SUR LE ROYAUME D^RAGON
L' Aragon est uiie des plus grandes provinces de l'Espagne , mais une des moins peuplées , quoique son sol soit fertile et son climat tempéré. Son étendue est de soizante-six lieues de longueur du nord sài sud, et d'environ qua* rante de largeur de l'est à l'ouest. Il est borné au nord par la plus haute partie du Système Pyrénaïque qui le sépare de la France ; à l'esr, par la^ Catalogne et urfe partie du royaume de Valence ; au sud, par ce même royaume et une* partie de la Castille-Nouvelle ; à l'ouest, par la Navarre, la Nouvelle et la Vieille-Cas tille.
Ce pays contient un archevêché , 6 évêchés , 8 chapitres de collégiale , 29 commanderies des ordres militaires, 1,396 paroisses, 228 mai^ sons religieuses , 2 1 hôpitaux , 2 hospices , *2 universités, 5 collège^ pour la jeunesse, 6 gouvernemens militaires , 12 cités , 289 villes et 688 villages. Ses principales villes sont : Zaragoza, que nous appelons Saragosse , ville
ROYAUME 0'AIIAGOIT. 3gd
archiépiscopale, qui eo est la capitale; Jaca, Barbastro, ttuèsca, Tarazona , Albarrazin , Téruel , villes épiscopales ; Daroca et Calatayud. L'Aragon est arrosé par trois fleuves : le Minares , le Turia ou Guadalaviar^ et l'Èbre , qui est considérable et susceptible d'une /lavigation importante , et par quarante-quatre riviçres. Le pays est très-montueux , entremêlé cependant de plaines fertiles et de vallées ri-* ches en productions de diverses espèces. Les montagnes sont la partie des Fjrrénées , qui s'étend depuis la Catalogne à Test, jusqu^à la Navarre à l'ouest ; il e;i part des rameaux considérables qui se prolongent très en avant dans cette province et dans les provinces voisines; les plus remarquables sont : la Sierra de Molina, celles d'Albarrazin et Cuenca, dont on fera mention en parlant de la Nouvelle-Castille; la Sierra Téruel, située à l'ouest; la sierra de Sobrarbe^-antique bçrceau du premier des gouvernemens représentatifs de la Péninsule ; les m^tagnes de Morata del Conde , entre Almunia et le Frasno ^ maii; la plus fameuse est le Mont^Cayo, une des plus hautes de l'Espagne; elle fait la terreur des lieux voisins à vingt lieues à la ronde , par les orages qui s'y forment : elle est située entre l'Aragon , la Castille et la Navarre* Ces montagnes renferment beaucoup de vallées ; les
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principales sont celles d'Anco^ d'Araiz, d'Écho , de Canfran , de Tine , de Broco , de Bierla, d'Aure, de Gistau, de Venasque, de Gistain, de Puertolas , de Bibile , de Las Vejas del Tajp , de Linarez, etc. Cette dernière est entr^ les montagnes du sud de T Aragon.
Cette province contient le pays des anciens Celtibères , qui renfermait difFérens peuples , tels que les Jacétani , les Lacé tani, les Acitani, les Sédentani , les Sardaonenses , les Uei^ètes. Après avoir passé de la domination des Romains à celle des Goths , en 4?^ ^ ^U^ tomba au pouvoir des Matires ^ en 7 14 ^ -^t fut une des dernières qui s'en trouvèrent délivrées : elle ne leur échappa même que par parti0s et en dififérens temps. Un petit x£^nton, enclavé dans son enceinte, fut le premier où les chrétiens rétablirent leur domination. La conquête s'en fît par des Français, en 806; ils y établirent un comte feudataire des rois.de Navarre, qui étaient également Français , issus de la maison de 'Bigorre : ce coïnté forjiia daiis la suite un petit royaiune particulier. Les rois de Sobrarbe étendirent insensiblement leurç limites , en multipliant leurs conquêtes sur les Maures, et donnèrent alors à leurs états le nom de royaume d'Aragon , qui commença à devenir un peu considérable vers Tan 1067. Il prit enfin l'étendue qu'on lui connaît aujourd'hui.
ROYAUME d'aRAGON. '4^1
Lorsque les Maures furent chassés de Sislr^gossè en 1118, les rois Alphonse i*' et Raymond Bérenger achevèrent de conquérir ce qui leut* restait en Aragon. Leé souverains de c€tte contrée réunirent insensiblepient à leur couronne deux grandes provinces, les plus belles et les» plus riches de l'Espagne : la Catalogne, en 1137, par le mariage de Raymond Bérenger , comte de Barcelone, avec Pétronille , fille et héritière de Ramire, roi d'^Aragon; et le royaume de Valence , par la conquête que le roi Jacques I*' en fit en I238. L'Aragon , s'étant encore enrichi des Boléares, forma alorjsiin royaume considérable; et ses souverains fouiè»rent qu^quefois un rôle parmi les potentats de l'EurQpe. Mais enfin réuni , dans le ?:v'' siècle , a la couronne de Castille, par le•mafri^^ge de son roi Ferdinand-le-Catholique , av^c Isabelle , héritière des royaumes de Castillc^t de Léon, il s'éclipsa, pour ainsi dire, dans la nouvelle étendue de la monarchie espagqôle, dont il ne fut plus qu'une province. . ,
L' Aragon avait donc eu ses rois ;.mais leur autorité se trouvait constitutionnellement bornée par les membres des états du, pays. Les rois ne pouvaient ni ^ire ni changer les lois sans le concours desdits états ; et ils étaient lïicme comme subordonnés à l'autorité d'un grand juge national, dont la puissance domina sou- I. 26
vent celle du prince , et le fit quelquefois trembler pour sa couronne. Le royaume avait des lois ; et des privilèges qui enchaînaient le mo* narque comme le dernier de ses sujets : la con*^ travention aux lois pouvait faire descendre le • prince du trône; On sait que, pour un motif sem-^ blable, le roi Jacques i" fut arrêté ^ en 1 2z4^ à Alagon, conduit à Saragosse, constitué prisonnier dans son palais sansaucunecommunication, et gardé à vue pendant vingt jours. On connaît aussi le singulier serment que les états prêtaient au roi à son avènement au trône , et par lequel ils se réservaient toujours une porte ouverte à la rébellion. « Nous autres, qui nandividuellèment sommes autant que vous, ï) et qui réunis pouvons plus que vous , vous \)/aisohs notre voi,à condition que ^ous gar^ » derez nos privilèges t sinon, non '. »
Ces états furent composés d'abord de trois ordres, des grands ou nobles attachés à la cour, de la noblesse et des municipalités : on y reçut le clergé en i36o. Dès ce moment , on y compta quatre ordres : le clergé, les mesnadores"" ^
' Nosostros y que , coda uno por si, somos tdnto como os, y que, junt96 , podemos mas que os, os hacemos à nuestro re^, con tanto que guardareis nuestrosfueros , sino no.
' Mesnada signifie proprement, dans Tançien langage du pays , Tensemble' des serviteurs d'une maison , dependans les uns des autres, et mesmadores ces serviteurs eux-mêmes. En
ROYAUMB d' ARAGON. 4^3
tf€st-à-dire les grands, la noblesse et les communes, désignées sous le nom de Unwersidddes. Us s^assemblaient dans quatre occasions différentes : à l'avènement du roi à la couronne , pour lui prêter hommage et en recevoir le serment^ pour délibérer sur les secours et services qu'o;i devait lui donner quand ils étaient nécessaires, pour concourir à l'établissement , au changement ou à la suppression de quelques lois, et pour délibérer sur les impôts , tributs et redevances qu'ils accordaient au prince.
Fendant que les états concouraient ainsi avec le roi à la législation du royanme, un magistrat particulier tenait dahs ses mains le dépôt de la liberté des peuples ; c'était le jus^ ticia^ma/or, dont l'origine remonte au ix* siè^ de , c'est-à-dire à l'époque du royaume de So* btarbe ; il était , selon la loi du temps , un juge intermédiaire entre le roi et la nation , modérant le pouvoir du premier et défendant les intérêts des peuples. Il avait un tribunal , dont il était le chef, composé d'un grand nombre de membres pris dans les quatre ordres qm formaient les états ; on y examinait la cause des rois et des peuples ; on faisait droit aux
Aragon, on connaissait sous ce dernier nom les nobles attachés \k la maison royale. On entend aussi par mesnadà une troupe de gens d'armes commande par leur seigneur,' et par mesnadores ou mesnaderos , les nobles qui conduisaient l^s gens d'armes qu'ils avaient levés dans leurs terres.
4o4 ITINÉRAIRE DB L^l^SPAGNE.
plaintes ; on y veillait sur la liberté publique et la conservation des privilèges. Le justicia^ mayor était devenu .un homme plus puissal^t que le chef de l'État ; il était d'autant plus redoutable ) qu'il était généralement respecté comme Thomme de la nation , qu'il jugeait les rois, et qu'il n^était lui-même jugé par personne. Il abusa quelquefois de son pouvoir : les abus ouvrirent les yeux du peuple; enfin,' les états tenus à S9ragosse, en 1467^ le subordonnèrent , en décidant qu^il serait lui-même jugé tous les ans par dix-sept membres des états. C^ officier continua à eii;^cer ses fonctions ave^la même autorité soudes monarques espagnols de la maison d'Autriche. Il résista à Philippe II ; mais ce prince , qui ne voulait point de limites à son autorité , envoya secrètement des troupes en Aragon ; il fit arrêter Jean de la Nuza, justicia-majory et lui fit trancher la tête, le 20 décembre 1591 , sur la place de Saragosse. Les peuples, attérés par cet acte de vigueur, restèrent sans énergie; ils ne combattirent plus que fsiiblement pour la conservation de leurs privilèges. Ainsi fîit détruite cette place éminente , ou , pour mieux dire, sa prépondérance et son autorité.
Le mot de^ero^, ou privilèges, avait été jusque-là le mot de ralliement des Aragonnais ; il aurait soulevé le royaume d'une extré-
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mile à l'autre -: tant le peuple se montrait jaloux de conserver ce qu'il nommait ses libertés. Ce mot mettait tout en combustion; et Ton s'attroupait pour courir aux armes. Philippe ii profita de la consternation que l'exécution violente du justicia avait produite ; il fit as* sembler les états à Tarazona , et leur fit accepter une loi contre les cris séditieux , qui défendait le mot liberté y sous peine de la vie. L'adhésion de l' Aragon au parti de l'archiduc Charles d'Autriche fournit à Philippe v un motif pour traiter cette province comme un pays conquis ; Tàyant réduite à son obéissance par la force des armes , il supprima entièrement les états le 29 juin 1707. L' Aragon fut soumis aux lois despotiques, lisages et coutumes de la couronne de Castillè.
Sous les anciens rois , une loi fondamentale appelait tous les mâles à la couronne d'Aragon , à l'exclusion des femmes ; elle fut donnée en 1162 par la reine Pétronille, fille et héritière du roi Ramire. Les ëtàts assemblés à Lérida , en 1 275 , déclarèrent ensuite que le sceptre ne sortirait jamais de la ligne directe pour passei^ la ligne collatérale, tant qu'il y aurait des mâles de la première. Cet ordre de succession difïere cependant beaucoup de la loi ^^aliijfue , qui exclut, uon-seuleuient les fgmiues de la succession à la couronne , mais m^e
4o6 lTl]^jÉRAlA£ DE l' ESPAGNE.
leui*>5 enfims mâles, en faveur desquels la représentation na point lieu. En Aragon^ au contraire , cette représentation était admise ; las femmes transmettaient à leurs enfans mâles un droit qu'elles n'avaient point pour ellesmêmes*
. Ces anciens rois d'Aragon avaient fondé deux ordres militaires : l'un était celui del Salvador, établi en 1 1 18 par le roi Alphonse i"; Monréal del Campo , situé aux confins des royaumes d'Aragon et de Valence , en était le chef-lieu ; les chevaliers étaient religieux ; ils portaient une image du Sauveur du monde sur un hahit blanc ; l'autre fut celui de la Jarra ' de Nuestra Senora ou de las Azuzénas , c'està-dfre ^de la Jarre de la Sainte- Vierge on des Lys. Il fut fondé, un i4i3, par le roi Fei^dinand i", et destiné à combattre contre les M^ijirf^s , et à prot^er les veuves et les orphelins .^(^^ §e donnait à .la. principale nohlQSçe de l'Aragpp.JLes clieyaJUers étaient militaires ; ils portaient im cpUîejr d^or terminé sur le devant par une yVzrre avec ^s )y^,, où était suspendue uniç figura de,l^ Sa^ntjBr Vierge tenant l'enfant Jésiis, ds^ps ses bras^ entoiirée d'étoiles. Ce$ deux ordres soipitséteiuts depuis long^ temps*
^ Jarre y cest un vase à deux anses, comme? une espèce d'aiguière antique. ^ .
