‹ Itinéraire descriptif de l'EspagneChapitre 20 sur 33 · NOTICES GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

NOTICES GÉNÉRALES

C'est mal a propos et d'après Tautorité de quelques anciens géographes français que nous avons , dans les précédentes éditions de cet ouvrage , désigné par le nom commun de Biscaye les trois petites provinces par lesquelles nous allons pénétrer en Espagne i c'est sous le nom de Vascongades qu'elles sont désignées dans le royaume ; le nom de Biscaye ne doit s'appliquer qu'à l'une d'elles. L^ensemble qu'elles forment est situé sous la partie centrale et boréale de la Péninsule , au point où ses limites Pirénaïques se joignent par la Bidassoa au fond du golfe de Gascogne pour la distinguer de la France méridionale dans son angle occidental. La Navarre espagnole borne la province à Test, l'Océan au nord , et la Vieille-Castille ou ses annexes dans le reste de son pourtour. Le sol y est très-montueux ; on distingue entre les principaux contre-forts qui se ramifient à sa surface , les Sierra de Sant-Ander , de Gorveya,

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de Salvatierra, d'Urbia, etc., tout coupés de Talions agréables , fertiles et bien cultiyés. De petites rivières arrosent ces lieux, l'Éga^FAnsa, la Bidassoa , la Déva , TOria , l'Urumèda , l'Urola , risanza , la Cadova , et l'Araxes. L'Èbre n'y prend pas sa source , comme il a été dit à tort.

Les trois provinces vascongades sont les seigneuries de Biscaye, d'Alava, et de Guipuzcoa.

La Biscaye {Cantabria) est d'une forme triangulaire ; elle confine au nord avec le golfe de Gascogne qui prend quelquefois son nom ; à l'est avec le Guipuzcoa ; au sud-est , avec l'Alava ; à l'ouest et au sud-ouest , avec le pays des Quatre- Villes. Elle a environ i3 lieues dé l'est à l'ouest, et 6 du nord au sud, dans son milieu , tandis qu'elle n'en a que 5 à chacune de ses extrémités. Bilbao en est la capitale. Ses ports principaux sont ceux des villes de Lequietio et de Larédo. Ses principales rivières sont l'Ansa et la Bidassoa, La Biscaye compte dans ison enceinte une capitale, 20 villes ou bourgs, 70 ante-iglesias,et 10 vallées, dans chacune desquelles sont renfermés plusieurs villages. La population totale de la seigneurie est d'environ 116,000 habitans , dont plus de la moitié sont répandus dans des hameaux isolés et peu connus des voyag^eurs,

Bigitized

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L'Alava a aussi une figure triangulaire; il confine , au nord , avec le pays des Quatre- Villes et le Guipuzcoa ; à l'est , avec la Navarre; au sud, avec la Rioja, dans la Vieille- Castille ; à Touest-nord-ouest avec le pays des Quatre-Villes ; et à l'ouest-sud-ouest , à la Vieille-Castille. Il a i4 lieues de l'est à l'ouest , dans sa partie septentrionale ; 6 dans sa partie méridionale, et lo du nord au sud. Ses villes sont Vittoria , regardée comme sa capitale ; Salvatierra, Lancujo et Trivino. Ses principales rivières sont l'Ega , TAnsa et l'Urola. Ce canton est entouré de 3 grandes cordilleras de montagnes qui tiennent aux Pyrénées. La plus haute est celle qui est située vers le septentrion , depuis la vallée Lliodio jusqu'aux confins de la Navarre et de Guipuzcoa ; la seconde projette plusieurs branches plus ou moins hautes entre elles, qui, s'étendant du nord au sud , pénètrent jusque dans le centre de l'A-^ lava ; la dernière sépare la partie orientale de ee canton d'avec la Navarre.

Le Guipuzcoa est d'une figure presque triangulaire; et son sol, extrêmement molitueux, peut être regardé comme une montagne continue* Il confine, au nord, avec la merde Basque et le golfe de Gascogne; à Test, avec la Navarre et la Basse-Navarre en France ; au sud et sud-est, avec l'Alava ; à l'ouest^^ avec le

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pays des Quatre- Villes qui le sépare de la Biscaye propre. Il a i8 lieues de l'ouest à l'est , et 12 du nord au sud. La ville de Tolosa en est la capitale; les autres villes sont, Vergara, Placencia , Fontarabie , place forte ^ Saint - Sébastien, aussi place forte, et résidence du capitaine général. La côte de cette province embrasse une étendue d'environ lo lieues, où se trouvent trois ports principaux : Fonlarabie , en latin Forts Rapidus , à l'embouchure du Vidouza ou Bidassoa ; le Port du passage , los Pasages; Saint-Sébastien. Les autres ports sont OriOj Zaranz, Guétaria, Zumaya, Deva et Mo tria. Ses principales rivières sont, la Bidassoa , la Deva , l'Urola , TOria , FUramea et l'Araxes; et , comme l'Alava, elle est en outre arrosée par un grand nombre de torrens et de ruisseaux. Ces deux cantons on^ pour limites la Zaraya.

