‹ Itinéraire descriptif de l'EspagneChapitre 31 sur 33 · LEUR P · texte numérisé non relu

LEUR P

earjauz de

RODUIT

en Irancf.

Vin.....

i63,Qoanifltroa.

BM

783,000 cahûes.

lin

4,8a5 quint, .

, aoo

j^hanvrat

57,70Q qviint* .

fjùme.'.

3o»o^o qwm.*

6^96a,,obo

|4o,ooolj^r^..

f,6io,ooo

ROYAUME p'ÀRAGON. 473

U manque à ce tableau quelques objets dont on n'aurait pu connaître la quantité et le, produit qu'imparfaitement, tels que les fruits, safran, souda et huile; celle-ci fait un objet assez considérable ; les autres sont peu importans. H est donc aisé de juger, par tout ce qui a été présenté sur l'agriculture , com* bien elle est négligée dans le i^oyaume d'Aragon. Si on en compare les production^ ay^ celles de la Ca-^. talogne et du royaume de Yalençe , avec lesquels il confine et qu'il ^le en fertilité, on trouvera une différence frappante; il excède la Catalogne de plus d'un cinquième en étendue et le royaume de Valence d'un tier?; cependant les productions de l'Aragon ne donnent qu'un peu plus de so millions de francs , tandis qu€^ le ^prpduit de celles de la Catalogne va à près àe 4o millions de francs, et celui de Valence à près de &i millions. Ainsi celui de la Catalogne est le double, et celui de Valence de pluç de deux tiers.

On commence en Aragon, depuis quelque temps, à s'y liyrer à la culture de la garance; mais c'est encore assez médiocrement.

Manufactures et fabriques. Cette province pourrait, arec ses seules productions , fournir à un grand nombte de manufactures , ou.fabriques de différentes espèces. Il y a des laines excellentes , des belles soies , des huiles , du lin, du chanvre , des vins forts et trèscolorés, dû fer en abondance, de la terre exodlente pour la faïence et pour la porcelaine ; elle pourrait avoir des fabriques de draps gros et fins, de d^érens geflres de lainages, de soieries et de toiles, d'eau-devie , d'ouvrages en fer , et des savonneries ; ces éta-

^igitized by CjOOQ IC

474 ITINÉRAIRE DE l'b^PAGNE.

blissemens pourraient même deyenir ooiisidérabIe& en perfectionnant Fagriculture et en lui donnatit plus d'étendue ; on augm'enterait ainsi la quantité dea matières premières. Au contraire, on a laissé dépérir les manufactures qu'il y avait autrefois. Celles de draps de Teruel étaient fameuses; elles n'existent plus ; et la plus grande partie des laines passe en Catalogne et en France. On faisait de l'acier excellent près de Calatayud : il n'en est plus question. Sarragosse ayait des bonnes fabriques de lames d'épée, et Calatayud, de coutelleries ; elles sont tombées. M<mtalban ayait un corps d'ouyriers qui travaillaient le jayet fin qu'on trouve à Daroca; il est supprkné*

La dépopulation de cette province peut avoir contribué à une espèce d'indifférence sur des objeta aussi importans ; mais le défai^t de débouchés pour ^exportation des marchandises en a été une des causes principales; la difficulté des chemins, celle des charrois , la cherté des frais de transport doivent avoir nui à cette branche. Le nouveau canal qu'on vient d'ouvrir fournira à cette province un débouché et tme facilité pour le transport des ouvrages , surtout avec les encburagemens que la Société des Amis du Pays, établie à Sarragosse, ne cesse de donner.

Les manufactures de l'Aragon sont aujourd'hui eâ très-petit nombre et peu importantes. Yilla-Féliche a une fabrique considérable de poudre à canon ; il y a soixante-dix moulins en activité. On trouve quelques fabriques de papier peu importantes à Ateca, à Castejon , à' Galamocha , à Sastrica et à Sarragosae,

U y a quelques fabriques de savon mou dans beau-r

ROYAUME D'aRAGON. 4?^

coup d'endroits ; à peine fait-on quelcjue petite quantité de savon solide ou en pierre.

La ville de Sarragosse a une petite fabrique de cordes à violon*

On trouve trois verreries ; à Âlfamen , à Pénal va et à Jaulin ; celle-ci est la plus considérable ; le verre en est obscur^ on fait aussi des verres fins et demifins à Utrillas; mais ils ne sont point beaux.

