ANNO SALVTIS M DCC XLIX
REGNI SVI IV.
Un tableau superbe frappe ici les regards du voyageur: la vue se porte à la fois sur une partie considérable des deux CastiUes : la Vieille d'un
VIEILLB-CASTULLE. 363
côté , la Nouvelle de l'autre. Les hauteurs, les inégalités , les petites montagnes disparaissent; elles s'aplatissent ; elles se mettent de niveau avec le terrain qui les avoisine ; l'ensemble ne forme plus qu'une vaste plaine dont l'œil fie peut suivre l'étendue et le développement. On y voit que le^ sol, de la Vieille - Castiile est plus élevé que celui de la Nouvelle. On entre dès-lors dans la première : ce qu'indique un bureau ou l'on paie un droit pour l'entretien de la route.
Itinéraire depuis la Gbakja ou Saift-Ildefoiise, yi/^^u'à Segoyib, et plus loin jusqu'à Cuellab et à Tudéla ', i8 lieues V,.
Keue».
Là Caaitja ou Saiht-Ildefousb , maiaon royale '.
Le Yalsm , rivière et pont.
Pellejaros , village , ' SegoviEi cité,
Zamarramala, village , Escarbojoso , village , Navalmanzano , village ,
Piron , rivière et pont , Sancho-Nuno , village ,
A reporter, 9 '/a
■ On ne doit point confondre ce Tudëla avec une vlUe ëpiscopale' du même nom , située dans le royaume d^ Jffar varre.
* n en sera donné la description avec celle de la Nouvelle^ Castiile.
364 ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNE.
BepoH, 9 V.
Coellar , |>etitê ville , 2
"BX Henar , ermitage , i
La Villorra , village, ) o
Monten^ajor , village , ) Duéro, fleuve et pont, Tuââa de Duëro , petite ville
Total, 18 Va
Après être parti de la Granja et de Samt- Hdefonse , on trouve la petite riyière de Valsin, qu'on traverse sur un pont de pierre. On parcourt ensuite un terrain planté inégalement de chênes de la très-petite espèce. On passe au village de Pellejeros; la campagne devient absolument nue; à peine y voit-on quelques ari>resde loin en loin ; le terrain est inégal ; cette inégalité empêche d'apercevoir plusieurs villages dispersés des deux côtés dans les terres pu Pon trouve les édifices destinés à ji^ tonte générale des troupeaux. On se trouve {:out -à coup enfoncé entre deux vallées profondes ; et Ton arrive à Ségovie après deiux heures de piarche depuis la Granjà.
Ségovie, dont les lustoriens espagnols regardent Hercule comme le fondateur, est une ville d'une forme singulière ; elle a la figure d'un navire dont la poupe regarde l'orient, et la proue l'occident. Elle est située sur un rocher im- |nense , et comme enterrée entre deux vallées
VIEILLE-CÀSTILLÉ. 36^
{profondes qui renferment : l'une e^ aU' sud^ ■autre au nord ; la première est arrosée par un ruisseau appelé Clamorés, qui va se réunir à FEresma, qui coule au fond de la seconde rivière, et sur laquelle il y a cinq ponts^ Cette rivière , dont les bords sont assez couverts d'arbres , portait autrefois le nom d'-^rei^a , qui avait fait donner le nom ^Arevacï aux habitans de ces lieux.
Étendue. La ville est ceinte de murailles qui sont flanquées de tours de distance en distance; sa circonférence est d'environ quabre mille pas sans les &uBourgs. On y suppose cinq mille maisons; sa population ne répond ^point cependant à ce nombre ; it p^ne y compte-t-on dix mille âmes.
Les rues y sont presque toutes étroites , tortueuses , pavées inégalement. Il y a quatre faubourgs qui sont sur un sol plus imi et qui contiennent plusieurs manufactures.
Clergé. Ségovie est le siège d'un évêché suffiragant de Parchevêché de Tolède , dont le diocèse comprend un chapitre de cathédrale, qui est à Ségovie.;. un diapitre de collégiale à Sainl-IIedefonse , et quatre cent trente-huit paroisses.
AdminUtraUon. Elle est le lieu de la résidence de l'intendant de la province particulière qui porte son nopi. Elle a un corrégidor , un 9Îlcad>e-major ^ ,wx nombre£xe de régidors.
Inêimction publique. Une société économique ou
366 ITINÉRAIRE bE L'ESPAGNE.
des amis du pays, et une école militaire: ceQe-ci est destinée aux élèves de Fartillerie; on y enseigne le dessin, la physique, la chimie, les mathématiques et les fortifications.
Commerce. Ségovie fut autrefois une ville trèscommerçante , très-riche , fameuse surtout par ses manufactures de draps et de lainages. On lit avec étonnement la magnificence des fêtes qu'elle donna y en 1670, à la reine Anne d'Autriche; ces mêmes fêles prouvent encore combien les arts y étaient en honneur , ainsi que le grand nombre dlndiyidus qui les cultivaient 5 les habitans s'y formèrent en quadrilles , parmi lesquels on trouve ceiix des rirfevres, 4es joailliers 9 ^ea brodeurs, des sculpteurs, des fourbisseurs, des tisserands de toiles, des tisserands d'étamines, des tisserands de draps, des cardeurs, des teinturiers et des fioibricaus de lainages.
Manufactures. On porte à quarante-quatre mille six cents quintaux la quantité de laine qu'on mettait en œuvre dans les fabriques de cette ville, et a trentequatre mille cent quatre-vingt-neuf le nombre des personnes qui y étaient employées.
Le commencement du xvn* siècle fut l'époque de la décadence de ces manufsictures ; et cettç décadence fut très-rapide ; l'introduction des draps et lainages étMugers y contribua beaucoup ; plusieurs autres cai:tôes réunies l'accélérèrent. Déjà, en 1629, on se plaignait qu'on y fabriquait vingt-cinq mille cinq cents pièces de draps de moins tous les ans , et qu'il en résultait une perte annuelle de 2,424,8 18 ducats et 2 réaux, ou 6,568,258 francs. U n'y avait plus
VlBILtB-€ASTlLLE. 367
au ûommencemeDt et yers le milieu du xym* aiède^ quenviix)n C5çnt vingt métiers de draps, d'étamines et de gros lainages, qui, selon les calculs de la société économique, n'employaient tous }es ans que quatre mille trois cent dix-huit quintaux de laine layée.
Ces manufactures ont commencé à se ranimer de^ puis environ quarante ans; le nombre des métiers s'était lAcru*, la consommation de la laine lavée avait augmenté de douze cent cinquante quintaux tous les ans*
Un particulier, don Laurent Urtiz, leur avait donné en un instant un accroissement considérable j il y avait monté soixante-trois métiers , (|ui déjà , en 1790, employaient huit qu neuf cents quintaux de laine lavée , et occupaient deux mille quatre cents individus ; on y fabrique des draps de toutes les qualités , et surtout de beaux draps superfins. . Cette ville a encore une manufacture de &ïence , mais qui ne feit point im objet important.
