‹ Itineraire descriptif et historique de l'AllemagneChapitre 12 sur 328 · D£ LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

D£ LA PREMIÈRE ÉDITION

Les Français ne connaissent pas assez l’Allemagne. Depuis quelques années, ils en ont étudié avec plus de soin l’histoire et la littérature, ils commencent même à en apprendre la langue; mais, malgré les merveilleuses facilités d’aller et de venir que leur ofiFrent les chemins de fer et les bateaux à vapeur, ils se décident trop rarement, — ce reproche s’adresse à la masse des touristes, — à tenter une excursion lointaine sur le territoire de la Confédération germanique. L'Allemagne mérite cependant d’être plus souvent et plus longuement visitée. Il y a beaucoup à voir, beaucoup à apprendre au delà du Rhin , on peut en croire notre expérience personnelle, toujours amplement récompensée de ses explorations. Partout en effet où la nature n’excite aucun sentime;nt d’admiration, d’intéressants souvenirs historiques, littéraires, scientifiques, des chefs-d’oeuvre de l’art, — monuments, sculptures, tableaux, — attirent et retiennent le voyageur intelligent qui aime soit à se rappeler le passé, soit à contempler les plus belles créations du génie et de l’esprit de l’homme ; partout d’ailleurs le temps présent lui fournit, dans les diverses branches des connaissances humaines, d’utiles sujets d’étude.

Mais ne se plairait-il qu'a rassasier ses yeux du spectacle

ITINÉRAIRE DE L'ALLEMAGNE

toujours si charmant d’une belle nature, combien de jouissances aussi vives que variées n'est-il pas sùr d’y goûter! Sans parler ici de ces Alpes du Tyrol , de la Bavière et du Salzkammergut , qui égalent en hauteur et en beautés grandioses ou pittoresques celles de la Savoie et de la Suisse, ni du Rhin, peutêtre trop connu et trop vanté, la Forêt Noire, les montagnes des Géants, le Thüringerwald , le Harz, le Fichtelgebirge , le Taunus, l’Odenwald , le Haardt et même cette chaîne un peu ridicule dans son ambition prétentieuse, la Suisse franconienne, le Danube , la Moselle , l’Elbe , le Main , le Neckar , le Weser sollicitent sa préférence en lui promettant à l’envi les plus agréables promenades.

Veut-il pouvoir comparer toutes ces chaînes de montagnes et toutes ces rivières dignes au moins d’une visite à des titres divers, il n’a que l’embarras' du choix entre les grandes et belles villes qu’il doit traverser pour se rendre de l’une à l'autre. Trêves, Francfort, Spire, Bade, Freiburg, Cologne, Düsseldorf, Aix-la-Chapelle, Hanovre, Cassel, Brunswick, Brême, Hambourg, Lübeck, Gotha, "Weimar, Leipsick, Berlin, Dresde, Bamberg, Nuremberg, Augsbourg, Dantzick , Marienburg, Kœnigsberg, Breslau, Prague, Vienne, Trieste, Salzbobrg , Innsbruck, Ratisbonne^ Munich, Stuttgard et tant d’autres dont il n’est pas nécessaire de rappeler ici les noms; — des villes universitaires, des villes de commerce , des villes vouées au culte des beaux-arts, des villes industrielles. Ici des mines d'argent, de cuivre ou d’autres métaux lui permettront de descendre jusque dans les entrailles de la terre bien au-dessous du niveau de celte mer Baltique ou de cette mer du Nord dont les vagues, chassées par la tempête, viennent menacer les dunes, les rochers ou les digues qui protègent leurs rivages célèbres; là, toutes les variétés des eaux minérales lui rendront la santé, ou du moins soulageront ses souffrances; est-il besoin de citer Bade, Ems , Wildbad, "Wiesbade , Aix-la-Chapelle, Creuznach, Carlsbad, Marienbad, Hombourg, Gastein, Kissingen, Teplitz, Selters, Nauheim, Pulna, Sedlitz, Ischl, Soden, etc.? Artiste, les galeries de Munich, de Vienne, de Dresde, de Berlin, de Francfort ont réuni, pour l’instruire et pour le charmer, des chefsd’œuvre de toutes les écoles , de toutes les époques , de tous les pays ; musicien, la patrie de Hændel, de Mozart, de Bee-

PREFACE

thoven, de Haydn, de Gluck, de Weber, de Sébastien Bach, de Mendeissohn , de Meyerbeer , lui prouvera qu’elle sait aimer, comprendre , exécuter les compositions immortelles de ces grands maîtres ; agriculteur, il fera, dans les plaines et sur les montagnes, une foule d’observations utiles.