Barbastro avait ime fabrique de semelles pour souliers, qui était &meuse ; elle était tombée : on Ta rétablie depuis quelques années* D y en a une autre en pleine activité à Bréa. On prépare annuellement environ deux cents arobas ou cinquante quintaux <^ semelles à Barbastro , et trois mille arobas ou sept cent cinquante quintaux à Bréa. Les semelles y sont d'une qualité infériem^e ; on attribue ce défaut à la trop grande quantité d'écorce de pin qu'on y emploie. U y a des fabriques de cuirs et de peaux à Sarragosse , à Galatayud, à Huesca et à Bréa. Celle-ci est la plus considérable^ elle prépare environ quarante mille peaux tous les ans , tandis que les autres réunies n'en fournissent qu'environ vingt-cinq mille.

L'Aragon a quelques petites fiibriques, d'eau-devie ^ cinq seulement sont im peu considérables , une à Tprres et quatre à Graus.

Une manufacture de faïence établie à Yilla^Féliche ) occupe trente-huit ouvriers : la faïence* en est très-commune. Cet objet pourrait prendre une étendue considérable*^ On trouve en divers lieux de la province une terre excellente pour la finence, surtout dans le territoire de Sarragosse et dans celui de

4?^ ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNE.

Tauste; celle-ci est très-fine et de trois couleurs ; ell^ pourrait seryir à faire de la porcelaine* ,

Xea, Qriguela, Torres, Tormoa et San-Pedro, dans le territoire d'Albarrazin , ont chacun une forge ou fabrique de fer; chacune d'elles travaille, tous les ans , environ dix mille arobas ou deux mille cinq cents quintaux de fer. 11 serait aisé d'en établir une autre à Benavarre, où il y a beaucoup de bois, et à Graus, où il y a beaucoup d'eau et une bonne mine de charbon de pierre, peu distante de Bielsa, où le fer est bon et en quantité. Utrillas a une £ihbrique d'acier peu importante.

L'Aragon n'a aucune manufacture de toiles dis-s^ tinguées 5 on n'en fabrique que de très-communes chez des particuliers. On y emploie environ i6,5oo arobas ou 4,126 quintaux de^ lin , tandis que le surplus , qui est d'environ 2,800 arobas ou 700 quint^u±, passe en Castille. On y consomme en même temps 4o,ooo arobas ou 10,000 quintaux de chanvre , tandis qu'on en fait passer au dehors environ go,ooo arobas ou 33,56o quintaui^.

Les soies sont encore peu abondantes en Aragon ) et il ne peut y avoir de grandes manufactures de soieries ; on fait seulement quelques taffetas à Sarragosse , où soixante-six métiers emploient environ 5,000 livres de soie à cet usage , et à des bas de soie en petite quantité.

n n'y a dans toute cette province qu'une seule manufacture de^raps demi-^ns, même d'une qua- Kté inférieure; elle est à Albarrazin : elle appartient ^ une compagnie ; on y Êibrique, année commune \

ROYAUME d'aRAGON. 477

BuTÎron 6 ou 700 pièce3 de di'aps. Des particuliers font des draps très-communs dans le territoire des CincbTilIas , à Albarrazin, à SaTragosse;, à Ëpila, à Beldiite, à Tari>azona, à Calcena, à Huesca, à Barbastro*

Jaca a yingt-cinq métiers , où Ton fait environ i,!ioo pièces d'étamines de 100 yaras ou 70 aunes chacune; Biescas en a soixante, où l'on fabrique 700 pièces de la même longue\ir. On fait aussi des étandues et des camelots en quelques endroits du territoire de Jaca ; mais cela est peu considérable*

On travaille diflEerentes autres espèces de gros lai^ nages dans lepartido de Ben^varre , , dans celui des Gincovillas^ à Terriente à Moscârdon, à Frias , à Linares^ à Ganta-Viega, à Villaroya, à Alcala, à Rubielos, à Mora^ à jIMosqueruela, à Jaca», dans différens lieux de son territoire^ à Sarragosse^ à Épik, à Belchite, à Tarrazona^ à Calcéna» Huesca^ à Barbastro.

On fait beaucoup de jarretières de laine à Villaroya, et des bas de laine en plusieurs endroits , surtout dans les territoires de Ginoovillas et de Jaca 5 celui-ci en fabrique asse0 pour en exporter tous les ans 720 douzaines de paires^ On fait enfin des couvertures de laine à SaiTagOsse , mais ea petite quantité ^ on n'y emploie qu'environ i25 quintaujç de laine tous les ans*

Toutes ces fabriques ne consomment , année commune ^ qu'environ 4o,ooo arobas ou 10,000 quin-^ taux de laine, tandis qu'il en passe environ 80,000 arobas ou 20,000 quintaux en Catalogne et en France.

