‹ Itineraire descriptif et historique de l'AllemagneChapitre 29 sur 328 · I.IX · texte numérisé non relu

I.IX

INTRODUCTION,— RÉSUME HISTORIOUE.

les prédications de saint Bernard, partit pour la terre sainte, à la tète d’une immense armée. Il revint presque seul en 1149. Quant à la première croisade, la nation allemande n’y avait presque pris aucune part On lui donna pour successeur son neveu, Frédéric de Souabe, que les Italiens surnommèrent Barharos.ia, Barberousse. C’est sous son règne, et à l’occasion de ses entreprises contre la liberté des villes d’Italie et contre les papes, que la péninsule se divisa en deux grands partis, les Guelfes et les Gibelins. Ceux-ci étaient les partisans de l’Empereur, et les Guelfes étaient ses adversaires. Frédéric fit quatre expéditions en Italie; il y versa beaucoup de sang et y entassa bien des ruines, sans profit réel; pour être plus libre de ce côté, il s’affaiblit de l’autre, et laissa prendre aux grands vassaux de l’Empire une prépondérance qu’ils n’avaient jamais eue. Il rendit la Bavière au fils de Henri le Superbe, et dédommagea le margrave d’Autriche en érigeant l’Autriche en duché héréditaire. Ce fils de Henri le Superbe, que les historiens yipellent Henri le Lion, se trouvant à la fois duc de Saxe et de Bavière, accrut rapidement sa puissance, acheva de soumettre les Slaves du Holstein, du Mecklembourg et de la Poméranie, fonda les évêchés de Schwerin, de Lübeck et de Ratzebourg. Plus tard, ayant gravement mécontenté l’Empereur, il fut assigné à com-

fiaraître devant la Diète de Worms. N’ayant point comparu, il ut dépouillé de tous ses fiefs et mis au ban de l’Empire. Le duché de Saxe fut partagé en plusieurs principautés. Le territoire slave conquis par Henri devint le duché de Poméranie, moins Lübeck, qui fut déclarée ville libre impériale. Ratisbonne, en Bavière, obtint le même avantage, et ce second duché fut démembré comme l’autre. On y tailla le duché de Méranie. Henri le Lion ne conserva que ses Ijiens héréditaires, le Brunswick et le Lunebourg. En 1189, Frédéric, à son tour, se mit en marche pour la terre sainte, à la tête de cinquante mille cavaliers et de cent mille fantassins. Il parvint jusqu’à Séleucie, mais il mourut là, et son armée revint comme elle put. Ce fut cette expédition qui donna naissance à l’ordre Teutonique, qui joua depuis un si grand rôle en Allemagne. (Voir Prusse.)

Son fils Henri II avait à peine pris possession du gouvernement, que Henri le Lion, ce prince que Frédéric Df avait humilié si profondément, entra en guerre pour reconquérir scs anciens domaines. Il fut battu : mais l’Empereur ne l'apaisa qu’en faisant épouser à son fils une princesse de la maison de Hohenstaufen, héritière du Palatinat.

Il avait, lui, épousé la fille de Guillaume, roi des Doux-Sicilcs, qui venait de mourir sans héritier mâle. Il revendiqua la couronne de Sicile. Los Siciliens, qui redoutaient la domination allemande, se donnèrent pour roi un bâtard de la famille royale normande, appelé Tancrède. Henri descendit en Italie, se fit sacrer Empereur par le pape, et marcha sur Naples. Mais il dut renoncer à son expédition, faute d’argent. En ce moment, le roi

ITINEUAIUE DE L’ALLEMAGNE.

d'Angleterre Richard Cœur de Lion, était prisonnier du duc d’Autriche. Henri vendit à Richard sa liberté moyennant une forte rançon, avec laquelle il recommença la guerre, conquit enfin les Doux-Siciles, etycommit mille atrocités. Puis il eptama des négociations avec les électeurs pour rendre le trône héréditaire dans sa famille. Il mourut en 1197, avant d’y avoir réussi.

