs , peu versés dans Panatomie comparée, ont cru distinguer des débris humains. « Personne , avons-nous dit ailleurs^ ne croit plus à la possibilité de pareilles reliques de nos premiers parens ; mais les collines et les lits des torrens , où tant de restes de créatures , jadis animées , ont été entassés par une cause inconnue , ont attiré l'attention même des habitans peu instruits , qui ont appelé ces sortes de cimetières de la vieille création , las cala\f€ras ( les squelettes). »
Le Carpétano-Vétonique , qui , s'étendant du nord-e^ à l'ouest-sud-ouest , sépare les deux Castilles , en formant la plus grande /étendue de cette ligne que nous dirons bientôt séparer l'Espagne en deux climats naturels , et qui finit par expirer vers^la côte de Portugal ; c'est une des Carpétaniques de l'antiquité ; plusieurs de ses pentes étaient habitées par les Vétones , d'où nous avons formé le nom qui doit désigner ce système. On l'avait lié au précédent par les pentes orientales qui s'adoucissent sur des pla»
teaux d'une grande éléTation ^ mais qui, tout élevés qu'ils soient, ne peuvent être considérés comme des anostomoses de montagnes. On peut le diviser en trois groupes principaux : I* rOriental, que composent la Sommo-Sierra et le Guadarrama ; on distingue une partie de ses cimes escarpées depuis Madrid , où elles envoient en hiver de furieuses tempêtes : les maisons rojnales de l'Escuriàl et de St.-Ildefonce s'élèvent , ou plutôt se pei'dent sur ses vastes flancs j c'est dans son étendue que se trouvent deux passages qui pourraient , s'ils étaient bien défendus dans une invasion , devenir les Thermopyles des provinces méridionales ; en quelques points, la neige n'y fond pas dans certains étés; 2* le Central, où s'élève la Sierra de Grédos, entre les provinces d'Avila, de Salamanqué^ et l'Estramadure ; son élévation est telle , qu'on y trouve un glacier vers le lieu appelé Palacio del Moro Alrnanzor\ palais du Maure Almanzor) : la Tormès y prend sa source que de beaux lacs alimentent ; 3** l'Occidental , séparé du précédent par la vallée où se trouve le col de Bagnos. Il commence à la Pena de Ftancia (roche française) , élevée de huit à neuf cents toises , et dont l'une des vallées est célèbre sous le iiom de Batuécas. La Sierra de Gâta y rattache ensuite la Sierra d'Estrella, entièrement portugaise. La charpente
de ce système est toujours granitique; la rodie qui le compose est d'une couleur grise ou noirâtre , et se détériore aisément à l'air. On s'en est servi pour construire le palais-couvent de Saint-Laurenzo ; elle donne kce mùnumenl, ainsi qu'aux façades des maisons qui en sont toutes bâties dans les villes voisines , l'aspect le plus sévère.
Le système Lusitanique , beaucoup moins élevé que ceux dont il vient d'être question , où nulle sommité ne conserve de neige , durant plus de six mois , et dont les pent^ orientales s'effîtcent dans les plaines dç là Nouvelle-Castille. Il ne commence à devenir sensible qu'au sud et à quelque distance de To-. lède , vers Consu^ra , entre l'origine du Gua* diana et le Tage. C'est pourtant dans cette direction , à travers la Maiticlie , si parfaitement horizontale, que^'pour unir les monts de Tolède à ceux de Cuenca j on représentait encore dans les cartes, en iSsS , des Alpes où les hachures se pressaient comme sll eût été quiestibti de re-» présenter le IMont-BIaiic. La Sierra de Guada^ lupe, Tune dts Carpétaniques de ^antiquité, fait partie de ce système ; elle est célèbre par la richesse d'un couvent de Hyéroiiirnîtes qui en occupe la plus belle vallée ; couvent où Charles^ Quiot , ayant renoncé à l'empire, vint termiûer paisiblement ses jours ^ tissus de vaine gloire.