47^ iTlNÈRAtRE DE L'ËfS^AtiNËi

La société patriotique de Sarragosde^ qui poi*të son attention sur tous les objets d'utilité publique^ cherche à animer la filature au tour: ce serait un objet très-utile dans un pays où le lin et le chanvre sont excellons. Cette société a établi une école gratuite de filature^ et distribue tous les ans ^ dans une assemblée puUique, des prix aux jeunes filles élèved de cette école ^ elle en a distribué yingt*six au mois d'août 1801 : quatorze en argent à un pareil nombre d'élèves le moins avancés parmi celles qui ont fait lé plus de progrès; six à six élèves plus avancées que les précédentes , consistant chacun en un tour à filer et une livre de lin pour qu'elles puissent travailler pour leur compte dans leur propre maison y et six à six autres élèves qui ont fait le plus de progrès , chacun de i^Soo réaux> ou environ 3^5 francs, qui leur seront comptés le jour de leur markge pour leur dote

Commerce. Le principal commerce de cette province se borne à l'exportation de quelques-unes de ses productions qu'elle envoie au dehors; mais, au lieu de l'enrichir, cette exportation l'appauvrit en lui enlevant les matières premières<lesmanu£9ictures. Les blés et les laines en sont les principaux objets. U sort à peu près^ année commune, 2,5oo cahizes de blé du partido de Jaca ; 10,000 de celui d'Albarrazin , qui passent dans le royaume de Valence; 17,000 de celui de Teruel; 5o,ooo des territoires de Sarragosse, de Huesca , de Barbastro et de quelques autres endroits voisins, qui passent en Catalogne ; 6,000 des territoires de Torrente, de Tamarite et de Kivera de

ÏIOYAUMK d'aKAGON. , 47^

t^lïnca. n en résulte une exportation de 85>5oo cahi- ' zes ou 213,760 quintaux de blé, lesquels,^ raison de '60 réaux, ou environ i5 francs , font un produit de S,t3o,ooo réaux, ou environ 1,282,500 francs.

U sort, année commune, 5,65o arobas ou i,4i2 quintaux de laine du territoire de Benavarre , dont 5,5oo arobas ou 1,2^5 quintaux vont )en France, et i5o arobas ou 5y quintaux et demi en Catalogne; 17,000 arobas ou 4,25o quintaux de celui des Gincovillas-, 7,000 arobds ou 1,760 quintaux de celui d'Albarrazin , qui passent en France et à Tarassa en Catalogne; 4,800 arobas ou i ,200 quintaux de celui de Jaca, qu'on porte en France et en Catalogne; 20,000 arobas ou 5,ooo quintaux de ceux de Sar^agosse, de Belchite et de Carifiena , qui vont en Catalogne ; 17,000 arobas ou 4,260 quintatix de celui de Teruel et des territoires voisins , qu'on envoie en France et en Catalogne. 11 en résulte un total de 78,460 arobas ou 19,612 quintaux; on doit*y ajouter des petites portions inconnues de divers territoires , lesquelles réunies font un objet considéraUe.

L'huile fait un autre objet d'exportation ; il en sort une grande quantité des territoires d'Âlcaniz et de Barbastro; celle du premier passe en partie dans quelques lieux de l' Aragon qui en manquent, en partie dans la Castille; celle du dernier va en France, et aux ports de Barcelone et de Saint-Sébastien.

Le vin serait un objet considérable, si l'exportation était facile. L'excédant de celui des territoires de Somontano, de Huesca et de Barbdstro , sert à la consommation de quelques lieux de l'Aragon, qui

48o ITINÉRAIRE DE L^ESPAGNE.

n'en oût point. Ceux de Tarazona, de Borja , de Ca- Ii(tayud et de Daroca eu ont 6,000 nietros de reste; celui de Benavarre, 12,000; celui de Qncovillas, 3,000; celui d'Ayerbe, 7,000; celui de Boles^, 3,ooo; celui de Loarre, 900; celui de Sarragosse et quelques petits territoires qui Pavoisinent, 4o,ooo. Ce qui doi^ne en tout 76,900 nietros. On le yend, année commune, 4 réaux de veillon, ou environ 1 franc le cantaro, par conséquent 64 réaux, oh environ 16 francs le nietro. H en résulte un produit de 4,897^600 réaux, ou environ i,224,4oo francs, encore le prix en est-il très-modique : il décourage le cultivateur.