Son fils Frédéric avait été déjà recounii pour sou successeur. Mais il était en bas âge, et il faut que le droit héréditaire soit solidement établi et consacré jiar un long usage, pour faire supporter une minorité. Tel n’était pas le cas eu Allemagne. Quatre prétendants à l’Empire se présentèrent. Deu.x se retirèrent bientôt, et il ne resta plus que Philippe de Souabe et Othon, second fils de Henri le Lion. Ils se disputèrent l’Empire les armes à la main pendant dix ans; après quoi, Philippe apant été assassiné, Othou IV épousa la fille de Philippe et régna assez tristement pendant dix autres années. Le pape Innocent III, après l’avoir couronné, embrassa tout à coup le parti du jeune Frédéric, roi de Sicile, rallia les partisans des Hohenstaufen, et frappa Othon d’excommunication, ce qui faisait toujours de l’effet quand l’excommunié avait des ennemis. Frédéric vint en Allemagne. Une partie des grands vassaux se déclarèrent pour lui, et l’archevêque de Mayence le couronna dans Aix-la-Chapelle. Il y eut alors deux empereurs; mais l’Allemagne y, était accoutumée, puisque, dix ans auparavant, Othon et Philippe de Souabe avaient déjà porto la couronne, chacun de son côté. Frédéric eut d’abord de grands succès, puis Othon reprit l’avantage. Frédéric était soutenu parla France et Othon par l’Angleterre. Pour plaire à l’Angleterre et se venger de la France, Othon se mit, contre la France, à la tête de la redoutable expédition qui aboutit à la bataille de Rouvines. Othon, vaincu, regagna l’Allemagne en fugitif et ne régna plus guère, en réalité, que sur ses domaines projires, où il mourut en 1218.

Frédéric II passa presque toute sa vie dans son royaume héréditaire. Ses démêlés continuels avec les papes et les républiques italiennes, sa croisade, ses excommunications, etc., appartiennent à l’histoire de l’Italie plus qu’à celle de l’Allemagne. Il gouverna longtemps cette partie de ses Etats par l’intermédiaire de son fils aîné, Henri, qu’il avait fait élire roi des Romains et qu’il fut enfin obligé de révoquer et d’incarcérer, ce jeune prince ayant voulu sortir de cette position subalterne. Frédéric, qui avaitbesoin d’appuis pourses entreprises en Italie, suivit la politique de son grand-père; il accorda le titre héréditaire à beaucoup de vassaux, grands et moyens, ainsi que le droit de justice sur leurs terres, ne gardant pour la couronne qu'un droit de juridiction suprême qui était rarement exercé. C’est aussi de son règne que date l’institution des cours vehmiques, ou tribunaux secrets de la 'Westphalie. Frédéric mourut en 1250, à Fiorentino, dans la Capitanate, épuisé par ses longues

INTHODUCTION.— RESUME HISTORIQUE. i,xi

luttes, brisé par les revers que les dernières années avaient accumulés sur sa tête.

Conrad IV, son fils, avait le titre de roi des Romains, que le parti papal, poursuivant Frédéric II dans sa descendance, avait fait aussi décerner à rin comte Guillaume de Hollande. Conrad mourut empoisonné, dit-on, en 12.54, et Guillaume, en 1255, périt dans une bataille contre les Frisons.