26 ITINÉRAIRE DE I'esI^ACNE.
Le Marianique, dont le nom vient de celui que Fantiquité donnait au même système , ne présente pas plus que le Lusitanique de sommets à glacier : les points culminans n'y conservent la neige que durant neuf mois tout au plus. Ses forpaes sont adoucies et n'offrent point en général de ces accidens majestueux qui donnent un si grand caractère à la plupait des hautes montagnes. La grande route de Madrid à Cadiz le coupe dans Tune de ses parties les plus élevées et en même temps des plus étroites. On y a profité de la rupture , qu;'y produit un torrent vepu du plateau de la Manche , et qui s'écoule vers le Guadalquivir, pour. pratiquer Tune des plus belles chaussées du monde à travers le précipice appelé Despena-Perros, Quand on arrive à ce lieu par le plateau de là Manche, les montagnes se présentent comme de simples* collines ; et la célèbre Sierra-Moréna , que Iç voyageur va traverser, ne lui inspire pas le sentiment de terreur, avec lequel les anciennes relations parlent de ses escarpemens , de sa hauteur, de ses sombres pentes et des dangers qu'on y court. Mais , lorsqu'on a franchi la chaîne , et que, descendu dans le bassin du Guadalquivxr,on se retourne pour l'examiner, elle présente un aspect assez imposant. « C'est en ces lieux, disions-nous ailleurs, le long de la grande route de Madrid,
GÉOÛRAPHIE PHTSI4;^UC. 27
au temps où d'habiles ingénieurs établissaient cette communication telle que nous la voyons maintenant , qu'un* administrateur éclairé ^ M. Olavide, intendant de Séville , fonda des colonies étrangères , conçues sur un plan libéral, et qui prospérèrent avec une telle rapidité, qu'on put croire que, de proche en proche, la Sierra-Moréna ne tarderait pas à se fertiliser entièrement. Singulier effet des institutions politiques par lesquelles PEspagne était régie , que cet empire , qui colonisait alors tant de parties des deux Indes , eût besoin que l'on colonisât son territoire européen. »
Le système dont il est question se rattache , par la Sierra-de^Ségura , vers l'est, à la Sierra- Sagra, élevée au moins de i,ooo toises. Brisé vers son centre par des torrens qui , prenant leur origine dans là triste Manche , vont, à travers la chaîne , porter leurs eaux comme un tribut étranger au bassin de la riante Andalousie , il y prend plus particulièrement le nom de Sierra-Moréna (chaîne noire), en abritant de l'influence du nord les belles contrées du royaume de Cordoue. C'est dans cette partie qu'on retrouve le plus de traces de volcanisation, à travers une constitution schisteuse où saillent quelques gneis. La Sierra-de-Constantina unit la Sierra-Moréna proprement dite à celle d'Aracéna, non moins haute que la Sierra-
28 ITIMÉRAIRB 0£ L^ESPAGNE.
Sagra^ et qui termine le système vers Pouest. La belle route de Séville à Badajoz le traversé encore au Ueu nommé Monasterio. En quittant la riche Andalousie , cette route descend dans la misérable Estremadoure ;
Le système Cunéique, le moins considérable^ semble n'élre qu'un contre-fort du précédent, qu'en aurait disjoint le Guadiana ; il s'étend de Test à l'ouest Tespace d'une vingtaine de lieues Qn Portugal , où il sépare la province d'Âlentejo de celle des Algarves. Sa h^auteur ne parait pas dépasser de 6 à 800 toises. Deux groupes principaux s'y remarquent : i* la Sieira-Caldérona ( o)*ientale ) , de constitution calcaire , mais toute remplie d'anciens volcans ; 2" la Sierra-rde-Monchique (occidentale), plus haute que la précédente , et qu'on dit être formée de grès.
Le système Bétiqub , qui forme comme une courbe autour de l'extrémité occidentale de la Méditerranée , depuis les environs de Tariffa , vis-à-vis la pointe septentrionale d'Afrique, jusque vers les confins du royaume de Murcie. Ce dernier système , dans l'étendue duquel se trouvent les sommets les plus élevés de la Péninsule , l'emporte encore en hauteur sur les Pyrénées aquitaniques ; et de là le nom de Sierra-'Nevada {ch^Xnt^ neiges), donné dans le pays aux montagnes de Grenade , points
0É06RAPHIE PHYSIQUE. 29
culimnans du système. Il se compose de quatre groupes principaux : i*» la Serranie-de* Rouda, séparée du suivant par le rio Guadaljore ^ qui coupe brusquement la grande chaîne yers Alora. Gibraltar semble en être un rocher détaché^ et gît vers ses bases méridionales. Nulle part on ne trouve d'indices de plus terribles fracassemens : les pics de Saint-Ghristoval , d'Algodonales , del Gastor , de Montéjaque ^ d'Ubrique ^ entassés les uns au-dessus des autres ; les sommets de Notre-Dame-des- Neiges, où les glaces persévèrent durant neuf à dix moisxle Tannée; Tenfouissement des torren^^ qui circulent au fond d'épouvantables précipices j d'éoormes ruptures de rochers à pic , font connaître que ces lieux ont été violemment bouleversés. La ville même qui dtane son nom à cette partie du système bétique est située aux deux bords d'un torrent , sur lequel on a jeté le pont le plus hardi qui existe peut-être dans l'univers , et dont les culées sont appuyées à de tels escarpemens , que , de la balustrade , on ap^*çoit a plus dfs l5o toises au-dessous de soi , s'échapper en cascades écu- . joantes d'abondantes eaux , dont on entend lé bruit seulement comme un léger murmure ; 2* le groupe dont le point culminant est là Sierrar*Téjada^ -jion moins élevée que la ScrranienJe-Ronda , a l'ermitage de Notre-Dame-
3o ITINÉRAIHE I>E L^ESPAGNE.
