‹ Itinéraire descriptif de l'EspagneChapitre 19 sur 33 · L*ESC;[7RIAL · texte numérisé non relu

L*ESC;[7RIAL

7 lieues.

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Quant à la route de Madrid à Cadiz , voici ce qui la concerne : La poste est obligée de mener deux personnes dont le bagage n'excède pas le poids de deux cents livres^ avec deux chevaux;

et le prix est de 4 réaux 3 quartillos ( i franc i8 centimes) par lieue pour chaque cheyal; ce qui joint aux 2 réaux de tarif pour le postillon et à 4 réaux que l'on paie pour la voiture lors* que l'on n'a pas la sienne ^ porte la dépense de la route par lieue ( légua ) à I2 ou i3 réaux ( 3 francs 21 centimes ) ; mais alors on est trèsbien mené , et on fait , par exemple , les loo lieues de Madrid à Cadiz en quatre jours et quatre nuits. L'étendue des postes Tarie dans les différentes routes ; mais , comme on ne compte que par lieues , on ne peut pas être trompé. On trouve un petit livre de poste dans toutes les grandes villes , et il est bon de s'en munir ; mais ce qui est plus nécessaire et sans quoi on ne vous donnerait pas de chevaux , c'est de pf endre la permission des directeurs et administrateurs des postes. On paie pour cette permission 37 réaux et demi ( 9 fr. 27 c. ) par personne.

Si la poste pour les voitures n'est établie que sur la route de Madrid à Cadiz:, elle l'est sur toutes les autres communications pour les gens à cheval ; et , comme elle est la seule et que les chevaux du pays sont excellens , elle est très-perfectionnée. J'ai fait à franc-étrier le voyage de Lisbonne à Madrid en trois jours sans me fatiguer, tant le galop allongé des chevaux est doux. Cependant hi poste à ii^anc- I. 12

178 ITINÉRAIRE DE l'bSPAGNE.

étrîer parcourt rarement les grandes routes, mais le plus souyent des chemins de traverse ou les anciennes grandes routes qui sont au^ jourd'hui abandonnées. On est toujours précédé d'un postillon , en quelque nombre que l'on soit. La première poste se paie double en sortant de Madrid ou des maisons royales , lorsque la cour s'y trouve. Le prix des chevaux varie : il est dans toutes les provinces de la couronne de Castille le même que pour les voitures de 4 réaux 3 quartillos ( i fr. 18 c.) par lieue pour chaque cheval , mais il est de 5 réaux et demi ( i fr. 37 c. ) dans la Navarre -, l'Aragon ^ la Catalogne , et le royaume de Valence , outre les 2 réaux de tarif par poste pour le postillon , prix que l'on augmente ordinairement. On est expédié promptement; et, pour peu que l'on ait une bonne santé et une bonne selle anglaise, cette manière de voyager est la plus expéditive et la plus commode ; on peut même transporter avec soi beaucoup de bagage : le postillon se charge de votre porter manteau, qui peut peser jusqu'à soixante livres. Il est rare cependant que les voyageurs qui veulent connaître l'Espagne prennent cette voie, qui ne laisserait pas le temps d'examiner , et ne conduirait que par des routes peu intéressantes.

La véritable manière de voyager en Espagne

est en soiTant l'usage ordinaire , c'est>-à-dire en louant des cheyaux ou en les achetant , si on se destine à faire un long séjour dans le pays. On trouve dans toutes les villes considérables des voituriers qui ^ presque tous, sont de Valence ^ de M urcie ou de Catalogne , et qui conduisent partout les voyageurs ; ils vont même jusqu'à Perpignan, Bordeaux et Lisbonne. Leur journée est de six à huit léguas , tout au plus de douze lieues de France; et leurs prix sont en raison du nombre des mulets. On les paie ordinairement deux piastres par jour (lo fr. 70 c.) chacun ; mais il faut observer ce qui suit :

On loue une voiture , soit exprès , soit de retour. Dans le premier cas, il faut payer le voyage au lieu où vous allez , ainsi que le retour : C€ qui , pour de grandes distances , fait une somme considérable,; mais il est rare que l'on soit obligé de louer exprès, parce que , le plus souvent , la plupart des Voituriers vont dans les grandes villes par spéculation *. Ainsi , dans les auberges considérables de Madrid, Cadiz, Séville, Badajoz, etc., on rencontre tous les jours des courtiers de voitures (côrredores de carruages jr coches) qui ont la liste de toutes les voitures , et qui sont chargés

' Cette page et les trois suivantes ^, ainsi que quelques autres renseignemens , sont pris d'une notice de M. Fischer sur la manière dé voyager en Espagne.

î8o mwÉaAiRE de l'espagne.

de leur trouver des voyageurs. Il est donc facile d'avoir des^ voitures de retour; alors on ne paie que le simple voyage que l'on fait ; mais il faut traiter avec eux de sanc-froid , €t ne faire aucune attention au conseil des aubergistes ^ ni au cri des courtiers , et insister absolument sur cette condition. Dès qu'ils s'aperçoivent qu'on ne veut pas leur<àccorder davantage , le voiturier vient lui-même , et cherche à. s'arranger avec vous. S'il arrivait, ce qui n'est pas rare , que plusieurs voituriers qui partent pour la mêrne ville j et sul*tout pour les ports de mer , où ils aiment à aller de préférence , se trouvassent sur la place , vous auriez le choix , et pourriez même quelquefois leur faire diminuer leur prix de quelques piastres.