De 1255 à 1?73, personne, en Allemagne, ne porta plus le titre de roi ni d'empereur. Richard de Cornouailles, frère du roi d’Angleterre Henri III, et Alphonse X, roi de Castille, voulurent l’acheter, et se le disputèrent à prix d'argent. Ou prit leur argent, mais ils n’eurent rien on échange. L’anarchie féodale arriva alors à ses dernières limites. Le territoire germanique se morcela eu mille priucijiautés indépendantes. Ducs, marquis, comtes, barons, évêques, abbés, eurent des troupes, se firent mutuellement la guerre, et jiillèrent à qui mieux mieux les marchands des villes. Les villes s’armèrent à leur tour et se confédérèrent pour résister plus facilement à l’oppression des nobles. Il v eut la ligue du Rhin, puis la Hanse, ou ligue de l’Elbe. Celle -ci devint très- puissante, et embrassa plus de soixante villes. C’est de cette époque que date l’établissement de la plupart des familles souveraines de l’Allemagne moderne, des maisons de Wittelsbach, de Ballensfedt, de Wettin, de Schauenbourg, d’Oldenbourg, de Hohenzollern, etc. C’est alors aussi que naquit ou se répandit la chevalerie, et que commença le développement intellectuel de l’Allemagne, fruit de ses rapports avec l’Italie. Albert le Grand s'illustra par une science immense, pendant que les châteaux résonnaient des chants des Minnesænger . (Voir ci-dessous, littérature.) Ce fut en cetempsaussi que les chevaliers teutons conquirent la Prusse, et que des colonies allemandes prirent, à leur suite, possession de ce pays.

L’Empire ne fut plus désormais quune sorte de république fédérative composée de seigneurs grands, moyens ou petits, mais tous indépendants, et de villes libres, avec un empereur, ou soi-disant tel, pour président. Ce titre d’empereur ne comporta plus ni pouvoir prédominant ni grands revenus, et l’on eut soin de ne le conférer qu’à des hommes dont la puissance médiocre ne pouvait donner d’inquiétude.

Le premier élu fut Rodolphe, comte de Habsburg, d’une famille ])cu connue jusqu’alors, mais qui ne devait pas tarder à s’agrandir. Rodolphe avait eu pour compétiteur Ottokar, roi de Bohème et en même temjis duc de Styrie et d’Autriche. Ottokar refusa de le reconnaître pour son suzerain. Rodolphe l’attaqua immédiatement et le battit. Ottokar périt dans le combat. Rodolphe confisqua l’Autriche et la Styrie , dont il donna l'investiture à scs deux fils, Albert et Rodolphe. Il donna en même temps la Carinthie et la Cariiiolc au comte de Tyrol Mainhart, mais à condition que ces provinces feraient retour à l’Autriche en cas d’extinction de la famille Mainhart. Ainsi Allkh. du n. d

ITINERAIKK DE L'ALLEMAGNE.

■ commença la puissance de la maison d’Aufriche. Il faut croire qu’on s'en effraya bien vite, car Rodolphe ne put réussir à faire nommer son fils Albert roi des Romains. Le comte Adolphe de Nassau lui succéda en 1292, mais il manqua d'habileté. Albert d'Autriche exploita ses fautes, cabala contre lui, gagna les électeurs, le fit déposer en 1298, et le tua de sa main dans une bataille. Albert fut élu et résista victorieusement à l’hostilité du pape Boniface et du haut clergé allemand, que le pontife avait ameuté contre lui. Mais il eut moins de succès contre les Suisses de Schwytz,d’Uri et d’Unterwalden, qu’il voulutenglober dans les possessions patrimoniales de la maison de Habsburg. Cette prétention, soutenue par la violence, fut le signal de la liberté de la Suisse.

Albert fut assassiné en 1908 par son neveu Jean de Souabe. Le roi de France, Philippe le Bel, se porta candidat à l’Empire. Mais les électeurs, qui ne voulaient pas sc donner un maître, réunirent leurs voix sur Henri, comte de Luxembourg, qui, avant tout, s’occupa de pourvoir sa famille. Le tréne de Bohême était devenu vacant sous le règne précédent, et Albert y avait installé, à main armée, son fils Rodolphe, Henri, duc de Carinthie, avait succédé à Rodolphe, et s’était fait détester. Henri VU fit élire son fils Jean de Luxembourg, roi de Bohême. Il l’avait déjà fait duc de Luxembourg. 'Il fut pris à son tour de la maladie qui avait détruit les Hohenstaufen : il voulut régner en Italie. Il se fit sacrer empereur à Rome par des cardinaux, en l’absence du pape, qui siégeait alors dans Avigaion. Depuis Conrad IV, c’est à-dire depuis cinquante-huit ans, personne n’avait porté en Allemagne le titre d’empereur, que la consécration papale pouvait seule conférer. Il allait envahir le royaume de Naples, lorsqu’il mourut à Buonconvento, en Toscane, le 24 août 1313. Sa mort devint le signal d’une guerre qui désola l’Allemagne pendant neuf ans, Louis de Bavière et Frédéric d’Autriche, dit le Beau, ayant été élus tous deux. ,Ce ne fut qu’en 1322 que Frédéric fut battu définitivement et renonça à ses prétentions.

