EXCURSION AUX ENVIRONS DE BUR
La chartreuse de Miraflores est à une demîlieue au sud^st de Burgos, Son église et son cloître furent bâtis dans le xv* siècle. Trois architectes présidèrent successivement à leur construction : Jean de Cologne, Terdinand Mutienzo et Simon de Cologne , fils de Jean.
Le sanctuaire de cette église renferme deux magnifiques mausolées exécutés sur les plans de Farchitecte Gil, père de Siloë; l'un, c|ù côté de Tépître , renferme les cendres du roi Jean 11; l'autre, du côté de l'évangile, celles de Finfant don Jean , fils de ce monarque. Le premier forme un grand corps octogone sur lequel un lit supporte la statue du roi Jean , la couronne en tête et le sceptre à la main , et celle de la reine , son épouse , ayant aussi la couronne en tête et un livre, à la main ; ce lit est entouré par treize petites statues , dont quatre sont celles des quatre évangélistes ; les statues de plusieurs^ saints ^ sei^e figures allégoriques de
lil^'l ITINÉEAiaE DE l'eçE^^NE.
vertus 1^ et beaucoup d'orAemens de ditfiérens genres sont placés eu diverses parties du mau^ soléet L'autre porte la statue de rinfaut à ge* udux , en attitude d'oraisou ; les figures et les eruemehs y sont également distribués en grand nombre. On a étalé beaucoup de magnificence et de délicatesse dans rexéctitîôn de ces deux mausolées ; mais les ôrtaemens y sont trop multipliés 5 et le détail en devient fatigant.
L'église ^ la sacristie et la salle capilatoire renferment plusieurs beaux tableaux de Diego
deLeyo^v
Ep sortant de Bu^gos y on retrouve, la rivière d'Arlân^son , qu'on ne perd presque plus de. vue jusqu'à Villadrigo. On parcourt un ter* rain cultivé en blé ; on passe successivement ^ux villages de Quintanillas , deJBurriel^ d'Estepar et de Célada : celui-ci est à qu^tpre lieues de ce^te ville. Dans ce trajet , qusaperçoit , sur les cotés ^ plusieurs autres villages disU^bués dans )es terres k des distances plus ou moins éloignées. On trouve ensuite le village de Villazopeque , celui de Villadrigo et la venta del Moral : cette auberge est au confluent des ri^ vières d'Arlanza.et d'Arlanzon. On franchit deu^ coteaux escarpés^ dont le Pia^uçrga b^li*" gne les pieds ; on trouve Quintana de Ja Puente , petite ville située sur cette rivière ^ qu'on y passe sur un b^a^ pon|<de pierr-e de
VielLLE-GASTlLLE. 34«^
dîx-4imt ardies , dV)i]i elle a pris son nom. On arrive eftfin à Tort^équémada , pçtitç Tille qui eet à fanit lienes de Cëlada , où Ton refiasse le Pizuerga sur un pont de vîngt-six arches. L'égfise l>airoi^siàlè de cette ville est à trots nefs , dans le genre gothique et d'une assë^ belle exécution.
Presque toute cette route est dans une plaine absolument nue y où Ton ne voit ni arbres ,iii arbrisseaux , ni arbustes un peu giros; on y est réduit à brûler, dans les fours et dans leâ cuisines, des sarmens, de la paille , du fiimiér desséché et quelques plantes sous-frUti** queuses qu'on trouve dkns lés champs; les foyers -des cuisinés sont des espèces d^étuve? placées au milieu de la pièce, sans tuyaux, quelquefois sans ouvertures : on les appeHe giùiias ; on s*y chauffe sur des bancs qui sont placés autour. On passe dans ce trajet à Maga^, village, après lequel le Carrion se réunit à TArknzon.
On parcourt encore cette plaine , et on arrive au pie^ d'un coteau calcaire. On voit , à la gauche , San-Isidro , grand monastère de bénédictins; on monte et on arrive à Duénas, village triste et sale , situé agréablement aubasf du coteau : son territoire a beaucoup de vignes; on y garde le vin dans des celliers ou dés caves , qui sont des espèces dé grottes creusées
344 ITINÉRAIRE 0B l'bSPAOME.
dans le sol ; les bords des rivières sont couverts de prairies. On crpit que Duéâas est l'Ëldana que Ptôlémée place chez les VoLoéens dans r£spiigqe Tarraconaise.