Ainsi donc la première règle qu'il faut observer, c'est de convenir qu'on ne paiera pas le retour; la seconde , c'est d'éviter d'être trompé sur le nombrcr des journées. Par exemple , Bayonne est éloignée de soixante léguas de Madrid , et on peut commodément faire ce voyage en huit jours. Le prix de six mulets , à chacun deux piastres par jour , monte , pour huit jours , à 96 piastres ( 5i 3 fr. 40 c. ) ; mais un voiturier de mauvaise foi peut y employer dix journées , soit pour ménager ses mulets , soit pour se faire payer deux journées de plus. Afin d'éviter cet inconvénient , il faut , avant de partir , prendre

KaTIGE SUR L£S VOYAGES. lÔI

des iniformations exactes , et stipuler avec le Toiturier qu'il fera cette route dans un espace de temps raisonnable et convenu , sous peine de perdre un tiers du prix qu'on lui accorde. La troisième règle est de ne jamais convenir de donner un liard de plus , ni pour le cocher , ni pour les mulets , ni pour droits de douane ou réparations y etc. Si le voyageur s'avise de défrayer les voituriers pour le dîner ^ ou d'accorder d'autres mulets , le nombre étant toujours fixé à deux, cela monterait par jour à une dépense énorme; on fait donc mieux de leur promettre en général un pour-boire raisonnable , à peu près de quatre piastres (21 fr. 4o c). Il ne faut pas non plus convenir de leur payer le tabac^, ce qu'ils vous demandent trèssouvent ; un voyageur sans expérience regarderait cela comme une bagatelle ; mais il ne tarderait pas à éprouver avec quelle effronterie les voituriers abuseraient de son indulgence, et avec quelle libéralité ils feraient , à ses frais , dans toutes les auberges, des provisions à leurs connaissances ; en effet , le prix du tabac , en Espagne , est de 3 piastres la livre (16 fr. 5 c.), ce qui ne laisse pas que de faire une ^omme forte. Il vaut bien mieux, sur la route , leur donner des cigares , dont ils vous savent alors uil gré infini. Quatrième règle : comme, en payant les six mulets, on obtient un droit exclu-

l82 ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNE.

sif sur la voiture , il n'est pas permis au yoiturier, sans votre consentement exprès, de se charger d'une autre personne , même sur son siège ; mais le voyageur est en droit de sous-louer ou de faire occuper gratis les places vides. Cinquième règle : s'il vous prenait envie de vous arrêter en chemin une journée dans quelque endroit , il faut que le voiturier s'y prête , bien entendu que vous lui payez sa journée; il en est de même si vous vouliez faire un détour sur tel ou tel endroit ; et , dans ce cas , trois ou quatre léguas seraient comptées pour une demijournée. Mais comme il est quelquefois de l'intérêt des voituriers mêmes de faire reposer leurs mulets , on parvient souvent , dans ces occasions-là , à leur faire diminuer un tiers de la somme. Sixième règle : le voiturier est obligé de répondre de chaque malle ou ballot que vous lui confiez, excepté dans le cas de vol avec violence. Septième règle : en faisant ses conventions pour ce prix , il ne faut pas oublier d'exprimer la monnaie avec laquelle le paiement doit se faire ; car , comme à Barcelonne , par exemple , et à Bilbao , on gagne sur l'argent , ils ont coutume, dans le premier cas, de ne demander que des doublons ou des quadruples * ; et , dans le dernier , des piastres. On

^ Le doublon vaut environ 19 fr. Soc. , elle quadruple 81 fr.

NOTICE SUR LES VOYAGES. l8^

doit donc convenir de les payer avec la monnaie que l'on a sur soi , et ne pas s'en-^ gager à changer exprès pour leur payer l'ap!point.

<^imagine aisément qu^un voyageur qui Ta. seul ne sera guère tenté de louer pour lui une voiture à six mulets. On ne se sert de celle-ci qu'en allant en famiHe ^ ou pour des sociétés de voyageurs. Quand on est seul , on fait mieux, de se borner à une seule place. Bans le cas où le voiturier ne trouve pas à louer sa voiture en totalité , il cherche plusieurs voyageurs, et loue alors la première place à raison de trois ou quatre piastres , et les autres pour quelque chose de moins ; ces places sont souvent proposées dans les affiches. Si donc les deux ou trois premières sont déjà prises, le voiturier, pour accélérer son départ , vend fréquemment la dernière place à raison d'une piastre ou d'une demi-piastre par jour (5 fr. 35 c. ou 2 fr* 67 c). Au reste , les deux premières places donnent le droit de porter avec soi une malle ; cependant les voituriers ne font pas difficulté de prendre des porte-manteaux, des paquets, etc.

S'il arrive qu'il ne se trouve pas des places particulières , le voyageur peut prendre une demi-chaise (calechin)-^ snr quoi , par rapport au retour, il faut observer ce que nous avons dit ci-dessus . On paie alors deux piastres par jour

l84 ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNE.

( 10 fr. 70 cent. , pour un mulet. Si votre bagage est peu de chose ; c^est-à-dire s'il ne passe pas 5o livres , vous pouvez , pour alléger la dépense, prendre avec vous un autre voyageur. Pour déterminer le poids perm%^ il suffit de savoir qu'on compte, à raison d'un mulet de trait,75o à 800 livres. Les aalecheros étant ordinairement propriétaires de leur voiture , et craignant de faire un long séjour dans les grandes villes, on peut fréquemment leur Étire rabattre un tiers du prix ; mais il ne faut jamais oublier la précaution dont nous avons , déjà parlé, savoir : de fixer le nombre des journées.