Louis V eut de violents démêlés avec le pape Jean XXII, qui l’excommunia : mais il né s’en trouva pas plus mal. On commençait, dans toute l’Europe, à être fatigué des prétentions et de la turbulence des chefs de l Église, et l’on était scandalisé de leur luxe, do leur avidité, de leurs débauches. Jean XXII, voyant que les chrétiens ne répondaient plus à ses appels, eut recours aux pa’iens, et l’on vit une horde de Lithuaniens, conduite par un cnef polonais et un évêque allemand, ravager, à la voix du saint-père, le Brandebourg et la Silésie. Louis, pour se venger, partit pour Rome, où il se fit couronner empereur par un évêque dépose et le capitaine de la ville; il déclara Jean XXII hérétique et criminel do lèse-majesté; il nomma, à sa place, un antipape, qui prit le nom de Nicolas V, après quoi il fut obligé de retourner précipitamment en Allemagne, sa petite armée, qu’il ne payait pas, s^étant débandée. Il avait dépouillé ses neveux du PalatinaL

INTRODUCTION.— RÉSUMÉ HISTORIQUE. Lxm

Il le leur rendit, en j joignant une partie du territoire bavarois q^u’on a, depuis lors, désigné par le nom de haut Paiatinat. Il fut convenu seulement que chaque branche de la maison de Bavière, en cas d’extinction, hériterait de l'autre. Plusieurs années s'écoulèrent sans événements importants. Le pape Jean XXII avait, à plusieurs reprises, et toujours en vain, excité les seigneurs allemands à se soulever contre l’Empereur. Celui-ci, dont l’esprit s’affaiblissait en vieillissant, demanda l’absol,ution au successeur de Jean XXII; mais il s’était déclaré pour Edouard III contre Philippe VI, et Benoit XI résidait à Avignon. Le roi de France contraignit le pape à maintenir l’excommunication. Clément VI, successeur ae Benoît XI, alla

filus loin. Il renouvela les tentatives de Jean XXII pour allumer a guerre civile en Allemagne , et trouva un prince disposé à l’écouter. C’était le vieux roi de Bohême, Jean de Luxembourg, qui venait de perdre la vue et qui avait trois lils à pourvoir. Jean l’Aveugle ambitionna pour son fils aîné, Charles, la couronne impériale, et partit avec lui pour Avignon. Ils marchandèrent l’Empire avec Clément et lui accordèrent les conditions les plus avantageuses pour la papauté. A la sollicitation de Clément, les trois archevêques électeurs se réunirent et conférèrent à Charles de Luxembourg le titre de roi. Charles, après avoir combattu à la bataille de Crécy, avec son père, qui y fut tué, revint en Bohême, se fit couronner par l’évêque de Prague, qui fut fait archevêque à cette occasion, et bientôt les hostilités commencèrent entre l'Empereur et l’antiroi. Charles fut battu, mais Louis mourut d'apoplexie. La plus durable trace du règne de ce prince est l’aigle à deux têtes qui décore l’écusson impérial. Il y avait deux aigles dans ses sceaux ; on les mit l’une devant l’autre, en tournant les têtes vers deux côtés opposés, et cet usage s’est maintenu jusqu’à la dissolution de l’empire germanique.