Les yies, la soude , Je safran y le lin, font autant de petits objets de peu d'importance; il en est de même des fruits , dont une grande partie passe en Gastille. Le chanvre fait un objet bien plus considérable; il en sort tous les ans environ 47»ooo quintaux, dont la plupart sont pris pour les magasins de la marine royale; ils rapportent environ 7,690,000 réaux de veillon, ou environ 1,897,600 francs.

Les manufactures de cette province ne fournissent d'autres objets d'exportation que quelques pièces de drap d'Âlbarrazin, qui passent dans le royaume de Valence et dans la Yieille-Gastille ; environ 600 pièces d'étamines de Jaca, qu'on envoie dans la Navarre et le Guipuzcoa ; 200 pièces de celles de Biescas, qui passent en Navarre, et 720 douzaines de paires de bas de laine.

ROYAUME b' ARAGON. 4^^

TAÔLEAU DU COMMERCE ACTIF DE L^RAGOIT.

OBJETi

de comnoerce.

QtTAVTITBS

exportées.

LEUR Produit

en réaxLx ^ de vdUoa. ' eofranc».

Blë

Laîne

Lîn

Chanvre ...

Soie

Gros draps .

Ëtamînes...

Bas de laîne.

85,5oo caisses. 4 ao,ooo quînt...

7ooqiȔnt...

47,ooo qaînt...

8o,ooo livres...

i6o pièces...

8oo pièces. .

700 d. de p. .

S,i3o,6oo

4,S8o,ooo

i4o,ooo

7,5qo,ooo

56o,ooo

o5,ooo

5,5ai,96o

n en résulte que le comm^erce^de T Aragon est presque entièrement passif. Cette province envoie ses matières premières dans l'étranger 5 elle les reçoit ensuite mises en oeuvre ^ elle 9'a ni draps un peu fins, ni toiles fines , ni çlincailleries , ni coutelleries, ni soieries , ni galons , ni rubans ; et , quoiqu'elle ait .des fabriques de semelles , elle en reçoit encore tous les ans de la Catalogne pour 4,ooo,ooo de réauy, eu environ t,ooo,ooo de francs* Elle a des verreries ^ mais le verre est grossier 2 ce qui Foblige d'en recevoir, beaucoup d'une qualité supérieure de Pajareja et de Recuenca en Castille , ainsi que de la Catalogne. Enfin, son commerce actif n'équivaut point au dixième de son cominerce passif.

Cependant la Société des Aïnis du Pays , fondée à I. 3l

482 ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNE.

Sarragosse , n'omet rien pour l'animer 5 elle provoque rétablissement de nouvelles fabriques. Elle a établi des écoles où Ton donne des leçons sur les élémens du commerce. Ses efforts produiront vraisemblablement des effets heureux.

Chemins, auberges^ charrois. Les chemins de l'Aragon se doivent à la Nature ; ils ont peu reçu de l'industrie, et ils ne sont point aussi beaux que ceux de la Catalogne. Le sol en est plus ferme , mais aussi plus pierreux et plus cahotant. Les montées et les descentes s'y succèdent plus souvent et sont ordi nairement assez rudes. En entrant dans l'Âragon , on commence à trouver de ces dSvQxisesposadas où l'on manque de tout. U en a été déjà parlé : on y rencontre de détestables chambres qui n'of&ent que des châlits, un dénuement complet de toute espèce d'afimens, une malpropreté extrènie dans les ctiisines, des prix excessife , et , malgré tout <3ek, un accueil brutal ou désobligeant de la part des hôtes : e^fîn, dans ces lieux de s^our ou de repois j tout semble 9^ réunir pour désespéret le voyageur le moins difficile*

Les charrois sontles qiémes qu'en Catalogne, avec la différence que les attelages fet les voitures n'y sont ni aussi bien tenus, ni atissi bien soignés. Leis Ârago- . nais se hvrent très-peu à cette partie^ les bons charrois qu'on! y trouve sont étrangei^ à cette province.

HiaUdre naturelle. L' Aragon est couvert de montagnes élevées; les unes font partie des Pyrénées, les autres en sont des ramifications ou des prolongemens 5 elles sont, poui' la plupart, très-richei en plantes

ROTAUlfE D^ARAtiON. 4^3

Of^^matiques et en plantes jnédicinales ; on y trouve entre autres beaucoup de bousserolle ( arbustus uvaursi) , dans un bpis de pins qui est à la sôi^tie dp Molina. Plusieurs de ces montagnes sont couvertes de rochers^ ni argilleux, ni calcaires, qili, réduits en poudre, ne se dui'cissent point au feu, ne se calcinent point , et ne se dissolrent point dans les aeides.

