ET CONSEILS AÜX VOYAGEURS
A, Itinéraires et bndg^et «le
C’est du mois de mai au mois d’octobre que les touristes, qui ne voyagent que pour leur agrément, doivent aller visiter les diverses contrées décrites dans cet Itinéraire. A d’autres époques de l’année, ils seraient trop souvent arrêtés dans leurs excursions parle mauvais temps, qui contrarie déjà bon nombre de projets pendant la saison la plus favorable. Quelles villes ou quelles contrées leur faudra-t-il y explorer de préférence? A cette question, une réponse générale est tout simplement impossible. Chacun ira où le conduiront ses goûts personnels ; celui-ci, dans les solitudes des montagnes, celui-là, au cœur même des grands centres de population. L’artiste, le paysagiste, l'architecte, le musicien, le malade, l’amateur de promenades pédestres, le commerçant, l’industriel, poursuivant un but opposé, prendront pour l'atteindre un chemin difiFérent ; c’est à eux de l’étudier et de le bien choisir. Il doit nous suffire de leur avoir fourni les éléments de ce petit travail préparatoire, plus utile qu’on ne le pense d’ordinaire. Pour la Suisse et pour l’Ecosse, on peut à la rigueur proposer aux voyageurs quelques modèles d’itinéraire ; pour l’Allemagne, il y aurait folie à le tenter; en effet, si la plupart des excursions pédestres qui se font chaque année en Suisse ou en Ecosse ont entre elles certains rapports de ressemblance presque nécessaires, tous les tours en Allemagne diffèrent complètement l’un de l’autre.
Ce qui est vrai de Vilinéraire proprement dit l’est encore plus du budget, car les occasions de dépenses extraordinaires sont bien plus nombreuses en Allemagne qu’en Suisse et en Ecosse. Ce budget variera donc dans des proportions énormes selon les goûts, les mœurs, les habitudes, l’appétit, l’âge , l’intelligence de chaque voyageur, le poids de son bagage, le nombre de ses compagnons, la longueur du trajet qu’il voudra parcourir dans un temps donné, et beaucoup d’autres causes. On ne peut par conséquent déterminer d’une manière approximative qu’une sorte de minimum. En général, 10 francs par jour suffiront à un jeune homme <jui pourra au besoiii porter lui-même son sac, se passer de guides partout où ils lié sont pas nécessaires, et voyager en troisième classe sur les chemins de
ITINÉRAIRE DE L’ALLEMAGNE
fer. Voir du reale ci-dessous les paragraphes consacrés aux bétels et aux moyens de transport.
Le meilleur conseil que je puisse donner à tous les touristes en général, c’est de méditer, avant de se mettre en route, ces sages réflexions empruntées aux Nouveaux: Voyaget en zigzag, par Tœplfer.
€ Oui, se rendre indépendant, en fait de plaisir surtout, des choses extérieures et des vicissitudes du sort, c’est où plus souvent l’on devrait, l’on pourrait tendre ! Notre bonheur, il est dans les mains de la Providence, qui nous réjouit ou qui nous éprouve, qui nous conserve à ceux qui nous aiment, ou qui nous arrache ceux que nous chérissions; mais le plaisir, elle l’a mis k notre disposition bien plus encore que nous ne le croyons nous-mêmes. Jouir c'est vivre ; vivre, c’est mettre en exercice nos forces, nos facultés et nos affections ; or ceci, à la condition de le vouloir, c’est chose possible à tous les degrés, dans toutes les situations ordinaires de vie et de fortune. Par malheur, c’est cette condition elle-ménre que communément l’on se dispense de remplir; et l’homme est tellement enclin k voir la jouissance suprême dans cette oisive mollesse, dans cette factice indépendance que procure l’argent, que c’est, tout au contraire, en tâchant d’épargner k ses forces toute fatigue, k ses facultés tout effort, k ses affections tout exercice, qu'il croit s’approcher du plaisir. Hélas! non; c’est ainsi qu’on s’en éloigne; c’est ainsi que l’on meurt avant de l’avoir connu, c’est ainsi et par là justement que le pauvre est plus riche que l'opulent, car en vertu de sa position môme, forcé de travailler, il est forcé de jouir.