Édifices pûbUca. Hôtel de Monnaie. On battait autrefois à Ségovie de la monnaie d'or et d'argent : on n'en fait plus aujourd'hui que de cuivre* L'hôtel destiné à cette fabrication est un assez bel édifice qui fut constioiit dans le s;V* siècle par le roi Henri iv, et restauré en partie par Philippe n. Une machine l^ydraulique, au moyen d'un gros filet d'eau qu'elle prend: de l'Eresma , y met en mouvement les machines nécessaires pour toutes les opérations que la fabrication des monnaies exige. .
Le couvent des Capucins a une chapelle souter-
368 ITINÉRAIRE DE L^ESPACNE.
mne qm «st le lieii de k sépulture des comtes de CobatiUas : il y a huit tableAox de Jean CarréM*
Le doltre du oouTent des Garmes-Déchaussés est oriié de qaek[ues peintures de Chnatophe Gonzales.
UégUse des Jéronimites del Parral , sikuiée de Vaxt* tre c^té de TEresma y. est le lieu de la sépulture des Pacheoo, marquis de Villéna; cm y Toit dans le aano tuaire les tombeaux de plusieurs seigneurs -ile «cette maison^ cou¥erts de cuiyre avec leurs figures en bas-relief 9 et deux mausolées en marbre, l'un-xie Jean Pacheco , marquis de Yilléna , Tautre de Marie Porto*Carréo , son épouse*
L'église cathédrale est vaste , à trois ne&, d'uiie architecture mêlée de gothique et de g^ec-romain^ ses ornemens sont presque tous dans le genre gotlûque , quoiqu'elle ait été construite dans le xvi* siècle. Le maitre-autei est de marbre; il a 9 dans le milieu, une statue de la Sainte-Vierge, en argent, donnée par le roi Henri lY; il est orné de statues de marbre faites par Manuel Pacheco ; quelques autels et quelques chapelles méritent d'être examinés.
L'Âlcazar, qui fîit autrefois le palais des rois, présente les traces dSme antiquité respectable. Sa façade pnrait très-ancienne ; ses apparteiûens intérieurs sont également anciens , mais leurs décorations semblât être de diverses époques plus ou moins reculées; la cour principale et le grand escalier èont du XVT* siècle ou du commencement du xvn". Ce palais est remarquable par le s^eur et par les faravaux du roi Alphonse-le-Sage , qui y composa ses Êiineuses tables astronomiques. Dans une des chapelles on voit
VIeiLle-gastiLlè. 369
Uii tableau de^PÂdoration des Mages, de Barthéleini GardacfaOé Les appartemens sont tttstes et côùrerts de mosaïques et de donu'es qui sont encore ti'ès-fraîches; on trouve, dans une sùlle, une collection inté*^ ressaute pa.v le monument historique qu'elle présente , qtioiqu'élle ne le soit ni j^ar sa itiatière , ni par la beauté an ti'avail , ni par la délicatesse de l'exécution : ce sont 1^ statues de tous les anciens rois d'Oyiédo , de Léon , de Caslille , depuis Froyla ou ^u^ I*, en 760, jusqu'à la reine Jeanne, moi-te en 1 555 , après laquelle commença la dynastie autridiiemie; oa j a joint la statue de Fernand Gonzalez^ prodamé par les peuples premier comte de Gastille en $23, «t celle du grand guerrier Rodrigue Diaz de Bivar, &meux sous le nom du Gid Gampéador; ces statues tont ou nombre de cinquânté^euxj elleâ sont de bois peint et de grandeui^ naturdle , cbacune avec une inscription*
ArUiquitéê. Les inonumens qui nous restent des anciens ne sont plus que des témoins de leur grandeur passée, que de* souvenirs glorieux de générations dispaines du sol qui les vit naître. Il est bien rare qu'ils soient d'aucune utilité à leiu^s successeurs; les habitudes ont cliailgé pendant que les ouvrages se sont détruits ; d'autres mœurs ont demandé d'autres édifices. Mais lorsque, par une circonstance particulière > quelques-unes de ces grandes constructions^ échappées à la main du temps, et, ce qui est plu» difilcile^ à la barbarie des hommes , conservent encore l'usage pour lequel elles furent créées , elles acquièrent alws l'admiration des homhies éclairés,
Djgitized
^70 ITINÉRAIRE OK l'eSPAGNE.
des arti8te3 et des histoi^iitis/Tel est l'aquéduc d% Ségoyie , qui j depuis deux mille ans, n'a pas cessé un moment de remplir les fonctions auxquelles il était destiné. Les campagnes qu'il parcourt , la Tille dont il domine les murailles, ont vingt fois changé de maîtres, ont été la proie des flammes et du pilli^e; et ce superbe édifice n'a jamab cessé d'y porter, le tribut de ses eaux salutaires , semblaUe à la nature bienfaisante qui prodigue tous les ansj aux hommes, ses dons , sans s'inquiéter s'ils sont capables ou dignes d'en jouir.
Cet aqtiéduc commence à trois lieues de Ségoyie, près des montagnes de Fonfiia , à la source du Rio- Frio, n conduit ses eaux par un circuit à travers les montagnes nommées Loa Hùyoa^ près de k venta de SantiUana , jusqu'^à la maison que Ton voit sm* lé chemin de Saint-Udefonse. C'est là que; conunence cette suite d'arcs admirabléSs qui portent les eaux à la hauteur de „la ville de Ségovie,^ jusqu'à la petite place de l'église Saint-Sébastien, où ils communi-» quent à des conduits souterrains*
Cet aqueduc a cent neuf arches dont trente sont modernes, mais absolument construites dans le style des premières. Cette réparation fut faite sous le règne d'Isabelle par lies moines du monastère del Parai de Ségovie \ sa plus grande hauteur est de cent deux pieds dans la place de TAzogiiejo, dont, le sol est de niveau avec le fond de la vallée. Il a datis toute cette partie deux arcs Fun sur l'autre ; mais, partout où cette élévation n'était pas nécessaire, il n'a qu'un ^rdre d^arcades *, les piliei^ supérieurs sont à peu
^ VIEltLE-CASTILLE. S^l
près %aax en(r« eux , c*est-à-dire ajrant six pieds d'épaisseur sur quatre et demi dé largeur;, ceux dti bas ont> les uns onze pieds de largeur , d'autres, douze, ^ifin quelques-uns seulement sept et demi ; ik i diminuent tous jusqu'à la hauteur de diiç^-sept pieds , où ils. se joignent aux autres. Les distances sont pareillement inégales entre les piliers; quelques-uns ont entre eux quatorze, d'autres quinze pieds de dbtance; les arcs supérieurs sont égaux , et ont tous* dix-sept pieds; ce qui ferait croire que Tâquéduc a été commencé dans un temps où Ton bâtissait arec moins d'exactitude que dans celui où il a été fini. La hauteur des arcs inférieurs a rapport aux mouvemens du terrain; les plus élevés ofat trente-neuf pieds de haut, les plus bas. cinq pieds; la longueur totale est de deux mille cinq cent trente, qu'on divise en quatre parties : depuis le couvent; de Saint-Gabriel jusqu'au premier angle que forme l'aqaéduc , deux cent s^ize pieds; le second, ju^iqu'à l'angle en focè: du couyetU des» religieuses de la G>nception, quatre, cent soixante-deiix; le troisième , jusqu'au grand angle près du couvent de Saint-François, neuf cent, vingt-cinq, et enfin jusqu'à la muraille de ja ville , neuf cent trente-sept.