ROYAUME B'aBAOON. 4^7
Route depuis les frontières de la Catalogne jusqu'à Sabagosse, 22 lieues '/a*
Keues.
Alcaraz , dernier village de la Catalogne , à
Fraga , cité , l 3
Cinca , rivière et pont de bois , j
Venta de Fraga , x 3
Candasnos, village, ' , ^ Va
Pénalva, village, i
Buralagos , village , 3
Venta de Santa-Lucia , >» */a
Osera, village , 4-
Puëbla de Alfinden , village , 3 Va
Galégo , rivière et pont de bois, i ■/, Èbre , fleuve et pont de. bois ,1 ^ .
Sabagosse , cité , j *
TOTAI, 22 Va
L'entrée de rAràgon ressemble à la partie de la Catalogne qu'on vient de quitter; on y trouve les mêmes sortes de chemins , les mêmes montagnes. On les parcourt pendant quatre heures, après lesquelles on arrive à Fraga, première peuplade de l'Aragon. On y parvient par une descente extrêmement rude.
Fraga y ancienne ville des Uergètes , appelée Gallican Ftaifia par Ptolémée, fut une ville
' Voyez route des frontières de France par Perpignan , Barcelone a Saragosse et ï^ Madrid.
4o8 ITINÉRAIRE DTi L^ESPAGNE.
assez importante sous les Maures et sous les rois d'Aragon; elle eut même sous les premiers un roi particulier, dont les états , il est vrai, étaient bien peu considérables. Cetteville, réduite aujourd'hui à une population d'environ trois mille âmes, est située sur la rive gauche ou orientale et septentrionale de la rivière de Cinca qui baigne seâ murailles , entre deux montagnes , sur le penchant desquelles elle est bâtie. Les rues sont étroites, tortueuses, toujours eh montées et en descentes, et horriblement pavées en cailloux pointus. Les maisons y sont très -mal construites, et ont la plus mauvaise apparence*: la plupart présentçpt l'image de chaumières ou de ruines ; ce qui contraste singulièrement avec les armoiries dont plusieurs d'entre elles sont décorées. Cette ville est du diocèse de Lérida en Catalogne, et le lieu de la résidence d'un vicaire de l'évéque de Lérida ^ qui est chargé de la jiiridiction ecclésiastique pour la partie du royaume d'Aragon dépendant de ce diocèse. Elle a deux alcades , huit régidors , trois portes , un couvent de Griands-Augustins , et deux églises paroissiales qui n'ont rien de remarquable. On y a construit depuis quelque temps un assez joli quai sur le bord de la rivière de Çinca ; il est étroit, mais long, et serait assez agréable, s'il était couvert d'arbres
ROYAUME d'aRAGON. 4^
et bordé par des maisons mieux bâties : il conduit à up pont dont il sera parlé.
Cette ville fut autrefois une place fotte ; elle était défendue par un château dont on voit enfcôre les ruines sur le haut de la montagne. Elle soutint plusieurs sièges sous les Maures; elle résista, en ii33 et ii34, aux armées aragonnaises , qui furent obligées de lever le siège et de se retirer ; elle vit même périr, presque sous ses murs, Alphonse i*'-, dit le Batailleur y alors roi d'Aragon ; ce prince fut tué , après avoir cdmbattu avec valeur dans une bataille donnée, le 7 septembre 11 3?^., près de Sarinena , où les troupes aragonaises furent taillées en pièces par les Maures. Fraga succomba enfin , en ii47 5 ^^^s les efforts de Raymond Bérenger, comte de Barcelone , qui était monté sur le trône d'Aragon par son niariage avec PétroniUe '. Ce prince réunit cette ville à ses autres états : elle éprouva, au commencement du xviir siècle^ les premiers efforts des armes de l'archiduc Charles , dès les premiers temps de la guerre de la Succession ; elle fut prise, en 1708 , par les trdupes de ce prince ; mais peu après elle fut reprise et mise sous l'obéissance de Philippe v.
' On a déjà dit que ceUe princesse était fille et héritière du roi Ramire.
4lO ITINÉRAIRE DE l'e^PAGNE.
On parle encore le catalan à Fraga ; et les mœurs paraissent y être les mêmes qu'en Catalogne. Dans cette ville, les gardes de douane visitent les voyageurs. On sort de Fraga en suivant le quai qui règne le long de la rivière; il conduit à un beau pont de bois de vingtdeux arches , sur lequel on passe la rivière de Cinca ; ce pont débouche , à l'extrémité opposée j dans une grande place ornée de bancs de pierre , et couverte , par derrière , d'un petit boiç assez touffu. On aperçoit sur la droite , à deux cents pas du chemin, un couvent de capucins dont Tenclos est immense , et qui a un grand et beau jardin. On se trouve pendant une demi-lieue dans un vallon bien cultivé et embelli par un grandnombre de jardins bien tenus.
On monte , pendant une heure , par un che^ min assez bon , mais dont la pente est rude ; on se trouve bientôt au milieu de montagnes nues, arides, et dans des défilés affreux, sans apercevoir aucune espèce d'habitations. On parvient h une plaine immense , nue , sèche et p^^esque entièrement inculte ; on la parcourt pendant trois heures; on n'y trouve d'autre maison qu'un mauvais cabaret situé presqu'au milieu , et portant le nom de J^enta de Fraga. On commence ici à ne plus parler catalan ; on y parle un mauvais castillan. €ette plaine conduit à Candasnos, où l'on arrive après cinq
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heures de marche depuis Fraga; c^est.un misérable petit village ou Ton commence à apercevoir les moeurs ai:agQnai3es; c'est ausisi le premier de cette route où Ton ne trouve plus d'auberge ; il n'y a qu'une posada pôur le gîte ;. mais ce canton est absolument dépourvu de toute espèce de provi$ions. La même plaine conduit, une heure après ^ au village de Penalva qu'on côtoie ; elle est également inculte. Elle fut le théâtre d'une bataille livrée , le 1 5 août 17 lo, eetre ^es troupes r^e l'archiduc Charles et celles de Philippe v, ou ces dernières eurent un «desavantage marqué. Une demiheure après , on descend dai^s une gorge trèsdangereuse pî^r sa profondeur, par ses détours, par son étendue : elle dure environ trois quarts d'heure; on en sort en remontant; on entre dans une plaine également inculte et sans har* bit^tions; on y passe, après trois quarts d'j^enre ^ à Buralagos , et , plus loin , à la Venta de Santa-Lucia. Buralagos est un grand village d'-e^nviron dix-huit cents habitans , qui présente l'aspect de la misère. Cependant, le gouvernement y a fait les fraiç d'une belle et vaste maison destinée à servir deppsada pour les voya-^ geurs* La Venta de Santa-Lucia est une auberge isolée, situéie sur une hauteur; on y trouve quelquefois des provisions, mais il est plus prudent d'en avoir avec soi. On continue la
4l^ ITINÉRAIRK DE l'eSPAGNE.
même plaine , dans laquelle ^ pendant trois liene^, on ne trouverait d'autre asile dans un cas de nécessité qu^un mauvais cabaret. Ici elle commence à être un peu cultivée par intervalles. On aperçoit en même temps , à peu de distance , sur la gauche , quelcjues villages , des terres cultivées et de nombreuses plantations d'arbres qui couvrent les bords de l'Ebre. Cet aspect se termine d'une manière pittoresque par les montagnes qui séparent TAragon du'* royaume de Valence. On arrive bientôt à Osém, village petit et pauvre, où la posada est affreuse.
On ne perd plus de vue les bords rians de rÈbre , quoiqu'un peu éloignés , ni les charmantes campagnes qui avoisinentce fleuve. On voit à la gauche le petit village de Villa Franca de Ebro ; on aperçoit de loin son église, qui a un dôme assez élevé , terminé par une lanterne hexagone percée de six croisées, et un portail accosté de deux tours rondes a lanterne. On passe à coté du village d'Alfajarin , qu'on laiçse à deux cents pas , à la gauche d'un autre qui en est peu éloigné^ et de Puébla de Alfinden qu'on traverse ;• celui-ci est grand, mais il parait misérable. La campagne s'embellit de toute part^ et, particulièrement sur la gauche, où elle offre des vues intéressantes ; elle devient enfin superbe : un tapis de verdure s'é*-
àOYAUME d'aKAGON. 4^3
tend sur toute la surface Je la plaine; des champs , des vignes , des vergers s'y succèdent; une cultut*e soignée s'y manifeste de tout côté; les arbres s'y multiplient; les oliviers surtout et les arbres fruitiers y étalent leurs richesses et se prolongent pendant trois quarts de lieue. On arrive au Galégo ; on passe cette rivière sur un pont de bois , qui a été construit ù la place d'un ancien pont de pierres de taille dont on voit les ruines.
^ Une avenue superbe se présenté à la descente du pont; elle est trèsJarge, se prolonge dans une ligne directe pendant l'espace d'un quart de lieue, et se continue dans une étendue pareille , par un retour à angl^ aigu sur la gauche, s'élargissant ici pour former ime grande place ronde, ayant une enceinte basse, de pierres de taille , ornée de bancs et ombragée par des arbres touffus ; elle s'élargit de nouveau dans son retour, au milieu et à l'extrémifé , pour former deux autres places pa* reilles. Cette avenue est plantée d'ormeaux et de peupliers , dont les branches épaisses s'élèvent dans les airs , et s'entrelacent à leurs cimes*; son étendue , sa largeur, l'élévation des arbres et l'épaisseur de leurs rameaux, le jour sombre qui règne , donnent à cette avenue un ensemble de majesté qui frappe les regards du voyageur. Une longue suite de beaux jardins,
4l4 ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNE.
riches dans tous les genres de productions qui appartiennent à ce pays , étalent des deux côtés des beautés aussi nombreuses que variées.
On suit cette avenue encore avec plus d'intérêt , lorsqu'on se rappelle que le lieu qu'elle occupe fut le théâtre d'événemens importans. C'est dans ce Heu même que Philippe de France et Charles d'Autriche, à la tête de leurs armées^ se disputèrent à Tenvi l'héritage de Charles ii , la possession du trône espagnol.' Là, ces princes se livrèrent, le 20 août 17 lo, la fameuse bataille de Saragosse,où les armes de Philippe v succombèrent sous celles de Charles, et qui entraîna la perte de tout l' Aragon : ce fut plutôt une déroute qu'une bataille ; les troupes c|pyaient que Philippe allait renoncer au trône d'Espagne; elles avaient perdu toute confiance en leurs généraux ; persuadées qu'on les sacrifiait , elles ne soutinrent presqu'aucun coitnbat.
On quitte cette avenue pour entrer dans un faubourg de Saragosse ^ qui conduit à un pont de bois, sur lequel on traverse FÈbre; et l'on entre dans cette ville.
Saragosse est située sur les bords de l'Èbre, et domine là plaine arrosée par les rivières de Xalon , Galégo et la Huerva. Tous les géographes et les historiens anciens s'accordent à dire que reinpkcemçnt de la ville actuelle
ROYAUME d'aRAGON. 4^^
était , dans l'antiquité , celui de la ville de Salduba , qui , suivant la première division de l'Espagne , touchait aux frontières des Lédétani et de la Geltibérie.
L'empereur Auguste , lors de son voyage en Espagne , fit de Salduba un^ colonie militaire , et lui donna le nom de César-Augusta , en lui accordant en même temps le privilège de V immunité y en y plaçant le siège d'un convenu tus judiciaire^ et en la gratifiant de diverses autres prérogatives , comme on le voit par les inscriptions et les médailles antiques.
Saragosse resta sous la domination des Romains jusqu'à ce qu'elle fût conquise par Ridaire, premier roi catholique 46s Suèves; mais ce chef, ayant été vaincu par Théodoric , fut obligé d'abandonner la ville aux Goths , qui la consepvèrent jusqu'à l'an 712 , lorsque Tarif, ou Tarce, capitaine des Sarrasins qui envahirent l'Espagne , se porta , après la conquête de Séville et de Murcie, sur la ville de Saragosse, et s'en rendit maître.