En général , il faut traiter les calecheros et cocheras d'une manière toute particulière. Point de dureté ni d'impolitesse, mais aussi point d'égards ou de déférence : un air sec et sérieux y et des manières tranquilles , égales ; de la dignité et une fermeté imperturbable , sont des qualités indispensables pour bien se tirer d'affaire avec cette sorte de gens. Au reste, on n'a pas besoin de faire avec eux d'écrit; car, malgré leur caractère grossier, ils sont très-fidèles à leurs conventions. Au surplus, on peut leur faire signer Taccord convenu, et échanger avec eux un double;, signé des deux parties. Les voitures qui sont d'usage en Espagne sont de trois espèces : les

Digi

NOTICE SUR LES VOYAGES. l85

volantes y ou calechines, les calechas, et les coches de cuUeras , toutes assez incommodes , mais en général fort solides. Les volantes ou calechines sont des petits cabriolets portés sur deux roues , fermés sur le devant par des rideaux de cuir , avec un siège à deux places , mais un peu serrée^; ils sont traînés par une mule ou par un cheval, et conduits par un volantero ou conducteur, qui va tantôt à pied à côté de sa bête, tantôt s'asseoit 'sur une des barres du brancard. Ces petites voitures portent des charges assez considérables ; on peut y placer deux malles et un lit sur le derrière. Le prix en était assez modéré avant la dernière guerre : il était ordinairement de 20 ou 24 réaux de veillon , ( l^îv. 94 cent, à 5 fr. 98 cent. ) par jour, en les prenant pour l'aller et le retour ; ils étaient plus chers , jsi l'on n'en payait point le retour, plus ou moins , selon la facilité de trouver des nouveaux voyageurs dans les lieux où l'on s'arrêtait. Ces prix ont doublé depuis la guerre. Ces voitures sont suspendues par des courroies extrêmement -courtes et roides , de sorte qu'elles suivent tous les mouvemens des roues et du brancard , et qu'on y est durement et continuellement secoué ; elles sont ouvertes à tous les vents; les cuirs destinés à les fermer ne joignent jamais; elles restent toujours à

l86 ITINÉRAIRE DE l'ëSPAGNE.

3emi-ouYertes ; on y est exposé au yent, à U pluie ^ au soleil , à la poussière.

Les calechas sont également des espèces de cabriolets ^ de la même forme et de la même construction que les volantes; et on les confond presque toujours avec eux, mais elles sont plus larges et plus profondes. Elles sont tirées par deux mules ou deux chevaux, sur un desquels monte le calechero ou conducteur; celui-ci fait cependant presque toujours une partie du chemin à pied. Quoique ces voitures aient deux mules ou deux chevaux, elles n'en vont pas plus vite ; elles font les mêmes journées que les volantes; on y gagne seulement d^ être un peu plus à son aise, et de pouvoir y mettre des charges plus considérables. Le prix en est un peu plus haut que celui des volantes , mais la différence n'est pas grande. On y est moins mal que dans les vo^ lantes ; on y est plus au large , mieux appuyé : quelques-unes sont mieux suspendues ; on y est mieux abrité ; mais il est rare d'en rencontrer , excepté en Portugal ; on ne trouve guère en Espagne que des volantes attelées d'un seul cheval.

Les coches de ciUleras sont des carrosses à quatre places , construits avçc plus de solidité que d'élégance , assez bien fermés , mieux suspendus, où l'on est à son aise et beaucoup

IIOTIGE SUR LES YOYAGBS. 187

plus commodénoent. Us sont attelés de six mules , rangées de deux en deux et attachées entre elles et au timon par de simples ^cordes qui sont assez longues pour laisser une distance considérable d'une mule à l'autre; c'est ce qu'on appelle un Uro. Ces voitures sont conduites par deux conducteurs , dont le chef s'appelle mayoral , et Tautre zagal ou mozo : le premier en est comme le cocher, et le dernier le postillon ; aucun d'eux ne monte jamais à cheval. Elles portent des charges très-considérables sur le derrière et sur le devant. Elles font presque toujours les mêmes journées que les volantes et les calechas , à moins que , par une convention particulière, que l'on paie toujours fort cher, le propriétaire ou le mayoral ne s'oblige à aller plus vite et à faire la route dans un nombre de jours déterminé. Le prix de ces voitures n'est point toujours le même : il varie selon les circonstances; mais on peut toujours calculer sur trois piastres par jour (i6 fr. 5 cent.) pour deux personnes , et le moins deux piastres (lo fr. 70 centimes), si on est seul, sans compter le pour-boire du conducteur. La base de tous les prix et qui peut servir de guide, c'est une piastre (5 fr. 35 c.) par mulet et par jour, et une piastre ou demi-piastre (5 fr. 35 cent, ou 2 fr. 67 cent.) au moins pour le conducteur : il faut alors cal-

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culer le retour , ce qui augmenterait beaucoup la somme ; mais il est rare que l'on ne trouve pas des voitures de retour, comme nous l'avons dit plus Haut.

L'allure des coches de cuUeras est assez singulière , amusante , quelquefois efirayante , mais toujours sans danger. On ne peut voir tranquillement des mules sans frein, sans guide, retenues seulement par des traits d'une longueur étonnante, qui leur permettent de s'éloigner , de se rapprocher, d'errer à l'aventure^ parcourir des routes , souvent tortueuses, inégales, raboteuses, quelquefois escarpées, quelquefois encore peu frayées; on croit les voir à tous memens prêtes à renverser la voiture, à l'entraîner sur des montées scabreuses , à la jeter dans des précipices profonds ; mais on est bientôt rassuré par la vigilance , par l'adresse active et prompte des conducteurs, par la docilité des animaux qui la tirent. Ceux-ci n'ont d'autre frein, d'autre guide, d'autre éperon que la voix de ceux-là ; ils la connaissent, ils en connaissent tes diverses inflexions et l'intention qui les dirige; ils y obéissent avec une promptitude étonnante : un cri du mayoral suffit pour les contenir et les diriger ; sa voix les anime , les presse , accélère ou ralentit leur course , les fait tourner à droite et à gauche , les éloigne ou les rapproche , les