des-Neiges. La Sierra-d'Alhama et la Sierra- Priéta s'y rattachent ; ]a belle route d'Antequerra à Malaga en coupe une crétée au col nommé Boca del Asno (la bouche de l'âne). C'est près de ce lieu que se voit le Torqual , large ceinture de rocs de mille formes et de toutes dimensions , si confusémtent ou si régulièrement entassés^ que , du fond d'un labyrinthe inextricable , composé de vérftables rues , nous l'avons autrefois comparé à quelque ville déserte des Titans , où plusieurs monumens de cette race puissante seraient demeurés debout entre d'autres monumens ruinés , comme pour donner une idée éternelle de ce qu'était l'architecture chez ces audacieux enfans de la terre ; 3° le groupe propremenj; appelé Sierra^Né-vada y dont les points les plus élevés sont le Mulahacen, de 1,824 toises, et le pic de Véléte d'un peu moins de I5800 : l'un et l'autre, composés de schiste micacé brillant , dominent l'illustre ville de Grenade , assise sur les pentes boréales de ces gigantesques masses. Le Vélête et le Mulahacen sont séparés par un immense précipice 'en forme de cirque , fenrié de toute part, si ce n*est à l'étroit passage' d'où s'échappe le Génii : l'antique Singilis. Ce cirque immense est appelé CoraUde-^V^léle. ' Les neiges , (jui ne fdndent jamais dans les anfi'àctures des pics voisins , s'accumulent en vé-
GÉOGRAPHIE PHYSIQUE. 3l
ri table glacier au fond de cette enceinte. Des sommets du Mulahacen et du Véléte , où Tau* teur de cette notice ne parvint qu^en guerroyant /le roche en roche ayec des montagnards dont la résistance fut opiniâtre, nous pûmes jouir, vers les limites de l'atmosphère , du plus imposant spectacle que nous avons naguère décrit dans les termes snivans : « Comme au centre d'un panorama pompeux, d'abord entouré de neiges et de débris , nous distinguions , à mesure que les pentes fuiaient vers les régions inférieures , la verdure la plus riche di^prer au loin des échappées de plaines ; ce n'étaient pas seulement des cimes sans nombre qm , frappant nos regards , se succédaient de tout coté comme les vagues bleuâtres d'une mer subitement devenue immobile; outre des amas de cimes confuses, de pics , de vallons et ^ champs, s'effaçant vers les limites de l'horizon , ce fut la mer immense qui , par son azur , vint jeter un effet imprévu dans la magnificence du ta^ bleau. A nos pieds même , la Méditerranée s'ouvrait et se rétrécissait ; nous y pouvions distinguer, comme sur une carte immense , les moindres sinuosités des rivages barbaresques, ' depuis Ceuta jusqu'au, cap Très-Forccf^.)) Les Alpujaras dépendent de ce groupe , dont elles sont les pentes méridionales ; 4"* les monts d'Ouria , de Filabres , et autres hauteurs plus
32 ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNE.
OU moins séparées par des torrens , et s'éleyant vers les côtes occidentales , comme pour séparer les pentes méditerranéennes du bassin du Guadalquiyir^ forment le quatrième groupe ^ beaucoup moins élevé que les trois précédens.
Outre les montagnes subordonnées les unes aux autres, dont il vient d'être question , il s'en trouve en Espagne d'isolées ^ moins considérables^ quoique importantes, et jetées comme au hasard au- milieu de vastes plaines , et souvent au bord , soit des fleuves, soit de la mer. Telles sont, par exemple, le Pico-Sacpo, en Galice ; la Sierra-de-San-Servan , vis-à-vis M erida , en Estremadoure ; celle de Hornachos , aux confins de la Séréna ; et le Jabalcol , entre Baza et Guadix.
Des pARAMÉRAs , pldtcaux intérieurs ^ la plupart fort élevés au-dessus du niveau des mers , sortes de landes où quelques cistes , des légumineuses et des graminées rigides avec des lavandes et du romarin^ remplacent nos bruyères; des Paraméras , disons-nous , s'étendent entre quelquespointsdes septsystèmes de montagnes, ou vers leur faîte , et font que la hauteur anparente de ces systèmes ne se présente pas toujours sous un aspect aussi majestueux que le font ordinairement les Alpes. Les plus remarquables de ces solitudes sont celles des pro-
TÎnces d'Ayila et de Soria^ VâStes steppes dépouillées d'arbres, arides , d'une teinte noirâtre ou brunâtre , monotones^ silencieuses , froides , battues des vents. L'espace situé entre rèbre supérieur et les'sourceb de la Pisuerga, divers sommets des Pyrénées , lès monts Ibériques , Lusitaniques et cenif de Grédos , en contiennent encore beaucoup , sur lesquelles on se croirait transporté darts le^ déserts de la Taftarie centrale.