La pierre est d'une sorte de granit gris, connue sous le npm de piédrorbérQquégnia , la ménie qui a 3eryi à la construction de rEscuriall On ignore où était la carrière ; il n'y a dans tout l'ouvrage ni mor** tier ni ciment ; les pierres sont posées jles unes sur les , autres avec be^coup d'aploml) et <)e ^<)tin9;;il.ii,'est pas vraisemblable qu'il y ait dans rintériemV.de\
3*72 ITINÉRAIRE DE L'ESt»AONÉ.
ortnqKHM de fer tinà que dans plusieiiri monumaiis de œ genre. Des excaTalioti»&iteft juaqm'au aiTeoa des fbndatioiif pour conitniîre des JMUtiqaes et dm otyesy ont fait connattre arec quel amn ce mimu*' ment a été constooit La partie en terre, qui fait en^ yiroil la sixième partie de la hanteiit , est construite tfree le mènie soin ei de mémes' nudériauxque tout l'ouyrage ^ quoiqu'il êùi élté possible d'y emplc^er des matériaux plus çonmiuns. On a i regretter la. peiie de plusieurs statues qui déporaimt ce monurumM y et dont on reeonnait encore la place, il 7 arait sans doute aussi quelques insciipUons qui fixaient le tempe de la Oonstruction , que j'attribue au i^eg^ de TVajan ou d'Adrien*
Quant aux trente-etnq arcs ajoutés y on trouve un récit de ces travaux dans Fhistoire de l'ordre de Saint-^érôme^ par le père GiguçvËsd. On Toit que l'aquéduc était dans un état complet de dégradation , que l'eau fittraii de tous côtés sur les juliei^ et le long même des maisons de la ville, lorsque la municipa-^ lité chargea le père Pèdre de Méisa de procéder à ces réparations. U les fit exécuter ave() autant de zèle que d'habileté , et mpp^ le temps où les religieux fai-^ saient élever et composaient eux-udémes les plus beaux édifices.
Ce bea» monument a été décrit plusieurs fois par len fêtes Monffanoon , Ck>lmenar et Flèî^es , et surtout pap ||; Bosarte^ dtfns un écrit fort intéressant que uouaueus sommes empressés de consulter ; mais la plupart ont dondé à ce supetbe ;édifice une anticpiité beauoeup trop, reculée. Ib ouf supposé qu'il ftit
* VlfiliXB-CASTILfeB^. 373
construit fiar l€9 mêmes architectes qui ai^dent btë b téinpie d« Sérapi^ «n Egypte : le ridicule de cette supposition se combat de lui-même. Get ouvrage est certainement de construction romaine ; mais on ignore l'époque où il fut fait : les uns Fattribuent à Licinius Larcins , les autres à Trajan. C'est un des monumens de l'antiquité les plus solides ^ les plus magnifiques et les mieux consei^yés.
Hommes célèbres. Ségoyie fut le Beu de la nai3^ sance d'Âlfonse de Ledesma, bon poète du comme^icement du xvïi* siècle^ de Dominique Soto^ domii^icain^ mort à Salamanca en i560y qui publia un traité de Justitiâ et Jure, deux livrés de Naturd et Gratàâ , et des commentaires sur VÉpi^ aux iZomains, et de François de Rtbera, jésuite f mort è Sakmanque, en lôgi, connu par des oeonneotaires sur les douze petits prophète^.
Le terrain devient uni au sortir de Ségavie ; on entre dans une plaine sans arbres, qui se prolonge pendant plus de six lieues , à quel^ ques întervallçs près , où elle est coupée par 'des hauteurs. On passe aux villages de Zaïharraméla et d^llscarbojoso , et on arrive à celui de Navalmanzano , qui est à six lieues^de Ségovie. Une heure après , on passe la petite rivière de Piron sur un pont de pierre ; on entre dans un bois de pins qu'on parcourt pendant une heure. D^autres petits bois pareik se succèdent à de petites distances jusqu'à Sancho-
3^4 ITINËRAIftB DE l'iBSPAGNE. '
Nnna , village à une lieue et demie de Naval manzano , dans un territoire où l'on recueille beaucoup de lin et de chanvi:*e. On trouve de nouveau un bois de pins d'une étendue beaucoup plus considérable ; on le traverse pendant deux lieues ; il conduit à Cuellar^ situé à deux lieues et demie de Sancho-Nuno..
Cuellar est une petite ville avec titre de marquisat. Elle est située sur le jpenchant d'une, colline et s'étend jusqu'au I^aut de la montagne ^ où l'on voit encore un ancien château assez bien conservé. Quelques-uns ont cru que c'est la Golenda des Romains, famçusep^ la vigoureuse .résistance qu'elle opposa aux conqùérans, et dont les habitans, forcés à succoinber après un siège de neuf mois ^ furent vendus comme esclaves.
Cette ville, qui n'a aujourd'hui que trois mille âmes , a dû être beaucoup plus peuplée, si on en juge par son étendue et par le nombre de ses édifices religieux : elle a dix paroiss/es et six Gouvens d'hommes et de femmes de divers ordres. On cultive la gar^uce avec succès et en grande quantité dans son territoire , où l'on a établi plusieurs moulins pour la moudre; on s'y livre aussi beaucoup à U filature de la laine pour les manufactures de Ségovie.
Les seigi^eurs die Cuellar ' ont recueilli dans
' Ces seigneurs sont de la maison de La Cuëva, ducs d'A(-
V1EILLB-G4STILLB. 375
le palais qtTils orit dans cette rille une quantité considérable d'objets rares et précieux ; il y a, entre ai^tres, une belle collection d'armures antiques , trois cents armures complètes, des lances , des piques , des épées , des mousquets , des étendards , des drapeaux, des instrumens militaires , tous de divers siècles et de diverses nations ; on y voit différens modèles de petits canons en bronze joliment travaillés. On passe , une lieue après Cuellar, à l'ermitage de N. S* del Henar, après lequel on trouve dejs forêts de pins d'une certaine étendue; on en traversé deux, entre autres, qui sont trèsépaisses et fort longues^ on aperçoit , sur les côtés, plusieurs villages; oh passe à ceux de Villoria ■ et de IVIonte-Major; on trouve ensuite des prairies; on parvient enfia sur une hauteur, d'où Ton découvre une belle plaine
buquerque, marquis deCuellar, comtes de Lédesma et de Huél** ma. Ils descendent d'Hugues Bertrand, seigneur français, qui épousa, k la. fin du xv« siècle, Marie de la Guëva, fille ou petite-fille et unique hëritière de Bertrand de la Guëva,^ ministre et favori de Henri iv, roi de Castille, en faveur duquel ce prince avait ërigë Albuquerque en ducbë, en lifii. Hugues fiertK'and prit le nom et les armes de la Guëva, et miççédsi k tpu^s les terres de cet^e maison. Il conserva cependant ses armes, qui sont absolument françaises^ il les ëcartela avec celles de la Guëva ; la maison d'Albuquerque les porte encore : elles sont en chef d'azur a trois, fleurs de lys d'or. . j
^ On y recueille beaucoup de pi|;no^s,
^7^ ITINÉEAIRE DE l' ES PAGNE.
et Tudéla ; on descend ; on entre dans la plaine , et on arrive dans cette ville. Cette p^ai^e est enclavée entre des petites montagnes qui Ten* tourent de tous cotés , qui sont nue^ à l'ouest et au nord-est , mais boisées et verdoyantes à Test et au sud ; elle est couverte; de vignes , de bois de pins et d'arbres fruitiers ;^llé est traversée et arrosée par le Duéro, qu'on y passe sur un pont de six arcs.