« Et nous-même, pour avoir pu nous élever ainsi jusqu’k cette notion, un peu paradoxale au premier coup d’œil, qu’un voyage, pour être décidément une partie de plaisir, doit ressembler plutôt encore k un laborieux exercice qu'a une facile et récréative promenade, il est bien probable que sans la nécessité, cet excellent maître, nous n’eussions jamais su découvrir les voluptés de la fatigue, les délices du gîte, le courage qui croît avec l’effort, l’expansif contentement qui suit la conquête, la jouissance doublée, triplée de tout ce qu’elle a coûté, et devenue assez vive enfin pour que ni contrariété, ni averse, ni privation, ni sotte rencontre ne puisse en altérer la charmante vivacité. Il est bien probable que nous n’eussions jamais su découvrir par nous-même que la vraie et savoureuse mollesse, ce n’est pas celle qui se prélasse sur des coussins, et qui se balance sur des ressorts, mais bien celle qui se goûte sous les arbres du chemin, sur la pierre nue des montagnes, au logis surtout, quel qu’il soit, lorsque, après l’avoir salué de tout loin, on approche, on arrive, on franchit le seuil, on dépose havre-sac, gourde et bâton, pour ne songer plus, durant douze ou quinze heures, qu'k donner vacances k ses membres et fête à sa lassitude... que l'indépendance réelle et désirable, ce n’est pas celle qui ne peut faire un pas sans un attirail de voiture, de serviteurs et de valises, mais bien celle qui, équipée à la légère, se porte librement k droite, k gauche, là-bas, là-haut, partout où l’on peut marcher ou gravir ; non pas celle qui s’assujettit aux tyrannies de la mode, aux exigences de luxe et de confort, mais
RENSEIGNEMENTS ET CONSEILS AUX VOYAGEURS. xvii bien celle qui, affranchie de tous ces servages, se trouve une hôtellerie excellente partout où elle peut abriter sa fatigue, rôgaler son appétit, donner cours à sa joyeuse humeur, et, foin ou lit, goûter jusqu’à l’aurore, les douceurs d’un sommeil assuré. »
« Quand on a de la peine on voyage, dit Charles de Brosses, on enrage d'étre venu ; quand on a un moment de plaisir, on ne songe plus à la peine, et ainsi alternativement. Mais, me direz-vous, duquel a-t-on le plus, du plaisir ou de la peine? Ma foi ' cela serait bien égal, si ce n’est que la peine finie s’efface absolument de la mémoire, au lieu que le plaisir dont on a joui occupe toujours agréablement. >
B. Paase*port.
Les Français qui se rendent en Allemagne devront se 'munir d’un passe-port à l’étranger (prix 10 fr.), visé par le ministère des affaires étrangères de France, et par les ambassadeurs des divers Etats sur les territoires desquels ils auront l'intention de pénétrer.
Les passe-ports à l’étranger se délivrent :
Dans les de'partements , à la Préfecture, sur l’avis motivé des maires ;
A Paris, à la Préfecture de police, soit sur un ancien passe-port, soit sur un certificat ou bulletin des commissaires de police. — L'assistance et les signatures de deux témoins patentés et domiciliés dans le quartier qu’ils habitent sont absolument nécessaires à tous les individus qui demandent un pareil certificat.
*1. FRANÇOIS (ancien employé au bureau des passe-ports, de dix heures .et demie à quatre heures; après quatre heures, place Dauphine, no 14) se charge de faire légaliser les passe-ports dans les ambassades et légations direrses.
Les passe-porls pour toute l'Allemagne peurent être visés avant le lendemain soir quand ils lui sont remis avant dis heures et demie du matin.
Les passe-ports remis après les heures fixées exigent un jour de plus pour leur régularisation.
M. FRANÇOIS prend 1 fr. de commission pour chaque visa des ministère, ambassade ou légation.
Il est bien entendu que dans les débours faits aux ambassades ou légations ci-après le frsino de commission donné pour obtenir chacun de ces visa n'est pus compris.
On fait payer, pour le visa, à l’ambassade de l'Autriche, 5 fr.; — de la Belgique , 5 fr.; — de Bade, fr.; — de Bavière, 5 fr. ; — du Hanovre, 5 fr.; — de Nassau , 3 fr.; — de la Prusse, 5 fr.; — de Saxe, 5 fr.;— de la Suisse, 3 francs.