On descend; on entre bientôt dans une plaine qui devient pierreuse et mêlée de sable ; on la suit pendant quatre lieues; on passe alors à Gâbezon ^ village entouré de vignes qui donnent un vin rouge fort léger. De\ix heures après , on arrive à Yalladolid en suivant la même plaine ^ qui est presque partout mal cultivée , quand elle n'est pas totalement inculte : on parvient à la ville par une belle avenue d^une demi-lieue, qui pourrait servir de promenade»
Vallaixojlid , en latin FcUlisoletiwi y est la ;9econde ville de la Vieille-Gastille. Elle appartient, pour le gouvernement civil, au royaume de Léon ; mais son histoire, ses monumens, ses productions l'attachent à la Castille , dans laquelle nous avons cru devoir la comprendre. Lé roi Philippe ii , qui y avait pris naissance , y transporta quelquefois le siège de sa cour. Elle est située sur la rivière d'Esguèva qui la traverse , sur celle de Pizuerga qui baigne ses murailles, dans une grande plaine , environnée de collines , en partie cs^caires , en partie gyps^uses , aplaties par leur sommet en plateaux plus ou moins étendus.
Peu de villes en Espagne sont mieux situées
VIEILLE-^GASTILLE. 345
et mieux bâties que Valladolid ; elle est célèbre dans les annales espagnoles par la n^ultitude d^é- Ténemens qui sç sont passés dans ses murs. £n^ tourée de campagnes agréables et fertiles , arrosée par les rivières de Pizuerga^ d'Esguèya, et surtout aux imméditations du Douro , elle est le centre du commerce intérieur de la Castille^ du royaume de liéon et du Portugal. Il ne paraît pas qu'elle ait été construite du temps des Romains ; cependant quelques historiens présument qu^elie a remplacé l'ancienqe Pincia , dont parle Ptolémée. A tfois quarts de lieue de Yalladolid, la rivière d'Esguèva se partage en deux bras, dont l'un traverse la ville. Au printemps il s'élève , sur cette rivière trouble et fangeuse ^ des vapeurs fétides qui produisent des fièvres. Sur les deux bords des rivières de Pi^cuerga et Esguèva , se prolongent des chaf nés de collines peu élevées, de terre xmolle et argileuse, quoique propre à toutes sortes de plantations ; c^s collines sont à peu près dépouillées de verdure ; autrefois le plateau était couronné de pins , de chênes et d'autres arbres de haute futaie ; mais aujourd'hui il n'y croit qu'un peu de mauvais blé.
Un des prétextes qui déterminèrent Phi-^ lippe iip à transférer sa cour de YalladoUd à Madrid ,, ce fut la rareté du bois causée pài;^ \e dépouillement des collines du plateau.
Qigitized
346 ITlNÉRAlRlf; D£ L^£SI»AGNE.
Le terrain des enyirons pa^e pour peu fertile , à cause de sa qualité $ablônneu«é ; où y voit cependant prospérer des arbres ; et les essais que Ton y a faits de la culture des oliviers y ont bien réussi. Les jardins des Dominicains et des Carmélites fournissent la preuve que cette vallée , en apparence stérile , pourrait se cwvertir, pour peu qu'elle fôt bien cultivée, en un verger rempli de mûriers^V^^^'^'^i^^^ et.de totftte sorte d'arbres fruitiers. Encôur^éepar ce succès ) la société d'économie a fait faire des plantations d'utilité et d'agrément . Sur une es-^ plaaade au bord de la Pizuerga, on a planté ntté promenade charmante de quatre allées , et une atitre sur un dieinin entre la porte dt ^nte* Clair et des Carmélites d'Ochaus.
L'intérieur de Valladolîd n'annonce ]pas cette richesse et cette magnificence que l'on s'attend à voir dans l'ancienne résidence des maîtres de deux mondes; car cette tiUe a été autrefols, comme on sait, le séjour de la cour d'Espagne. Il y eut sur une de ses places un aAto-^a4ié solennel célébré en présence du rm don Philippe ii. La curiosité sera sans doute satisfaite de trouver ici la des^eriptioii de cette hoirrible cérémonie.
Le 7 octobre de l'an xSbg. , on fi* une procession qui ftit ouverte par la communauté des mpines de SaintrDominique , précédélTd'un
VIEILLE«CASTILLfi. 34?