Et puis le peuple qui habite actuellement cette belle et intéressante terre d’Allemagne vaut à lui seul une visite. Sans doute, considéré et jugé en masse, il manque un peu de grâce, de vivacité, d'élégance. Il fume sans pudeur et sans miséricorde partout où il se trouve ; il suit peut-être un trop grand nombre de cours de philologie et de philosophie , et il ne prend pas assez de leçons de belles manières et de bon ton; il ignore les ressources de la toilette ; -il ne sait pas encore faire un bon dîner ni un bon lit; mais aussi, il est doué de grandes, de solides qualités; s’il est parfois impoli , sans paraître s’en douter, il n’est jamais ni grossier ni méchant; ses mœurs sont simples, patriarcales; il est instruit, honnête, constant dans ses opinions, dans ses affections, dans ses principes; il ne se moque pas des idées généreuses ; il a d’autres besoins que la satisfaction brutale de ses appétits matériels ; dès qu'on le connaît bien, on ne peut pas s’empêcher de l’estimer , de le respecter , de l’aimer.

Oui certes l’Allemagne et les Allemands méritent d’être mieux connus et plus souvent visités. C’est parce que je suis convaincu de cette vérité que j’ai fait ce livre , destiné, comme son titre l’indique , à réunir, dans un format facile , les renseignements les plus nécessaires , les plus utiles aux touristes français ou étrangers désireux d’explorer et d’étudier les divers États qui forment la Confédération germanique.

Ce nouvel Itinéraire, rédigé d’après les mêmes principes que ceux de la Suisse et de l’Ecosse, s’expose donc volontairement aux reproches adressés à ses aînés. Son aridité didactique, sa sécheresse lui vaudront, à coup sùr, de piquants sarcasmes. En un mot, c’est un inventaire, c’est un catalogue. Si j’ai vu par moi-même l’immense majorité des pays qui y sont décrits, je n’ai jamais , tout en utilisant autant que possible mes observations personnelles , raconté les impressions que j’avais éprouvées. J’estime plus que personne les relations de voyage intimes qui amusent en instruisant, mais je crois qu’un itinéraire doit ^ a.

X ITINÉRAIRE LE L’ALLEMAGNE

être avant tout positif, et par conséquent s’abstenir de toute excursion dans les domaines, si charmants d’ailleurs, de la fantaisie, du sentiment et du style. Toutefois je me suis permis d’emprunter aux plus grands écrivains français ou étrangers quelques-uns des jugements qu'ils ont portés sur les contrées les plus intéressantes où je veux guider les voyageurs.

L’histoire et la statistique — l’histoire surtout — occupent une assez grande place (quelques personnes, je le présume, la trouveront trop grande) dans ce travail. Mais, selon moi, et je voudrais faire partager mon opinion à tous ceux qui la combattent encore, il n’est pas bon qu’un voyage, quel qu’il soit, ressemble à une course au clocher; en d’autres termes, un touriste intelligent ne doit pas courir pour courir , alors même qu’il n’aurait d'autre but que de lasser son corps pour reposer son esprit fatigué; d’ailleurs certains souvenirs du passé, évoqués à propos, donnent ou ajoutent un charme et un intérêt tout particuliers à des pays qui , sans ce dédommagement , ne mériteraient aucune dépense de temps ni d’argent.