arrête sur-le-champ ; une mule s'écarte-t-elle, accélère-t-elle ou ralentit-elle sa course? lé mayoral l'appelle par son nom , qui est ordinairement celui d'un grade militaire , la Generala , la Capitana ^ la Commissaria ; il lui indique dans son langage ce qu'elle doit faire ; le docile animal l'entend, le comprend, lui obéit. Il les anime aussi et les redresse quelquefois en jetant sur celles qui s'écartent des petits cailloux, qui, sans les blesser, leur donnent un avertissement qu'elles comprennent. Le mayoral et le zagal sont en sentinelle sur le devant du brancard, qui leur sert de siège; à la moindre apparence de danger, le zagal s'élance avec une activité incroyable , il marche à côté des mules, il les suit à la course, il les anime de la voix , il s'attache aux traits qui les contiennent et qu'il dirige. Quelquefois, s'il peut y avoir du danger , surtout dans les endroits difficiles , il se met à leur tête , il se place entre les deux premières mules , il les conduit avec intelligence; il retourne ensuite à son poste jusqu'à ce qu^un nouveau danger l'oblige à recommencer la même manoeuvre.

On voyage aussi en Espagne avec sa voiture ; m^s alors il en coûte ordinairement le double au moins , le triple quelquefois ; car alors les conducteurs ne peuvent ramener personne; et on est obligé de leur payer le retour. Us

igo ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNC.

se règlent d'ailleurs d'après leur volonté ; et il faut consentir à ce qu'ils demandent lorsqu'il n'y a pas assez de muletiers pour qu'il s'établisse entre eux une concurrence. Lorsque Ton voyage avec sa voiture , il faut d'abord payer à l'entrée de l'Espagne ntk droit considérable , ou bien être recommandé à un négociant des frontières qui réponde que vous sortirez votre voiture dans l'espace d'un temps prescrit. Il se fait aussi un changement à la voiture ; et quelquefois on est retardé deux jours aux frontières pour adapter un nouveau timon qui convienne à l'attelage des mules : on y gagne cependant que le mayoral ne s'assied pas sur votre siège , qui reste libre pour les domestiques. Cette manière de voyager est sans doute fort chère ; mais elle est la seule vraiment commode.

Si l'on ne veut prendre ni la poste ni des voitures de louage , on peut aller à cheval ( d caballo)^ comme disent les Espagnols, même quand ils vont sur des mulets. Alors on loue un mulet avec son conducteur ( mozo de es^ puellas, c'est-à-dire garçon d^éperons) , et l'on fait la journée ordinaire de 6 à 7 léguas assez promptemènt , attendu que les conducteurs , qui en même temps font Toffice de domestiques, sont ordinairement de très-bons piétons. Le prix d'un mulet est d'une piastre pai* jour (5 fr. 35 cent. ); quelquefois cependant il est

NOTICE SUR LES VOYAGES. IQl

d'une piastre et demie. Alors le conducteur^ indépendamment de sa nourriture ^ a une autre demi-piastre pour sa peine. A Tégard de la nourriture , il suffit de convenir de deux mets ordinaires et d'un quartillo (chopine) de vin pour chaque repas ; le surplus au gré du voyageur. Le conducteur dont nous parlons est or<£nairement un compagnon de voyage fidèle et serviable, qui connaît parfaitement les routes pour les avoir parcourues bien des fois. C'est lui qui se charge d'arranger le dîner pour son maître , et qui , par ses relations dans les auberges , et la connaissance qu'il a des prix , réduit les comptes à un taux juste et raisonnable. On peut aller , avec ces conducteurs , de Vittoria jusqu'à Cadiz; et l'on ne paie point de frais de retour.

C'est ainsi que j'ai presque toujours voyagé en Espagne ; et je suis persuadé que tous ceux qui adopteront cette manière s'en trouveront bien. Il faut seulement avoir de bons mulets et les louer pour long-temps , afin de n'en point changer sans cesse : le mieux serait de les acheter, et de prendre à son service un muletier jeune et intelligent. Rien n'est plus agréable que de parcourir ainsi à cheval cette belle terre d'Espagne : toutes les routes sont embaumées de Todeur des plantes aromatiques ; l'aspect du pays varie sans cesse au milieu des

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montagnes que Ton traverse, et d'où Ton découvre tantôt une vue étendue , tantôt un site sauvage et pittoresque.

On ne s'aperçoit d'aucun mauvais chemin à cheval , et en s'écartant de la route , on trouve différentes provisions à acheter en chemin , principalement du gibier. On couche la plupart du temps sur les paillasses ; mais on les recouvre avec les couvertures de laine que l'on porte sur la selle de son cheval , et l'on s'enveloppe dans son manteau ; une fois l'habitude prise , on dort aussi bien de la sorte que dans le meilleur lit , et on est prêt à partir au point du jour pour respirer l'air excellent du matin ; on passe à sa toilette le moment de la chaleur au lieu où l'on s'arrête pour dîner, et l'on achève sa nuit par une heure de siesta après le dîner -avant de se remettre en route le soir. Cette vie errante et libre dans un pays où la nature est belle et où les monumens sont curieux , a plus de charmes qu'on ne pense.

Les personnes à qui toutes ces manières sembleraient encore trop coûteuses peuvent voyager avec des charretiers (arieros) ; ceux-ci ont , ou seulement des mulets , ou des voitures. Dans le premier cas le mulet coûte une piécette la lieue , ou une piastre pour cinq lieues ; et le voyageur est en droit d'avoir un bagage de dix ou onze arrobas , c'est-à-dire de deux cent

NOTICE SUR LES VOYAGES. IqS

cinqaapte à deux cent soixantç-douze livres . Alors même on n'a pas besoin d'aller* en ligne avec les autres mulets qui marchent ensemble; mais on prend ^ si l'on veut , les devans pour arriver de naeilleure heure avtx. auberges ; seulement il faut faire attention qu'on ne vous donne pas un mulet boiteux y aveugle ou rétif^^ ce qui arrive assez souvent; cette manière de voyager n'entraîne ni frais de relais ni aucune autre dépense.