Pendant la domination des califes d'Afrique, les vice-rois de Cordoue nommaient les gouverneurs de Saragosse. Le dernier d'entre eux, appelé Amer-ben-amrou , ayant appris que le chef des Ommiades, Abdelerhaman 1", avait été proclamé , dans Archidona , souverain de
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Cordoue , s'empara du commandement absolu de Saragosse ; mais ce ne fut que pour peu de temps ; car, dans la même année 766 , où Abdelerhaman se rendit maître de l'Espagne , il soumit aussi Sarragpsse.
Un de ses préfets , nommé Ben-Alarabé , voulant se soustraire à Fobéissance du calife , envoya une ambassade à Gharlemagne pour lui offrir la suzeraineté de Saragosse , à condition d'en être le gouverneur. L'empereur, ayant accepté cette proposition , entra avec une armée en Espagne , prit Pampelune et s'empara de Saragosse.
Quant aux dispositions x[ue fit Gharlemagne dans cette ville , les auteurs anciens varient au point qu'il est difficile de distinguer la vérité. Le seul fait certain , c'est qu'il laissa Saragosse sous la domination des Arabes ; que le même Alarabé continua d'en être le préfet , et que l'armée , en retournant en France , fut complètement défaite par les Vascons, dans les défilés de Ronceveaux.
L'armée qui avait été rassemblée à Cordoue sous les ordres du général arabe Abdéléarame, pour marcher contre Gharlemagne , changea de destination lorsque l'on sut la retraite de l'empereur. Elle alla soumettre les villes de Gaëne , Huelva et Alcata , qui s'étaient égale-
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ment soulevées; elle revint ensuite sur Sarragoj9se j et laissa pour ^onvc^rneur d^tts cette ville le même général Abdéléarame.
Mtx S5&, un Arabe renégat, nommé Bénéa* cid j' sf} souleva contre Mobamou , roi àh Cor* doue* Ce rebelle qui, dans la isuite^ prit le noni de Musa , s'empara , tant par la ^rce des armes que par des stratagèmes , d^une grande partie deâ états du Mira^^M amolin , en çom-* mençant par la conquête de Hu^sca, Tudàle et Sarragoase.
Il céda la souveraineté, de la dernière de ces villes à l'un dç ses trois fil», nommé 2imaël , qui la conserva pendant vingt- s^t ans, au bout desquels il fut ckassé par son .cousin Mohamou-Abdala. Celui-ci resta maitre de Sarragosse^jusqu'à ce que la bataille gagnée par le géi;iéral Abduhalit fit réunir cette ville auroyaume de Cordpue.
Au commencement du xV sièclie, pendant les guerres civiles qui éclatèrent entre les princes arabes pour la succes^on do la cou^ ronUe^ divers gouverneurs de provinces et de villes, profitèrent de cette Ocçaàpn pour refuser l'obéissance à la cour, et pour acquérir des souverainetés îndépençlantes. Parmi les gouverneurs qui se firent rois, on compte Almonder-Albagib , qui prit le sceptre de Sarragosse : cet usurpateur "mourut à Crrenade, et laissa I. 27
4l8 ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNE.
son trône à son pareht Abdala^ fils d'Alhakeni : Âbdala ^i;it pour successeur son ù\s Âbu-Algiozami.
Pendant un siècle environ, ce fut la maison de Monder ou Aimonder qui régna à Sarragosse. Eh io85, Joseph-Abu-Amer-Almutamène hérita de ce trône. Les Almoravides le lui conservèrent^ cause de sa prudence et de sa sagesse ; mais ses heureuses qualités n'empêchèrent pas que , sous son règne , les forces des Arabes ne fussent considérablepient ré^ duite&5 Ce prince resta inéme sans armée , ayant envoyé ses troupes au secours du roi de Huesca, qui fut complètement défait dans la bataille d'Alevraz, par le roi d'Aragon don Pèdre i".
Après la mort de Joseph, son fi^ Abu-Gia* far, appelé Almbstin-Billa , fut sont successeur» Celui-^ci , ayant pérï dans une bataille aux environs de Tudèle , fut remplacé par son fils Abdeln^lekabu-Mernan , sous la condition qull ne s^e liguerait pas avec les princes chrétiens. Son peuple, favorable aux Almoravides, était ennemi desT Almôhades , dont ce prince tirait son origine. Aussi , dès que les Arabes surent qu'il avait contracté une alliance avec le roi d'Aragon, ils se soulevèrent ouvertement; et Abdelmàlek, pour sauve rsa vie, fut obligé de se retirer au château de Roda.
ROYAUME d'XRAGON. 4*9
Un Almoravide , ndiumé Mahomed^ qui était à la tête des l'ebelles , fut proclamé par eux souverain de Sairagosse. Abdelmalek , voulant se venger dé la trahison de ses sujets , offrit la ville et son secouts au roi don Alphonse, surnommé la Batailleur. Celiii-ci se hâta de profiter d'unie occasion aussi favorable : il mit le siège devant Sarragosse ^ et , après avoir essayé , pendant plusieurs mois, la plus vigoureuse résistance , il entra en vainqueur dans la ville , le i8 décembre J 1 18 , y prit la couronne royale, ^t ordonna qu'à l'avenir Sarçago^se serait la capitale du royaume d'Aragon : ce qui a existé jusqu'à ce jO]ar, maK gré que ce pays fût devenu , dans le xvr siècle , une simple province de la monarchie espagnole , par le mariage de son roi Fel*dinand-te- Catholique avec Isabelle , htéfitière des i^oyau-^ na^s de Léon et de Castille,
L'aspect que présente Sarragosse est celui d'une ville riche au, milieu d'une plaine étendue et fertile : le terrain offre peu d# mouvement ; mais les environs sont embellis par une culture variée et par des édifices curieux.
Eiendue^ situation. Quant à Fétendue et à la situatioii de Sarragosse, on croît qu'elle était autrefois un peu plus orientale jusqu'à l'endroit où se trouve aujourd'hui le pont de bois^ il paraît' aussi
4^0 ITINÉRAIRE DE l'ESPAGN'E.
qu^oHe s'étfodait dans Fespace conletHi entre Fancimn^ muridUe d^Âuguatç, la rue du Ckiso at le terroHi occupé par le couvent de9 religieuBea du Saint- Sépulcre , réglise de Notre-DamerdurPUar^ etc. Cette nuu'aUle d'Auguste avait quatre portea» los unea vi^à-via dea autres : elles existent encore soua lea noms de portes de Valençia^ del PuerUe, de Toledo et de Cineja: cette dernière a pris spn nom^ selon les uns, de Qnégius, préteur romain^ et, se|lou les autres, du mot Ciniciaria, à cause des cendres d'un grand nombre de martyrs qui furent biiiléa dans cet endroit par ordre deDacien.
Après la conquête de cette ville par le roi AIplionse i^, on oonairuisit, dans les environs, des églises aides eouvensi on couvrit de maisons les espaces intermédiaires ; on forma ai^ai comme une nonv^le peupkd^t qui ^ réunie à la rilte primitive , étendit beauooQp 4Q11 eiaceipite, et Im donna insenaibl^em^t celle qn'Biki a ai^ourd'h^i.
La situation de Sarragos$e est superbe : une plaine vaste, découverte ,^ fertile et riche, Veatoure de tçus les c^tés^ un fleu;^e considérable , propre è la navigar tion , l'Èbre , baigne ses murailles et la sépare de son faubourg', c(euj^ rivières, le Galégo et la Huerva, coulent à peu de distance , et fécondent ses environs , la première à Pest, la dernière à l'ouest Le nouvean canaj d'Ar«igw p«i«Qui:t son territoire 5 4ea^ çwqpagnefl trèfrproductivesj^ bien, cultivées, dan^^ dç^ sixtes vari^^ et pittoresques,, embellissent ses environs 5 des j^d^ns iinnîiens^.;^alent de toute purt |ea richesses divwsifiées de l'agriculture; le sél est fertile , la végé-
R0YAU:ME D'ARÀGdlf. ' 4^^
tation aotive^ le eiél pur; le cUmùt ne fdit éproxxret m les chaleurs yiolentes de la j^lu» ^*atide partie de FEspagae, ni les ftoidà âpèes ded proyioces septen^^triofnales# Ckst énsetiible a^ufe à la œa^ificeace du cite : on en trouvera peu d'ajussi heureux 6t d'aus^ déduisans.
Population^ lia ville est une d^ jplué gtatidèâ de I^pague ; knàb sa population ne répond pas à son étendue : te dénoBibrëment ^ Sait en i ^ 8;;, n^ coinpte <}tte qùaraute-dfiUx mille Bi% cents habHansi
portée y place» ^ rueê etpôniâ^EtU a huit portes , outre les quatre ^ooi on à parlé, et deux ponts suifrÈbre^ à une portée de fusil Tun de l'autre t l'uii est de bois y et l'autre de pierres de taille. Ce défUier, construit en i437y et réparé en i65^^ a àept arènes ^ dont la principale est de cent Tingt-<léttx pieds de diàêtètr^w On peut appeler ce pottt uâ grand pro^ priétaire: car il est seigneur dé plusieurs tiUages, dont lesxerenus lui sont afi^ctés pour son entretien. D n'en est pas mieu:3c soigné pour cela j on le laisse dé^ad^ au point de devoir craindre qu'il né puisse , qtitlque jour 9 i^ésiiter à une crue considérable dû fleuve. Cette ville est mei percée^ la plupart de se^ rues sont étroites^ irrégulières, pavées av^ étA cailloux bruts , sur lesquels on marche avec, peine. Plu»sieurs de ces ruea sont cependant droites , et d'un^ largeur qjn pourrit les faire figurer parmi celles des plus belles villes : une y surtout , mérite d'être distinguée; eBe est bien alignée , très-large; exti*émetiient longue , ornée d'édifices assez réguliers : c'est la ÇaUe- Santa , ou rue Sainte, ainsi dénommée parce qu^élIe
1^22, ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNE.
fut le lieu du martjrre des premières victimes de la foi à Sarragosse : ou la désigne plus particulièrement sôus le nom de Çalle del Coao. Coêa est une corruption de Fosâo^ parce que là était le fossé de Fancienne ville romaine, ou, ce qui est plus vi'àisembUble encore, de Corso, nom qui lui aiu:*ait été donné conune étant destinée à servir aux fêtes publiques. En effet, cette rue a été pendant long-temps la promenade des habitans ; elle n'est ^us aussi fréquentée depuis la construction des promenades actuelles ; cependant elle est encore un point de rendez-vous publics : les carrosses et les personnes de tous les états s'y rendent tous les soirs en été au retour de la pro-^ menade. .
Édifices. Les maisons de Sarragosse sont presque toutes anciennes ^ elles sont , malgré cela, bdties avec beaucoup de régularité. Il y en a dont les orneméns particuliers les font paraître ,.de loin , des monumens dignes de fixer l'attention des voyageui-sj mais l'illusion disparaît à mesure qu'on s'en approche : tel est entre autres un couvent de i^eligieuses bdti sur la rive gauche de l'Ebre, au bout du pont qui fait face à la porte de l'Ange. On découvre cet édifice lorsqu'on est sur le pont de bois par où l'on arrive de Barcelone : vu d'aussi loin , il parait présenter une longue suite de colonnes à plusieurs rangs ^ séparées par des enfonceraens.en forme d'ouvertures de portiques; la forme carrée et régulière du bâtiment complète l'illusion -, on le prendrait pour un chef-d'œuvre d'architecture ; et, vu de près, ce n'est plus qu'un édifice des plus ordinaire.^.
ROYAUME d' ARAGON. 4^3
Sarragosse a cc^ndant un grand nombre d'édifices qui mérijl*t de fixer l'attention :
Une tour, appelée la Tour-JN'eupe, quoique oons^ truite depuis Fan i5o4, est au miUçu de la place de Saint^rPhilippe; elle est isolée , très-haute et bâtie en briques; on y monte par un escalier de deux cent quatre-vingt-quatre marches; elle parait aroir perdu s^ aplomb; elle est inclinée d'une manière surprenatite, peut^tre autant que la fameuse tour de la cathédrale de Pise, quoiqu'elle ne soit point aussi renommée*
L'église de San-Gayetano est petite , mais agréable; die a trois nefs d'une bonne architecture ; elle est enrichie d'ornemens. en or et en niarbre, distribués avec goût et sans profusion.