Quatre grands versans généraux, dont les limites sopt sduvertl presque inappréciables' à l'œrl, sont déterminés» par les 4)lateaux et les systèmes de montagnes décrits ci-dessus ; on pourrait leur donner le nom des quatre parties du monde , qulls semblent représenter k la surface de la Péninsule , par leur physîono* nrie , leur température , et une-certàine analogie dans leur ^productions. , '
Le Caîti ABRI QUE* ( septentrional) J)résehte un caractère uniquement européen ; on s'y dirait toujours , non-seulement en France ^ mais encore dans les parties les moins ehaudes de l'ouest, telles que rArnforique , et même les pays de Cornouailles et de Galle^ en Angleterre. La vigne n'y réussit guère , et le pommier prodtrit, comme en Bretaghe et en Normandie, le cidre, boisson de Thabitant pour lequel une pêche abondante forme la principale ressource
34 ITINÉRAIRE DE l'eSFAGNE.
commerciale, aveô Texplpitation de quelques mine$ de fet*. L'oranger, le figuier lui-même y doivent en hiver être protèges contre la rigueur du froid. Ce versant .est fort étroit, n'ayant gftcre plus de 12 à 18 lieues de largeur du nord au sud; mais it s'étend beaucoup, en longueur, c'est-à-dirè de Test à l'ouest , ou des sources de l'Adour , qui en dépend physiquement , jusqu'en Galice. Les Pyrénées cantabriques et asturiennes le séparent du suivant ; il dépend tout entier de leurs pentes boréales , et demeure exposé à toute l'inclémence des vents du nord^; des cl^ines, la plupart couvertes de neiges éternelles, interceptant l'haleine des vents chauds du midi ; nulle rivière méritant d'être signalée ' n'y" circule , mais de nombreux torrens , courant du sud au septentrion , le, déchirent. Les naturels de ce versant sont ces anciens Vascon^ ou Gascons , CCS Vardules devenus des Basques ; enfin ces Cantabres et ces Astures , qui ne furent jamais complèt<ement soumis par les conquérans tour à tour dominateurs de l'Espagne.
Le LusïTANiQUE (occidental), le plus considérable de toais , est borné au nord par le précédent, à l'est par le suivant, au sud par le quatrième , et à l'occident par l'océan atlantique* Quatre fleuves y circulent en coulant du levant au couchant : le Mino ( Minius ) , le
GÉOGRAPHIB PHYSIQUE. 35
Duëro (Darius)^ le Tage (Tagus)^ ie Guadiana (^/^^w),. Dans une si" grande étendue, qui comprend plusieurs bassins et divers systèmes de montagnes , il existe une grande variété d'expositions , qui ne permettent pas d'abord d'en saisir la physionomie commune ; cependant plusieurs caractères qui lui sont propres , singularisent le vaste espace dont il est question. Beaucoup plus chaud que le versant cantabrique , il l'est moins que les deux autres sous les mêmes latitudes* La vigne y réussit partout; mais elle n'y donne guère que des vins non liquoreux ; le pommier a disparu , et l'olivier commence a s'y montrer, surtout vers le sud : nulle part l'huile n'y est renommée pour sa bonne qualité. Le châtaignier dans les montagnes , le chêne à glands doux , comestibles ( IBeillota)^ y forment le fond de& grands bois avec quelques pins sylvestres ; c'est là . qu'on rencontre le plus de ces végétaux qui forment proprement la Flore espagnole , et qu'une saison des pluies, telle que celle des tropiques ,. commence à se biea prononcer* On remarquie la facilité avec laquelle s'y naturalisent les plantes des îles atlantiques, telles que Madère et les Canaries , et même les plantes américaines , dont plusieurs sont devenues conime indigènes , non- * seulement dans les parties méridionales^ du
Portugal ', mais encore dans tierlaines expositions en Galice. Par ce rapport a^ec if Nouveai^Moqde , on peut présumer qu'il est peu de richesses agricoles , de ses parties même les 'plus chaudes , qui ne pussent s^ac^ climater dans le versant qui n^us occupe , et eii former une Amérique nouvelle. Les kabitans de ce versant sont ces Portugais et ces Castillans qui se haïssenl; les premiers sokt d'origine celtique pure ; les seconds descendent de ces Celtibériens *qui provenaient du mélange des Celtes ^ descendus du nord , et des vèritaJ3les Ibères , hommes de racé atlante,, venus, comme nous Je verrons bientôt , par le midi.
