LA SAXE
GKOGRAl’niB.— HlSTOlRB ET STATISTIQUE.
Situation et éteiidiic. — Population. — Divixions.— Iiicliistrie,
eomiiierce, etr.
La S.XXE, en allemand SACHSE.N, appelée aussi SaxeRoyah pour la distinguer des autres Saxes, Etat de la Confédération germanique, capitale Dresde , est bornée au S. par les Etals autrichiens (Bohême), à l’E., au N. et au N. -O., par la Prusse (Silésie et Saxe), à l’ü., par la Saxe-Allcnbourg, la Saxe-Weimar et la Reuss , au S.-O., par la Bavière. Divisée en quatre cercles, Dresde, Leipsick, Zwickau, Budissin, (Bauizen), elle compte 142 villes, ayant ,53,621 maisons, habitées par 663.Ü40 individus, et 3,532 villages, ayant 169,747 maisons, habitées par 1,231,391 individus. 1) après les derniers recensements sa populatioH
[Route 123. J LA SAXE. - HISTOIRE. 617
s'élevait h 2,000,000 d’hab., pour la plupart réformés, sa superficie totale est de 271,83 mil. géog. carrés.
Le développement des frontières de la Saxe est de 163,5 mil. ail., dont 64 mil. avec les Etats autrichiens, 57,6 mil. avec la Prusse, 38,38 mil. avec les duchés de Saxe et Reuss, et 4,6 mil. avec la Bavière. On évalue à 2/5 la superjj^ie des montagnes, à 2/5 celle des collines, et à 1/5 celle de la plaine. Son point culminant est le Fichtelberg (1,242 met.), son point îe plus bas, le niveau de l’Elbe à sa sortie du royaume (87 mèt.) ; sa hautmr moyenne atteint 400 mèt. Elle se trouve située presque entièrement dans le bassin de l’Elbe (une très-faible partie dans le bassin de l’Oder). Ses four.s d'eau les plus importants sont l’Elbe, l’Elster noire, la Sprée, la Mulde, l’Elster blanche, la Pleisse ; l’Elbe seule est navigable. Elle n'a pas de lac. L’exploitation des mines est l’une de ses principales industries ; on évalue ses produits à plus de 2 millions de thalers par an. L’industrie manufacturière (surtout la fabrication de la laine, du colon, des tissus de laine et de coton, de la dentelle, de la bonneterie, de la porcelaine, des livres, etc.), y a pris de grands développements qui ne s’arrêtent pas. Quant au commerce proprement dit, il importe et exporte par an diverses denrées ou marchandises dont la valeur dépasse 3 millions de thalers.
Histoire, constitution, buclKct, armée, con(in{(ent.
La Saxe Royale ne date que de l’année 1422, époque à laquelle l’empereur Sigismond transféra le titre de duc de Saxe et la dignité • électorale’à la maison de Misnie. Avant de dire ce qu’elle fut depuis cette époque, il importe de rappeler en quelques mots ce qu’elle avait été antérieurement au xv' sii'Cle.
De toutes les races qui forment le peuple germanique , la race saxonne est celle qui a donné au monde, écrivait un de ses panégyristes, les plus merveilleux spectacles de courage et d’idées, d’audace guerrière et d’audace philosophique. Pour nous borner à ce qu’elle a fait sur son propre territoire, sans la suivre en .Angleterre, où son rôle n’a pas été, comme M. Thierry l'a trop cru, uniquement destructeur et barbare, tout le monde connaît ses sublimes efforts contre Charlemagne et ses trente-trois ans d’indomptable résistance sous Wittekind. Elle fut vaincue, mais non abattue. En 912. elle était la plus forte ; ses ducs devinrent tout naturellement empereurs (Henri l’Oiseleur, Othoii le Grand, Henri II). Si Henri le Superbe et Henri le Lion n’obtinrent pas la couronne impériale, ils furent du moins les princes les plus puissants de r.\llemagne. Mais, en 1177, Henri le Lion ayant refusé à l’empereur Frédéric H'' les secours qu’il lui demandait, l’empereur le mit au ban de l’empire (1180), et, le dépouillant des deux grands duchés de Saxe et de Bavière, réunis depuis 11.52, il ne lui laissa que le Brunswick et Lunebourg. Le vaste duché de Saxe, qui depuis 843 s'était constamment agrandi, se divisa alors en une foule de fiefs. Le nouveau ou second duché, constitué avec quelques-uns de ses débris en faveur de Bernard d’.Ascanie ou d’.Anhalt, ne comprenait plus en effet que les territoires de Wittenberg et de I.auenbourg.