Quand on n'ost pas accoutumé à la cuisine espagnole , il est bon de faire en même temps un marché avec le charretier ^u l'arriero pour le repas ^ le vin et le gîte , et se reposer sur lui pour le paiement. Alors , pour un voyage de soixante à soixante-dix Ueues^ on paie en tout seize à dix-neuf piastres (85fr. 4û cent, à 10 1 fr. 45 cent.), et l'on évite de dépenser beaucoup dans les auberge^ ,. sans être mieux servi ; car il est naturel qu'un voyageur paie trois fois plus que l'arriero, qui fait ce chemin tous les mois , et que par conséquent les aubergistes ont intérêt de ménager. Cette dernière manière de voyager est celle que je conseillerais surtout à des minéralogistes et à des botamstes. D'abord les journées sont courtes et lentes ; et puis les arrieros passent par les plus hautes montagnes , où les savans peuvent fiaiire le plus de recherches. On a encore l'a- I. i3

194 ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNE.

TanCage de voyager souTcnt en grande compagnie, il n'est pas rare de voir aller ensemble jusqu'à trente mulets ; on 'peut donc ^ si l'on veut^ rester en arrière sans danger de s'égarer. D'ailleurs cette manière n'a rien d'humiliant: c'est celle des ecclésiastiques , des négocians , et dès hommes comme il faut de tous les états. Il n'en serait pas de même si l'on ne voulait louer qu'un demi-mulet, et aller dans la' file avec l'animal à demi-chargé. Alors on paierait, comme pour une malle , en raison du poids ; et comme Tarroba (vingt-cinq livres), se paie une piastre (5 fr. 35 cent.), une personne pesant à peu près cent vingt-cinq livres (cinq arrobàs), paierait pour le même chemin cinq piastres ( 26fr. 75 cent.) ; mais cette manière est si honteuse et si ini:ommode, que Ton a coutume, en Espagne, de dire avec mépris d'un voyageur qui. arrive ainsi , qu'il vient por afrobas.

D'autres arrieros transportent des marchandises sur des charrettes. On rencontre ceux-ci plus fréquemment dans Tintérieur dé l'Espagne, surtout de l'Espagne méridionale, que dans lés provinces du nord; cependant, vu l'amélioration qui a eu lieu dans les routes des montagnes , il serait aussi facile qu'aVantageux d'introduire cette manière de voyager. Un mulet ne saurait porter au-dessus de trois cents

NOTICE SUR LES T0TA6ES, IqS

livres; et alor» il çst déjà tl:*ès-chargé ; mais il traîne près de huit centâ livres. Depuis que la navigation est arrêtée par la guerre, on trouve de ces voituriers de Lisbonne jusqu'à Barcelone , et de Cadiz jusqu'à Bayonne. Ils ont des charrettes à deux roues , attelées de quatre mulets; elles sont couvertes, et l'on y pratique des sièges très-commodes pour les voyageurs. On paie moins pour ces sortes de voitures , et l'on peut faire ainsi cent lieues , à raison de onze ou doAze piastres , y compris une grande malle. Comme ils ne font aussi que des journées très-petites et très-lentes, et que , par exemple , les cent lieues de Cadiz à Madrid se font en quinze jours, elles seraient encore très-commodes pour les minéralogistes et les botanistes. Ajoutez -y l'avantage de pouvoir dormir la nuit dans la voiture , surtout en été : ce qui , si l'on porte avec soi son matelas , est bien préférable aux lits malpropres et infects des auberges.

En général , il va et revient régulièrement dans toutes les grandes villes , des ordinarios ou des courriers , soit avec des mulets , soit en voiture ; par exemple , de Bilbao à Madrid il part régulièrement deux courriers tous les quinze jours, et un autre toutes les semaines. De Madrid , il part tous les quinze jours des ordinarios pour Malaga, Barcelone, Badajoz, etc.

196 ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNE.

Chacun a son auberge fixe où il descend; cecju'il est facile de savoir : d'ailleurs on trouve toujours des indications daus VAlmanach mer^ cantUe. On manque quelquefois d'occasions pour aller directement de Madrid à Lisbonne ; mais on n^a alors que trois lieues à faire de plus de Bad^JQ^ à Ëlvas , qui est la première forteresse portugaise, ou trois lieues jusqu'à Ëstr^nios ; et l'on trouvera une foule de voitures de retour. L'ordinario del Rey part tous les mois avec dA dépêches de la cour pour Lisbonne ; et il prend avec lui , à un prix très -raisonnable , les voyageurs qui lui sont recommandés.

Quant à la manière de voyager sur des 60ricos ou sur des ânes , voici oe qu'il y a à observer : lorsqu'on ne fait xju'un voyage de quelques lieues, on peut fort bien &\n servir; si le conducteur est du lieu même où l'on veut aller, on ne paie tout au plus. qu'un ou deux réaux par lieue; tnais sur une grande route, si l'on voulait louer , de village en village, un borico exprès , non -seulement on n'en trouverait point , à cause des distances ; mais , en supposant qu'on en trouvât , il faudrait payer, pour aller et venir, six réaux chaque lieue. Ajoutez que c'est une manière excessivement incommode : un bât grossier et chancelant, souvent un animal rétif , sans bride

ni frein ) conduit avec une gaule, et qui, à chaque coup qu'on lui donne, fait des ruades,, des gambades de côté et d'autre , et vous occupe sans cesse de lui.