Charles, qui n’avait été élu que par trois archevêques, devait s’attendre que la couronne lui serait disputée. C’est ce qui eut lieu. Le margrave de Brandebourg se mit le premier en avant, mais il ne fut pas soutenu. Deux électeurs la'iques, le duc de Saxe et le comte palatin, offrirent l’Empire au roi d’Angleterre Edouard III, qui n’en voulut pas. Ils s'adressèrent au marquis de Misnie, q|ui refusa. Ils se tournèrent alors vers un noble de Thuringe, Gunther de Schwarzburg, qui fut moins dédaigneux ou moins prudent. « Les doubles élections, trop fréquentes, dit Voltaire, avaient introduità Francfort une coutume singulière. Celui des compétiteurs qui se présentait le premier devant Francfort attendait six semaines et trois jours, au bout desquels il était reçu et reconnu, si son concurrent ne venait pas. Gunther attendit le temps prescrit, et fit enfin son entrée. » Il leva aussitôt une armée : mais un mal subit l’arrêta, et l’on a prétendu que Charles l’avait fait empoisonner. Le môme Voltaire ajoute que « le poison de ces temps-là, en Allemagne, était la table. »

ITINÉRAIRE DE L’ALLEMAGNE

(runtlier vendit ses droits à Cliarles. Le margrave de Brandebourg renonça à ses prétentions, et Charles se fit couronner de nouveau à Aix-la-Chfinelle par l'archevêque de Cologne.

Cela se passait en 1349. L'année suivante, la j)este ravagea l'Allemagne, et l’on .accusa les juifs d'avoir empoisonné les fontaines. On en massacra beaucoup ; on en brûla quelques-uns. Charles IV, comme la plupart des Empereurs, s'occu])a surtout d’agrandir sa maison. Il réunit à la Bohême la Silésie, la ville et le cercle d’Egra. D’ailleurs, il gouverna habilement son royaume héréditaire, et y dévclopj)a une grande prospérité. Il y favorisa les arts et les sciences : il y créa l’université do Prague, le 7 avril 1347. C'est le premier établissement de ce genre qu’il y ait eu en Allemagne. Le deuxième en date ne fut fondé à Vienno qu’en 1368. Les universités de Heidelberg, de Cologne, d’Erfurt, ne vinrent que beaucoup plus tard.

Charles se fit sacrer a Rome, en 1355, et convoqua, aussitôt après son retour, dans la ville de Nuremberg, une Diète où fut rédigée et promulguée la bulle d’or, première loi fondamentale écrite de l’empire germanique. On n avait fait, jusque-là, que suivre la coutume, et la coutume avait souvent varié. La bulle d’or, fixant un point qui était resté douteux, attacha la voix électorale, non à la famille régnant sur tel pays, mais au pays lui-même, qui fut déclaré indivisible et transmissible héréditairement, Les trois électorats ecclésiastiques furent, comme auparavant, les archevêchés de Mayence, de Trêves et de Cologne. Les quatre électorats la'iques furent le royaume do Bohême, le Palatinat du Rhin, le duché de Saxe-Wittenberg et le margraviat de Brandebourg. Il fut statué que l’élection aurait toujours lieu à Francfort-sur-le-Main, que le couronnement se ferait à Aix-la-Chapelle par les mains de l’archevêque de Cologne, que la première Diète après la nomination se tiendrait à Nuremberg, et que, en cas d’interrègne, l’électeur palatin et l’électeur de Saxe seraient, de droit, vicaires de l’Empire:

Les expéditions de Charles IV en Italie n’intéressent pas plus l’Allemagne que son voyage en France. Un fait à remarquer, c’est qu’il acheta, en 13’72, l’électorat de Brandebourg, d’Othon de Bavière, à qui cet électorat appartenait. En 1347, il avait été arrêté, à Worms, à la requête de son boucher, dont il ne pouvait payer les fournitures. Il avait fait une belle fortune depuis ce temps-là. Il mourut à Prague, en 1378, après avoir partagé ses Etats entre ses trois fils. L’aîné, Venceslas, déjà élu roi des Romains, eut la Bohême et une partie de la Silésie. Il donna le Brandebourg à Sigismond , son second fils, et la Lusace au troisième, nommé Jean, avec deux duchés pris sur la Silésie,