On appelle canton ou pays des Quatre-Villes, un arrondissement particulier de la province, qui est long , étroit , et enclavé entre la seigneurie de Biscaye , le Guipuzcpa , la Vieille- Castille et l'Alava. Ses principales peuplades sont , Orduiia, Oquenda , Messana , Respulde , auxquelles on peut ajouter Orto. Il a une seule rivière un peu remarquable : c'est l'Anso.

Les provinces vascongades considérées en coftimun , offrent le tableau qui àuît :

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{ i65 dans la Biscaye propre.

730 paroisses « { i^o dans le Guîuuzcoa.

(435 dansTAlava.

(4^ dans la Biscaye propre 10 1 maisons religieuses ..». J 4' dans le Guipuscoa. ( 18 dans TAlava.

t 9 dans la Biscaye propre.

47 hôpitaux ) 14 dans TAlava.

( a4 dans le Guîpuzcoa.

f 5 dans la Biscaye propre.

10 hospices ...... ....... I I dans FAlava.

( 4 ^*^* 1® Guîpaccoa.

Un grand gouvernemeut militaire.

6 gouvcmeroens particuliers ^ compris Sant-Ander..

I capitaine général.

Un collège pour TéducatioB.

I dans la Biscaye propre.

4 cités • I 9 dans le Guipuscoa.

dans TAlava.

ai dans la Biscaye propre.

1 76 villes et bourgs ..... .^ • | qq dans 1* Alava.

dans le Guipuscoa.

Z' 102 dans la Biscaye propre.

4fi& villages , etc | 3oo dans 1* Alava.

I 44 ààns le Guipuzcoa.

Après l'expulsion des Maures , la Biscaye et une partie de TAlava et du Guipuzcoa dépendirent des rois d'Oviédo ; une autre partie de ces deux derniers cantons appartint aux rois de Navarre , et passa ensuite sous la domination des rois de Castille et de Léon. Ce n'est que plus d'un siècle après l'établissement des Maures en Espagne que dans l'histoire on rencontre le nom de Biscaye. Tous ces cantons

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dont on a parlé , distincts aujourd'hui par leurs droits et leurs privilèges > ne formaient qu'une seule province, sous le nom de Cantabrie, lorsqu'un demi-siècle avant l'ère chrétienne Jules -César envahit rE3pagne. Les, Cantabres, à l'abri de leurs montagnes^ échappèrent alors au joug des Romains ; et, aidés par les peuples de la Galice et des Asturies, ils prirent J'ofFensive et désolèrent les pays qui s'étaient soumis à Rome. Auguste rassembla «ne armée formidable qui entra dans le Guipuzcoa et l'Alava. Les Cantabres et leurs alliés, battus dans la plaine de Vittoria , se mirent en défense dans leurs montagnes ; les Romains, ne pouvant les vaincre par les armes , voulurent les réduire par la famine. Les Asturiens se rendirent après le siège long et pénible d'Oviédo où ils s'étaient renfermés ; les Galiciens , cernés de toutes parts , préférèrent la perte de la vie à la honte de mettre bas les armes ; enfin les Cantabres , manquant de toute espèce d'appro-? visionnement , se décidèrent à échapper à l'esclavage en se dévouant à une mort glorieuse : la plupart se tuèrent eux-mêmes. Auguste entra ea Biscaye, et, pour tenir en bride le reste des habitans, choisit les principaux pour otages et distribua des terres à ses soldats. Bientôt les Cantabres saisirent une nouvelle occasion de reprendre les armes; mais ils.fu-»

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vent réduits ; et Tibère fit élever dans cette province des forts pour contenir tout le pays. Les Romains à leur tour , vaincus et chassés par les hordes du nord , abandonnèrent promptement le pays , dont les habitans avaient ainsi combattu pendant un siècle , soit pour conserver, soit pour recouvrer leur liberté.