Piétons. Voyager seul et à pied en Espagne , ce serait s'exposer à beaucoup d'inconvéniens. Je ne me rappelle point d'avoir rencontré un seul voyageur à pied dans ce pays, excepté dans l'intervalle de deux villages très-proches l'un de l'autre. Des pèlerins , des soldats, des n^oines , des mendians, en un mot tous ceux qui ailleurs voyagent à pied vont ici presque toujours en compagnie d'un arriero , ou de quelque voiture. Un piéton qui arriverait seul courrait risque de ne pas être reçu darts' les auberges. Si vous ajoutez à cela les grandes distances entre les différentes villes ^et le peu de sûreté des routes, inconvénient qui n'est pas exagéré , on croira sans peine que les voyages à pied ne sont pas, en Espagne, aussi praticables et aussi communs qu'en France ou en Alletoagne.

Ce que je viens de dii^ du peu de sûreté des routes ne doit pourtant pas s'entendre de toute l'Espagne. Il est vrai que les brigandages et les assassinats ne sont pas rarçs; mais le gouvernement envoie des soldats sur les grands chemins, et cherche depuis long-temps à assurer les routes. Il est nécessaire cependant d'être bien armé en voyageant en Espa-

1^8 ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNE.

gne^ moins pour se défendre peut-être que pour éviter d'être attaqué. La plupart des vols ne se font que d'après les renseignemens pris par les voleurs eux-mêmes dans les lieux où les voyageurs s'arrêtent; je n'en citerai qu'un exemple qui m'est personnel. Voyageant à cheval , j'arrivai avec mon domestique à Antequera , ville située à moitié chemin de Grenade à Malaga; il avait fait toute la journée une ptuie battante; et, malgré nos précautions , nos armes étaient toutes mouillées ; nous n'eûmes rien de plus pressé en arrivant à l'auberge que de nous occuper de les nettoyer et de les démonter avec le plus grand soin. Il y avait près du feu deux hommes bien mis qui préparaient leur souper ; je leur demandai s'ils voulaient nous permettre de mettre dans leur poêle Ja même quantité de riz, ^e safran, de graissé , et un lapin pour nous deux , ne pouvant pas nous occuper de le faire cuire. Nous soupâmes ensemble ; et , le lendemain , après avoir pris du €hoco)at , nous allumâmes nos cigarres avec eux, et nous séparâmes. Je fus- fort étonné, à mon arrivée à Malaga, d'apprendre que ces deux mêmes hommes (et il n'était pas possible de s'y méprendre à la description que l'on m'en fit) avaient dévalisé M. Martens , fils d'un riche négociant d'Haipbèurg , qui voyageait sans armes ; ils l'avaient

obligé de se détourner de la route et de s'enfoncer dans une gorge de montagne au miUeu d'un despoblado que l'on traverse. Us auraient sans doute agi de même à notre égard , s'ils n'avaient pas craint d'y rencontrer plus de résistance et sans doute moins d'avantages.

Il s'agit à présent de parler des -auberges de l'Espagne ; et ce n'est point par ces établisse* mens qu'elle brille. Un cri général s'élève avec raison contre les difficultés que les^ voyageurs éprouvent dans ce pays pour se loger, pour se procurer ce qui est nécessaire à leur nourriture, et contre les désagrémens des lieux des*tinés à leur fournir un asile. Ijes auberges n'y sont point communes ; les boones auberges y sont encore plus rares ; de mauvais cabarets en tiennent lie^ en beaucoup d'endroits. Des maisons sales , dégoûtantes, où l'on ne trouye qu'un mauvais gîte, sont , dans la plupart des provinces , la seule ressource qui se présente.

lies maisons où l'on reçoit les' voyageurs sont divisées en trois classes; les/bndas^ les posadas ou casas de posada ou bien encore les mesoneSy et les ventât, h^s fondas et les po^ sadas^ ou casas de posada, ou mesones, sont toujours situées dans les villes ou les villages ; les 'venias' sont des maisons isolées , placées dans les campagnes sur les bords des chemins,

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à une distance plus ou moins considérable des peuplades.

Les fondas sont de vraies auberges , où les voyageurs trouvent tout ce qui leur est néoessaire : le logement^, le lit. Les repas sont tout préparés dans plusieurs d'entre elles ^ surtout dans les grandes villes ; l'heure des repas est fixée pour y manger à table d'hôte à un prix fixe; ceux qui le désirent sont servis cependant en particulier : ce qui fait une différence dans les prix% Dans les autres , les voyageurs ne se réunissent point : chacun y est servi en particulier; les prix y tîirient selon la qualité et la quantité des alimens qu'on demande.

Dans les grandes villes on distingue deux classes àe fondas : les unes plus distinguées et les autres moins , et chères alors en proportion.

Les auberges de la première classe sont plus chères à Cadiz et à Madrid que partout ailleurs ; on y paie , à table d'hôte , douze réaux ou trois n-ancs par repas; on doit encore, dans la dernière ville, payer. le logement, dont le prix varie suivant la beauté des appartemens ; il va depuis six réaux (i fr. 5o c*) ou jusqu'à vingt-quatre réaux ( 5 fr. gS c. ) par jour« Cette même ville a des auberges assez décentes , où Ton ne paie que six et huit réaux ou (i fr. 5o c. ou 2 fr.)par repas. Le prixor-

dinaire de presque toutes leis autres auberges de FEspagne est de huit réaux ou 2 fr. par repas à table d'hôte ; il est , dans la plupart , de seize réaux ou 3 fr. 96 c, pour chaque jour, lorsqu'on y comprend le dîner, le souper et le logement \

Les posadas , ou casas de posada, ou m^sones, sont des maisons répandues dans les Tilles et dans les villages : là , on ne donne que le gîte aux voyageurs , on ne leur fournit aucune espèce de vivres ; ils doivent tout porter, ou tout faire acheter ; et l'on se borne à préparer les comestibles qu'ils fournissent au maître ou à la maîtresse de la maison « Elles sont , en général , dégoûtantes ; à peine y trouve-t-on des châlits, avec quelques vieux matelas d'une bourre qui tombe en poussière , recouverts de draps gros, mal blanchis, qui sont un peu plus grands qu^une grande serviette ; des bancs pour sièges ; des plats graisseux, des cuillers d'étain ou de fer, encore empreints des restes de ceux qui s'en sont servis avant vous ; des lampes huilées ; des hôtes sales, peu attentifs, rudes, grossiers, brutaux. La manière d'y accommoder les mets y est détestable ; souvent même on ne trouve à

' Ces prix ont augmenté dans plusieurs endroits depuis environ dix ans.