618 DRESDE ET SES ENVIRONS. [Route 123.J
Les archevi^cbés de Magdebourg et de Rrônie, les évôdi^s de Minden, Verden , Paderborn, Munster, Hildesheim, Halbersiadt, Merseburg, Naumburg s’en étaient détachés ainsi que le comté palatin de Saxe, la Misnie, la Thuringe, le Mecklembourg, le duché de Poméranie, le duché de Westphalie (qui échut aux archevêques de Cologne), l'Eichsfeld (devenu une possession de l’archevôché de Mayence), Lübeck, qui se déclara indépendante. Ce duché s'affaftlit encore quand la maison ascanienne se fut scindée en deux branches (1260) : la Saxe- Lauenburg, et la Saxe-Wittenberg. En 1353, l’empereur Charles IV attacha l’électorat de Saxe à la possession de Wittenberg. Enfin, en 1422, la branche de Saxe-Wittenberg s’étant éteinte, l’empereur Sigismond transféra, comme il a été dit ci-dessus, les titres de duc de Saxe et d’électeur à la maison de Wettin ou de Misnie.
A cette époque, c’est-à-dire au commencement du xv* siècle, l’électorat de Saxe était beaucoup plus vaste que le royaume actuel. Frédéric le Belliqueux, le premier duc de cette nouvelle maison, fut un des princes les plus influents de l’Allemagne. Malheureusement ses petits-fils Ernest et Albert (1485), qui fondirent les lignes ernestine et albertine, se partagèrent ses Etats. Ernest, l’alné, conserva, avec le titre de duc et d’électeur, le cercle électoral et la 'fliuringc, et les pays orientaux de la Saxe. Son successeur, Frédéric le Sage, exerça une grande influence sur les affaires de l’Allemagne, car il fut nommé vicaire général pendant l’interrègne. Il fonda l’université de Witlenberg, où il appela Luther (voir Wittenberg) qu’il fit plus tard enfermer au château de la Wartburg (voir Wartburg), pour le soustraire aux effets de la condamnation prononcée contre lui à la Diète de Worms, et il prit une grande part à la ligue de Schmalkalden. En 1546, Charles-Quint, que ses guerres avec le pape, les Turcs et François l*’’ avaient jusqu’alors empôché de mettre à exécution ses menaces contre la Réforme, entra en cam])agne contre l’électeur de Saxe, Frédéric le Magnanime, et le landgrave de Hesse, qui commandaient la ligue protestante. Peut-être eût-il succombé dans cette lutte, car ses adversaires l’assiégeaient dans Ingolstadt avec 90,000 hommes, si Maurice, le proche parent de l’électeur et le gendre du landgrave, le chef de la branche cadette de Saxe, n’eût trahi sa famille, son pays et sa foi. Frédéric, vaincu à Mühlberg (1547^, tomba entre les mains de l’empereur qui, après l’avoir fait condamner à mort par un conseil de guerre espagnol que présidait le duc d’Albe, lui arracha, pour une commutation de peine, la cession de son électorat qu’il transféra à Maurice. Cependant Maurice de Saxe, le premier due de la ligne albertine, voyant que l'empereur, traître à tous ses serments, ne songeait qu’à opprimer l’Allemagne, et retenait prisonnier le landgrave de Hesse trompé par un lâche stratagème, voulut réparer et racheter ses crimes passés. Une foule de petits livres et de peintures satiriques, qui circulaient dans toute l'.âllemagne, le désignaient comme un apostat, comme un traître, comme le fléau de son pays; il résolut d’en être le libérateur. Une profonde dissimulation couvrit ses projets. « D'abord, dit .M. .Michelet, il fallait lever une armée sans alarmer l’empereur ; il se charge de soumettre Magdebourg à l’inté*
Digilized by GôogI
fRotiTE 123.] LA SAXE. — HISTOIRE. 619
rini, et joint les troupes de la ville aux siennes. En même temps il traite secrètement avec le roi de France. Pendant que les Français s’emparent de Metz, il marche à grandes Journées sur Innsbruck (1552). Le vieil empereur, alors malade et sans troupes, partit la nuit par une pluie affreuse, et se fit porter vers les montagnes de la Carinthie. .Sans une sédition qui retarda Maurice, Charles-Quint tombait entre les mains de so(j ennemi. Il fallut céder. L’empereur conclut avec les protestants la convention de Passau (voir Passau), qui devint plus tard la paix d’Augsbourg (voir Augsbourg). Maurice n’eut pas le temps de profiter de sa victoire: il périt à trente-deux ans (1553), en battant à Sievershausen le margrave de Brandebourg. La Prusse était destinée à l’emporter sur la Saxe, qui échut à des souverains malhabiles, indécis, et par conséquent malheureux. En effet, pendant la guerre de Trente ans, les électeurs de Saxe se déclarèrent tour à tour pour la Suède et pour l’Autriche. En 1697, Frédéric-Auguste I" abjura le luthéranisme pour joindre à la Saxe le royaume de Pologne: ambition funeste qui l’engagea dans des guerres incessantes avec le roi de Suède, Charles XII. Frédéric-Auguste II réunit aussi les deux couronnes. Après s'être allié, contre l’Autriche avec la Prusse, il s’allia contre la Prusse avec l’Autriche. Frédéric II lui enleva deux fois la Saxe. Il fut plus heureux quand, du chef de sa mère, il prétendit à la Bavière, mais il n’obtint que 6 millions de florins. Frédéric-Auguste