éleodaiHJl ou dhioe bannière blanche ; ils étaient suivis^ des commissaires, protoootaires e% familier de l'inquisitijon; On portait derrière ceuxrci une bannière d^ dix4iuit pieds de haut et faite en damas de eouleur ; d^un côté était brodée Hmage de «Saint-Dominique avec tous ses attributs ; ou voyait, près du saint la croix de Lorraine, sur la<{uelle se eï^isaient une épée ^ une branche d'olivier , et sur le bord #11 lisait le verset Exsurge, Domine) etc. ;• Tautre côté de, la bannière représentait également en broderies l'image de Saint-Pierre nàar- Xyv et les armes de Castille; derrière cette bannière marchaient les titulaires et employés Siq>érieurs du sainjt-office ^ Fùn d'eux portait la croix de inquisition couverte d'un voile noir; la trqupe fermait la marche; Cette procession se rendit sur la grande place ; on posa la croix de l'inquisition, sur Tautel dressé au milieu ; on aUuma des cierges verts autour de tiette croix ; et quelques religieux dominicains et femiliérs, avec un- détachement de troupes, resterait pour garder l'autel. A minuit, on eommiença à y dire des mesi^s pour la conversion des âmes de ceux^u'on allait supplicier : ces messes sesuoeédèrent fusqu^au le^er du soleH. Le lendemain, 8 octobre, plus de Vingt mille personnes se réunirent dans là grande place. La plupart de$ grands d'Espagne, (les
348 ITINÉâAIRE DE l'bSPAGNE.
autorités ecclésiastiques , civiles et militaires , et le corps diplomatique^ occupaient des tribunes. Entre sept et huit heures du matiiï^ sortit de rhôtel de Tlnquisition la croix de la paroisse couverte d'un crêpe noir et accompagnée de tous les chapelains en surplis. Après eux marchaient , entre les familiers et la troupe , les coupables , dans l'ordre suivant : d^bord, les repentis et pénitens , ayant la tête découverte et un cxtvgp à la main 5 on remarquait parmi céux-*ci une religieuse appelée Francisque de Zuniga^ et Antoine Sanchèse^ qui devaient subir le lendemain la p^ne du fouet ; venaient ensuite les récom^Ués ; revêtus du san-^^enàOy qui est un sac jaupë avec la croix de Saint-André en couleur; ils étaient coiffés de la corosa, ou raître de carton , sur laquelle étaient peintes de petites .croix en couleur. On observjE^it parmi ceuxH^i Isabelle et Catherine de Castille^ condamnées à, la confiscation des biens ^ k une prison perpétuelle et à la peine du saf>benUo. On vit porter ensuite une espèce de châsse^ avec des ossemens et deux figures sur de longs pieux ^ revêtues àviscm^ benito et de U ççro^a, avec cette ^différence des autres^ que sur les mitres de ces figures on avait peint des flammes par^devant et parderrière, et, entre celles-ci , des diables , des fïerpens et des couleuvres, A leur suite mar-
VIBILLJS-GASTILLE. 349
chaient treize relaps qui devaient être brûlés , et qui portaient lesan-^enitoetla corosa, comme les deux figures ; trois d'entre eux seulement, étant prêtres, portaient la soutane. Après tous ceux-ci marchait don Carlos de Sesa , noble Yéronnais , à qui on avait mis un bâillon pour l'empêcher dç parlef». '
C'est ainsi que les accusés fureiit conduits ^ la grande place , où on les posta sur les marches de l'autel ; en sorte que les 7*elaps se tinrent . sur la première , les réconciliés sur les suivantes , et les pénitens au haut des marches près l'autel.
Le crime de la plupart de ces malheureux était d'avoir embrassé le luthéranisme et d'en avoir propagé les doctrines.
Lorsque les coupables furent placés comme on vient de le dire , le tribunal de l'inquisition vint occuper ses sièges , dont l'un , un peu plus élevé , était réservé au grand-inquisiteur; Dès que le roi Philippe ii fut arrivé avec toute sa cour, l'auto-da-fé commença par un sermon que prêcha l'iévéque de Cuenca , sur la pureté de la religion catholique. Le grand inquisiteur, archevêque de Séville, ayant prêché aussi un sermon , fit prêter ensuite au roi le serment de soutenir et dé défendre l'inquisition , et de révéler tout ce qui se dirait ou Se ferait à sa connaissance contre k foi , par des
35o ITINÉRAIAB Bï t'ESFâGNE.
indiTïdtis quelconques ^ de quelque élat ou cQndit;iôii qu'Us pusseiit être. Le roi signa ce serment de sa main; et un protoïK^aire de l'iuquisitiou le lut à haute voix.