202 ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNE.

s'en procurer d'aucune espèce dans les lieux où ces maisons sont situées.

Un voyageur, qui n'est point muni des pro- Tisious nécessaires, ne peut ^ en arrivant, s'y reposer des fatigues de son voyage : quoique excédé souvent de lassitude , il doit courir de maison en maison pour acheter, dans l'une du pain , dans l'autre du vin , dans une autre de l'huile^ dans d'autres du sel , de la viande, des œufs ; il est encore heureux si , après avoir beaucoup couru , souvent dans les ténèbres , il peut parvenir à se procurer quelque chose.

Ces maisons de posada sont multipliées dans presque toute l'Espagne ; on n'y trouve presque point d'autre asile ; il n'y a àts fondas que dans quelques villes un peu considérables; il y a même des grandes villes où il n'y en a point. Les ventas , dont il va être parlé, ne sont que dans les lieux isolés, éloignés des peuplades.

Il y a cependant de ces maisons de posada moins désagréables : les unes ont des chantbres assez bonnes , des lits passables , qui sont tenues plus proprement , dont les hôtes sont plus complaisans et plus attentifs ; mais elles sont fort rares ; et l'on voyage longtemps sans en rencontrer ; dans les autres , le voyageur trouve des personnes officieuses qui s'empressent à lui offrir leurs services.

NOTICE SUR LES VOYAGES. 2o3

et qui) moyennant quelque argent ^ se chargent d'aller acheter tout ce qui lui. est né'cessaire ; les hôtes ne peuvent s'occuper de ce soin ; souvent il leur est expressément défendu de s'en mêler.

Les ventas sont des maisons isolées , situées sur les grands chemins, à une distance pjus ou moins grande des peuplades : elles sont destinées à recevoir les voyageurs. On y est générsilement aussi mal et aussi désagréablement que dans les casas de posada; mais on y trouve souvent des provisions , quoique peu recherchées et en petite quantité. L'éloignément des peuplades force les hôtes des tentas à s'approvisionner pour fournir aux voyageurs ce qu'ils ne trouveraient point à acheter sur les lieux.

On ne connaît en Catalogne ni les casas de posada j m les ventas; tout y est hostal, c'està-dire auberges ; les voyageurs ne doivent point s'y occuper des moyens de se procurer des vivres : ils en trouvent dans tous les lieux où ils vont loger- Il y a même d'assez bonnes auberges dans cette province : celles de Figueras , de Martorell et d'Emposta , sont passables ; celles de Gironne et de Calella sont bonnes ; celles de Mataro , à l'enseigne de Monserrat , de Lerida, à l'enseigne de Saint-Louis, et de Villa-

204 ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNE.

franca de Panadez, et quelques-unes de celles de Barcelonne sont excellentes.

Dans toutes les autres parties de l'Espagne, les fondas , ces maisons où Fon trouve les provisions toutes faites , où Ton est servi sans s'embarrasser de rien , sont peu communes. La Galice, les Asturies, le royaume de Léon, l'Estremadure, la Manche , le royaume de Jaen, n'en ont aucune. Celui de Cordouen'en a qu'une: elle est dans la ville de ce nom. Le royaume de Murcie n'en a qu'à Albacète une où elle est passable , et à Carthàgène une autre où elle vaut mieux ; la ville de Murcie, capitale de cette province , n'en a point. Le royaume de Séville en a plusieurs dans la ville de ce nom ; et , à Cadiz, la plupart sont très-bonnes. La Biscaye en a à Bilbao ; le Guipuzcoa à Saint-Sébastien et à Tolosa, et l'Alava à Vittoria. Le royaume de Valence en a trois dans la ville de ce nom, deux à Alicante, deux à Vinaroz , deux à Castellon de la Plana, une à Fuente de la Higuera. L'Aragon n'en a que deux: une à Fraga, qui est passable, et une à Sarragosse, qui est mauvaise. La Nouvelle-Castille en a une au Puerto de Guadarrama , qui a beaucoup déchu de ce qu'elle était ; une à Tolède , qui est excellente ; une à Alcala de Heharez , qui est bonne , et plusieurs à Madrid , parmi lesquelles celles de

la Fonta^ie d'Or , de Saint-Sébastien , et de la Croix de Malte , sont les principales, et plusieurs , assez bonnes , aux différentes maisons royales, lorsque la cour y est.

Les casas deposada et Itsventasàe l'Aragon, de la Galice , du royaume de Léon , de TEstremadure, de la Vieille-Castille, des royaumes de Jaen , de Cordoue et de Murcie , sont détestables : on ne peut rien trouver de plus mauvais, déplus désagréable ,„ de plus dégoûtant^ Celles qui sont situées sur les routes qui conduisent de Madrid à Cadiz et à Valence sont infiniment mieux tenues , plus propres , nûeux pourvues, mieux approvisionnées. Toutes celles de la grande route qui traverse le royaume de Valence sont de Yrnesjbndas où l'on est assea^ bien.