III, qui succéda à son père en 1763, refusa en 1791 le trêne de Pologne qui lui avait été offert. Il resta neutre autant qu’il le put pendant les guerres de la Révolution. En 1806, Napoléon, pour l’en récompenser, érigea son duché en royaume qu’il enrichit, l’année suivante, d’une partie des Etats de la Prusse démembrée (le grand-duché de Varsovie et le cercle de Cottbus). Frédéric-Auguste se montra reconnaissant envers son bienfaiteur; aussi, après le désastre de I.eipsick, il fut puni de la fidélité avec laquelle il était resté l’allié de<la France. Au congrès de Vienne, Le prince de Hardenberg demanda formellement l’incorporation à la Prusse de toute la Saxe, dont la coalition, qui s’en était saisie, avait donné la garde à la Russie. Cette demande, appuyée dans une certaine limite par l’Angleterre, fut combattue par l’Autriche et par la France. Mais, tandis que Frédériç-Auguste protestait noblement contre une pareille prétention, le 6 novembre 1815, les troupes russes remettaient la capitale’et les forteresses saxonnes aux autorités et aux troupes prussiennes. Cet acte de violence et d’audace souleva toute l’Allemagne, et faillit d’autant plus brouiller les alliés que la cour de Berlin avait consenti k abandonner à l’empereur de Russie ses anciennes possessions polonaises, si la Saxe devenait le prix de ce sacrifice. Enfin, après de nombreuses négociations, cette périlleuse question fut résolue. Le royaume de Saxe renfermait 2 millions d’habitants, on lui en laissa 1,300,000: les 700,000 autres furent donnés au roi do Prusse, qui reçut en outre le duché de Posen et des territoires sur les deux rives du Rhin, mais qui ne put obtenir I.eipsick. Quand les plénipotentiaires qui avaient réglé cette transaction se rendirent auprès de Frédéric-.kuguste pour le sommer de consentir au démembrement de ses Etats héréditaires, le noble et vieux roi refusa; il ne
620 DRESDK ET SES ENVIRONS. [Route 123.]
voulait pas, disait-il, signer sa honte. Frédéric-Auguste est mort en 1827, universellement regretté.
Ln révolution française de juillet 18.10 détermina en Saxo un mouvement d’opinion si prononcé que le roi .-Vntoino dut accorder à ses sujets les giranties qu’ils lui demandaient. La constitution du 4 septembre 1831 fit du royaume de Saxe une. monarchie constitutionnelle. Tous les citoyens sont égaux devant la loi, jouissent de la liberté individuelle, et, à peu d’exceptions près, des mêmes prérogatives. Toutes les propriétés sont garanties, tous les cultes libres. Le pouvoir est partagé entre le souverain et deux chambres. La couronne est héréditaire dans la ligne masculine seulement. Le roi, dont la personne est inviolable et dont les ministres sont responsables, exerce le pouvoir exécutif, et les décisions des Chambres sont soumises à sa sanction. Les Chambres se divisent en deux Chambres, première et deuxième: la première se compose des princes de la maison royale, d’un député du chapitre de Meissen, d’un député de l'université de Leipsick, du premier auménier évangélique de la cour, du doyen catholique du chapitre de Budissin, du surintendant évangélique de Leipsick, d’un député du chapitre de Wurzen, membres par droit de leurs charges, de vingt-deux députés des propriétaires de biens seigneuriaux, des bourgmestres de Dresde et de Leipsick, et de ceux de six autres villes désignées par le roi ; la deuxième Chambre, de soixante-quinze députés ; vingt députés de propriétaires de biens nobles, vingt-cinq députés des villes, vingt-cinq députés des campagnes, et cinq députés du clergé évangélique. Les membres de cette Chambre sont soumis à la réélection tous les trois ans. Les électeurs doivent être âgés de plus de vingt-six ans, et les députés de plus de trente et un ans.
La révolution française de 1848 eut aussi son contre-coup en Saxe. La constitution de 1831 était regardée parle parti libéral comme trop aristocratique. On la renversa pour lui substituer une constitution trop démocratique. Le roi accorda tout, liberté complète de la presse, droit de réunion, suffrage universel. Cependant les exigences du parti victorieux devinrent telles qu’il dut dissoudre les Chambres. Une insurrection éclata (1849). Le roi, chassé de sa capitale par l’émeute triomphante, y fut réinstallé bientôt, grâce à l’intervention de l’armée prussienne. Il a rétabli depuis la constitution de 1831, sans changements, mais en en promettant.
Le budget est voté pour trois ans par les Chambres. Il était en 1857 de 15,700,70.') th. pour les recettes et de 9.059,353 tu. pourles dépenses. La dette actuelle de la Saxe était de 62,236,006 th.
L’arniee actuelle de la Saxe compte 30,000 hommes sur le pied de guerre.
Comme Etat membre de la Confédération germanique, la Saxe est placée au 4' rang dans l’ordre de la chancellerie fédérale. Elle dispose d’une voix entière dans le < omité des 17, et de quatre voix dans le plénum.
Les couleurs de la Saxe sont le blanc et le vert.
[Route 123.]