Les évéques de Palencia et de Zamora prcj^ cédèrent ensuite à la dégradajtiôn des trois prêtres relaps , qui étaient : Pierre Cazalle , curé de la paroisse de Pédrosa ; Dominique Sanchèse ^ prêtre de Villa-Onédiajïa , et Domir nique de Roxas, religieux dominicain. Après leur avoir £iit subir les formalités canoniques^ on les revêtit du san^benUo et de la corosa;. on leur lut leur sentence en présence du tribut nal ; et , aprèpî en avmr fait autant pour les dix autres coupables relaps , ils furent fous livrés à la justice ordinaire et séctJière , qui les conduisit à un endroit hors de la ville où devait se faire Fejcécution.
Dans ce lieu , on voyait dressé un grand bù-* cher, auprès, duquel ,on avait élevé ^ sur un piédestal de troi^ ^ quatre pieds de haut, une croix blanche qu^avait apportée en procession Saint-Pierre martyr. Lçs treize relaps ^, accompagnés du bourreau et d'un confesseur^ furent conduits au bûcher ; et là on les exhorta, à se repentir, afin d'obtenir d'être étranglés au lieu d'être livrés vivans au feu. Onae d'entre eu^ consentirent effectivement à ^e confesser; et ils mouriirent avant, d'être l^ràlés;
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maïs Jeaa Saïkchèse et dan Carlos de: 3élo furent brûlés Tife pour avoir voulu persister dans leur impénitençe.
Pendant que les condamnés marchaient au supplice , on retournait en procession reporter la croix de l'inquisition dans l'endroit où on Favait prise. Si cette descrijption inspire une ju^te horreur, aux amis de Fhumanité , elle ne manquera pas d'intéresser vivement les partisans du &natisme, et de leur rappeler de bien doux .souvenirs. Revenons à Valladolid.
Administmtion* Elle est le lien où siège, une deà deux chancell^i^ de FEspagnaet où réside l'intendant de la province particulière de Valladolid» Elle * un corre^dbr y un alcade^onajor^ un nombre déterminé de régidors qm ferment le corps muniâpal,; m^ université j un collège pour Finstruction de la j^messe, une académie de géograj^ie^ une école de .mathématiques y une école de dessin et une soeialé patriotique.
Siiuaiion. Étendue^ Les rues de YalladoUd sont très-mal pavées et très-sales* On y^ trbuve beauj^oup de matsoâs en ruines ^ plusieurs ont de boaux fpj:^ tails, des façades assez bien décorées , desi courut ornées de portiques ; mais la plupart ne sont point tér^ minées ou sont |^re9que ruinées,^ Ou y cçmpte beaucefup.de places , dont les deux principales sont le. Gampo^Gmnde, a ui^edes e;xtréinit4s 4^ I^ vi^^9 et la Plasa-Major , au. centre} la pren^ière. est d'une figure iri^égulière ot d'une étendue immeuse^ elle
352 ITINÉRAIRK DE l'eSPAGNE.
renÙBcme treize églises dans son euioeinte et oit {daa* tee d'arbres ; mais les édifices qui rentoiirentsonl d'une irrégularité choquante; la deraière, construite dans le goût de la Plaza-Major de Madrid, est paiement très-grande et entourée de trois rangs de bal-^, cons y où J'on prétend que vingt mille personnes peuyent être assises à leur aise ; elle est ornée de portiques spacieux soutenus par plus de quatre cents grosses colonnes , chacuue d'une seule pièce et par un nombre égal de pilastres : on a étafê ici la phis grande magnificence, mais on n'y a mis ni goût, ni élégance. Non loin de cette place est un lieu appelé TOchapo ; c'est une espèce d'étoile ou de place octogone , «dans laquelle six grandes rues s'ouvrent à des distances régulières.