Le mont Cayo est célèbre par son élévation, qui lui fait dominer presque tout l'Aragott; par la richesse et la variété de ses productions; par les orages fréquens qui s'y forment et sont la terreur des pays voisins. Il est situé entre la Navarre , la Vieille- Castilte et l'Aragon ; on lui suppose trois lieues ^ et demi de largeur, D se termine par deux pics : Fun à l'orient, du côté de l'Aragon; l'autre à l'occident, du côté de la Vieille-Castflle. Ses flancs sont couverts de peuplades •, il est aussi fott riche en plantes médicinales , et rempli d'arbres de différentes espèces jusqu'à la moitié de son élévation 5 on y trouye beaucoup d'arbres fruitiers.

Les minéraux de différentes sortes sont trés-abondans sur les montagnes de l'Aragon.

On trouve daiis la vallée de Hécho une mine, qu'on prétend 'ètre*de l'or.

On voit des restesde mine^ d'argent qui ont autrefois été exploitées à Calzeôa , à Benasque et à Bielsa.

U y a des mines de plomb à Zoma « à Benasque , près du Plan, dans la juridiction de Barbastro, dans la Tallée d'Aure, au sommet deà Pyrénées, sur la ^lontagne de Salun } cèBe-ci est mêlée avec du spath

484 ITINÉRAIRE DE l'eSPAGNE.

fort doux*, elle est très-riche et celle du Plan est trèsabondante.

On trouve des mines de cuivre près du Plan, non loin de Calamocha, sur une hauteur à demi-lieue de la montagne de la Platilla , sur cette même montagne a deux lieues nord-ouest de Molina, et sur les montagnes qui séparent PAragon de la Nouvelle-Gastille , vers Molina, Celles-ci ont deux mines où le cuivre est d'un grain blanc et très-fin ; il se trouve entre des rochers de quartz. Celle de la Platilla se forme entre des morceaux de quartz blancs^ elle est bleue^ verte^ jaune , et mêlée avec une terre blanche calcaire. Les excavations de cette mine sont couvertes de stalactite y que l'analyse démontre être un mélange de cuivre et de terre calcaire. A une demi-lieue de celle-ci, sur une éminence , on en trouve une autre qui a été exploitée par les Romains.

Les mines de fer sont très-multipliées ; il y en a à Zoma, à Almoaja, à Torres, à Noguera, à Ojos Negros , à l'est d'Albarrazin, à Bielsa, sur les mon^ tagnes qui séparent la Nouvelle-CastiUe de l' Aragon , entre Molina et Albarrazin. Il y en a trois sur ces dernières montagi;Les ^ l'une se dégrade et se convertit en safran de murs : les gens du pays la prennent mal à propos pour une mine de^ cinabre ; une autre est d'un fer très-doux; la troisième, qui' est à une lieue de la précédente, est dans imê roche de quartz , et très-abondante , mais inutile , le fer qu'elle donne étant très-aigre. La mine d'Ojos Negros est trèsriche, et celle de Bielsa très-abondante^ celle-ci est excellente et exploitée ayec autant d'intelligence que

ROTAUME D*ARAGON. 4^5

de succès. Celles d'ÂlbaiTazin sont, Tune mamelonée, Fautre dans une terre calcaire.

L'Aragon est riche en alun. Qn trouve une terre alumineuse au pied dé quelques collines aux environs d'Âlcaniz; elle occupe, depub un temps immémorial, leshabitans de quatre villages voisins; ils la vendent brute à bas prix aux Français, qui la dépurent et la revendei^t aux teinturiers espagnols. Une riche mine d'alun en est voisine; Talun en est beau , pur, sans mélange de corps étrangers , et n'exige d'autre travail que de le dépouiller de la terre et de la boue; les gen^ du pays le vendent brut aux Français qui le rafinent, et le vendent fort cher aux Espagnols. Si l'E^agne faisait raffini^r cet alun, elle aurait ce qui lui e^t nécessaire pour ses manu&ctures, et se passerait des étrangers : ce qui deviendrait une belle branche de son commerce actif.

On y trouve deux espècea^d'émeri , dont l'un entre Tortuera et Milmarcoa, et l'autre d^ns la seigneurie de Molina. Le premier est en pierres détachée^, noirâti'es, pesantes, qui, étant moulues, donnent une poussière composée de paiiicules raboteuses et mordantes ; l'autre est comqie marbré de quartz ; il contient de l'or, mais en si petite quantité y qu'il ne vaut ni la peine , ni les frais nécessaires pour le séparer.