Tudéla est une petite ville située dans la plaine précédente. Elle n'a de remarquable que son église paroissiale'^ dont la façade est belle.
Le territoire.de cette ville est d'un arrosage £icile et excellent pour le blé et les firuits ; les vignes sont cependant ce qu'on y trouve le plus ^ qi^oique le vin y soit d'une qualité mé* diocre.
A9&£gé de la statistique . particulière
DS liA TI£U^B-CASTI|:.IB.
Populçâ^n. La Vieille-CastiUe fut vivifiée pendant long-temps par la présence du souverain; les peuples de l'Espagne y accouraient alors i; Findu»trie, encouragée par les profits, s*y développait avec énergie; le» manufactures s'y xnultiplj^âent ;, le commerce y était florissant, la popukatioa.ii^iHnbreMse, Topulence presque générale. Ces avantages se soutinrent lorsque les rois eurent partagé leur séjour tn\re
YI£iU<E^CASTII.I)|{« 377
la Nouirelle et la YieiUQ-ÇastiUe : cette proyinoe se ressentit encore de lajtt^aeoce^u souverain;; mais les choses changèrent de façe^ aprè$ que 1^ rob l'eurent abandonnée* L'industrie» les arts suivirent ks bm- ,narques; la splendeur de cette province s'éclipsa avec eux ; sa population diminua jn^esque subitement; a pehié, cinquante ans après, contenaitrdOb la moitié de. ses anciens- habitans*
La population de la province dont il est. question est réduite aujourd'hui à X)nze cei^ quatre-vingt*-dix nulle cent quatre-vingts habitans, parmi lesquels on comp^:
CUirés. . . .- 3,44o
Prêtres séculiers 5,573
Mtiineë. . 5,564
'' Religieuses. ..,:.. 5,i^io
Nobles i46,o36
Avocats.^ . • • • • • • • • ^19
Écrivains 1,246'
Étudians ^, . . . , . 5,766
D&mestlques. 37,i85
Agriculture. La Vieille - CastiUe est remplie de ^a^des pleines ^ ou plutôt elle n'est qu'une plwie immense eiitourée de hautes montâgues^ et coupée de temps, en ten^ pair d^ r^vii^ dont les b<|pds y^ds^emblent à d'autres montagnesi qui décroissei^t suqçses^iygment^ . Le^terirain n'y est pi^s le même partout^ il es^, dans( beajocQUp d'endrpits, coname au^çisu$ ^4^abiajo0^'d('tme ta?re fin^^, noirâtre ^ nitreuse'^ extré-
378 ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNE.
mement fertile; il e»t souvent pieireux, difficile à frarailler, pea prodactif, conime aux eiiYiroiis de VaUadolid et auHlessus de,Labajo8 : ici, les pierres sont quartzeuses; il est quelquefois à fond sabk>D'* HOUX et pierreux 9 comme du cdté de Cabeson. Plu-^ sieurs parties de cette plaine sont extrêmement fertiles; elle produit beaucoup de seigle, d'orge «de froment, surtout dans to\i.t Fespace qui se trouve vers Burgos; les grains y sont si abondans, qu'on peut regarder la VieiUe-Gastille coxmne un des greniers de l'Espagne.
Toute celte monotone étendue est général^nent nue : on n'y voit point d'arbres; il y a même des parties où l'on ne trouve pas.méme un arbrisseau. Si on y aperçoit de temps en temps quelques arbres., ils sont aux bords des rivières; et ce ^nt des. orm^u^, des aun^, des peupliers blancs. On taxe les vieux Castillans d'insouciance, de paresse , lorsqu'on voit qi:ie des pkines. aussi vaateç, aussi belles, qui sont arrosées par beaucoup de rivières^ sont absolument dépouiUées, nues, sans arbres; mais on se trompe: ce n'est point la paresse, c'est le préjugé qui empêche tes plantations» Les vieux Castillan^, sont persuadés que les arbres attirent les^ oiseaux, qu'ils leur servent de retraite, qu'ils &vorisent ainsi les ravages que ces animaux peuvent &ire sur les blés, sur les raisins, sur les fruits; cette crainte les prémunit et leur donne une prévention invincible contre toute sorte de plantations. D y en a cependant parmi eux qui , revenus de cette etreur, oonviennent de l'ulililé .d^
YIEILLEi-GASTILLE. 379
arbres; -t36yx--ci ne sont point éloignés de. les ]^Ianter et de les cultiver; mais ils^ donnent dans une auti*e erreur : ils croient qu'une terre où les ormeaux ne viennent pas bien nevaut rien pour les autres arbres; dans cette idée, ils renoncent à en planter dans les lieux où les prenûers ne réussissent point; on ne sam^ait leur persuader qiie l'espèce d'arbres qu'on Teut planter doit être relative à la qualité du sol et €u climat.
• On laboure les terres très-superficiellement dans la Vieille-Castille ; on ne fait, pour ainsi dire, que les remuer ; on ne se sert que de charrues légères ; on les enfonce très^peu; on recouvre négligemment et aussi superficiellement la semaille , après l'avoir jetée. Les voyageurs, qui ne voient que les objets qui frappent lem*s yeux, ont reproché A la fois aux vieux Castillans Fimpéritie,. la négligence et la paresse dans la culture de leurs terres : ils auraient tenu un autre langage, s'ils eussent cherché à s'instruire. Les laboureurs leur auraient dit qu'en se savant d'une charrue plus pesante et en enfonçant le soc plus en avant dans la teih:*é, ils recueillent moins de grain. Ils ont raison i dans une grande partie de la vaste plaine de bette province, on trouve de Teau ou un terrain imbibé d'eau à deux pieds de profondeur; il suffit par conséquent de détruire^ en labourant, les racines des mauvaises herbes pour assurer la récoltée Cela est si Vrai que, malgré la grande chaleur et la grande séchereisse de l'atmosphère, les récoltes y sont rarement mauvaises : la proximité de l'eau «entretient la fraidieur de la terré, et fertilise le grain. On y re-
380 ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNE.
cueille mie grande quantité d'o^ et de ficomeut d'une qualité excellente.
C'est par la inème raison que les bonnes herbes se multiplient dans cette proviiioe ; ce qui influe eiogotlièrement sur la multiplication des Tadies 5 des ai* 3eaux et des autres animaux sauvages ou dimieétiques.