Dans de telles conditions , l’Allemagne tout entière ne pouvait pas être renfermée en un seul volume. J’ai donc partagé mon travail en deux parties, V Allemagne du nord et l'Allemagne du sud. Cette division est un peu arbitraire, j’en conviens; cependant les deux grands Etats de la Confédération germanique se trouveront ainsi entièrement séparés. Toute la Prusse sera comprise dans l'Allemagne du nord, toute l’Autriche dans l’Allemagne du sud. Il suffira de jeter les yeux sur les tables générales des matières placées au commencement des deux volumes pour reconnaître en quoi consiste ma division. Chaque partie forme un tout indépendant de celle qui la précède ou de celle qui la suit. Chacune a sa table alphabétique , sa pagination séparées. Seulement, j’ai placé en tête do la première, c’est-à-dire do l’Allemagne du nord, une introduction qui comprend des résumés sur l’histoirej la géographie (par M. Gustave Hickel), la littérature de l’Allemagne (par M. E. D. Forgues); et, en tête delà seconde partie, deux Essais sttr l’art en Allemagne et sur la musique allemande.

J’ai suivi la même méthode que dans mes précédents itinétàires de la Suisse et de l’Ecosse; Cette méthode, *— la division par routes, — a en effet beaucoup plus d’avantages que d’incon-

PRÉFACE

vénients. Quelques personnes persistent à regretter la méthode alphabétique , sans réfléchir que l'Index alphabétique, placé à la fin de chaque volume, leur offre le moyen de se procurer, à l’aide d’une seule recherche, le renseignement unique dont elles peuvent avoir besoin. Chaque fois c^ue dans une route on sort d’un Etat pour entrer dans un autre État, — à un très-petit nombre d’exceptions près, — j’ai pris le soin de l’indiquer. En outre, j’ai ajouté à chacun des noms de villes , de bourgs, de villages ou de montagnes qui composent l’Index alphabétique , celui de l’État auquel appartient cette ville, ce bourg , ce village ou cette montagne. Ce renseignement est donc plus facile à trouver dans les tables que dans le texte.

Ce travail est entièrement nouveau. Il a été rédigé en grande partie, tantôt avec mes notes personnelles, tantôt avec les livres allemands ou anglais, non traduits en français, dont l’Allemagne a été le sujet. On trouvera, outre mes renseignements particuliers, à l’article Btèh’osfraphie, la liste des principaux ouvrages que j’ai consultés avec le plus de fruit.

Malgré la peine que je me suis donnée pour le rendre aussi complet et aussi exact que possible, cet itinéraire méritera, j’en suis sùr, bien des accusations d’erreurs ou d’omissions. Aussi ne me contenté-je pas d’implorer l’indulgence de tous ceux qui me feront l’honneur de s’en servir ; je leur demande encore leurs conseils et leurs corrections. Ce n’est qu’avec leur indispensable concours , dont je les remercie à l’avance , que je pourrai parvenir à le rendre sinon parfait, — la perfection dans ce genre d’ouvrages est presque impossible, — du moins un peu plus digne de l’approbation que je serais heureux et fier d’obtenir.

Adolphe JoANNB.

PREFACE

I)B LA DEtJXIKMK ÉDITION.

Cette édition a été entièrement refondue, sous ma direction, par mes amis et collaborateurs, MM. Elisée Reclus et Gustave Hickel. Je ne saurais trop les remercier du soin et du talent avec lesquels ils se sont acquittés de ce travail ingrat et difficile . M. Elisée Reclus a parcouru pendant deux mois toutes les contrées de l’Allemagne du nord dans lesquelles de nouvelles voies ferrées avaient été ouvertes; il a vérifié et complété luimême sur les lieux la plupart des appréciations contenues dans la 1" édition sur les monuments, les musées, l’industrie, etc. .M. Hickel a dépouillé tous les ouvrages publiés en Allemagne pendant les cinq dernières années et dont on trouvera l’indication dans la bibliographie. Les cartes et les plans ont été corrigés ou refaits entièrement d’après les atlas allemands les plus récents. Cette seconde édition, modifiée dans le plan général comme dans les détails, est donc, je puis le (^ire, un ouvrage nouveau. Nous nous sommes efforcés, mes collaborateurs et moi, d’en faire disparaître toutes les erreurs, d’en combler toutes les lacunes qui nous avaient été signalées ou que nous avions eu le regret de constater nous-mêmes , mais nous continuerons de solliciter instamment de tous les voyageurs qui se serviront de cet itinéraire non-seulement leur indulgence, mais leurs conseils, leurs rectifications et leurs critiques.

Adolphe JoANNK.

1" août 1861.

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