L'Ibérique (oriental), borné au nord par les Pyrénées, à l'ouest par le précédent, au sud par le suivant, à Test par la Méditerranée , cou^p^end d'sJiiOrd le bassin de l'Èbre^ l'un des fleuves Jes.plus considérables de la Péninsule; et le reiste de ses? cours d'eau, dont les plus ootisidérables sont le Llobi^at ', le .Guadala- \iar, le Jujâr , et la Ségura, descend dans une pente généraFe de l'ouest .à l'est. Il porte ce «caractère dont on retrouve déjà quelques traits sur les côtes de la Provence et du ïjangiuedoe, dont la, Sicile , les Calabres et la Grèce soipi(t empreints , et qui, plus particulier à l'Anatohe et à la Syrie ,pieiikt être considéré comme
a$îathpi6* Non - seulement Polivier pifwpère dans toute son étendue, mais il s^Ainble s^ plaire plus qu'cnf tout autre partie de TEurope ; la vigne y donne dessins chargés en couleur; le caroubier et les agaves commencent à être fréquens. Dans les parties méridionales, on rencontre déjà lechameerops, petit palmier qui couvre les parties incultes du versant bétique et de la contrée africaine f qui lui est opposée; lejcoton y réu-ssit parfaiteq[ient , encore qu'on ne l'y cultive pas ; le riz et des plantâtioas de mûriers sont ides sources de richesses pour le pays*. Lh5S habitans sont un mélange dlbères , de Celtes , de Phéniciens , de Carthatgin(MS, de Grecs, de Romains, de Goths, de Juifs, d'Arabes , en un mot , de tous les peuples de rancien monde ; et de tarit de mélanges s'est formé un caractère tout différent de celui des hommes du versant Lusitaniquç , dont la fierté , la fixité et la paressé composent le fond ; ik sont actifs et fort jaloux de leur indépendance ; mais leur esprit est excessivement mobile.
Le BÉtiQUE (méridiobal), borné au nord et b Touest par l'IbériqUe , à Test par le précédent , au sud par la Méditerranée , le détroit de Gibraltar et TOcéan , présente un ïispect entièrement africain. Nulle part , si ce îi'est sur les sommets élevés , l'eau n'y gèle même en hiver; le dattier , arbre de l'Atlas, s'y mul- '
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tiplie ;«et ses fruita y mûrissent ; il indique de loin , pai^essus les innombrables et vastes bois d'oliviers , le point où se trouve la ferme. Dès qu'on a traversé la sierra Moréna ^ des haies d'agave , improprement et vulgairement appelés aloèsy circonscrivent les moindres propriétés; les cactes couvrent les sites maritimes ; l'oranger et le cift:onnier forment des bois souvent trèsré tendus. On trouve dans .certains jardins le bananier en pleine terre. La culture du sucre et du coton enrichit les contrées riveraines. A peine quelques végétaux du nord de l'Europe se sont-ils propagés jusqu'ici : ce sont Içs arbustes et les végétaux africains qui forment le fond de verdure de tous ces lieux ) où le chamœropsy le nain des palmiers , s'empare des terrains négligés par l'homme. Les cistes les plus variés , des thyms , des lentisques et le myrte surtout, décorent et parfument les solitudes où le ^etit chêne , à Kern^ès , fournit un objet de teinture. Le nérion remplit le lit des torrens desséchés que l'abondance de ses belles fleurs dessine en pourpre sur les pentes inférieures des collines. Ce n'est pas seulement le règne végétal qui donne^au pays la physionomie africaine : les animaux , qu'on avait jusqu'ici supposés propres à la Barbarie , s'y rencontrent en abondance. Entre les plus remarquables est le caméléon ,
GéOGRAPHIB PHYSIQUE. 3q
que nul naturaliste n'y ayait mentionné avant nous , et qu'on n'a retrouvé sur auc;un autre point de l'Europe. Des sibges même y furent communs; et l'on en retrouve encore quelques troupes sur le rocher de Gi))raltar.
Outre ces quatre régions physiques que nous Tenons de caractériser mus le nom de veirjAn^. la Péninsule en présente encore deux autr^ , en la considérant dans le rapport de l'élévation de ses diverses parties au-dessus du ni-* yeau de la met. La riverai jte y qui se compose de toutes ses pentes extérieures , quelle que soit leur exposition ^ est comparativement bien plus chaude que la centrale , formée de plateaux dont quelques-uns ^ quoique faalvités et cultivables , s'étendent presque dans la région des nuages.