Les plaines de la YieiBe-GastHle ne sont pcûnt les seules parties de cette province qui produisent dés grains en abondance : on en recueille dans beaueoup de vallées y qui sopt aussi fertiles que les plaines» On a déjà vu ce qui a été dit de celle qui avoisine Bri* viesca j de celle du Monasterio et de plusieurs autres.
On recueille encore beaucoup de vin dans cette province ; il est en .général légers il n'a ni la force , ni la coi^leur , ni le' bouquet de celui des provinces, soit orientales^ soit mâ^idionales de l'Elspagne.
Qudk|ues cantons particuliers sont remarquables par leur fertilité et pai: la variété de leurs produo* ti<m^ La Burela est très-fertile en fruits^ ce canton est rempli de verges ^, il est peuplé encore d'autres arbres f eoQ3m« d'ormeaux^ d'aunes , de peupliers, de noyers* L4 Rioja, canton d'une étendue considé* rdble, eat Sf>T% riche en grains^ il produit beaucoup de vin> dont les dou^ ti^s passent dans la Biscaye ^ il axiéa fruits d^ tous les genre»; on y cultive un peu de lin et de cht^nyre.
On s^est livr^d^uis qyelque temps à la culture de la garance dans certaines partie» de la VièiUe-Castille; on y. iréussit a$s^ bien, et ce nouveau genre de culture x:ommenee à prendre iàveur. On la cultive
VlEILLE-diâTiLtË. 3Bt
j^rincipaleuleat (u^ de ValladoUd, de Burgos^ de Ségovie y surtout dans les territoires de Cuellar et de Portillo^ où Ton a construit des moulins pour la moudre; on en compte déjà cent deux dans ces trois dçirniers territoires ^ qui fournissent tous les ans sept ou huit mille quintaux de la garance la meilleure : la plus grande partie en est exportée hors de FEs-^ pagie,
Ia Vieille- Castille a beaucoup de troupeaux de bètes à laine ^ qui passent l'hiver dans les plaines et rété sur les montagnes; ils fournissent une laine de U première qi^téf la plus belle et la meilleure est Celle des çiiyirons de Ségovie ^ du pays de Buytrago ^ à quelques Jieues à l'est de cette viUe, d'Avila, etc.
Plusieurs des haute» montçigaes de cette province sont couvertes de pâturages exceUens^ où l'on élève beaucoup de vaches; Iea;motitagnes de Burgos ^nt celles où ils sont Je plus abondans^ le plus beaux et le» meilleurs. Le mont ArandiUo , qui en fait pî^rtie^ et qui est à une lieue nord de Rey nosa , ,mérite d'être particulièrement remarqué. Le sommet de cette montagne qui est très -élevé, s'aplatit^ se prolonge et forme une vaste plaine couverte de prairies trèsriches et d'ime étendue immense. Cette plaine fut habitée autrefois; on y voit encore les ruinés d'un village qui n^existe plus.
On élève beaucoup de vaches^sur ces montages de Êurgos; où. y fisdt une quantité considérable de beurre qui est excellent, et dont on ne tire presqu'aucun parti; on pourrait Je saler, le mettre en barils, et en
approTÎsîonner toute TEspagne , dont la plus grande partie le tire de la Hollande \
n résulte des détails précédens que les productions de la Vieille-QistiHem'y sont point très-Variées , et qu'à l'exception des grains, elles sont peu abondantes. On tfy fait presque point d'huile 5 on y cultive le lin et le chanTre, mais cette culture y est bornée à quelques petits cantons. Les grains font l'objet le plus important de cette province 5 le tiers de ceux qu'on y recueille suffit pour la consommation des babitans; l'excédent suffirait pour approvisionner d'autres pro^ vinces, si l'exportation en était aisée r'itèn sera parlé à l'article du commerce de la Viéille-Castille. Les laines sont la partie la plus productive de ce pays ; dles suffisent y non-seulement à ses manufactures , qui sont à la véi'ité peu importantes , mai^ elles fournissent encore à une exportation considéi^able dans l'intérieui^ de l'Espagne, et principalement dans les pays étrangers , où il en passe la plus grande partie. ^
Manufactures. La Vieille-Castille fut la province d'Espagne qui eut le plus de manufactures ; ses lai-
* La méthode en est simple et facile. On met deux livres de sel fin sur dix livres de beurre ; on les môle bien ensemble; on les place ensuite dans des barils bien propres dont le bois ne puisse leur communiquer ni goût ni odeilr ; pmir plus de sûreté , on emploie'une double futaille, en mettant le^ bariU l'un dans l'autre. La. Galice et les Asturies y* qui ont également beaucoup de vaches , pourraient fournir la même rcs-
< VlËlLt6-CA$TlLLË. 383
nages , surtout ceux d'Avila et de Médina d^l Campo , étaient très-renommés; ses draps , principalement ceux de Ségovie^ étaient fameux dans toute l'Eu** rope. C'est aujot^rd'hui la province qui a le moins de manufactures» Ségoyie a une mauu&cture de faïence qui ne mérite aucune considération. On fait à Burgos des bas de laine fine connus sous le nom de bas d'éiameiUs sont beaux et bons* Des Anglais établirent y en 1789 , une fiibrique de cotonnades à Avila. n y a quelques métiers d'étamines et de bou-* racans à YalladoUd, de biu*ats et de flanelles à 3ur-^ gos ; on fait aussi y dans cette dernière yiUe 9 une assez grande quantité de couvertures de laine. On fait du papier à la chartreuse du Paular { il est d'une qualité très-commune ; il en passe une petite quantité dans la Mouyelie-Gastille, On commencera se livrer, dans cette province , à la fabrication des toiles; mais cette nouvelle branche est encore dans son enfance. On y trouve plusieurs verreries 5 les meilleures sont à Pajarejo et à Racuenco; on y fait du verre blanc ;ellea. fournissent à .une consommation assez considérable , même dans quelques provinces voisines. Ségovie a quelques manufactm^es de lainages et de .draps fins et communs ; très - bornées vers le milieu du xvni® siècle , elles ne consommaient alors qu'environ quatre mille trois cents quintaux de laine, tous les ans; devenues plus nombreuses et plus étendues , elles emploient aujourd'hui environ sept ^ ou huit mille quintaux de laine. Op.y.&it de bçaux;. draps superfins. On fuit aussi d^, draps à Burgps et
3^4 ItlNÉRAlUE DE L'ESt^ÂGNE.