Ponts. Cette yille a quatorze ponts de pierre sur le bras de l'Esguèva qui la trayerse ; ils servent à la conununication des rues. Elle a un grand pont de dix arcades sur la Pisuerga, qui est plus solide que beau; il était étroit : on l'a élargi en y ajoutant im autre pont.
Portes. Yalladolid s'ouvre par six portes ; celle des Carmes^ qui est une4es principales, est moderne, maÎB elle n'a rien de remarquable; elle est couronnée par une balustrade et par une statue du roi Charles m, qui parait être déplacée dans cet endroit.
Promenades. Il existe plusieurs promenades , une dans la ville et deux au'^dehors. La première, appelée Prado de la Magdaléia, est sar un braâ de l'Esguèva et plantée d'arbres , mais d'une manière irrégulière; les autres distinguées par les noms de Es--
ViBILLE-CASTILLE, 353
polejo Fîéjb et Eq^oleta Ni^Ptr, $ont snr i^ boH» A* Piraerga, et yoisiiies Fiai© de l'antre 5 elles sont ornées de sièges ^ niais s&ng arbres : c'est le lieu de k promenade ordinairle des earposses. On a commencé à construire de noilyélles prcmienades autom* de la vtUe : elles ne sont point terminées^
Cfe/jTP. Cette ville à nn nombreux clergé, pluwera^ hépitaux et un grand nombre de confréries.
Éd^ces publiée. ValladoM a quelques églises <mi Ton trouve d'assez beaux momunens^ des arts.
L'élise de las Angustias contient une statue de la Sainte-Vierge-des-Douleurs , et une Sainte- Vierge avec Jésus^Christ mort dans ses bras, par Hernandez.
Le monastère de San-Benîto a un beau cloître entouré d'un double rang de portiques , l'un sur l'autre , cnmés^de colonnes accouplées, doriques au cloître iitférieur, ioniques au supérieur. Le mattre-autel est ce qu'il y a de plus remarquaUe cjbns Féglise; il est rempli d'ornemens de caprice très-déliés : ils sont d'Âlfonse BWrubuete.
L'^Use des Carmes-Déchausséè a une statue de Notre-Dame-du-Mont-Carmel , dont l'exécution est très-bdle : elle est de Hernandez.
La cathédrale , construite aux frais du roi Philippe n , sur les plans de J^n Herréra , est restée imparfaite après la m<Mrt de ce souverain. Elle devait avoir 4oo pieds de longuem» et !i4o de largeur t eOe n'ùrt qu'à moitié bâtie. Sa façade principale, qui a &o pieds d'élévation jusqu^à la corniche, et 60 pieds ail-dessus, a un portail orné de quatre colonnes doriques aècouplées j elle est accostée d'un beau clochei' '• 23
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en forme de tùur^ qui s'élère à la hauteur de cette façade^ ou il se termine par des obélisques lances en Tair à la hauteur de 60 pieds.
L'église de Saint-Paul y qui appartient aux Dominicains, a une &çade dans le genre gothique, ornée d'une quantité prodigieuse de figures de diverses grandeurs et remplie d^omemens de caprice de di£Eerentes espèces. En entrant dans Féglise , on trou?e un Christ mort, en sculpture, dé l'expression la plus touchante^ il est de Grégoire Herncuidez. Le sanctuaire renferme un mausolée en m^arbre et en bronze, d'une bonne architecture et d'une belle exécution; les statues en bronze de François de Sandoyal, duc de Lerma, et de la duchesse, son çpouse , y sont à genoux s il est de P<»npée dé Léom. On Voit ^ sur le mur de ce même sanctuaire, ime Apparition de Jésus-Christ à une religieuse de l'ordi*e de Saint- Dominique, de LazÀre Baldi. Le mattre- autel. est d'une bonne ardbitecture , de Jean de Heiréra^ il est orné de quelques beaux tableaux : d'une Naissance de Jésus-rChrist, d'une Adoration. des Mages, d'un Jésus-Christ qui appelle ses disdples, d'une Chute de saint Paul : ils sont dé.Barthélemi Cardenas. On trouve à côXé de cette. église un cloîti-e remph de peintures failes par Cardenas^ et qui a dans un angle un beau tableau de la Sainte-Viergerdu-Rosaire et de Saint-Dominique, de Vincent Carducho. La cbc^Ue du coUége de Saint-Grégoire, qui y est attenante, renferme le mausolée ett marbre d'AUbiise de Burgos, comte de Pernia et évêque de Palencia^.il est d'Âlfonse BéiTuguete.