Une mine abondante de cobalt est dans la vallée de Gistau , presqu'au sommet des Pyi-énées; le grain en est très-4n ; elle est d'une couleur bleue obscure , plus claire cependant que celle du cobalt de Saxe : elle est exploitée par des Allemands.

Des mines de jais très-fins sont parsemées vei^s

4^C ITINÉàAIRB DE L'e^PAGNE.

Ulrillas, dans le territoire d'Âlcafiiz, et près de Daroca 5 elles sont exploitées aussi par des étraûgers* Le jais passe brut en France.

On trouve une mine de sel gemme au-dessus de Sarragosse, presqù'aux bords de ITÈbre j des mines de soufre près de Plan et de Villel j de la pierre calami-^ naire près du linarez del Ârzobispo ; de .l'hématitis près de Grustau , dans le territoire de Barbastro ; du charbon de pierre au même endroit et à Graus.

Un rocher qui est sur un ,coteau de terre et de pierre calcaire, à une portée de fusU et au sud de M61Ina , est entièrement couvert de cornaline ; il en est aussi parsemé dans son intérieur.

On trouve de l'asphalte, dont on tire du pétrole noir, dans le territoire d'Albalate , pr& du Pereyron de Saint-Antoine abbé 5 il est dans un ravin où passe le chemip d'Alcafiiz. Une matière grasse, qu'on prétend être du pétrole, suinte , dit-on , continueUemeat d'une petite colonne de pierre brute dans la chapelle de Notre-Dame-de-la-Canodilla , au territoire d'Estadilla, juridiclioil de Barbaslro-

Le penchant d'une colline , sur le bord méridional du Gallo, à demi-liepe de Molina, est rempli de cristaux; on les trouve en remuant hi terre-; ils sont calcaires, en forme de colonnes à facette» égales, longs jnsqu'à un pouce ; ils se dissidvent dans les acides, et pétillent au feu.

On troiive encore des morceaux de cristaux de roche sur une rampe par laquelle on descend à une mine de fer qui est entre Albarrazin et Molina, et dont il a été déjà parlé ; ils sont de difiFérentes gros-

ROYAUME d'aïÎAGON. 4^7

seursy depuis celle d'une lentillejttsqu'à un pouce.

Les environs d'Almodovar et de Molina renferment beaucoup de carrières de plâtre. Il y en a une au sommet de Ira montagne d'Albarrazin , dont le plâtre est très-beau; il est jaspé de roux, de jaune et de blanc, . .

Lies'.marbres^aont trè^-multipliés sur les montagnes de VAçagon t il y , en a 4e différentes couleurs à Riela, à CalatriG^Ot à Ësttdilla ^ à Eseatron , à Alhama, sur les montagnes de la Puebla de Alborton, sm^ celles de Jaca > dans les vallées. de Hècho et de Ganfiranc. H y en a de noir à Albalatej du bleu, du jaune et du blanc à Tabuenoa dans 1q partick) de Benavarre. Les rochers des environs de Molina sont d'un marbre blanc et couleur de obair. Une colline ,^ située à un quaivt de lieue de cette ville , en tirant vers Madrid ,^ est toutes d'un marbre rouge , jaune et blanc 5 le grain en est semblable à <?elui du n^arbrov de Carrare,

Les coquillps fossiles y sont encore assez multipliées. Une butte ou petite éminence de pief te caloaii'o, devant laquelle est un moulin, à trc^ quarts, de lieue de Molina , du côté du bord méridional du Galego , en e^t couverte j il y a dos buçcarçUtes, des telliaites, des ostracit^ \mies^canaelées, écailleuses, . des beUemnites couvertes de tuyaux vermioulàires, dea térébratixles rendes, apbériques, triangulaires, canaidées ; les triangulaires s^nt concaves^ Un champ cultivé, à une lieue du inéme moulin , en descendant le long de la riyi^rç, assez près du ham^u de Castilla la Nueva , renfernae des l^llemnites pareilles et beaucoup de groupes de coquillages. On trouve encore des cornes d'Ammon et divei^ses autres coquilles

488 ITINÉRAIRE DE L^ESPAGlf-E.

fossiles siïr Les montagnes de la sierra entre Peralejos et Guença^ des coquilles terrestres et fluyiatiles, et des buccinites au liaut de la colline de Gueva Rubia y près et au nord du village/le^Concud, à une lieue de Teruel, '

Cette dernière colline présente une autre singularité. Les interstices de ses rochers sont remplis d'ossemens fossiles où les ignorans ont cru reconnaître des débris d'anthropolites y et que les habitans appellent los caJaveroa^ Ces brèches, analogues à celles de Gibraltar , de Provence, et de diverses autres parties du bassin méditerranéen, gisantes dans le bassin du Rio^AIhambra , ont été décrites par Bowles et par M. le colonel Bory dé Saint- Vincent.