L'église des GordeHers est remarquable par la hardiesse et la beauté de son vaisseau; il a deux cent quarante-six pieds de long et soixante- quinze dé ' large y sans être soutenu par aucun pilier : mais cette église est dépréciée par ses autels : ils sont presque tous de mauvais goût en architecture et en sculptui*e.
L'église de Sainte-Luciè , qui appartient à un couvent de religieuses Bernardines , ne mérite d'être remarquée que par une suite nombreuse de portraits de la plupart des évêques et archevêques de Sarra-
L'égUse des Facétas, ainsi appelée du nom de Didace Facety son fondateur, ^appartient au couvent des carmélites déchaussés. Un tableau de la Sainte- Famille , qui est au màître-autel, est le seul objet qui y soit digne d'attention.
4^4 ITINÉRAIRE DE L^ESPAeNE.
L'égltae des Conyalesoeos oootient qudqiiea èona tableaux apportés d'Italie par rardberl^ue Diego Go^tillo^ soa fpiMfat.^r^ «ayoîjr : ime Samaritàiae et Madelaine, qu'oJCi Toit dans la <»x>wée;-,i^ Crucifix^ un Saiiit-<Jeàii 9 encore une Ma,delaine et un Saiot^Jé* rôme aur le$ pili(ars rprindqpaux : ils sont peints par Hyacinthe Brandi.
L'église de Saint-Paul a une asses belle façade qui n^est point terniinée , et un maitre-autel d'une bonne architecture* On y toU le mausolée de Diego de Monréal, éyêque deHuesca, mort en 1607 : il est de marbre, are^^ des statues et divers ornemens*
La chapelle de Notre-Da^ie-del-Portillo, près de la porte de ce nom, a nn autel principal qui mérite d'être tu; il est isolé et a deux corps d'architecture: le premier avec quatre coloonea corinthiennes, le second avec deu:;^' cpJU>nnes composîAes ^ il est de marbre, bien coupé et se présenta avec grAce; mais il est déparé par un bas-relief en boisv '
L'église des Augustins^Déchaus$és, vûhà*vis de la chapelle précédente, renferme quelques bonnes peintures : on y remarque une Sainte-Vi^g^ et un Baptême de Jésus^Qirist, d'Antoine Qrfobn , placés dans la croisée* Sur la ooi:^le de la chapelle de l4>s ]&emedios, plusieurs tableaux de Barthétemi Yi^^ente, et dans la sacristie une Nativité et une Grucifîxio^i,. où Ton a voulu imiter Le Titien*
Le collège de la JManteria , oU de Saint-Thomas de Vaie-Neuve , contient aussi quelques bonnes peintures, comme quatre tableaux de Sébastien Martin nez^ aux quatre coins du cloître^ des peintmres à
i^esque , par Séb^tiea Munoz, dans la ohapoU^ de Saint-Thomas j plusieurs autres sur cUfféreaa stjj^ en divers Kéux de l'élise , par Claude CoeUpj ce peintre y fit lui-m^e son portrait , qu'on Yoit,daJis le sanctuaire , du cdté de Fépître.
Le couyent des Dominicains renferme deux objets y dignes de l'attention d^ amateurs : le Iuau^4;dée du cardinal Jérôme Xavierre, religieu:^ d(u même ordre> qui est dans la saUe capitulaire, et le maitre-autel de réglise» Le premier est une espèce de retable en ^arfare orné de colonnes et de pilastres de Tordre coriiithien , avec la statue du cardinal à genoux i il est très^bien exécuté. Le second ayait été fait ^ G^nes et destiné à servir de mausolée à l'inquisiteur-générai , Louis de Aliaga^ on changea ensuite sa destination, et on en fit un autel ^ il est isolé, exécuté en beau marbre, d'une bonne architectuk'o dorique et orné de sculptiares bien exécutées^ le premi^ corps a quat^^e colonnes et le second deux^ au milieu «ont les statues de .la S^nte-Yierge et de Saint-Dominique à genoux devant elle; en haut celle de Saint-Piprre martyr , de 3aint-Vincent Ferrier et de Saint-Baymond de^Pefiafort.
Danslepalaisderinquisitiônonconsarve deux bettes * statues antiques qu'où a placées sur U dernier palier de Tatelji.^ $ mais on les « rendbes méconnaissables en leur adaptant des ornement étrangers qui ks défigurât enivrement. On a placé une tête sur c^e qui est à droite avec un bandeau sur les yeux pour lui âtre représenter la Foi; on a mis à l'autre une balance à Ibl n^n pour lui faire r^ésenter la Justice ; et on les
426 ITINÉRAIRE DB l'bSPAONE.^
a couyevtes de draperies aussi mal imagiiiées que mal exécutées*
Le couvent des Jéronymites, dit de Santa^En^ gracia, fut fondé par le roi Ferdinand-le-Catholiqué et la reine babelle son épouse. Le cloître de ce couvent est très-orne dû côté de la cour : on y voit les arinoiries des rois catholiques au milieu d'un mélange d'ornemens antiques et modernes, «n pierres de taille, en marbre, en stuc et en plâtre; il est décoré en même temps par un grand nombre de pe-^ tites colonnes de marbre, égales en hauteur, mais les unes droites et les autres torses ; cette irrégularité vient de ce que , Charles i*' ayant ordonné la construction de ce clottre dtaprès la recommandation expresse du roi Ferdinand son aïeul ^ et l'argent étant venu à manquer, on y employa les débris d'un ancien cloître. On y ti'ouve aussi plusieurs tableaux ; ceux des angles sont de Joseph Martinez et d'Antoine, son fils. Ce cloître est le lieu de la sépulture de Jértftme Blancas, historiographe d'Aragon très-estime, mort le 1 1 décembre 1 690 ; il y a été enterré sans mèjn^ une inscription qui serve à l'indiquer» L'église de ce couvent, appelée VÉgUse des Saints^ Martyrs , a un portail en forme de retable, à deux cwps d'architecture 5 le premier corps est orné de quatre colonnes et des statues des quatre docteurs de l'église j le second a trois statues : ceUe de la Sainte- Vierge avec l'enfent Jésus, et celles du roi Ferdinand V et de la reine Isabelle à genoux de chaque côté. Ces deux c^rps d'aixliitecture sont surmontés d'tme croix \et des' statues de la Sainte- Vierge et de
Digiti-zed
ROTAtlME D*âRA60N. 4^7
Saint «^Jean. L'arc de la porte est orné d<B tAes de séraphins , et y tout à cdté 9 de deux médaillons antiques au-dessous desquels on a écrit ces mots : Numa PompUius , M. Anioniua. L'intérieur est un vais^ seau sans piliers^ d<mt le dégagement fait le principal mérite; les ornemeus en marbre et en or y sont dis-^ tribués àrec art-, on y trouve le mausolée du fameux historien Jérôme Zurita , moil en 1 670 : il est d'une * glande magnificence. Uûe porte latérale conduit à une autre église, à laquelle en descend par plusieurs marches 5 elle n'a de remarquable que les marbres et les dorures dont elle est également enrichie. On y trouve une grande et belle grille de fer, par où l'on entre dans une troisième église ; celle-ci est souterraine et porte lei nom de las Santas^Maaaa : c'est une vraie Catacombe où les reliques de beaucoup de martjnrs sont déposées ;• la yoùte , qui est élevée d'environ douze pieds et parsemée d'étoiles sur imfond azur , est soutenue par trente petites colonnes de différens marbres, (Jui forment six petites nefe; on y conserve entre autres plusieuria vases de cristal, qui <x)ntiennent du sang et des cendres de diffîrens martyrs, et la tête de Sainte-Engracia dans une châsse d'argent ; elle est ornée d'un collier de pierres précieuses. Un puits s'ouvi*e dans le milieu' de cette église, et est entouré d'une balustrade de fer; on assure qu'il contient les cendres d'un grand nombre de fidèles que Dacien fit brûler vifs à Saragoàse*
L'élise métropolitaine, appelée vulgairement là Seu, est dans une petite place où se trouve le palais ardiiépiscopal , dont la façade est belle et sans or-
4^8 itinéiUare bb l'ssfagne.
nomeiis» Le portail, qui est moderne^ est décoré par des coIooDes d^ Tordre oormthîeii > ayec trois statues^ le Saureur, Saint-Pierre et Saint-Paul, exéculées par Kmmannel Gira : il est asses beftu , mais trop iMts^ Une toiir y est accostée ; elle est trè»>éleTée, et ternÙBée depuis peu de temps sur les dessins que J. B. Goutim donna en 1 683^. Elle sert de docher* Sa ooostruelioil est en briques, et a quatre ONTps d'archileGittre; les statues , qui sont de Joachim Ârali , et les omonem de différent ^dnres, y sont très-multipliésé Les sta^ tues allégoriques du Temps et de la Vigilance aoo^ tiennent , au second corps , le cadran de l'horioge; et les statues allégoriques de» VertU9 cardînalea sont placées au haut : cette tour fait un asses bon effets
L'%lise est grande et Taste, mais trop courte pour aaki^eur; ce qui nuit à kmajesté de Fédifioéw EHe a cinq ne& séparées par de gros piliers en pierres 4e taille, qui soutiennent les voAtes. L'architecture ei| est gothique , juais simple et noble. Le chœur mt placé dans la nef du milieu et presque au centre de réghse; son ^ceinte est exhaussée en dehors d'environ douze pieds; eHeesi ornée de coloùnes de marbre , dans Tinterv^dle desquelles on a placé ahernatirement des petites chapelles, des statues ^ det baft-relie& de marbre Manc : on y Toit, entre' autre» , un riche tombeau qui renferme les cendi^es d'un pre^ mier inquisitetir , auprès duquel on aperçoit six Maures su^ndus i des colonnes. De» chapcik» bàr tîes hors d'oeuvre s'ouvrent dans toute la loi^eur des deux ne& extérieures ; elles sont grandes et spa^ çieuses ^ la plupart sont ornées de dol^^lres et de matr
ROYAt/HTB D'ARA.00tr. ^^0
brea de diffSreules tfl|)èceâ $ leur dehoi^ è«t «urcliAi^é de ^tculptures multtpUéea arec trop de confuaîoo. Parmi œs chapelles, on distingue cdle de Saint-» Marc, où Ton roit d'assez boctnes peintures de Ra- ^iela* GeUe de la Naissance de Jéeus-Ghrist , dont Vautel 9 composé de deux corps ^ de quatre colonnes au premier et de deux au second , est d'une belle arcthiteoture coitnthienne ; die renferme quelques peintures imitées de l'école flamande > dont^Ie pria-* eqial mérite co^ususte, dans la conseryation des cou-» kurs. Celle de Saint-BenMird , construite aux frais de Ferdinand d'Ârtgon, petit-'fils naturel du roi Ferdinand -le- Çatb>liquo et archeyéque de Sarra-^ gosse, est ren^Uede sculptures en albâlre; les statues y sont multipliées: <m ranarquo la Sainte^Vierge, Saint-Bernard, la Nativité de Jéaus-Chrisf^ la <3rconcision, la Purification, Jéfo» au t^anple interrogeant les docteurs ^ le Martjrre des Intiocens, etc^ etèu Cette cathédrale renferme les^ dépouilles d'un^p^nd nombre d'illu^res. personnages^ Dans le aanotuairey on voit le mausolée de l'infant don Miobel, fils du roi Ferdinand r ^ celui d'AIpbonâe d'Aragon^ ardoie^ leèque de Sarragoase, Sis naturel du menas pritsee^ iftort en i520; celui de Jean d'Aragon ,, arobevéquo de la même TiUe^ moi^t en i53o; celui du prince BàlUiasap-Cbarles, fib du roi Philippe rv^, mort: en iM6; cdui de Finfante dona Maria, fille du roi Jacques^le4]ioiBqueraiit| ceiut de phnienra autreapré^ kts'de h maiaon recale d'Aragon^ La diiqpello'de Notre4)ame^la-Alancho contient lea nuEnaoIéea de phisîeuw archeyéquea de Sanoagosaa. CeDs de Notre-^
430 ITINÉRAIRE DE l'bSI^AGKE.
Dame^e^-Neiges renferme le tombeau dePieri-eManriquè, archevêque de cette même ville; il consiate en une urne sépulcrale, avec la statue de ce prélat. Dans la chapelle de Saint-Bernard, on voit le maù* solée de Ferdinand d'Aragon, petit-^fils naturel de Ferdinand-le-Catholiquè et archevêque deSaiTagosse^ et celui d'Anne Gorrea, sa mère; ils sont l?un et l'autre de marbre et exécuta par Marianez Viscayno. Celui du prélat est orné de quatre colonnes enridiies de bas-reliefs ; on y voit le Crucifiement de Jésus^ Christ, quelques figures de saints , un Jugement dernier qui termine le monument. La statue de l'archevêque est couchée; le mausolée de. sa mère consiste en une statue aussi couchée; il est orné d'autres statues et de plusieiu:s bas-reUefs, dont le prindpal représente la Saint&-FamiUe.