VIËILLE-CASTtLLE. ^&5
Le clotirç dont nous venons de parler n^appartient pas au couvent de Saint-Faul, mais au collée qui s'y trouve adjoint^ et qui est également la propriété des dominicains. Ce collège^ fondé par don Âlonzo de Burgos ^ évéqi;iô de Palencia , vers la fin du XV^ siècle i est remarquable par difiérens détails curieux d'architecture. Sa façade représente i^bois dont les branches, eu se courbant , forment la voûte de là porte d'entrée, aux deux c4tés de laquelle paraissent deux sauvages couverts d'une peau sembla^ ble à celle des brebis. Chacune de ces figures a pour ceinture des feuilles de ces mêmes arbres qui composent ]a foi^èl, et tient un écusspn. L'imposte de la porte est composé d'une seule pierre de granit de i4 pieds de large , 3 de haut, et près de a d'épaisseur, couverte d'ornemens. Au-dessus de cette porte entourée d'arbres^ on voit un second cçmpartiment d'où sort un grenadier dont les branches et les feuilles s'étendent des deux côtés, et font allusion, ainsi qu'on le prétend, à la conquête de Grenade, qui eut lieu dans ce temps pso* les rois catholiques , Ferdinand et Isabelle , protecteurs du fondateur de l'église.
Lé cloître du collège ne le cède en rien à la richesse de la façade*, il est même d'un goût plus pur. On admire surtout la bordure du toit, composée d'une suite de palmettes et acrotères séparés par des couronnes et faisant un bel effet. On né saurait trop recommander cet usage, à peu près perdu 4aujourd'hui, de dissimuler la pente du toit par un ornement quelconque qui l'éloigné de la rue, et se raccorde avec le reste .des constructions , ainsi qu'on
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peut le voir âansJa fitçade du LouYre> conatruitè par Franç<Msi*'.
Ce cloiire et celte façade ne sont pas les seuls bb« jets d'art importais dans ce collège ; il en est uii> plusr parfait que tout ce que renferme peut^^étre Vallado*- Itd I c'est lé tombeau du fondateur de cet édifice qui se troQTe placé au milieu du choeur. Ce monument de marbre blanc est aussi remarquable ^par la beauté de la matière que pal* la pureté du dessin^ laivérité de Fe3q)ression ei le fini de l'exécution. Le pi^ lat y est représ^ité couché ar^c les omemens pontificaïuc y les moins couvertes dé gants et tenant un lîvre^ la base du tombeau est ornée de plusieurs bas-reliefiei d'un travail excellent > séparés par des en<^ &ns triant des guiriandes de fleurs. La figure du prélat est d'une- grande ressemblance et d^n caractère plein de vérité et de naturel;
On ne connaît pas l'auteur de ce" précieux monu* ment; mais on sait qu^il^ fut fait antérieurement à F^nixée iS/i, par un écrit d'un autre sculpteur, Estban Jordan, qui, dan^ un marché conclu pour faire un maître-autel à l'église dé la Magddaine^ cite^6nxomparaison , le tombeau de Févéque dans la chapelle de Saiut-Gi^goire. L'opinion générale^ à VaUadolid , efit que ce .bel ouvrage est dû aux ciseaux d'Alonze Berrugvete, le Michel-Ange de l'Espagne, né près de YaUadoIid , où il a laissé plusieurs gmnde^ compositions ; mais il faudrait, pour qu'il en fût ain^i^ que fierreguete ait beaucoup changé son style, ainsi que le remarque fort bien M» Bosacte dans don voyage» ^
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Letombeam dans là ohapdle ûib Saint-Grégoire est iioble et simple^ et supérieur à tout ce qu'un conna^ deBerreguete, qui^ en général, diargeaît de trop d^omemens ses compositions. L| monument dont nous parlons est conservé ayeç beaucoup de soin ^ recourert d'un drap pour le garantir delà poussîèffe.