Venceslas fut une bête féroce et stupide. Sous son règne l’Allemagne tomba dans le chaos. Il se promenait dans les rues, accompagné du bourreau, et faisait exécuter sur-le-champ ceux qui lui déplaisaient. Il fit noyer, une fois, dans la Moldau, le nioine Jean Népomucène, qui n’avait pas voulu lui révéler la

INTRODUCTION.— RÉSUMÉ HISTORIQUE. Lxv

confession de l’impi^ratrice sa femme. Il Mait ivre tons les jours, et eut de nombreux accès de démence. Et li régna trente-deux ans !

Les Suisses, après avoir défait l'archiduc Léopold d’Autriche à Sempach, en 1386, et ses fils à Næfels en 1388, forcèrent enfin la maison d’Autriche à renoncer, par un traité, à toute prétention sur leur pays.

A l'exemple des cantons suisses, les villes de la Souabe et celles des bords du Rhin tentèrent de se séparer de l’Empire, et de conquérir Teur indépendance. Mais le sort de la guerre tourna^contre elles. La confédération des villes de Souabe fut vaincue dans une bataille sanglante auprès de Dœffingen , et celle des villes rhénanes auprès de Worms.

Le margrave de Brandebourg, Sigismond, frère cadet de Venceslas, était devenu roi de Hongrie, en épousant la reine de ce pays. Les Bohèmes eurent recours , à lui contre les exactions et les fureurs de leur roi, qu’ils arrêtèrent et mirent en prison

Four commencer. Mais Sigismond ne sut pas se décider à temps.

I perdit l’occasion, et ’V’’enceslas recouvra sa liberté et son royaume. Les Allemands à leur tour se soulevèrent contre ce méprisable Empereur. Les électeurs le déposèrent eu 1400 et choisirent Frédéric, duc de Brunswick. Frédéric fut assassiné presque aussitêt, et les électeurs proclamèrent à sa place l'électeur palatin Robert. Il v ent alors deux empereurs. Mais il y avait aussi deux papes ^ l’un à Rome, l'autre à Avignon. C’était l’époque où Charles VI, fou comme Venceslas, régnait, ou était censé régner sur la France, qui n’était pas plus heureuse que l’Allemagne.

Venceslas ne s’inquiéta guère de l’élection de Robert, et continua de boire à Prague. Robert, reconnu seulement par une partie de l’Allemagne, voulut se pojiulariser par des victoires, et alla réclamer, au delà des Alpes, les droits oe l’Empire sur la Lombardie. Venceslas les avait vendus à Galéas Visconti, duc de Milan, pour cent cinquante mille écus. Robert fut battu, et se trouva beaucoup plus faible à son retour qu’avant son départ. Il mourut en 1410. Les électeurs n’ayant pu s’entendre sur le choix d’un Empereur, chaque parti élut le sien. Il y eut alors trois empereurs, Venceslas, qui s’enivrait toujours à Prague, son frère Sigismond, et Josse, margrave de Moravie. Mais, en ce même temps, il y avait aussi trois papes , Benoît XIII, Grégoire XI et Jean XXIII. Rien n’est comparable, dans l’histoire, a cette éj)oque de confusion. Heureusement Josse mourut en 1411, et "venceslas eut un bon moment : il se désista en faveur de son frère.