La sacristie de cette église, contient quelques tableaux assez médiocres :Tin Jésus-^Christ au jardin des^ CHives; une Crucifixion; une Résurrection ; une Ascensioi^ç tous dans le-^ genre 'de Durer ; ui^ Samari-' tain qui pa^se un blessé : on dit ce tableau du Gueiv chin; un Saint- Jean-Baptiste , un Saint-François au désert , une Descente du Saint-Esprit , une Madeleine et ime autre sainte. On y garde aussi le trésor de cette éghse : il consiste en une grande quantité de pièces, en argent, entre autres, plpsieurs bustçs de saints, qui sont un présent de l'antipape Pierre de Luna ,.qui avait été archevêque de Sarragosse. On doit y distinguer un riche tabiemade destiné à placerJe Saint-Sacrement^ il est d'un travail gothique avec trois corps d'architecture, dont le premier estprné
ROYAUME d'aHAGON. 4'^I
fie petites statues de saint» ; il est d'ai^ent et pèse dix-sept arbbas d'Aragon à trente-six livres de douze onces chacune, c'est-à-dire quatre cent huit livres poids de marc. On y <3onserre aussi une croix d'or très-pesante , enrichie de perles et de pierres précieuses ) sur laquellç les rois d'Aragon prêtaient ser-^ ment à leur avènement au trône.
Cette église serait bdle , si elle avait une longueur proportionnée à sa largeur^ elle est d^aill^urs trop surcliargée d'ornemens ; leur mélange bizarre et confus, souvent monstrueux, lui âte beaucoup de sa noblesse. Elle a un autre -défaut important : c'est de n'avoir que des portes latérales 5 si on y entrait par le milieu , on serait bi(ôn plus frappé de la majesté du lieu , et on en saisirait mieux le premier coup*d'oeil de l'ensemble. On lui peut souhaiter aussi une façade et un portail plus exhaussés et une place plus grande. ^
L'église de Notre-Dame-del-Pilar forme un grand et superbe vaisseau de cinq cents pieds de longuc/ur ; eUe a trois ne& spacieuses , séparées par des piliers qui soutiennent &ept arcs de chaque câti^ Le chœur est placé au fond de l'église, et ferriié par une grille de bronze couverte d'ornemens et' de petites figures: c'est un ouvrage de la fin dii^xvi* siècle , qui coûta 25,000 sous aragonais, dont la valeur actuelle serait de 21,647 ï^ux , ou environ 5,4 ri francs*. Ce choeur a cent quinze stalles dont la principale ma-
' G'ëtàit une somme considérable en Aragon dans ce temps-là.
43lî ITINERAIRE Î>E l'eSPAGNE.
tièrQ est d'un bois £u*t dur qu'on dit dire du rofde àt Flandre; die» sont «liargéed de aculptm^ «t bâa-re- Iie& Cette boiserie est du milieu du ^Yi^ «iède; elle coûta 63,060 sous àragonais , somme équiralente aiyjourd'hui à oelle de 58,255 réaujc, on eaviroit i4,5oo francs.
i Le maitre-autd est dans k genre gothique et prea^ que tout d'albâtre ; c'est un mélange de sculptures de divers genres : on y yoit dans le milieu une Assomption , et, aux deux côtés , une Nativité et une Présentation de Jésus-Christ au temple ; ces ouvrages sont de Damien Formant , de Yalencet
Une pièco souterraine, placée au-dessous deia ohapaile de k Sainte^Ylerge, eat destinée à la sépul-*ture dea chanoine$ ; die est toute incrustée de marbre noir. Ia chapelle de Saint<-Laurent a un autel de marbre mélangé; sa sacristie renferme trois bon^ tableailx : un Saint-Pierre Arbues, un Jésus-Christ mort et un Martyre du Saint-Lauront; celui-ci est de Ribera% La chapelle de Saint-Joachim est rem$a*quable, par le mausolée qui a été érigé » par ordre du roi Charles in , à la mémoire du fameux Joseph Carillo de Albornoz, duc de Montemar, mort en 1747 ; c'est un obélisque porté sur un piédestal, accompagné des statues allégoriques de la Y(4eur et de la Justice ^avec une inscription qui conaaa:*e les services de ce général; il est ^n marbre et a été exécuté par Lambert Martinez^ sur les dessins d'Etienne de La Fetla^
Un édifice d'un genre différent et d'une construction moderne s'élève au milieu de cette église : c'est une espèce de grand pavillon de l'ordre corin-
ROtAUMB d'aRAGON. 4^^
thien, plaoé s6u8 la grande coupole ^ comme Un petit temple isolé , A k manière de la Scinta-Cosa de Lo^ rette i il a intérieurement une forme ovède et est ouvert sur tl*ois faces dont la quatrième est formée par trois autels^ celui du milieu est décoré d'un grand et beau médaillon de marbre blanc ^ dont le bas -« relief re^ présente Faifirée de la Sainte- Vierge, Les ornemens sont ici multipliés : des peintures à fresque embellis»sent les Toutes : elles sont d'Antoine Vékfsquez; la Sainte- Vierge y est entourée de groupes nombreux et Taries d'anges. D'autres nïédaillons en bas-relief sont répandus en diffêrens endroits ; ils rappellent diTers mystères et actions relatife à la Tiei^e Marie : la NatiTité^ les Fiançailles, k Visitation, l'Annoncia-* iioii. Huit statues de saints et plusieurs figures et groupes I d'anges y sont égal^nent distribués; les sôulptured sont de Manuel AlTarez, de Charles de .âalas , de Joseph de Ramire, de Jeati de Léon et de ^Léon Lozano. Quatre autres coupoles plus petites s'^ lëTent au*des8us des Toutes ; dles ont été pdntes à fresque depuis peu d'années par François Bayeu, Raymond Bayeu et François Goya.
On peut dire que les arts se sont réunis pou!r décorer l'intérieur de cette église. On y a^odigué totte les embellissemens qui pouTaient lui donner un caractère auguste^ et on l'a fait avec une richesse , une magnificence et une profasion peu communes. L'architecture , la peinture j k sculpture y oflBrent à l'euTi lexits trésors. Les marbres les plus beaux et les plus redierdiés, l'or, l'argent y étalent leur éokt; des bas-reliefs et des statues de marbre Manc , des I. 28
434 ITINÉRAIEB DE l'kSPAGNE.
comidieft^ des encadremens , des iacmstfltioiis de niM'bres fadancsy verts ^ noirs, jaspés, rariés à rinfini, sy voient de tons oôtés. On pent cependant tronyer rarchitecture trop i-echerdiée et la sculpture trop mapiérée en Tojimt les chapiteaux ornés de détaik confus* Le superbe pavillon de laViergedont onaparlé s^éleve dans le milieu avec Fensemble le jdus imposant; mais Toeil le plus attentif ne peut parcourir tous les détails de ses omemens et de s^ richesses. II manque enfin à l'église elle-même une fiiçade digne de sa beauté et de sa magnificence, et elk a, comme l^ég^ise métropolitaine, le défaut de n'avoir que des portes latérales. -
La Lonja , c'est-à-dire la Ic^e des marchands , ou la Bourse, située près de la porté de l'Ange, est un ancien édifice, grand, carré, assez régulier, autour duquel on voit les bustes de la plupart des roisd'Aa*agon. Le plus remaifquable de son intérieur est une grande salle surmoutée d'une lanterne et garnie d'une dpuble galerie ; elle est soutenue par des arcs et par environ cinquante colonnes doriques de quarante pieds quatre pouces de hauteur qui la divisent en trois parties y elle à cent dix-sept pieds quatre pouces de longueu]||Soixante-treizç pieds quatre pouces de largeur^ et cent trois pieds dix pouces d'élévation : c'est le lieu où s'assemble le corps municipal.
L'hôtel do la Députation, vis*à-vis de la Bourse, était le palais où les Etats du royaume s'assemblaient autrefois; il sert aiyorn^dliui aux séances delà royak audience. C'est un grand édifice construit vew le milieu du XV* siècle : il a cent ^ixante-dix-huit pieds
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deprolbndeiirytrente-qnatre pieds d'élévatiou^ et, à peu près > trente-<leux pieds de face. Sa partie extérieure et supérieure est remplie d'ornemens dorés ^ 4e moulures, de grifiSbus, de lioû^, de centaures et autres objets du%aprice de rarchilectè bu du sculp-* teur. Cet hôtel i*enferme plusieurs grandes et belles salles : celle où se tient la royale audience est ornée de peintures de batailles ; une autre, qui eâi aussi très<ornée , contient les portraits de quelques-uns des justicias d'Aragon. La grande salle est remarquable par ime collection complète des princes qui ont régné en Aragon; il y en a sept des rois de Sobrarbe, six des comtes d'Aragon , yingt-cinq des rois d'Aragon et six des rois d'Espagne.
Quelques maisons particulières méritent d'être distinguées : la porte de la Douane et la maison de Castel-Florit , par les oi*nemens dont elles sont décorées $ ceUe de Zaporta ou de Franco, par son architecture :. cette dernière a deux corps foimés chacun par douze arcades que. soutiennent des colonnes chargées de beaucoup de sculptures en divers objets de caprice et ornées des portraits dé quelques rois en médaillon.
Promenadea. Sarragosse est embellie par plusieurs promenades dont quelques-uues sont très-agréaUes. Elle a des quais qui régnent le long de TÈbre et qui sont bordés par d'assez beaux édifices; ils pourraient être agréables , s'ils étaient plantés d'arbres et bien tenus; mais ils sont nus, négligés , couverts d'ordures et d'embarras^ et ne peuvent procurer aucun agrément. La double avenue en retour, qui s'étend depuis les bords du Galégo jusqu'aux faubourgs de Sarragosse ^&it une
436 ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNE.
prottienadé de la plus grande beauté ^ mais elle n'est point firéquentée^. Une autre promenade , dite de ilfaca^aje^ règne hors de la Tille, sur les bords de l^bre et sur le chemin de Sudivol. La promenade de Santa-Engràcia s^étend sur les bords de la Huerya et Ters le mont Teméro ; elle est embellie par la proxùttité de quelques maisons de campagne, qu^on i^pelle Torrea, Une autre promènatfe, courte, mais bdie et agréable, est située aux portes de la ville t elle est composée de cinq allées plantées de tort beaojc ar^ bres , ayec des bancs de pierre bien distribués ; l'allée du milieu, qui est fort large , sert aux carrosaes^ les autres sont destinées à se promener à pied : die n'est bien fréquentée que les jours de fête. On a aus eons« ^niit une autre promenade, qui fiiit le tour d'une partie de la yille, en formede boulevard y et qui tooche à la précédente; elle sera belle lorsque leè arbres seront veiiua*, jusqu'à présent c^9st en carrosse qu'on s'y promène le plus«
CUrgi. âarragosse a un siège qui fut d^abord ^iscopal souâ les Goths; il fut détruit sotis les Maures et rétabli par le roi Alphonse i^, aptes la conquête de cette vilte , en 1118; il fut enfin érigé en métropde, à laquée on donna pour sufiFragans lés éréques de Htiesoa , de* Barbastro ,-de Jaca , de Tai*azona , d'Âl- * barrazià et de Teruel. Son diocèse comprend trois cent soixattte-cîiiq paroisses, un chapitre de ca&é^ drale et deux ^ûiapitres de cidl^ale; il iie s'étend
< G*est une partie de ravenue, dont on a parle, eii arrivant àr âarragosse.