De quelque point du rivage qu'on pénètre au cœur de l'Espagne , on gravit , pendant l'espace* de quelques iieues -, sur le flâne de colUnes ,ou de montagnes qui% presque partout^ vienneril se perdreMans la mer : ce n'est ordinairement qu'à l'embouchure *de certains cours d'eau qu'on trouve des plaines peu étendues, qui furent originairement d'anciens golfes; ces plaines et ces.penfies^^le la i^on maritime , sont , ordinaÎFQment , rianytes , fertiles et bien cultivées , Jkabitées par de^ hommes moins courbés sous le poids des préjugés, et
polis par la fréquentation des étrangers qu'appelle le commerce. Celui qvii les parcourrait parallèlement à la' côte, dans^ toute la 'circonférence de la Pénin&ule , en partant du cap Creux pour, arrlyer à l'embouchure de la Bidassoa , reconnaîtrait .dans leurs points opposés encore quelque^ traits de. 4:*essemblance ; nms si le voyageur^ s'élôignant des rivages , pénèti*e ^t coeur dapays, il s'aperçoit bientôt qu'après* iivOir gravi ji|sqUï'aux*pJaines intérieures, leç inonts ne s'abtiissent pas autant par ce côté. C'est ainsi*qu'en venant par Burgos à l^ayonae, les Pyrénées, ne présentent pas un aspect aussi imposant que Lgirsqulon s'y engage par le midi de htfï'rance. De même des plateaux de la HançEie , Je système Marianique et lesemonta- .çnes qui séparent la Castille du royaume de Valence, ressemblent^ de # simples- coteaux; et, de plaine en plaine^ ifn s'élève jusqu'à celles de Madrid . aux. racines de Sonmio<^erra et de Guadarrama d'un côté, bu de.Ségovie et d'Âranda de l'autre , qui n'dht pas* moins de 4oo toisés 4u-dessus du niveau de la mer. Aussi la régioiv centrale ne produit -elle ni orangers , ni palmiere , ni cactes , et même point d'oliviers ,5i ce n'-est quand on les abrite et qu'on les^ garantit des -rigueurs 'du climat , comme on le fait dans le centre de la France. Ici l'élévatloii au-dessus de l'Océan produit sur
GÉOGRAPHIE PHYSIQUE. I^l
la végétation ïeffet qae détermine la hauteur en latitude. aux environs de Paris. C'est par la méiii;^ raison que Tananas ^ par exemple ^ n'a jamais pu mûrir à Madrid , quelque soin qu'on ait pris de le tenir en serre chaude. Ce n'était pas la température très-ardente durant neuf mois de Tanfiée , qui lui était principalement contraire , mais Télévation du sol ; car l'ananas est un végétal des marais peu éloignés de la mer ; ce fruit mûrit fréquemment à Valence , ainsi qu'à Mals^a.'
Enfin , deux grands cliu^ats physiques ^ bien difierens des climats d'heures par rapport auxquels ils s'inclinent de 25 degrés environ du nord-est au sud-ouest, régnent dans la Pénin*suie. Une ligne légèrement sinueuse qui , du cap de la Roca, en Portugal , s'étendrait jusque vers la Cerdagne , sur les confins d'Aragon , de Catalogne et de France , en suivant les cimes du système Corpétano-Vétonique , et en coupant l'Èbre vers les frontières de la Navarre méridionale^ forme la limite de ces deux climats. Le Boréal ou* tempéré contient les bassins du Duéro et du Mino , l'Èbre supérieur et le ver^ saAt cantabrîque ; l'ours est l'habitant de ses sommités ; le blé , la principale récolte de ses champs monotones ; le vin de «es coteaux n'est jamais sucré ; l'huile y est à peu près inconnue. Les montagnes y présentent des pâtu-
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rages. A la physionomie de la végétation, on se croirait toujours en France. Le Méi^idio- NAL , ou torride , nourrit des lynx et des numfflons en plusiem^s de ses montagnes ; les Tins y sont liquoreux; Tolivier, l'oranger et. cent autres arbres des pays les plus chauds y sont parfaitement naturalisés ; le riz , le coton , le sucre y peuvent être cultivés presque partout ; en un mot, il Semble qu'on n'y est plus en Europe.
En considérant cette physionomie africaine propre à l'Espagne , particulièrement au versant bétique , en y voyant les mêmes animaux, et surtout de ces reptiles tardigrades , que les hommes détruisent partout où ils les trouvent, qu'ils ne transportent conséquemment pas d'une terre à l'autre , et qui ne sauraient d'eux-mêmes traverser le plus étroit bras de mer, on soupçonne que l'Espagne et l'Afrique purent être unies , surtout lorsque Ton considère que les parties méditerranéennes de l'Europe , qui se trouvent situées sous les mêmes ^titudes que l'Andalousie, ne présentèrent jamais ni singes ^ ni caméléons , et portent , dans la nature de leurs productions végétales , un aspect très-distinct de ce qu'on peut appeler le caractère d'Afrique. Ce caractère s'étendit jusque sur l'espèce humaine : aussi avonsnous démontré ailleurs que tous les conquérans
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qui pénétrèrent dans la Péninsule par cette par-* tie du monde , trouyèrent toujours beaucoup de facilité pour s'y établir. Ceux qui Tinrent d'ailleurs furent au contraire obligés de guerroyer long-temps ; et , malgré le fanatisme religieux qui poussa les Espagnols chrétiens à secouer le joug des Espagnols arabes , il fallut sept cents ans de guerres continuelles aux premiers pour gagner ce que les autres avaient obtenu dans la seule bataille de Xérès.
Si Ton ajoute à ces indices tirés des productions naturelles qui appartiennent aux règnes organiques ^ les preuves que peut fournir la géologie ^ on ne doutera plus que la Péninsule Ibérique n'ait été primitivement une presqu'île africaine ; et nous croyons l'avoir démontré dans notre Résumé de la Péninsule ^ p. 1 16.