On trouve plusieurs fontaines intermittentes en Aragon prèa de l'endroit où était l'ancien monastère de Saint-Jean de la Pefia 5 a l'entrée xle la yaHée du Tena, près de Biescas; dans le territoire de Prias, juridiction d'Albarrazin; à Crivillen, village près d'Alcafiiz^ les deux premières portent le même nom de Fuénte glarioaa , ou Fontaine glorieuse j celle de Prias sourd du sable; elle coule et cesse alternativement plusieurs foi^ tous les jours. Les gens du pays la nomment Fuente ntentirosa, Fuente burlona, Fuenie del auapiro , c'est-à-dire , Fontaine men~ teuse, Fontaine moqueuse. Fontaine du soupir. Il y en a deux à Giivillen j elles ne coulent que dans les années de sécheresse; elles tarissent dans les années pluvieuses ; on les appelle Calderas , chaudières , parce qu'elles en ont la forme.

L'Aragon a aussi quelques eaux salées , dont on extrait le sel par évaporation. Une source salée est à

BOTAUME à' ARAGON. 4%

une demi-Ueue de Fiieate garcia ^ elle fournit le sel à Albarriudn et à dix^huit villages de la juridiction. Il y a un puits salé au pied de la colline où le village d'Arcos est situé, aux coûfina du royaume de Valence. Un lac y appelé GaUocanta, se trouve a$L sud du village d*Used 5 on en extrait du sel amer et du sel de cuisine.

Les eaux minérales de FAragon ne. sont ^oint connues : elles n'ont jamaLi été soumises à audine ana^ lyse. H y en a de chaudes à Alhama de los bàflôs , à cinq lieues de Galatayud; près d'Alquezar, à cinq lieues de Barbaslro ; à Apies , à trois lieues de Huesca;. à BaOos de N. S* de Arcos,- dans les territoires d'Arinoetd'AlbaIate,.près de BiÙel, à quatre lieues de Teruelj à Paracuellos de Xiloca, près de Molina; à Tiermas , aux confins du royaume de Navarre; à Teruel. Il y en a d'autres près de Juseo , sur la montagne d'Ardos, à Quinto, à Benasque, au Baranco del Saltoy près de Calatayud; celles de Nuestra Sefiora de Aï*cos^de Teruel et d' Alhama ont des bains. Ces derniers, ont été fameux et trèa-fréquentés 5 ils le sont beaucoup moins aujourd'hui.

La plupart des rivières de l'Aragon abondât en poisson; les truites, surtout s'y pèchent en abondance , principalement dans les petites rivières et dans le voisinage des montages; le Gallo en noiu*rit de saumonées , qui sont excellentes.

Diverses sortes d'animaux peuplent les montagnes de cette province. Les loupa sont assez communs dans toutes leurs parties ; on trouve quelques ours sur le haut des Pyrénées; les vallées de Gi^au et d'Aure,,

49^ ITINÉRAIRE DE l'ëSPAGNE.

«ituées pi*esqu'aù sommet de celks-K^i, près des frontières de la France, et les montagnes voisines contiennent des isards et des loups c^riers.

Etat des sciences ^t des arts. Les sciences et les arts fie sont point danè nné sittuition brillante en Aragon : ses peuples, antr^ois plus guetriers que studieux, négligèrent ces deux parties importantes. La tFanquillité, qui a succédé à des guerres itmgues et désastreuses, ne leur en a pas ouvert la carrière*, iU ont manqué d'établissemens où ils aient pu^ en puiser les principes, ^ de moyens pour perfecti^an^ ner ensuite leurs connaissances.

II y û deux universités, l'uneà Sarragosse, Fautre à Huesca; la première a vingt*deux^professeurs poiïr les quatre facultés ; la dernière^ en a moins 5 mais ni Tune ni l'autre n^ont aucun^desétabliss^nens qui peuvent concourir à étendre l'instruction^ dies conservent encore leur ancienne liianière d'enseigner.