ROYAUME d' ARAGON. 43?
point sur toute la yille de Sarrogosse; la partie où sont le9 couyem des Capucines de Santa-Engracia et des Carmesr-Dçcliatissés est du diocèse d^ Huesca. Le chapitre de la métropolitaine réside à Sarragosse c'est son chapitre de cathédrale; mais il se partage entre cette église et celle de Notre^Damerdel-Pilar : la moitié dans chacune. Les chanoines changent d'é- ^dse deux fois tous les ans ; cetix qui ont résidé pen-n dant six mois daus Fune^ Yont faire, pendant un pareil temps > Fdffice divin dans l'autre. Ces deux églises alternent aussi pour les fonctions générales capitulaires, comme assemblées du chapitre 9 processions , etc. Elles se font dans celle ^ des deux églises où le doyen réside : celui-ci altei^ne, ainsi que )es chanoines* Ce chapitre est composé de treize dignitaires et de trente chanoines. Outre cek, chacuite de ces deux églises a son clergé particulier : celui de la métropolitaine est de quatre-vingt-douze prébendiers , de cinquante bénéficiera , de soixante ministres pour le service des autels « du choeur et de l'église 3 celui dé Notre-Dame-del-Pilar est de trenteSuit pré^ b^idiws y de trente-iunq bénéficiers ^ de trente mi-* filtres pour le service de l'église ; ce qui £iit un clergé de trois cent quarante-neuf personnes' pour les deux é^liaes. L'habit de choeur <ks chanoines consiste en nue soutane noire ^ un rochet , un mcluteau de soie vio]et et un camail de soie, qui, en été, est violet par derrière, cramoisi par devant, et en hiver cout vert d'hermine.
Cette viUe a dix^sept paroisses, dont une est du diocèse de Huesca , vingt«quatre qouvens de mpines»
438 ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNE.
quatre maisons de clercs réguliers; trei^ côuvens de religieuses; une maison de Béguines de Tordre de Saint-Dominique; un collège de Vierges; une maison de Repenties; quatre églises et maisons exen^tes de la juridittion de l'ordinaire; cinq hôpitaux et un séminaire occupé par des ecclésiastiques qui se livrent principalement aux missions. L'hôpital de la Miséricorde, dont rédifioe fut terminé en 1792, est un bel établissement ; il renferme plus de sept cents personnes: enfans, jeunes gens et vieillards des deux sexes et sans ressources ; on y pourvoit à' leur subsistance et à leurs besoins; on les y occupe à filer de la soie , à cai-der et filer de la laine , à en fabriquer des camelots et quelques étoffes de soie.
Le clergé deSarragosse est encore plus considérable que celui de Barcelone. L'église de Salvador a cinquante-quatre prSbendiers; quinze bénéficiers et vingt-neirf subalternes. Les autres quinze paroisses ont un nombre plus ou moins grand de curés, vicaires e^bénéficiers ; les couvena d'hotnmeô et de femmes^nt très-nombreux : il y en a quarantequatre. Les autres églises ont des prêtres qui les desservent, à quoi il fout ajouter les ministres destinés au service de ces soixante-onze églises , les prêtres et ministres des oratoires et des chapelles particulières.
Administration, Cette viUe est le lieu de résidence du chapitre général du i*oyaume d'Aragon , le ch^4ieu de l'intendance et le siège de la royale audiepce, qui est le tribunal suprême de cette province. Elle a un lieutenant de roi, un major, une gamisoii qui est ordinairement de deux régimens
ROYAUHE d'aRAGON. 4^9
d'infanterie et d'un de cavalerie ou de dragons , un contador principal de guerre et un audAeur de guerre. Elle e^t défendue par une forteresse de peu d'importance,, et qui porté le nom de AljafeHa. Elle ^est administrée, pour les affaires mimicipales , par un corrégidor d'épée, chargé spécialement de l'administration de la justice et des objets de police, et par un nombre déterminé d,^ régidors; elle a deux alcades mayors qui administrent la justice en concurrence , ayec le corrégidor, un tribunal de l'inquisition , une université , une académie des beaux-arts , une société des amis du pays, une école de dessin, une d'agriculture , et une où l'on enseigne les mathémathiques , la philosophie morale, le droit des gens , les élémens de conunerçe et l'économie civile.
Instruction publique. L'instruction publique pour la grammaire , les humanités et la rhétorique était entre les mains des jésuites ; depuis leur suppression , elle a été confiée à des' séculiers. La maison de Venseignance est destinée à i'éducatit>n des jeunes fiUes. Les étudians qui suivent les collèges de l'université sont ordinairement au nombre de huit à neuf cents.
Deux bibliothèques publiques y sidâX ouvertes aux personnes studieuses *, on les doit l'une et l'autre a la bienfSnsance de deux particuliers ; l'une est dans le couyent deSaint-Ildefonse, qui appartient aux Dominicains : elle contient seize cents volumes qui fu^ rent donnés par le marquis de la Gompuesta , et n'a point de livres modernes; l'autre est dans le séminaire-, c'est l'ancienne bibliothèque de don Emmanuel
44^ ITINÉRAIRE DE l'E8PAGNE.
de Roda^ ancien secrétaire d'état au département de grAce et justice , qui l'araît commencée à Rome et qui l'augmenta à Madrid pendant son ministère : elle est bdle ^ nombreuse bien choisie , et contient des collections précieuses*
Hommea célèbres. San*agosse est la patrie de jdusieurs hommes qui se sont distingués dans difEérentes carrières : des Saint -Valère , Braulio, Lambert , de Sainte-Engracia 5, des historiens , Antoine Agustino , que le sayant dé Thou appela la lumière de l'Espagne; Gonsalye Garcie de Santa-Maria 4 Jérôme de Blancas, Jérôme Zurita, et Barthélemi-Léonard de Ai*gensola^ son continuateur; du poète romain Prûdentius, de l'orateur Petrus, qui se distingua dans le rv* siède de l'ère chrétienne 5 du poëte Albert Diaz de FoncaMa, de Jean-François-André de UstaiToz, qui fut à la fois, vers le milieu du XYn* siècle , orateur, historien et poëte ; d'Antoine Ohyan Maldonado, &meux prédicateur ; du théologien Didace-Antoine*Frauç'ois de Arrutigoyti , éVéque de Barbastro ; d'un jurisoçusulte distingué, Seryato de Anifion; des bons peintres de nos jours, les frères Bayeu, et François Gojra, leur cousin.
Mœurs et coûtumea. U y a peu.de kuce à Sarragosse. On ne yoit dans les rues et dans les {n*omenades que des chapeaux ronds et des manteaux noirs ou bruns; c'est le oostume le plus ordinaire do peujde , des artisans, marchands et négocians, et des bons bourgeois; il n'y a guère que la noblesse , le militaire, la magistrature et les employés aux fermes do roi qui ne l'aient point adopté. Les hommes sont ,
ROYAUME b'aRAGON. 44^
80U6 ce manteau , en gilet , s^ns habit , sans col ni crayatte; leur parure consiste ^lans des manteaux plus ou moins fins, (Quoique toujours en étoffes de Jaine, de drap en hiver, d'un^ étoffe plus légère en été, quelquefois de taffetas. Ds affectent de laisser voir lecBTs gilets, qui sont plus ou moins beaux, en por<tant le manteau de manière qu'il découvre une épaule et qu'il, passe de ce côté sous le bra^; ils étalent de foii; grands jabots et sont cependant sans manchettes. , Ce costume frappe le voyageur la première fois qu'il le voit; mais il le retrouve souvent en Espagne, quoi^ que rarement dans les grandes villes. Les femmes, à l'exception de celles des premiers rang^, y sont vô*tues simplement ) à peine eu voit-on quelques-unes qui se distinguent im peu par la recherche de leurs ajustemens; on y trouve peu de ces parures élégantes que l'on remarque dans les villes de la première et de la seconde classe. Sarragosse est pourtant une des belles villes de l'Espagne : elle est grande, dans une situation délicieuse, sous' un ciel tempéré, et où les ressources de l'aisance pourraient être abondantes parmi le peuple; mais cette ville est sans industrie et sans commerce : on prétend que c'est ïe clergé qui y possède les plus grandes richesses. Quoi qu'il en soit , tout y est sérieux et compassé, pour ne pas dire triste et monotone : ni société , ni rassemblemens, ni aucune espèce de divertissonens. D semble qu'elle est sans ressource, parce que 9i^ hahitana ne font aucun effort pour s'en ci^r; accoutumés 1 cet état d'apathie et de langueur, ils ne se doutenf pas seulement qu'il leur soit possible d'en sortir. D y avait
44^ ITINÉRAIRE DE l'kPâGME.
autrefois un spectacle pendant toute Tannée; mais^ vers le milieu du dernier siècle , la saQe fut consumée par un incendie qui fit périr plusieurs personnes. L'archevêque , dirigé par son zèle apostolique , présenta ce malheur comme im signe de la réprobation céleste ; et^ dans la consternation que i^pandit ce cruel accident ^ les habitans firent aux pieds des autels le Toeu solennel de bannir à jamais le spectacle de leur Tille. Cependant la génération suivante , oubliant le serment, fit rétabUr une salle de spectacle dans la Tille à la fin du même siècle , en 1796.
Une those singtiUère , c'est que Sarragpsse soit sans fontaines publiques; le canal qu'on construit près de la yillë pouiTa sans doute , en ranimant le commerce , réveiller l'activité et développer 1© génie heureux des habitans.
Auhetges. H y ^ plusieurs maisons de poaada; mais il n'y a qw'une seule auberge tenue par un Catalan, sous l'enseigne des Trois-Rois ; elle est assez mauvaiâe; les chambres y sont mal meublées et sales, les lits mauvais 7 la table mal se^rie et les prix assez chers*
ENTIRONS DE SAK&AGOSSE.
Aljuféria. C'est un chàt^u situé hors des portes de la ville de Sarragosse, sur le chemin de la Nouvelle - Castille ; il fut autrefois successivement le palais des rois maures, et,, après leur expulsion, celui des rois d'Ai*agon ; il fut cédé dans la suite par bs rois d'Espagne à l'Inquisition, et devint le si^e
ROYAUME 0'aRAGON. 44*^
et le lieu deà prisons de ce tribunal. l%ilippe' V la convertit, dans le xvm* siècle, en une forteresse, mai fortifiée et peu importante. On y voit encore quelques appartemens du temps des rois d'.|p^goA ; la grande salle est remarquable par la quantité , la variété et la beauté des peintures, des dorures et des autres omemens donf elle est décorée. Cette forteresse a un gouverneur particidier.
Le couvent de la Merci , sous le titre de Saint-LazarGjf est hors de la ville, dans une situation trèsagréable; il est grand et vaste. Son escalier est d'une magnificence peu commune \ il forme ime belle rampe, qui, au premier pallier, se divise en deux paiiies montantes sur la droite et siu* la gauche : les marches sont en beau marbre noir de Calalrao; il est soutenu par deux rangs de colonnes de Tordre dorique, du même marbre ; il est éclairé par une grande lanterne qui le surmonte et qui répand un très-beau jour. La sacristie de l'église de ce couvent renferme quelques bons tableau^ , mais qui ne sont que des copies.
Chartreuse de la Conception. Cette maison religieuse est à ime lieue de Sarragosse, en suivant le bord de FÈbre^ à un peu moins d'une demi-Ueue du bord méridional de ce fleuve. Elle fut fondée , en i648 , par Alphonse Funes de Yillalpando et Jéromette Zaporta-y-Albion , sa femme. Son église, renouvelée en 1781 , n'a rien de remarquaÛe; mais l'enclos en est de la plus grande beauté; il est d'une étendue considérable. La cultm^e la plus soignée y aide aux productions les plus multipliées ; 1^
444 ITINÉR41RE DB L^ESPAQNE.
champs y les vignes, leâ bois, les bosquets, les Tergers, les jardins potagers ^ les parterres s'y succèdent; . on y compte entre autres deux mille olivia^s et six cea^ arbres fruitiers. C'est un endroit délicieux 3 il devient encore jdus agréable par l'excellent ^coaeil qu'on y reçoit des religieux qui l'habitent
Le canal d'Aragon , que l'on a déjà conduit pi^esque sous les murs de Sarragosse , fut commencé ep 15^9, par ordre de Charles 1% suspendu en i538, repris en i566 par ordre da roi Philippe u, abandonné de nouveau, et repris encore ^ en 1770, sous Charles m, par une compagnie hollandaise , et con<tinué, en 1775, par ordre du même prince. Malgré la protection et les secours du gouvernement 9 il aurait été sans dgute ^ibandonné plusieurs fois , ai le zèle in&tigable et les .eflEbrts soutenus d'un citoyen généreux n'avaient s^jiimé et soutenu une entreprise aussi utile. L'Aragon lui devra^ son conimerce^ la renaissance de son indnstrie> sa richesse et son bonheur. Cet ami, ce bié^&iteur de soii pays est un chanoine de la métropole, de l'illustre et ancienne maison de Piûatelli : il n^ériterait de la ville de Sarragosse, qui doit s'honorer elle-même dans uu tel compatriote, un np^onument public où elle lui exprimerait sa re* connaissance et sa vénération.