Commerce. ValladoKd fut autrefoi3Uùe "Ville opulente; elle avait des manufactures, un cpmmeâ^ce, des imprimeries dès le milieu du XVI* àiède : elle était alors très-peuplée K Elk est beaucoup déditie de son ancienne s[dendwr : sa population est x^éduite aujourd'hui à quatre mille fiimilles du environ vingt mille Ames : elle est peu proportionnée à- son étendue. Cette ville n'a plus qu'un commerce passif , par conséquent onéreux ; elle i^a d'autres manufiM^tnres que quelques métiers d'étamiûes et de bon* racans ; elle pourrait se vivifier , si l'on terminait le canal de Gampos.
Hommes célèbres. Vallâdolid fut la patrie des rois Henri iv, Philippe u, Philippe jn et Philippe iv , de Louis Mercado , de Ferdinand Nunez , dit Pinçianus, d'Antoine Péréda et de Philippe Gil de Mena. Mercado fut un fameux médecin du xvi* siècle ; mort en iSgSy à l'âgé de cinquante-trois ^ns ; il a beaucoup écrit; le recueil de ses oeuvres fut publié à Francfort en i654, en cinq volumes in-folio. Pinçianus était tm savant du même siècle , mort y en 1 555 , à l'âge de plus de quatre-vingts ans ; il fut surtout profond dans
' Elle mit, en i5i6, trente mille hommes sous les armes,pour s^poser a quelques projets du gouvernement.
3bS itinéhaire de l'espagne.
le grec; il donna des commentaires sur Pline , sur Sénèque et syr Pomponins Mêla ; il fut nn dés principaux toopérateurs de la polyglotte du cardinal Ximenez. Les deu:^ derniers furent deux peintres célèbres du siècle dernier ; Péféda traita des ^ujeta de piété et des sujets relatif à l'histoire de l'Espagne : il mourut en 1669; Mena, élèyede Yander-Hamen , excella surtout dans les portraits: il mourut en 1 674.
Climat jf production. On dit le climat de Valladolid très-«ain ; cependant cette yille est sujette aux bi^ouiUards; ils proviennent du voisinage de Duéro , qui n'est pas éloigné de l'Eresma, qui en baigne les murs, et de PEsgueva^ dont im bras la traverse, et dont le cours est très^lent et le lit rempli d'immondices. Le territoire de cette viUe produit beaucoup de vin d'une bonne qualité; on y a multiplié deptds quelque temps les plantations de mûriers.
EXCURSIONS AUX ENVIRONS DE VAI4<AD0LID« COIJVEirT DB LA COVCEPTION DB FUEH-SAIDAITÀ.
C'est un couvent de religieuses franciscaines, sous le titre de la G>nception. U est situé dans le village de Fuen-rSaldana, à une lieue nord de Valladolid. Le maitre^autel et les deux autels collatéraux de son église sont ornés de bonnes peintures; l'autel collatéral , du côté de l'évangile, a un Saii^t-François stigmatisé; celui du côté de l'épître a un Saxnt-Anloine soulevé dans les airs : il est d'une expression trèsdouce. Le tableau du moitre-autel est une Sainte- Vierge entourée de groupes d'anges ; les figures y
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sont d'une grandeur au-dessus de la naturelle; on j trouve une fraîcheur, dans les couleurs, une variété dans le coloris , une abondance dans l'invention , une beauté dans l'ensemble , qui rendent ce morceau précieux : ces trois tableaux sont de Rubens.
coxjytTxr db j|iu)iriMiTE5.
Ce couvent est situé à demi-lieue sud de Valladolid , près des rives de Pizuerga : on y va par un chemin assez ordinaire y avant d'y arriver, on passe le Pizuerga sur yn beau pont de 5x7 pieds de long, ouvert par 8 arcs. L'église de ce monastère n'a rien de remarquable 5 mais sa sacristie renferme un trèsbel autel, précieux par la beauté des peintures et des sculptures dont il est orné. Le cloître mérite d'être vu ^ il est carré 5 il a , tout autour, deux rangs de portiques ou galeries , l'un sur l'autre, qui s'ouvrent en dehors par cinq ar<^ bien élancés à chaque rang et sur chaque face ; ces arcs sont soutenus par des pilastres de l'ordre dorique au premier corps , de l'or^ dre corinthien au second; l'architecture est de Hecréra : ce cloître est orné, tout autour, de peintures de Barthélemi Vicente.