L'Espagne s'avance vers l'Afrique entre Cadiz et Malaga , c'est-à-dire entre l'Océan et la Méditerranée , par un prolongement en forme de coin obtus, dont Tariffa et Gibraltar occupent l'extrémité méridionale. A l'opposé, l'Afrique s'avance vers l'Espagne par une langue de terre toute pareille , et n'en est séparée que par. un simple détroit. Les deux rives opn posées sont coupées à pic , formées de roches tellement pareilles , que leur analogie a paru frappante aux habitans même les plus ignorans de ces lieux. On n'y voit pas de ces plages
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adoucies qui dénotent une formation lente ^ mais de ces escarpemens abruptes qui déno^ tent quelque fracassement. De grands éperons de montagnes projetés , l'un par le systè«ie hétique , l'autre par l'Atlas , s'y aTancent fièrement l'un vers Fautre; tous deux sont de même nature et de même hauteur; le désordre qui caractérise le premier nous a déjti occupés; le second n'est pas moins brisé. Tout indique dans l'un et dans l'autre la violence des secousses qui les durent désunir, et que le détroit par lequel les deux mers sont maintenant en communication n'a pas toujours existé. Les traditions historiques et mythologiques^ à travers lesquelles on reconnaît un fond de vérité , en associant le nom d'Hercule à celui des contrées brusquement divisées par Tirruption d'une mer dans l'autre , prouvent que , de tout temps^ les hommes , frappés des rapports qui existent entré ces contrées , ne purent s'en expliquer la séparation que par quelque effort de la nature ^ L'antiquité en attribua la rupture aux travaux d'un demi-dieu ; et Pline nous apprend que , de tout temps , les peuples ^ des côtes méridionales de TEsp^lgne romaine avaient crii que la Méditerranée S'était fait un passage entre Calpe. et Âbila.
L'Espagne , en beaucoup de ses montagnes ^ présente des ruptures analogues. Nous avons
déjà dît que les rivières et tes fleuves , loin d'y couler captifs entre des chaînes , que les géographes ont imaginé jusqu'ici circonscrire leurs bassios respectifs ^ semblent se plaire à les traverser en tout sens. Ainsi le bassin du Sil, qui tombe dans le Mmo ^ fut autrefois un lac qui s'est dégorgé en Gialice , au val d'Orès , en coupant la principale branche des Pyrénées- liortugaises , par un passage tellement étroit , qu'on le nomme Pena^Forada ( pierre percée ). Le Mioo dont les premiers affluans formaient un lae dans les plaines où se voit Lugo , a lui-même forcé la barrière au-dessous du point oà cette ville est maintenant située. Le Duéiro supérieur fut a n lac immense , qui s'ouvrit ytr% le point où s'opère aujourd'hui la torsion formée dans son cours vers son entrée en Pwti^aL L'Èbre, vers Méquinenza^ présente le même phénomène ; le Tage Toffre ég«len^nt ; mais nulle part on n'en voit de phis fré^uens exetaples qu'en se rappi^chant de l'Âfirique , aux limites de laquelle s'opérèrent les plitô grands déchiremens. Ainsi le Guadiana parcourt trois ou quatre bassins superposés ^ et dut se Êiire jour, pour servir de dégorgeoir auz ondes évidemmebt salées qui reinplissaient ces bassins, i° à travers les mohtagnes de la Se-» réna , que tenaient à celles de Guadaloupe ; V au
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lieu même où se voient maintenant , yis-à-vis l'un de l'autre , le vieux château de Badajoz et le fort de Santa Catalina ; 3* enfin aux environs de Serpa , où Fissue est tellement étroite , qu'on Ta nommée El Salto del Lobo ( le Saut du Loup) ) parce qu'on si^pose qu'un animal agile et poursuivi la pourrait aisément franchir. Le bassin d'Antéquerra est l'ancien lit d'une petite mer intérieure qui se dégorges[ par If Guadaljore , en séparant le groupe de la Serranie de Ronda de la sierra d'Araïs ^ et laissa pour monument de son existence un lac tellement salé , qu'il cristallise entièrement durant les chaleurs de l'été. La Véga de Grenade £ut encore un lac qui se fit jour par le Génil , vers Loja ; le Guadalète et ses affluans présentent à chaque* pas de pareils bassins mis à sec par d'étroites ouvertures , dont les plus singulières sont l'Angostura de Bornos , et celle de Zaframagon. Enfin les rivières d'Huescar, de Baza et de Guadix , sillonnent le fond de la plus évidente de ces antiquitésCaspiennes desséchées; ces cours d'eau se sont creusés ^ dans la vaste plaine parfaitement unie qui en était le fond ^ des vallons dont les flancs sont d'une terre encore toute imprégnée de ^\ ; la surface du â)l est brillante d'efflorescences; et le voyageur, en parcourant ces lieux , s'y voyant environné
de soudes, de solicornes\ de statices, de frankènes et autres végétaux maritimes , s'y croirait transporté sur les rivages de POcéan.