On a &rmé ce canal 4^ la réunion de Tanciefi can4l Impérial et du canal de Tauste. U p^end son origine dans le territoire de Font^Uas., près de TudéUn ^^ royawi^e de N^ivaire : spn étendue, JQsqu'i son entrée dans l'Èbre , doit être de soixan^-dix-neuf mille quatre cent séisme toises, ou environ virïgt-six
HOYAVMB d'aRAGOIT. 44^
lieues et demie; il est continué, jusqu'à une lieue au^ dessous de Sàrr^gosse ( il restait encore quelques lieues à fiiire poui* le tertoiher ) 5 il se décharge dans l'Èbre , fleuve qui se jette dans la Méditerranée, près d'Emposta, aundessous de Tortosa. Il porte déjà bateau; on y a établi un coche ou diUgence d'eau ^ gi^d et bien conditionné , pour le transport des Toyiageurs« On y a aussi ccinstruit des ponts, /des digues> des chausssées, des écluses; on l'a ouvert de tout côté pour en conduire les eaux dans les terres et servir à l'arrosage. On a construit dans la vallée de Rio-Jalon un aqueduc formé *par un encaissement de pierres de taille, de sept cent dix toises de longueur, et de dix^^pt pieds d'épaisseur à sa base , sous lequel ccmle la rivière de Jalon, et dans lequel le cuiiàl roule ses eaux. Ce ^travail a coûté i5 millions de réaux, ou 3,^50,000 francs. Ou a le projet de le continuer ensuite du côté opposé , de. lui faire traverser la Nat^arre et une partie de la Biscaye , et de le eouduire jusqu'à l'Océan; oa établirait ainsi une communication eçtre les deux mers. Ce canal e^ de la plus grande importance ; il donnera une activité inconnue jusqu'ici au commerce des pays qull parcomrt ; il ks fécondera par l'arrosage d'une quantité innombrable de terres incultes, stériles ou de peu de rapport; il enrichh*a les peuples par la grande facilité qu'il leur donnera do se défaire de leurs denrées. L'Àragon en éprouve déjà les avantages ; l'agriculture a pris une nouvelle face dans les contrées qui sont arrosées par les eaux de ce canal.
44t> ITINÉRAIRE DE l' ESPAGNE.
RouU depuis Sav^^aoosse jufqiiaux frontières de la Non-
velle-Castiile, par Dajeioca, i4 Ueues '/
lîeues.
Sabbagosse à
Santa-Fé, village ,
Maria, village,
Venta de Matorita ,
Lamuéla , village ,
Longarès, village,
Carinena, ville,
Venta de Saint-Martin ,
Mayna^ village, •
Retascon, village,
Xiloca , rivière sans pont , Daroca, ville,
Used, village,
Total , i 4 'A
Au sortir de SarU'agosse ^ on parcourt des terres inégales ; bientôt on monte jusqu'à Maria , village éloigné de deux lieues. Après être passé à celui dé Santa-Fé, qui est à moitié chemin, on trouve la venta de Matorita et le village de Lamuéla, auquel succède uce suite de collines formées piar des roches de pierre calcaire; on arrive, trois heures plus tard^ à liongarès , village auprès duquel on trouve des vignes. On entre ici dans u.ue plaine formée de terre calcaire et de grès , et cultivée en grains ; elle conduit à Caiiûcna, petite ville
ROYAUME D'ARAaÔN. 44?
connue par la bonté de ses vins; on y tjronve une église paroissiale , deux couvens de . religieux et une population de deux mille habitanS.
On parcourt ensuite une pkihe courte ^ mais couverte de vignes et d'oliviers. On monte pendant deux heures ; on passe à la vçnta de Saint-Martin ; on descend pendant deux autres lîfeues sur un cordon de èoUines gtrides et iiicjultes où l'on passe au village de Mayna; on entre dans une plaine cultivée, ou l'on trouve le village de Retascon ; on desceod de nouveau sur une petite montagne très*escarpée; on passe à gué la rivière de Xil^ca, et on arrive à Daroca.
Daroca est une ancienne et petite ville qu'on dit avoir été fondée par les Celtibériens , et qui, après avoir été sous la domination des Maures , fut conquise èur ces peuples , en n 23, par Je roi Alphonse i". Elle est située ds^ns un fond entre deux collines , sur la rive occidentale de la rivière dç Xiloca. Elle a un chapitre de collégiale , six autres églises paroissiales, cinq couvent de religieux, un de religieuses, trois hôpitaux, dix ermitages, chapielles ou oratoires, dont trois furent autrefois des paroisses, et dont deux appartinrent aux Tem^ pliers; elle a des casernes pour la cavalerie, un corrégidoï^ et un alcade mayor ; sa population est d'environ ciiiq mille personnes. Cette
44^ ITINÉRAIRE DE L^E9PÀONE.
TÎUe est recommandable par la bonté de ses eaux et par le grand nombre de ses fontaines ; il y en a une airec vingt tuyaux, qui fournissent toujours de l'eau. Elle est embellie par une belle promenade garnie de deux rangs de peupliers très-élèves ; on la parcourt en ve* nant de Calatayud : les couvens des Trinitaires, des Dominicains et des Capucins y sont situés.
La position de Daroca l'exposait à être submergée par les eaux du Xiloca et par celles qui tombent des collines voisines, dans les temps des orages, des 'fortes pluies et de la fonte des neiges ; mais on a prévenu- ce danger, en pratiquant , sur la partie supérieure et le long de là colline , un écouloir qu'on appelle la Mina. On y voit un beau souterrain de sept cent quatre-vitigts varas de long. Cette ville fut la patrie de Jean-Michel Ferez de Hérédia et de Jean- Antoine Uson, théologiens du XVII' siècle , et des historiens Jean de Aguas et François Ximenez : celui-ci écrivit dans le XIII ^ siècle l'histoire de la restauration de TEs^ pagne.
On est entouré ici de montagnes inclinées de tous les côtés vers l'horizon , et couvertes de couches d'un gravier en partie schisteux , en partie âlioeux. Là sortie de Daroca est délicieuse; on parcourt une stiperbe vallée fertilisée par les eaux d'une petite rivière qui
ItOTAUttE d'aRA&ÔN. 44d
l?ait'weples enclos s'y multiplient , les jardins s'y succèdent, les arbres fruitiers m touvfmÀ la surfece : ils y forment comme des forêts ; et partout la belle Nàtùrë y étale ses richesses; On y cultivé aussi du chanvre qui est d'une e]u:i4lente qualité. Dans cette même vallée, il se livra , en 1 1 21 , un sanglant combat , où Alphon^eJe-Batailleur , roi d'Aragon , remporta la victoire la plus complète , sur Mahomed Texefin^ fils d'AliJuchef, roi m^ur^'de Gordoijie. > '
Au sortir de cette belle vallée, une montée coudait à une ouverture de la montagne d'environ deux cents pas de large ; on la parcoi^rt ^pendant deux lieues y efc çn (9^riv€i à Used. Ce village est situé an pied d'un cordon de'coHineà sablonneuses , qui va se terniirier à une petite p!aine. Au su4 de ce village «^st un lac assez considérable appelée Gàllocahfa, d'où l'on tire 4w sel de» , cuisine et du sel amer. M. le colonel Bory de Saint-Vincent a prouvé, dans la<paF&e fJbysique de s€S otrvi^ages stir là Péninsule , que tiaUoean^a f ain$i ^e les idiVeiiid antres! iM^^Iés , TôpréseJit^^ftt <f antiques* Ca^pienneil enpartiô <}esfréishées: ^
. A<tiqaelqae;: distance d'Ui^,>dii ëH^ë'&mt
la NoHbreïl0tÇâstille. On peut se rendre «ilàMi
c^tte^pHû^vi^fcb pa^i^ 't»â^ à^tre ckethin ^ ^îii ëH
prluf» long d'eriii^n six lieues , en paàsa^t pat*
45o ITIMËRAIEE DE JL'eSPAGNE.
lu >iHe de Calatayud: c'est celui que nous. allons décrire.
Route depuis Sarbagqsse jusqu'aux confins de la Nouvelle-Castille^ par Caiatayud, 20 lieues 72.
lîeue».
Sarragosse à
Lamuëla, village^
Venta de la Roméra ,
AlmuTiia , petite ville ,
Venta de San-Miquel ,
ËlFresno^ grillage,
Calatayud, ville,
Terré, village, * , . .
Técha, village, "
Cbierca, village.
Alhama de Los Bdîios, Village ,^^ "■ ' ■
I^e Jaliom, rivièrt etpont, ): •:)ùr\
Satina , village.
Sisamon , village ,
Frontières de k Nouvelle-Castille ,
TotAt,
Qn. jsort de Sarragosse par un beaH efaemiQ ^ qui tr^yetse.uiiô plaide , d'abord btei^cultiTée 4 bieototi.arV^ it iJ^Solument intcùlle ^on le.pso** court pendant deux betire^ et demie. On commeuice ensuite \ monter ;. oa $'énfo«ce[ dans des gojr^es \^ , €^ Irapobit ( dies. jnanLâgatib ékvées, fjui sont ^fîidi^s ^t m:Mè^es^ . p l'exception de ^jqieljqijies peUts la«nbèiau9i Î9olié% où l'oniaper^
çoit de temps en temps quelques traces d'une' cullare lajogaiss^nte. Après tuie^ montée de deux heures et, demie , on pàWiehk à ûbe plaine d'une étendue immense , oft Ton toit avec plaisir une /culture soignée.^ On' arMve bientôt à bamuéla ^ niauvais petit village , dont ' la /70^ada est détestable. '^ ' ' ^
; On continue à parcourir la *fréhïe jylame ; inai^.elle est nioins bien cultivée- et coupées par des petites ^minences et par des raviAs;. Une vdem^eure après ^ Une* descente assez' ititide conduit , à une autre plaine vaste, en' fpri9e> de coaqùe vCnvk'onnée de montagnes 4 ail ^il^u delaquelle est la venta de la Roméra' \ * qf),l4:. parcourt pendant quatre heures^; elté' efKpi^que abâoltiment inculte dans tMôuteson' éft^i^4^* On. n'y trouve que quelques petits intervalles plantés en vignes, en oliviéi's et èii ' aitbres fruitiers ; ils sont aux environs du villli,g.e d^ Gajtrava qu'oii aperçoit dans les terres'^^ à e«vii;w mille pas à la droite. '**
lie c0up-d'dsil d)evient ici agréable et pitto^' reiSM{Uç. Un superbe vsdlon se présente à k vu|B ; d^ ricliçta^ tapis de vei^dure rembéllissent ; da$ oliviers , des aAres fruitiers , des vignes, des préa, des jardins, couvrent sa surfatce:* des rui^Jîf»jii:s d'une eau limpide y-^rpênéenc 4e toute part;; up , village» par le <îôté , une pçtit^ yille ^Asi»s le Cond terminent admirable*
452 ITINÉRAIRE DE l'eSPAGITE.
ment bie» le tableau. Ce spectacle^ algréable pi^raîtd'f^VltaQt plus dâicienx^ qn'cm Tient de qxiiljter un p^ys 3ec et inculte , dont Faspect est, mqnotouè et fatigant;, et le tableau en est. encoire d'autant plus impoààpt ^ que la richesse du yalloq cco^tiraste avec l'aridité ^ la nudité des montagnes qui i'entoui^ent.