Plusieurs causes contribuent à èntreteuir y en Espagne, ces gîtes détestables, qui font le tourment des voyageurs.

h La plupart de ces maisons appartiennent à des villes , à des villages , à des seigneurs particuliers , qui en portent les affermes à des prix très-hauts; on les assujettit en même temps à des impôts considérables.

L'auberge de Fraga en Aragon paie 65 résiux ( i6 fr. 5 cent. ) par jour pour l'afferme de la maison et le droit de tenir auberge, et 23,725 réaux ( 5,563 fr. 46 cent. ) par an

206 * ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNE.

pour divers droits , redevances et impôts ; ce qui monte tous les ans à une somme de 47^^44 réaux ( 11,759 fr, 75 cent, ). La casa de posada de Murcie paie 3o réaux (7 francs 4l eent. ) par jour pour le prix d'affermé , et 750 réaUx ( i85 fr. 19 cent.) par an pour le droit d'alcabala; ce qui fait tous les ans 1 1 ,5oo réaux^ ( 2,807 fr. 16 cent. ).

II. Presque partout , dans les provinces de 1^ couronne de Castille, il est défendu aux hôtes des casas de posadas de tenir aucune espèce de vivres , ni même , en quelques endroits, des volailles vivantes.

IIl^ Dans beaucoup d'endroits , chacun doit tenir à son tour la casa de posada pendant un certain temps ; on y est forcé , on ne peut s'en défendre jusqu'à ce que le terme fixé pour être remplacé par un autre soit expiré. Il en résulte qu'en faisant ce métier par force , Oh le fait de mauvaise grâce , on le fait mal ; que le défaut d'habitude, produit l'ignoraùce du métier et l'inaptitude pour Texercer; que les nouveaux posaderos , étant pauvres , ne peuvent munir leurs casas de posada des meubles et autres objets qui y sont nécessaires.

IV. Dans une grande partie de l'Espagne le métier d'aubergiste et de posadero est regardé comme un métier vil et abject : ceux qui Texelrcent sont généralement méprisés. De là on a

Digiti^ed

tant de peine à en trouver ; de là ceux qu'on force à s'en charger l'exercent avec répugnance et avec dégoût ; de là encore ceux qui , ay^nt amassé quelque argent, pourraient Êdre les dépenses nécessaires pour monter une bonne auberge , ne veulent point prendre ce métier qoi les rendrait méprisables aux yeux de leurs concitoyens.

¥• Il y a généralement peu de voyageurs en Espagne. Les Espagnols voyagent peu ; il y passe peu d'étrangers : la plupart de ceux qu'on y trouve y sont domiciliés et livrés au commerce, à quelque profession , à quelque métier ; ils sortant peu des villes où ils ont fixé leur résidence. Les grandes auberges ne peuvent s'y soutenir que dans les grandes villes qui forment des points de réunion ; elles ne subsisteraient pas long*temps dans l'intervalle des routes.

Quant à la saison pour voyager en Espagne , je crois que l'époque là plus commode est de-' puis avril jusqu'en octobre. Towsend, il est vrai , donne la préférence à l'hiver pour les provinces méridionales , à cause des chaleurs ; n^is je ne suis pas de son avis : d'abord les chaleurs sont bien plus grandes dans le cœur de^ l'Espagne et dans les montagnes du nord , que dans les côtes méridionales , où la mer adoucit toujours l'ardeur du soleil , et où les nuits sont presque toujours fraîches. J'ai de-»

2o8 ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNÉ.

naeuré en Andalousie dans les mois les plus chauds, savoir ceux de juillet et d'août; et je suis souvent resté dans les rues jusqu'à onze heures ,du matin , sans jamais éprouver de cdupç de soleil ou aucun autre accident '. D'aiUeurs , dans les provinces méridionales de l'Espagne, les pluies fréquentes qui régnent durant l'hiver, rendent cette saison Irès-incommode pour voyager : ajoutez-y la brièveté des jours , un ciel couvert, et l'ennui des longues soirées dans des ventas et des posadas isolées. Quand on voyage du nord de l'Espagne au mixji , on s'accoutume peu à peu au climat ; et si, dans les mois de chaleur, on voyage à l'anciçnne manière espagnole , le matin et le Soir, on a peu à souffrir de la chaleur, et l'on jouit de tous le? agrémens du pays dans les trois meilleures saisons.

Quant au numéraire , il faut observer qu'il n'y a que la monnaie du pays qui ait cours en Espagne. Cependant maintenant on trouve à se « défaire encore de la monnaie de France , quoiqu'avec perte. Ainsi le meilleur moyen est de prendre à Bayonne des pièces espagnoles ; ce qu'on fait, sinon avec bénéfice, au moins sans perte* Lorsqu^en 1797 je passai au prin-

« Cette dernière page et une partie de celie qui la précède sont de M. Fischer.

temps à B^yonne, je changeai mes écus de six^ livres de France contre des doublons espagnols, à un et demi pour cent de gain, à cause de la rareté des uns et de FabondaHce des autres. En France et en Italie , on a beaucoup de bénéfice à se sei*vir de piastres; mais en Espagne il est défendu de les exporter : celui donc qui n'a pas d'autres ressources doit prendre un billet de permission ; il perd alors quatre pour cent : mais malheureusement on ne permet de sortir des piastres que jusqu'à la concurrence de soixante-dix pièces; ainsi, lorsqu'on a des sommes plus considérables^ on se trouve embarrassé.

t/v^vtmx t/vyv%myvyw^vtitfm*Mnf*^*i^ii*ni*fs wtM^iv^0w/w^\^/%)K%Myttf^^myi^MMinMn/wt>vtnnnnn/m

PROVINCES VASGONGADES-

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