à Santo4)ottiingo <ie la €akada; ils sont d^une qua^ lité mojTtnfie. La fabrication des cuirs, des peaux, des corroîeries ^ &it un des olijets les plus importans ; on Vy livre en plusieurs endroits. La fabrique établie à Melgar de Fermentai, en 1771, ^tla plusconsidérable; elle fournit à une brancbe assez étenduCé Commerce. Burgos, Vàlladolid , Aranda de Duéro, Rioséco , SégôTie, Médina del Ganrpo furent, dans le XVI* siècle, des villes très-commerçantes et très-peuplées ; elles ne sont rien aujourd'hui. On a déjà vu quel est Pétat actuel de Burgos et de Valladolîd. Ségovie qui employait , dans ses manufactures , quarante-quatre mille quintaux de laine, et qui y occupait trente-quatre mille personnes , ne consomnae aujourd'hui qu'environ six mille quatre ceuts quintaux de laine , et n'occupe que quatre mille individus. La population de Rioséco était de sept mille feux^ ceUe d' Aranda de Duéro de treize cents ^ là première de ces villes n'a plus que six mille habitans; et la dernière n'en compte pas plus de deux mille cinq cents. Rioséco avait des foires fameuses; il rfen reste que le souvenir. Médina del Gampô faisait un très-grand commerce: elle avait des manufactures, des imprimeries qui furent renommées; des imprimeurs dont les noms sont encore cités; des foires où l'on négociait, en Seules lettres de change, pour cent cinquante millions d'écus; elle était l'entrepôt des di-aps et des lainages qu'elle envoyait aU-dehors de l'Espagne, et des épiceries et autres marchandises qu'elle recevait de l'étranger; sa population était de quatorze mille
VIEILLte-GASflLLËé 385
fiiinilies; il n'y existe plus ni commerce, ni manufactures , ni imprimeries , ni foires ^ sa population est à peine de six mille âmes.
Le commerce de la YieillerCastille est aujourd'hiH aussi nul et aussi onéreux qu^ était brillant et utile dans les xv' et xvf siècles. Cette province n*est plus Fentrepdt des piroductions nationales que l'Espagne envoie au-d^ors, ni des marchandises qu'elle reçoit des pays étrangers; Burgos est la seule yille où passent encore la plupart. des lames de la Vieille^ Ga3tille qu'on exporte au-dehors.
Cette province envoie quelques-unes de ses productions dans les provinces voisines ; une partie du papier .qu'on &brique à la Chartreuse du Paular passe dans la Nouvelle-Castillej les verreries de Pajarejo et de Recuenco envoient une certaine quantité de verre blanc en Aragon ; les deux tiers^ du vin de la Bioxa vont en Biscaye ; la moitié , ou environ , des draps et des lainages qu^on £ut à Ségovie, est envoyée à Madrid et dans quelques autres lieux de la Nouvelle-Castille; la manu&cture de Melgar deFer« mental fourmt quelques cuirs^ quelques peaux préparées , quelques courroieries à la même province. Tous ces objets réunis sont de peu d'importance.
Le commerce de la garance commence a s'y éta- Uir ; elle en envoie déjà tous les ans trois mille quin-' taux à quelques autres provinces de l'Espagne, et quatre nulle dans les pays étrangers.
Les laines font un objet de commerce important.
La VieiUd-CastiUe a beaucoup plus de grains , surtout de blé , qu'il ne lui en faut pour sa consomma* I. 25
386 ITINÉRAIRE D£ l'ëSPAGNE.
tion. Elle pourrait en approvisionner une partie de FEspagne limais elle manque dé débouchés. L'expor-* talion en était très-difficile' et très-dispendieuse : il ùbaii la faire à dos de oiulets^ par des chemins qui étaient souvent impraticables^ elle est devenue moins difficile depuis qu'on a ouvert quelques belles routes dans cette province; mais ces routes, encore in* suffisantes, sont en petit nombre, ne conduisent qu'à quelques points déterminés, et ne fournissent presque aucune communication avec les aiitres provinces ; les routes de traverse sont encore teOes qu'elles étaient il y a quatre siècles : à peine peut-on que][qi^efoi^ les parcourir à chevaL Le canal de Gampos ou de Vieille-Castille pourrait vivifiercette province , s'il était terminé ; mais il parait qu'on ne s'occupe point des moyens de le continuer : il en sera parlé dans la suite.
Le commerce passif de la Vieille-Gastille excède beaucoup son commerce actif; la somme de ce qu'elle reçoit du dehors surpasse infiniment celle de ses exportations. Elle tire tous les ans environ quatre cents quintaux d'amandes , quinze cents quintaux de figues sèches, douze mille charges de riz, du papier, des aiguilles, du fil, des clous de laiton, et des soieries, du royauïne de Valence; un peu d'huile, sept cents quintaux de lin, douze mille quintaux de chanvre, huit qsnts pièces d'étamines et sept cent vingt douzaines de paires de bas de laine , de l'Aragon ; du safran et de la coutellerie, du royaume de Murcie; des sardines salées, des bestiaux et des toiles, de la Galice; des rets de fil, des indiennes, des souliers^ de la
VlEILLE-dASTlLLÈ. 387
quincaillerie et du papier, de la GataTogué ; de la quincaillerie, de Guipuzcoa ^ de la coutellerie^ de la Nouyelle-Castille.
Chemina, auberges, canaux. Un assez beau chemin ti'a verse la Vieille-Castillé; il conduit depuis les frontières de PAlava jusqu^au Puerto de Guadarrama^ il passe à Miranda de Ebro , à Burgos, à Yalladolid : c'est la grande route des frontières de France par Bayonne à Madrid. C^est proprement le seul beau chemin qu'on ti'ouvé dans cette province; tous les autres sont dans le ilième état où ils étaient depuis deux siècles. On a vu la description de celui qui mène des frontières de la Navarre à celles de la Nouvelle-Castille , et qui est le grand chemin de Pampepelune à Madrid •, les chemins de traverse sont encore en plus mauvais état : ils sont , pour |a plupart, mal tracés, pierreux ou boueux, souvent escarpés, mal entretenus , ou pour mieux dire entièrement négligés, toujours difficiles, quelquefois dangereux; ily en a peu où les voitures puissent passer ; il y en a qu'on a de la peine à suivre à cheval.
La grande route qui conduit des frontières de France à Madrid par Burgos et Valladolid a quelques* auberges un peu supportables; mais on n'en trouve nuUe autre part dans cette province; il n'y a partout que de mauvaises ventas isolées, ou des maisons de posada détestables, sales, dégoûtantes, où l'on ne trouve ni provisions , ni souvent aucim moyen de se les prociu-er, ni quelquefois même du feu pom^ les faire cuire.
On a conçu le projet d'un canal qui doit aller de-
388 ITINÉRAIRE DE j/eSPAGNE.
puis Fontibre> à dfiux lieues de Beynosa^ jusqu'à la rivière de Pizuerga, au-dessous de ValladoUd , en traversant une petite partie de la VieilJe-Càstille et du royaume de Léon, de là jusqu^à Ségovie au moyen de cette dernière rivière, où un autre canal doit le conduire jusqu'au Duéro, qu'on doit rendre navigable: on a commencé à mettre ce projet en exécution» Le roi Ferdinand vi fit travailler à ce^ canal en 17535 on a fait les eiLCavations dans un espace de plusieurs lieues 5 on a suspendu ensuite les travaux, et ce projet a été abandonné au milieu de son exécution : il ne parait point qu'on s'occupe des moyens de les continuer. On l'appelle Canal de Campoâ ou de Fïeille* CastiUe^ l'exécution en serait facile, et l'utilité en est évidente : il en sera parlé ailleurs ^.
aperçu sur ^histoire naturelle* Les montagnes de la Vieille-Castille ne sont pas, comme on l'avait si souvent répété jusqu'ici , et marqué sur les cartes faites en France, des ramifications seulement des Pyrénées. Cette erreur a été complètement réfutée dans la Notice sur la géographie physique de la Péninsule, dpnt M. le colonel Bory de Saint-Vincfent a bien voulu enrichir ce volume de notre Itinéraire^, Les productions de ces montagnes sont peu connues^ je ne les ai vues qu'en passant 5 je ne puis en donner qu'une indication succincte.