Au VIII* siècle, les Maures, ayant conquis le sud de FEspagne , employèrent tous leurs efforts contre la Galice et les Asturies ; mais les Cantabres résistèrent encore , ayant à leur tête un prince qui se disait du sang des Goths , et qui , d'abord proclamé roi d'Espagne , fut ensuite reconnu duc de Cantabrie. Après avoir eu des ducs, cette province eut des comtes. La Biscaye se souleva , au commencement du X* siècle , contre le roi d'Oviédo , Orduno ii , à cause de l'emprisonnement de Zeno , qui la gouvernait sous le titre de comte : elle élut pour chefSuria, gendre de Zeno. Ayant battu ce petit monarque, Suria fut proclamé seigneur de la Biscaye , et en transmit la souveraineté à ses descendans.

Ce qu'il y a de plus certain sur ce djernier fait, <;'est que ce Suria ou Zuria, qu'on dit être issu du sang royal d'Ecosse , par sa mère , est la tige de plusieurs maisons puissantes, telles que celles de Mendoza , de Boxas , de Los Cameros, de Bustos et Sobras, del Car-

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pio et » de Castrillo , qui toutes prétendent à cette origine. Un Inigo Lopez, dans le xv siècle , eut un de ses fils qui fut la tige des Mendoza ; et un autre Lopez , fils aîné d'Inigo , eut deux fils j dont Faîne , Lope Deaz , fut seigneur de Biscaye , de Naxera et de Haro , et le cadet ^ Sancho Deaz , fut la tige des Roxas. Les descendans de Lope Deaz prirent le nom de Haro ; ils s^allièrent quelquefois avec la maison royale. Lope Deaz , surnommé Cabeza Brava , épousa dona Uraca, fille d'Alphonse ix, roi de Léon. Diego Lopez de Haro , troisième du nom , eut la guerre avec Ferdinand m, fils d'Alphonse IX; etj pour la soutenir, il vexa les Biscaïens. Ceux-ci se soulevèrent ; plus de 10,000 d'entre eux voulurent s'expatrier, parce qu'il violait leur liberté (no guardaba sus ficeros). Constance promit, au nom de son époux , que leurs privilèges seraient maintenus; mais , Haro y ayant contrevenu, les Biscaïens l'assiégèrent dans Bilbao , et lui firent prêter un nouveau serment d'observer leur charte. Vers la fin du xiii* siècle , Lopez Diaz de Haro reconnut la suzeraineté de la couronne de Castille ; et , voulant ensuite se rétracter , il prit les armes contre le roi San-^ che IV, qui le fit assassiner. Ce fut une des^ grandes causes des guerres successives qui curent lieu entre les rois de Castille et les suc-i-

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cesseurs de Lopez Diaz de Haro. Cette famille avait Folfice féodal de Porte^Enseigne de la couronne de CasiUle.

Elle conserva la seigneurie souveraine de la Biscaye jusque vers le milieu du xiv* siècle , époque où Pierre-) e-Cruel, roi de Castille et de Léon ^ fit mourir le Haro qui la possédait ^ et , s'emparant de ses États , les réunit aux siens. Les rois d'Espagne prennent encore , parmi leurs titres , celui de Seigneur de Bis^ café.

La seigneurie de Biscaye , dont les peuples s'honorent d'être les descendans des anciens Cantabres , était autrefois un pays libre et presque indépendant; mais elle a insensiblement perdu une quantité des privilèges qui établissaient son indépendance ; elle n'en conserve plus qu'une ombre dan^ des débris qui lui sont encore précieux, et qu'elle défend avec chaleur. Elle forme comme un État séparé qui se gouverne lui-même par ses assemblées nationales ; elle a conservé ses antiques lois , coutumes et tribunaux , et se trouve en cela totalement séparée du reste de l'Espagne» Elle ne doit aux rois que ce qu'elle devait autrefois à ses seigneurs ; elle paie ses impôts en forme de don gratuit; et, sauf quelques rentes foncières dont elle est grevée , elle établit et dirige les impôts, et les répartit sur les villes