Au sortir de Valladolid, on traverse un grand bois de pins ^ pai* un chemin pratiqué sur un terrain sablonpeux qui conduit à Puente-'Duéro , village après lequel on passe le Duéro sur un gr^tnd pont de pierre construit avec solidité. On trouve ensuite le village de Valdestillas ; on passe la petite, rivière d'Âdaja , pour arJT Wer h Ifornillos, village à cinq lieues ^e
iGo ITINÉRAIRE OE <l/%0FAGNË.
VatladoKd, après lequel on passe 4e «ouveau TAdaja sur tlêttx ponts. Les bords de cette rivière présentent des rideaux verdoyans assez ^réàbles ; ils sont couverts d'arbres ; les campagnes voisines sont bien cultivées. '
On trayerse un terrain où l'on aperçoit partout une culture assez soignée. On passe à 01médo, petite ville sur une éminence au miKeu d'une plaine immense. Elle fut autrefois ceinte de murailles , dont on voit encore beaucoup de restes ; elle a sept églises paroissiales et sept couvent de moines et de religieuses. Cette ville avait autrefois une population assez considé^ rable ; réduite aujour|i'|àui à deux mille babitans^ elle est gouvernée par un corrégidor. Son industrie consiste en quelques briqueteries.
On passe succe5sivemei;it aux villages 4' Aiméndra ^ de Montejo ^ de Rapariégos et de Montûenga; on arrivé à Malrtin-Munoz,'][>atrie du t^ardinal Diego d'Sspinosa ^ qui fut en grande faveur sous le roi Philippe ii , et président du conseil de Castille. On voit son mausolée daps Féglise paroissiale ; il est de marbre mélangé; la sculpture en est bonne ; les sujets en sont bien disposés, et rensemble en est beau.
On trouve ensuite le village d'Âdanéro, après lequel on traverse un bois de pins. Ou parcourt une plaine pierreuse , inculte , dél^efte^ dont les extréoai^s sont cultivéeis et scr
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mées en froment, en orge et en sei^e; la ri^ ▼ière d'Almarza en arrose nne partie; on en aperçoit de loin les bords qui sont plantés d'arbres.
On passe à San-Chidrian et à Labàjos , villages situés dans «ne plaine déjà plus élevée vet^ les racines dès monts Coi^tano-Vetto^ niques, et qui, devenant d'un meilleur foùd , est mieux cultivée : elle n'est plus pierreuse ; la terre en est fine et noirâtre. On traverse l'Almarza sur un beau pont de pierre construit (^puis peu de temps sous la direction de Marc de Vierna : les bords de cette rivière sont couverts d*ormeaux et de peupliers; et les campagnes ^'on parcourt produisent ^beaucoup dforge^ de seigle et de fiH)ment. On s'élève alors sur une plaine encore plus haute jusqu'à VilUca^n, qm est à cinq lieues de Martîh- Munoz. L'église paroissiale de ce village est à trois nefs et dans le genre gothique; la façade est ornée de^deux bonnes statues de l'Annonciation et de Saint-Sébastien, On passe bientôt après au village d'Êspinar, après lequel on trouve un petit bassin dans Tanse des montagnes du Guadarrama ^ appelé las Navas de San" Antonio; on la traverse pendant près d'une lieue. Tout ce terrain est triste , sauvage , et "cohime abandonné à lui-même.
On s-àpprocke de j^Ius en plus de la montagne de la Ouadarrama qui sépare les deux
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Çastilles. C'était un passage escarpé , difficile , dangereux ; on ne le franchissait qu'avec beaucoup de peine. Ferdinand y i y a fait construire un chemin de la plus grande beauté , qui , commençant dès le village d'Ëspinar, conduit avec facilité et sans danger au sommet de la montagne , pour descendre ne la même manière du côté opposé.
Lorsqu'on est parvenu au pied de la montagne , on trouve la venta de San-Rapbael , auberge construite avec loin aux frais de la commune d*£spinar : elle est assez bien distribuée et on y est coipmodément ; près de cette venta est l'embranchement de la route de Ségovie.
On monte ; on parvient au col appelé Puerto de Guadarrama. On y trouve un monument érigé en l'honneur de Ferdinand vi : c'est un lion de marbre , porté sur une colonne , avec rinscriptioQ suivante :
FERDINANDVS VL
PATER PATRIAE
VIAM UTRIQUE CASTELLAE
SVPERATIS MONTIBUS
FÉaT