Il y a des mines de cuivre près d'Escaray et près du vieux Colroénar; celle-ci, qui est au pied de la montagne de Guadarrama, est de cuivre violet.
, * Dans le vo^ume de statistique qui traite des Canaux et de la Nai^igation intérieure. •
VIEILLE-CASTILLE. Sttg
Le territoire du vieux Colméiiar contient une mine de jayet et beaucoup de pyrites martiales. On trouve également du jayet en abondance prè§ des sources du Manzanarez.
La montagne d'Araudillo, qui fait partie des montagne de Burgos, à une lieue nord de Reynosa*, est presque toute déroche calcaire^ elle est empreinte, dans son milieu, de grandes cornes d'ammon et de cette espèce de coquillages qui sont connus yulgairement sous le qom de SainfrJacques , et appartiennent au^enre Peigne : on les trouve dans Fintérieur même de la roche.
Un filon de quartz sort de terre dans la direction ûvt sud au nord par Pespace de deikii-lieue , au lieu dit la Mata, à quelques pas du magasin à poudre^ et peu de distance du château de la Granja. Ce filon est en partie^ à moitié tratisparent , et presque aussi fin que le cristal de roche ; il forme comme une couche de quatre pouces de largeur entre deux couches d'un autre quartz plus obscinr 5 quelques morceaux sont couverts de cristaux de roche très-blancs et réguliers.
Un autre filon de quartz un peu ferrugineux, mais serré et réguUer, s'aperçoit dans une vallée profonde, à deux lieues de Guadarrama, en face de Saint-Ildefonse 5 il coupe , d^uii cdté à l'autre , la montagne , qui est de granit j on y distingue facilement des grains d'or 5 le quartz est détaché du rocher. Cette mine n'a jamais été exploitée.
On trouve sur ces montagnes plusieurs variétés de marbres :
390 ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNE.
!• Ua marbre ^ris et bleu sav une montagne yoisine de l'ermitage^ du Chrisjo de Caloco , près du chemin qui conduit de la Nouvelle à la Vieilledastille par le Puerto de Gua^arrama, en descendant la montagne de ce nom 5
2T Un marbre noirâtre près de la Chartreuse de Paular, aux environs de Ségoviej il ^t uni , égal, et reçoit un beau poli ;
3, Un marbre noir veiné de blanc, dont une montagne assez élevée est entièrement composée; cette inontagne fait partie des montagnes de Burgos ; elle est à c^té du Pueilo <]u'on passe entre Aspeitia et Yidana;
4. Un autre marbre poir vein^^ de Uanc, sur le mont Arandillo, qui fait pc^tie des mêmes montagnes ' de .Burgos, vers le chemin qui conduit à Beynosa.
On trouve up petit lac fangeux et salé sm* la montagne, à une portpe de fusil de la source de rÈbrej on retire de sop eau, par T^vaporation , sept livres de sel par quintal d'fsau. On n'en fait aucun usage.
La Vieille-Castille repfenpe beaucoup d'eatix mir nérales ; les unes sont froides , les autres thermales*
Qn trouve les eaux minérales froides :
1. A i\rnédo, dans la Bioxa, à deux heues de Calahorr^, à neuf d Alf^co; la source est hors des murs de la ville : elle est peu abondante;
2. Près d'Arrabalde, village de la terre de Campes, à trois heues de Bènavente;
3. A côté de Manganèses, village du territoire du Penon , à trois quarts de heue de Bènavente , dans la même teri'e de Campos;
VlfelLLE-CAStJLLË. Sgl
4. Dans un pré voisin de Villanueya de Azongue, village de la même terre de Gampos , à demi-lieue de£ènavente; ^ .
5. Â Canajales, près de Benavente y dans la même teixe de Gampos : la source porte le nom de la Barnosa;
6. A Boadilla de Rioséco , à ime lieue de ViUalon, dans la province de Valladolid ; la source est à demilieue du village, dans une espèce de puits;
7* A Briviesca, ville du canton de la Buréna, à environ six lieues de Burgos, sur la grande route de Bayonne; les eaux minérales sont dans deux lacs très-profonds, en forme de puits y d'environ cinquante pas de tour; ils sont dans une petite vallée près de cette ^Ue ; on appelle ces lacs FuerUe de Boecio , Imagos de San^f^icente, Lagoa de Santa" Casilda; on donne à l'un le nom de Po^s^a Blanco^ k l'autre celui de Pozo Negro.
On trouve les eaux minérales thermales ,
1. A Gravanos, à deux lieues d'Arnédillo, dans la Rioxa ; elle n*est epiployée qu'en boisson;
2. A Arnédillo, ville de la Rioxa, à six lieues de Galahorra et de Logrono;'la source sourd dans un grand bassin à un quart de lieue de cette ville, au pied de la montagne d'Encinéta ; elle est assez abondante. L'eau est conduite dans des baignoires pratiquées dans une maison qui est bâtie à côté ; on l'emploie en boisson, en bains et en étuve; on prétend qu'elle est gaseuse ;
5. A Bamba, village à une lieue de Pénaflor , deux de Simancas, trois de Valladolid ; la source, appelée
^^ ITINÉRAIRE DE i/ëSPAGNE*.
Foncalda, est dms un Tanoui à cent cinquante pas du Yilkge ; elle parait n'être que de Teau simple.
4. A Barco de Avila , à deux lieues de Piédra- Hita 5 la source,, appelée Hedentina et Hedionda, parait être sulfureuse : elle ne sert qu'en boission;
5. A Lurganez, sur les montagnes de Burgos ^ k source porte le nom de Fuen Santa : elle ne s^t qu'en boisson;
6. A Nayalmorales ^ près du pont de Gongosto : elle n'est employée qu'en boisson j
7. A Bnaois, village près de Béjar , aux confins de la Vieille-Castille et de l'Estrémadure^ la source est considérable, mais médiocrement chaude; elle parait élre hépatique jbri l'emploie en boisson et en bains. Elle était très en usage sous le^ Romains, qui y avaient construit des bains; H n'y reste plus,. pour se baigner , qu'une cuve petite et mal disposée;
8. A Alaraz, village a trois lieues de Bracamonte; la source, appelée Fuente del Regajal^ est à un quart de lieue de ce village, au lieu dit Somoaan^ cho, à o6ié de l'ermitage de Christo de Las Aguas; elle paraît être sulfureuse 5 on s'en sert en boisson et sous Ift forme de bains. Don François Alphonse Es^ tévan j Lécha , médecin à Avila , a écrit sur ses eaux et sur celle de Moflana ; son ouvrage a été publié à Salamanca en 1753;
9» A Torrecilio de Gam&x)s^, à quabre lieues de Logrofio; la source a le nom de Fuenie de Riba les Banoa»
Les montagnes élevées de la Vieille-Castille c<mtiennent une certaine diversité d'animaux ; op trouve surtout des ours sur celles d'Occa et de Reynosa.