Le reste de l'Espagne est rempli de lacs salés , anciens fonds de Caspiennes pareilles , particulièrement en Catalogne et dans le bassin de l'Aragon. L'onde am^e y couvrit donc toutes les plaines, et s'y trouva, à mesure qu'elle diminuait, interceptée dans des enchaînemens de lacs. Les eaux thermales , non moins communes dans la Péninsule, y sont des indices certains de la présence des feux souterrains , manifestés , naguère encore , d'une manière si terrible, par le désastre de Lisbonne. Des cratères ou des courans de laves s'y voient , en Catalogne , dans les monts de Cuenca , et jusqu'au royau^me de Valence ; dans la Manche , particulièrement à Almagro , au cœur de la sierra Moréna , aux Cémas de Ourens ; en Portugal , sur la sierra Caldérone , dans les Algarves , et jusqu'au cap de Gates , l'un des prolongemens de l'Espagne vers l'Afrique.
Les secousses volcaniques et les infiltrations qui , par de moindres révolutions physiques , ont successivement métamorphosé en plaines aujourd'hui cultivables les petites mers intérieures , n^ont-elles donc pu agir d'une façon analogue vers le détroit de Gibraltar? L'irrup-
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tion de rËuxin dans la Propontide , et secandairem^it de celle*ci dans la mer Egée , démon" trée par Tournefort (voyea au Levant y lettre xv) , et dont les hommes avaient conservé le souvenir, put aussi influer sur la séparation de l'Afrique et de l'Espagne. Avant cette séparation, la Mé(}iterranée devait être plus haute , ne recevant pas moins de fleuves qae die nos^ jours; et, grossie des flots auxiliaires ^ue lui portaient , par le Bosphore et l'Hellespont , le Danube et le Tanaïs , elle dut peser d'uii poids immensément accru sur la ceinture de rochers qui en contenait l'extrémité. Son dégorgeoir était alors le bassin de l'Hérault et celui de la Garonne , par le point où le canal dit de Languedoc unit encore les deux mers. Nul point du sol n'y est fort élevé ; les prises d'eau semblent s'y confondre; les dernières pentes Pyrénaïques y ont expiré d'un côté , tandis que celles des Cévènes y atteignent à peine de l'autre. Les plaines cakaires formées de débris marins présentent, juscju'à Bordeaux d'un côté , et jusqu'à Dax de l'autre , les mêmes fossiles que le reste du bassin méditerranéen ; les landes Acquitaniques , vaste attérissement de sables , iidiquent que des eaux peu profondes , se déchargeant par une grande ouverture , et trouvant tout le poids d'un océan sans limite opposé à leur pente douce , déposaient
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une immense barre. Les flots, s'étendant alors bien plus avant dans le bassin du Rhône ,, augmentaient les volcans intérieurs de la France , et en Afrique ceux de l'Atlas ; car une centaine de mètres seulement , ajoutés à la hauteur de la Méditerranée^accroissaient singulièrement le ^ développement de ses rivages ; et les escarpemens du nouveau détroit par lequel cette mer se fit jour dans l'Atlantique , présentent une. élévation tellement considérable, qu'on peut supposer plus de loo toises en hauteur à la Méditerranée , telle qu'elle dut être avant la rupture d'ou résulte le détroit de Gibraltar.
Plus bouleversée qu'aucune autre partie de l'fi^ro|^ , empreinte d'un aspect exotique , la Péninsule appelle- toute la sollicitude des naturalistes. Si le$ richesses zoologiques et botaniques y sont inmienses , les trésors mineralogiques ne le leur cèdent en rien ; il n'est pas de substance métallique d'usage dans les arts , qu'on n'y retrouve ; le plomb de Linares est excellent ; et les anciens l'y venaient extraire. Les mines de Guadalcanal et de Gazalla , dans la sierra de Constantina , fournissaient aux Carthaginois de l'argent et même de l'or ; ces exploitations ont à peu près cessé, ayant été fort niai dirigées dans le dernier siècle. Le mercure d'Almaden est surtout tellement abondant , que le reste du globe entier n'en saurait fournir au-
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tant. Le gouvernement espagnol , privé des raines d'Amérique, pourra peut-être obtenir quelque dédommagement des entrailles même de Ja^métropole , si jamais les institutions y favoriseht'le commerce et Pindustrie, Nulle part on ne trouve de marbres plus brillans ; et les mines de fer y sont inépuisables. Le sel gemme y abonde partout , ainsi que des ruisseaux et des étangs intérieurs , qui donnent un sel aussi bon <jue celui des marais si bien entretenus aux environs de Cadiz et de Saint-Lucar de Baraméda. On trouve du soufre en divers endroits, particulièrement à Conil; des encourageraens accordés par le gouvernement, un peu plus de lumières et Tamour du travail, sont les seuls élémens qui manquent dans cette contrée , comblée des dons de la nature , pour en faire une sorte d'Éden.
DE XÀ