et les communautés qu'elle renferme. Dans le cas où la couronne réclame une contribution extraordinaire, elle la forme de dons purement volontaires. Le papier timbré n'est pas reçu dans cette province ; chacun y est libre d'y vendre du tabac et autres objets , dont le roi se réserve ailleurs la vente exclusive. Il n'y a point d'intendant; et les marchandises étrangères n'acquittent qu'un droit nommé d^ avarie, et destiné au consulat. Il y a aussi quelques droits municipaux établis sur les octrois. En payant elle-même ce qui revient a la couronne , la province évite les saisies , les contraintes et toute espèce de vexations. Elle ne connaît d'autres employés, pour le fisc, que ceux de la poste; car les douaniers de Valmaseda et d'Orduna ne perçoivent que sur les objets qu'on introduit en Castille. La Biscaye n'est sujette ni à la milice, ni à la levée forcée des matelots ; elle fournit elle-même à la couronne son contingent de soldats et de matelots ; les troupes du roi ne peuvent non plus séjourner dans la province , qui se charge de maintenir la police chez elle pendant la paix, et de pourvoir à sa défense pendant la guerre. La Biscaye a , par une cédule de la reine Jeanne, confirmée par les rois successeurs de don Carlos , son fils , le titre de très-noble et très-lojrale seigneurie et comté. De

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plus, les Biscaïens d'origine sont tous gentils* hommes , et. considérés comme tels dans TEs^ pagne entière; hors de leur province, ils ne sont justiciables , au civil et au criminel , que du grand-juge de Biscaye, qui a son tribunal à Yalladolid. Cest un des privilèges auxquels la Biscaye , TAlava et le Guipuzcoa tiennent le plus.

Le Guipuzcoa jouit des mêmes privilèges que la seigneurie de Biscaye, excepté que, comme frontière du royaume , il reçoit des garnisons , et est défendu par des places fortes ; mais d'ailleurs son commandant général n'a rien à ordonner dans l'administration civile ; et il est tenu de s'entendre avec les alcades pour tout ce qui concerne le militaire.

JLa contrée d'Alava reconnut, en i332, la souveraineté directe du roi Alphonse , et ce monarque assura aux habîtans de tout ce pays la conservation de leurs privilèges, principalement d^ ne pouvoir être imposés à de nouvelles taxes sans leur consentement , et de se gouverner suivant le code des lois de Calahorà, qu'ils avaient adopté.

La seigneurie de Biscaye se compose de cent républiques au moins, c'est-à-dire que les villes sont gérées , autant que possible , suivant le code de Castille ; mais les bourgs et villages ont leurs lois particulières, qui diffè-

PROVINCES VASCONGADES. a2 I

rent les unes des autres. On donne le nom ^ Infanzonado à l'amalgame de ces républiques , où chaque bourg et village désigne son député à rassemblée générale. Pour avoir le droit de voter et celui d'être député^ il faut être né Biscaïen , et propriétaire d'un bien^ fonds de la valeur de 12,000 réaux de veillon ^ ou 3,000 francs environ de capital seulement^ Le roi est représenté par un corrégidor qui communique ses demandes.

Les campagnes de la seigneurie de Biscaye présentent encore dans plusieurs endroits une^ image , rare , frappante et respectable , des mœurs antiques , dont la touchante simplicité inspire un sentiment de vénération. Elles sont couvertes de maisons isolées^ sans aucun décor, mais commodes , aisées , placées chacune au milieu du manoir de leur propriétaire et dans le voisinage des eaux. Leur proximité et leur suite paraissent former des peuplades. lia plu^ part de ces maisons et de leurs dépendances sont habitées par des propriétaires , dont les famille.s les possèdent depuis un temps immémorial. Toujours elles se transmettent avec soin de père en fils ; il y a une espèce de honte à vendre le bien de ses aïeux. Ces propriétaires sont appelés Eche-j aunes ^ c'est-à-dire seigneurs de maisons. On donne le nom de républiques aux divers arrondissemens coni-

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posés d'un certain nombre de ces maisons; l'église paroissiale est ordinairement au centre. D'espace en espace , un château également antique s'élève au-dessus de ces habitations modestes; ils sont tous d'une architecture simple ; la plupart sont flanqués de tours carrées ; les familles se les transmettent également de père en fils depuis plusieurs siècles : ce serait un opprobre de s'en défaire. Leurs possesseurs , désignés sous le titre de Parieii-^ i€s-majores y, sont comme les anciens du canton : ils en étaient regardés autrefois comme les chefs et les juges; ils conservent encore une considération marquée et une prépondérance réelle. Les chemins sont souvent bordés de ces maisons isolées : ils en deviennent plus agréables ; on les trouve réunies principalement sur celui qui conduit de Bilbao à Orduiia ; 00 croit y voir une ville un peu désunie qui remplit un espace de six lieues.

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