On coQÛat^^ de descendre dans le wallon ; on marche pendant une demi^heure au milieu dçxaJTipagnes vertes , riantes, de jardi»» biaiï tenus et gracieux^ d'arbre» Taries, dont^quel*qucs-uns /)inbragent le .chemin, de ruisseaux qiji rafraîchissent Tair et fertilisent les terres. On arrive jiinsi à Âlmunia, petite tiH^df'^nviroti trois mille habitans , dans un^e- situation c^rni^nte , et tbnt les approches aqnonqenf l'adsa^nc^ ; elle a deux églises, pat^^issiatés et 4eux coutens d'hommes. ;
On Côtoie ensuite la montagne pendant trois quarts d'heure , par uil cheinin étroit et dont' les environs sont couverts d'olivier»; On eiltre dans les^^nopo^tagnes^deMa^rada del C-t^^^iâ ,par Hue gôirge qui est i aussi CQt^»€^te-i€l'6liviQl^s ; c^ i^onUjig^Q^ soiut plantées t(lë vignes pt^sKfue jusqu'à s l^ur partie là plus élevée* On'uibntiè icipQi^dant deux heures; oh passe à la vfenta de SjaurMiguel; o» parvkn* au so^n^t ; on suit un, passage étroit affelé* PiiMo dèi Fv^mq. îu^ v^ie {plonge. aloi^s^ns im petit
SOTAUMED' ARAGON/ 4^5
yaUan cauyert de champs ^ <fo vigôès et d'oliviers , mais qui ne présente ni lès beatités ^ ni là Tie , ni ragi:*ément de celui d'Almuiiia^j oh descend pendant demi^heure; et oii arril^e £|U l^esnoly petit yillage pauvre , sans r^sdurtte pour les vojrageui's ^ do»t la posézdfL. ne vaufc pas mieux que la précédente. Fresiîo n'a d'a^ gréable qu'une fontaine al>ondant;6 qui est su|* la place , dont ^ea^ est pure^ bontie et fraSélfiS'. £n sortapbt de ce village ^ on •renjtpe dans )ek montagnes; on parvient à leur H9il!i<tieK^^pi4$ ayo^r^ pendant d:èux betireb et demie, \gra^ des chemins difficiles; on sW- trouvé âlorjs bien dédommagé ppr le spects^ie intérefi»âa4it qi^'on a sous les- yeux. La vi!i€r^ ploWge siir le superbe vallon de Calatayud : la Natuire paraît y avoir étalé toutes ses richesses : d'immense et superbes tapis de verdure s^y étendent de tout côté; les arbres s'y muhipHeût;. deui rivières, le*Jâlon et le Xiloca , y rottlent 1^^ eaux vivifiantes ^ des ruisseaux aboqdadffy pat^ courent les terres et y poi^ent la fécondité ^, enfin la ville de Calatayud s^élève slu imlieii de ce paysage magnifique , adossée cdutife ^niè montagne, oii l'on voit des ruines d'édifices qui annoncent son antiquité. Oh y aorrive après avoir paecoiii^ avec plakîr une 'pki^îb de de charmant vallon. : ;^.^
Cai,atatod. Cette ville fut foiidée ^dans h Viii* siècle par Ajub, ^néral maure, avcd les
454 ITINiHAfRfi 0E l'B89â6NE.
rteinea de rancienne Bibilis; celle-ci était à une demi-'Ueua plus loin^ sur une montagne dont tle pied QSjt arrosé par la riyière de Jalon ^ et K{ui)rètifintf encore son ancien nom de Baubola ou Bambola, On y a. trouvé, en différens tempS: 9 . plusieurs laohumens rotnains ; elle resta. 9oi|iSf la domination des Maurespendi^nt plus de ^atre siècles , et passa , en 1 118 , sous celléidts rois d'Aragon , par la conquête qu'en fit le roi Âlphcmse r% qui la prit d'assaut ; elle fut la^^rie du poëte Martial , qui célébra ses moes.dW et de fer, et la boime trempe que l'ea,u de Jalon donne à ce dermer métal : elfe n^oit été reconmiandable parla bonté de ses «îTRAes* Calalayud est assez grande , dans une Âtuaiioa agréable , sur la rive^ droite du Jalon, au. confluent de cette rivière et da Xiloca , au milita' /du vallon fertile dont on vient^ de parleri J^lle est îassez bien percée; on y trouve vifi^'t'rdettx places^ de dilBereniei^gi-andeurs , ^uariiutatiquatre rues prineip€Ues,:iieuf portes, quetlques beaux.édifiœs, trois faubourgs , trois ponts et une belle fontaine de anse tuyaux. Quelques belles promenades régnent > autour dei$ies ihurs^ elles .sont couvertes d'arbres et arrosées! ipar^ divers ruisseaux. Cette ville a deui diapitres de collégiale, sept églises paroissiales, un séminaire, six couvenS de religieux, 4:inq de religieuses , deux collèges qui soûtsuivis par un millier d'époliers, un corré-
HOTAHMB d'aRAGON. 4^5
gidor, un alcade majror et; une poptilation d'enyiron neuf mille personnes. On y compte douze ou treize manufactures de savon.
Les deux chapitres sont sous les noms de SainXe^Marie et du SainUSépulcre, Le premier est composé de quatre dignités ^ quatre offices ^ quatorze c^nonicats et dix prébendes. Le dernier est régulier et exempt de la juridiction de Tordipaire ; il est présidé par un prieur qui porte la croix d\)r en sautoir^ comme les évêqups , et composé de quatre chanoines réguliers, d'un chanoine cs^mériei', qui n'est point regulief, et de quatre prében-^ diers. . .
Le couyent de la Merci ^t situé sur fa principale promenade,^ dont. il Sût un or^6meIlt: c'est un édifice carré) construit en briques \ la façade en est ornée depilastre&9 entre lesquels on compte trois rangs de quatorze balcons cha^cun; d'autres ornemens l'embellissent 5 on la voit avec plaisir. .
L'église du Saint-Sépulcre est sur une petite place ^ la &çade en est simple, mais agréable ; l'église a trois . nefs développées avec noblesse; le maître -autel est à la romaine} il consirte en un pavillon soutenu par quatre colonnes de marbre, sous lequel est plaëé le sépulcre de Notroi-Seigneur Jésus-Qirist. Le sanctuaire est fermé par une bahistrade; te devait; d'autel , les gradiàs , les ornemens, la balustrade sont , eii partie, de marbre blanc et, en partie, de marbre ja^pé.
456 iTiNÉaAiiiE DE l'Espagne.
Hommes célèbres. Si ranciennd Bibilis fîit recomniandable pour aToir été la patrie de Martial, la Calatayiid moderne se glorifie, avec raison, d'avoir donné le jour au célèbre politique Laurent Gracian ; elle fut a'ussi la patrie de Jean Gascon , philosophe du xvi* siècle 5 du commentateur d'Avicenne Didace Lopez, du naturaliste André Ferrer de Valdécébro, qui écrivit, en 1660, sur lès animaux , principalement sur les oiseaux.
Auberges. II n'y a d'auberges qu'une seule/70*a Aï, dont le bâtiment est beau et les appartemens tenus avec assez de propreté; mais, pour y manger passablement, il faut faire acheter exprès deà vivres dans la ville, qui est ordinairement assez bien pourvue.
Après avoir quitté Calatayud , on continue à parcourir le même vallon peildaut tMife heui:*e et demie, efi côfoyànt des mofttagties nues et tr^sélévées ; on y i-etrouté les mêmes beautés, les mêmes richesses, jusqu'au village de Terré , qui est a son extrémité. On sort ici du vallon, en le traversant dans "sa largeur, qui se rétrécit beaucoup dans cette partie. Après une montée et une rfe^cepte fort ^Q^ce , qii çntre dans un autre grand. Vî^Uonj^u iJii^me geiiure., arrosé par le Ja^loip^^) bien, çult^vç^^ofi^erl^jsurtputde bie^iç. jardinp, et ei;itQWjédQi«MW^giies. w?bellies par die uombireu^e^ vignesj; il conduit jusqu'à Tédha ,.bà Ifon arrive a^rès d'avoir paroouru pendant «ne beui^e et dbmiie.
ADTAUlliE d'aHAGOIT. 4^7
Téoha est tm grand village^ séparé en deux par le Ja^cm qu'on passe sur un potit de pierre de trois arches. Un de ses clochers <eSt très-élégant par sa forme et par ses Ornemens ,*dans le genre arabesque ; un autre clocher, qui formé vote grosse tour très - élevée ', à' perdu son aplomb; il s'est déj été sur un côté, et penche tellement, qu'il semble prêt i se rettrerser. Il est dans cet état depuis un temps imtnémorial;«on n'en parle point, quoique cependant il soit très-remarquable, Le gouvernement a foit construirez^ en 1796, à rextrémîté de ce village ,' une grande maison destinée à servir de posada pour les voyageurs . ^
Le même vallon , par un échappement agréable , Sfè^pt^olotige pendant un quart de lieue au milieu des montagnes ; il est arrosé par un grand ruisseau , et présente une suite nombreuse de beaux jardins^ On en sort par'un chemin uni^ beau , mais étroit : deux voitures ne péUrraieiit point y passer. On côtoie la montagne à la droite ; la gauche est embellie par un fond verdoyant arrosé par un ruisseau j et par un0 <;haîne de petits vallons , qui sont tous cultivés et beaux , et se succèdent avec rapidité pehdant plus d*une lieue. On arrive à Ubiercà ^ village misérable, bâti en amphitibéÂtre, et, une dettii-heure après, à Alhtrma dé Los Bafios , autre village encore plus miséta-
458 ITINl^RAII^B dE^L'BSBAONE.
ble. Ce dej^QÎer endroit iujt anciennement une place forte possédée loiig-temps par les Maures^ et çônquMe sur ces peuples , en 1 12:^^ par ^ ♦ Alpbonse , roi d'Aragon ; il est. situé sur le Ja-
lon^ au pied de mon^gnes élevées^ où l'on voit beaucoup d'habitation^ souterraines, creusées dans la montagne , qui servent d'asile à la misère d'une partie des peuples de cette con-* trée. Ce village n'est plus reçonimandable aujourd'hui que par des bains d'eaux thermales, qui sont à UQe portée de fusil , et dont on vante les propriétés contre les rhumatismes et les douleurs invétérées ; Ùs furent autrefois trèsfréquentés ; il parait qu'ils le sont moins aujourd'hui. On passe le J^lon gui" iun peti(t,pont, $ku sortir d'Alh^ma ; on trouve tout 4e suite, h 1^ gauche , l'édifice des bains , qui est construit su^ le flanc de la montagne. On commence à monter par une pente douce.et iia^erisible , en passant sur la pelouse , et , de temps en temps, à côté de terres cultivées ; après Une heure , on aperçoit le village de Fuente-Mina , qu'on laisse h la droite , à trois c^nts pas du chemin ; et, une demi-heure après, on traverse, celui de Satina , qui est assez grand* «
On monte . toujours par une pente douce et par un chemin uni , encore étroit , ^'enfonçant dans les montagnes qui deviennent extrêmement boisées. Lés arbres se nfinltiptient ,
ROYAUME d'aRAGON. . 4^^
s^épaissi^sent ^ se rapprochent dii chemin et le couTrent quelquefois entièrement ; Içs détours s*y multjpUent; le .trajet en est d'une heure et demie ; on y est éloigné de toute habitation.; il est aisé de s'y cacher ^t de surprendre les voyageurs. Ce passage pourrait être dangereux : il y a des parties qu'on ne parcourt qu'avec une terreur secrète. Au sortir du bois, 4)n. monte cucore pendant près d'une heure; on tatre diins une plaine ^ et bientôt on arrive à Sisamon , petit et mauvais village \ Iç dernier du royaume d'Araçon , sur les frontières de la Nouvelle-Castille. La posaday est détestable; on y manque de tout; et le village n'est pas mieux pourvu : îl est ^itué à l'entrée de rimmense paramèra appelée las Serranias, qui s'étend curies montagnes très-élevées, ou commence, de ce côté, la si^ra de Cuença. Qn la parcourt au sorm* de Sisamon, par un chemin uni et beau, mais qu'on ne doit qu'à la Nature ; elle est en partie inculte , en partie cultivée, et la plus grande étendue en est extrêmement boisée, mais d|a reste sèche et aride. Après trois quarts d'heure de marche , on aperçoit, à la droite , sur une petite hauteur, une petite tour carrée qui marque les limites de î'Aragon et de la Nouvelle-Castille ; et on entre tout de suite dans cette dernière province*
4^0 ITINÉRAIRE DE l'eSVAGNE.