ROYAUME ^^ARAGON
ce qu^on leur reproche ; mais la vérité oblige d^avouer que ces dé£iats sont bien compensés par des qualités vraiment estimables.
Si les Aragonais sont froids et sérieux, ilà sont réfléchis, prudens et pourvus d'un jugement solide et d'un sens droit. Leur prévention en faveur de leur pays ne les aveugle point sur les avantages des autï*es; ils les connaissent; ils rendent aisément hommage au mérite étranger. S'ils sont fiers, ils sont honnêtes; l'accueil, quoique sérieux et froid, qu'ils font aux étrangers , est peut-être plus solide que les politesses qu'on leur fait dans d'autres provinces. Ils ont l'imagination vive , la conception facile. Habiles courtisans sans fausseté, courageux sans &nfaron* nade , braves jusqu'à la témérité , leurs soldats se sont toujours distingués dabs -l'armée espagnole; et la province a donné beaucoup d'excellens capitaines. Leur dn*actère est naturellenient décidé , ferme et inébranlable : ils ont de la fierté, de l'audace, de l'ambition, mais souvent de l'indocilité; ib ne cédèrent jamais lorsqu'il fallut combattre pour la défense de leurs privilèges et de leurs lois ; ce fut là , plus d'une fois, le naotif des plus grands troubles.
Le caractère des Aragonais influe sur leurs usages et leurs coutumes. Ils portent toujours l'empreinte d'un séiîeux et d'une étiquette qui donne, même à leurs plaisirs , une apparence de tristesse. Tout se fait , parmi eux , par compas et par mesure ; tout s'y rapporte aux anciens usages; le peu qu'ils ont adopté de leurs voisins se confond dans ceux qu'ils suivaient (auparavant.
L'ancienne langue des Aragonais était un composé
de dififêrentes langues. Les comtes de Barcelone, en montant sur le trône d'Aragon, y portèrent la langue qu'on par^lait dans leurs étals, la langue Umo^ sine , connue aujourd'hui ^ous le nom de langue catalane. Insensiblement le castillan s'y introduisit après la réunion de cette province à la couronne de Castille : c'est la seule langue %u'on y parle aujourd'hui i mais parmi le peuple elle est encore mêlée de beaucoup d'expressions catalanes.
Le gilet, le manteau, le chapeim rond, forment le costume des états mitoyens entre la noblesse et le peuple. La noblesse, la magistrature, les employés ont entièrement Thabit à la française } le peuple porte un gilet, une camisole parrdessus q^i est attachée souvent avec une courroie, un grand chapeau rond, et ordinairement deux lorsqu'il doit s'exposer au soleil*
La simplicité des vêtemens s'est plus soutenue en Aragon que dans les provinces voisines. Le luxe de la Catalogne et du lt>yûume de Valence n'y a point pénétré avec la même activité^ il commence cependant à s'y répandre ; il y a lieu de croire qu'il s'étendra 5 alors l' Aragon' pbmra bientôt s'en repentir ; car le luxe est toujours dangereux quand on ne sait l'alimenter qu'en tirant du dehors les objets qui y servent : et cette nécessité doit conduire à l'appauvrissemetit du pays.