VIEfLLE-GA^TILLE SqS
M. le colonel Boiy de Saint-Vincent a tu des linx dans ceUe d'Ariba. Les rivières ont également une Tariélé de poissons, des truites , des barbeaux , des anguilles ; on vante surtout ceux de la rivière de Tormès : on y pècbe des truites du poids de six, de i:i huit, de doiize , même de dix -huit livres.
État des sciences et des arts, La Yieille-^âastille n'a , pour ainsi dire , aucun établissement propre à favoi*iser 1^ progrès des sciences. E3Ie a bien quelques collèges destinés à Péducation de la jeunesse ; mais instruction y est bornée aux élémens de la lan« gue latine. EUe a quelques écoles de philosophie et de théologie dans quelques couvons ; mais ces écoles sont bc»mées aux religieux de difiFérens ordres ; si dUes reçoivent quelquefois des externes, c'est une grâce particulièi*e| elles ont même les défauts que j'ai attribués déjà tant de fois aux écoles monastiques die l'Espagne. Elle a encore trois universités, à Valladolid , à Âvila et à Osma ^ mais ces trois compagnies conservent encore leur forme antique^ elles ne réunissent aucun établissement particulier, af^liqué aux sciences \ elles n'ont d'utile e€ d'intéressant que les modique émolumens qu'elles- rendent à let^s professeurs. Cette j^ovince a aujourdl^ui deux écoles particulières ; l'une de mathéiliatiques à Valladolid; Pautre où l'on enseigne le dessin , la physique , qu^ ques parties de la chimie, les mathématiques et les fortifications : celle-ci est à Ségovie; l'une etFartrtre sont d'institution moderne; la première: est encore dans son en&nce j la dernière ne reçoit que les.étèves^ de l'artiH^ie.
394 ITINÉRAIRE DE l'bSPAGNE.
Les beaux-arts n'ont pas mieux été traités que les sciences dans la Yieille-Castille; ils n'ont jamais eu aucun établissement propre à les propager ; on y a établi depuis peu de temps une école de dessin et une école des beaux-arts; la première est à Yalladolidy la dernik*e à Burgos : on doit l'une et l'autre aux coips Vie commerce de ces deux yilles , qui en font les frais.
La Yieille-Gistille a fourni cependant aux sciences et aux lettres quelques personnages qui s'y âont distingués. Elle avait déjà donné à Rome le poëte Aurélius Prudentius , et le rhéteur Marcûs Fabius Quintilianus , l'un et l'autre de Galahorra. Elle produisit , dans le xyi^sièclcr, les deux fameux théologiens Dominique Soto et François de Ribéra y dont il a été parlé daus la description de Ségoyie, leur patrie ; le sarant médecin Louis Mercado et le polygraphe Ferdinand NuneZy plus connu sous le nom de Pindanu8j l'un et l'autre de Yalladolid.
Quelques artiste^, nés dans la YieiUe-Gastille, sont cenj^ qui ont fait le plus d'honneur à leur patrie. Le XYi* siècle produisit un Âlfonse Berruguete, né à Parèdes de Mata^ près de Yalladolid , et Jean Fernandez Natarette, de Logrofio. Le premier fut à la fois peintre, arciditecte et sculpteur ; il mérita d'être appelé le prince des sculpteurs espagnols : il mourut, comblé d'honneurs, en i56i; le dernier fîit également célèbre dans la peinture : le nom de el Mudo ou le Muet, sous leqi^ il était connu ^ suffit pour annoncer son mérite : il moprut en 1576. Quatre autres peintres célèbres Honorèrenf le ^vtfsiède:
VIEILLE-GASTILLE. SqS
Diego de Leyya, de Hoiro, dans la Rioxa^ mort en 1767 ) a laissé d'assez bons tableaux^ Philippe Gil de Méua , de Yalladolid , excella dans les portraits : il mourut en 1674; Antoine Péréda, de Yalladolid, mort en 1669 , traita ayec succès des sujets pieux; il se liyra aussi à l'histoire , et laissa des tableaux relatifs à l'histoire d'Espagne; Mathieu Zérézo, de Burgos , élève de Jean GaiTéno, et mort vers 1675 , excella surtout dans le coloris.
Caractère, mœurs , usage», coutumes, cosium.es et langue. « Les vieux Castillans , » dit un écrivain , « sont silendeuj^ et tristes; ils portent , sm* leurs vi- » sage^^rembrunisy l'image de l'ennui et de la pau- )> vi*eté« » Ds parlent peu en e£Fet , sont sérieux , tristes, réservés, fiers , et Téfléchissent beaucoup. Ds sont lents dans tout ce qu'ils font , et peut-être les plus lents de toute l'Espagne; mais ils sont simples dans leurs mceiurs , ingénus dans leurs actions , vrais dans leurs procédés , sans manège, sfins détour, sans duplicité. La probité fait leur partage ; ils sont obligeans, et le sont avec noblesse et sans affectation : on peut les appeler les bonnes gens de l'Espagne. Us pe sont point riches ; leur province est une des plus pauvres de la monarchie espagnole; le peu de moyens qu'ils entrevoient pour sortir de leur misère , le peu de ressources qu'ils peuvent se procurer, les découragent et les retiennent dans l'indolente apathie qu'on leur reproche.
En général , ils sont peu communicati& , vivent presque seuls , se fréquentent peu entre eux , et voient encore moins les étrangers. Leurs pkisirs sf^
ressentent de la teinte de leur cai'a^lère ; ils sont peu variés 9 toujoui^ sujets à une étiquette impérieuse, gênante, monotone, compasisée ; ils ne s^y livrent qu'avec lentAir , avec tristesse et avec circonspection.
11 y a cependant quelques nuances diCKrentes dans leur caractère. Les habitans de la vallée de Mena, dans la province de Burgos , se ci'oient descendus des anciens Gantabres : ils en ont retenu le courage et la vigueur. Le caractère et la manière de vivre des habitans des montagnes de Burgos approchent beaucoup de ceux des Biscaïens. ^ •
Les costumes de la yieiDe-Casiille sont à ptu près les mêmes que ceux du reste de l'Espagne, et surtout ceux de la Nouvelle-Castille ; on y a suivi les mode&et les variations des autres provinces. Les peuples des campagnes , principalement ceux qui habi-» tent les montagnes , ont le plus conservé leur ancienne manière de se vêtir. Dans les viHages qui avdisinent la Biscaye, les feiçimes conservent encore Phabit qu'elles portaient dans les xv* et XVi' siècles: c'est une robe ordinairement brune , juste au collet et aux poignets, à manches tailladées en quelques endroits depuis les épaules jusqu'atix coudes , maintenue paîr une large ceinture |>ouclée autour dir corps; elles tressent leurs cheveux et les laissent pendre par derrière, et se couvrent la têtfeavecun feutre noir, qu'elles appellent montera.
La langue castillanne est la seule qu?on parle dans la Vieille -Castille; elle y est pure, sans mélange d'aucun idiome particuKer, à l'exception des lieux