Sarragosse aime école particulière où l'on enseigne les mathématiques, l'économie civile , les élémens du commerce, k philosophie nxorale et le droit des gens. C'est un établissement très^modeme ; il est dû k k bienfaisance de la Société des Amiis du Pays qui , non contente d'animer et de perfectionner l'agriculture et le commerce, cherche encore â répandre le goût des sciences et à faciliter les ynoyens de s'y livrer.

Une école de dessin est le seul établissemeut que l' Aragon ait jùsqù^à ce jour pour les arts : elle est à Sarragosse 5 on k doit à k générosité d'un dtoyen ami de -sa patrie: don' Martin Goycochea en a fait tous les frais ^ il l'a pourvue de modèles^ de dessins ,

ROYAUME d'aRAGON. 491

d'in^rumens et de tout ce qui est nécessaire pour rendre son ouyrage utile*

Les Aragonais ont tout ce qu'il faut pour réussir dans les sciences , ime yiyacité naturelle , une ixnagi* nation aisée , un jugement solide^ il ne leur manque que les moyens de développer les dons qu'ils ont reçus do la nature. Aussi l'Aragon a-t-il &urni , en différens temps ,. beaucoup de personnages qui se sont distingués dans différentes parties des sciences, de la littérature et de^ arts. ^ :

Cette province donna à Fantique Bx)me les poëtés Prudenciusy de Sarragosse, et Martial , de Bibilis , aujourd'hui Ckilalayud. Elle eut un Petrus, de Sarra* gosse, orateur fameux sous les Goths dans le iv* siècle.

£Ue compte parmi les théologiens distingués de FEspagne, Jean Michel Ferez de Hérédia, Jean Antoine Uson : l'un et l'autre de Daroca 5 Térêque Didaçe , Antoine de Arrytigoy ti , et le prédicateur renommé Antoiue.Oliyan Maldonado, tous les deux de Sarragosse; elle cite ayec éloge son fameux juris'- Gonsulte Jacques Cancer, de Barbastro , et Seryato de AnifioQ, de Sai*):a^osse. Elle eut Jean Gascon, de Calatayud , ,phUosophe distingué du XVI* siècle^; Didace Lopez , de la même ville , commentateur d'Avicenne^ un André Ferrer de Valdeceteo , aussi de Calatayud, naturaliste du siècle dernieri Elle se glorifie d'avoir produit le politique Laurent Gracian, de la même ville; Antoine Agostin, de SaiTagosse, qui fut à la fois historien judicieux, jurisconsulte éclaii*é, profond dans la science héraldique 4 Jean R^nçois André de Ustai'roz , de la même ville ^ pbote, orateur, historien.

49^ ITINÉRAIRE DE l'esPAGNE.

L'Âragon eut ses poètes, outre ceux dont on a déjà parlé: on cite, entre autres, Albert DiazdeFoncalda, de San^agosse; il eut surtout une foule d'historiens distingués : Âgostin Ustarroz, François Ximenez de Daroca, Gonsalve Garcia de Santa-Maria, de Sarragosse,; Jean de Aguas , de Daroca; ces deux derniers dans les xv® et xvn* siècles. Jérâme de Blancas, de Sarragosse , se distingua dans le XYi" : c'est un des historiens espagnols les plus estimés. Jérôme Zurita, son compatriote et son contemporain, mérita de mai> cher de pair ayec lui. On a de lui une chronique écrite avec vérité et dignité; Barthélemi Léonard de Argensola l'a continuée.

Le commencement du dernier siècle vit paraître un Jean-Paul Bonet , qui , par ses préceptes sur l'art d'apprendre à parler aux sourds et muets, fraya la voie à la perfection où cet art a été porté depuis.

Parmi les artistes , Sarragosse réclame les frèriss Bayeu et leur cousin François Goya, bons peintres de nos jours.

Caractère, mœurs , cmitunies , usages, habillemens et langue. L'Aragonais , fier et sérieux , parle peu, et défend son opinion avec fermeté. U élève son pays au-Hlessus de tous les autres; et l'hyperbole lui est familière pour en vanter les beautés et les avantages ; la moindre contradiction l'enflamme. Il s'aveugle sur ses défauts et sur ceux de ses compatriotes; il a ime âpreté naturelle dans le ton de voix et dans les manières ; aus^i son abord n'est pas prévenant. Sa fierté, son accueil sec, son air sérieux, »^ manières froides , son ton brusque, ont quelque chose de rebutant pour ceux qui ne le connaiss<ent point. Voilà

Page 1