Le premier soin 'de Sigismond fut de terminer le grand schisme qui divisait et agitait l’Église d’Occident depuis tant d’années. A cet effet, il assembla le concile de Constance, qui s’ouvrit le 16 novembre 1414 , commença par se déclarer supérieur au pape, puis destitua à la fois les trois papes Grégoire XII,

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Benoit Xin et Jean XXIII, et, à leur place, élut Othon Colonne, qui prit le nom de Martin V. Il aurait dû se borner à cela. Mais il cita de plus à comparaître devant lui Jean Huss, professeur à l’université de Prague et confesseur de la reine de Bohême, qui avait attaqué les indulgences et soutenu qu’un mauvais pape n’était pas le vicaire de Jésus-Christ. Jean Huss se rendit à Constance sur la foi d’un sauf-conduit de Sigismond. Mais les théologiens persuadèrent à ce prince qu’on n’est pas tenu à garder sa foi aux hérétiques. Sigismond laisïa donc violer son sauf-conduit sous ses yeux, et Jean Huss fut brûlé vif le 6 juillet 1415. Son élève Jérôme de Prague subit le même supplice quelque temps après. Ces atrocités soulevèrenttoute la Bohème, où Jean Huss avait beaucoup de partisans, et firent naître l’affreuse guerre des hussites, qui ne fut terminée qu’en 1434, par la sanglante bataille de Bœhmisch Brod. Ce fut Sigismond qui donna le margraviat de Brandebourg au burgrave de Nuremberg, Frédéric de Hohenzollern. Il n’est plus sorti de cette famille, qui règne aujourd’hui sur la Prusse. Ce fut encore Sigismond qui donna l’électorat de Saxe au margrave de Misnie, Frédéric, souche de la maison régnante actuelle. Il avait pour gendre le duc d’Autriche Albert, et le désigna pour son successeur à la couronne de Bohême et à celle de Hongrie. La maison d’Autriche lui doit donc une grande partie de sa puissance, comme celles de Saxe et de Brandebourg lui doivent leur élévation. Il mourut le 9 décembre 1437. Son gendre , Albert d’Autriche, fut élu roi d’Allemagne, le 18 mars 1438.

Outre son archiduché d’Autriche, Albert avait donc le royaume de Bohême et celui de Hongrie. Il avait encore la Moravie. C’était de beaucoup le plus puissant des princes allemands.

Albert ne survécut que deux ans à son élection, et son règne n’a guère été signalé que par la Diète tenue à Nuremberg, où l’on s’efforça d’ôter aux villes libres et aux princes le droit de guerre, dont ils abusaient trop. On y supprima aussi le tribunal secret qui n’en fonctionna pas moins quelque temps encore. On y fit aussi Quelques tentatives de réforme ecclésiastique. On tâcha de régler l’élection des prélats, les appels en cour de Rome, les annates, les réserves papales. On appela ce règlement la charte d’accefjtation de Mayence.

Les Turcs étaient déjà maîtres de presque tout l’empire grec, qui ne se composait plus que de Constantinople et de sa banlieue. En 1439 ils attaquèrent la Hongrie. Albert marcha contre eux, et mourut de la dyssenterie au milieu de son expédition.

On voulut lui donner pour successeur le landprrave de Hesse, nommé Louis, qui refusa. On élut alors Frédéric d’Autriche, duc de Styrie.

Frédéric n’appartenait qu’à la branche cadette de la maison d’Autriche. La branche aînée avait pour unique représentant le jeune Ladislas, fils d’Albert, dont Frédéric était le tuteur. Mais

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Ladislas mourut en 1457, et les deux autres branches se partag^èrent l’Autriche et la Carinthie. La Bohême élut pour roi George Podiebrad. La Hongrie confia ses destinées à Matthias Corvin. Frédéric, qui ne se souciait guère que des intérêts de sa maison et de l’agrandissement de ses Etats héréditaires, obtint, à cet égard, un succès important; ce fut en 1477, après la mort du duc de Bourgogne Charles le Téméraire. 11 réussit à faire préférer par la duchesse Marie, fille de ce prince, son fils Maximilien à tou# les prétendants que la grandeur de l’héritage avait attirés. D’ailleurs Frédéric, bien que, dans son voyage en Italie, le pape l'eût couronné roi d’Italie et Empereur, ne s’inquiéta guère des affaires de l’Empire, et ne sortit de temps en temps de son oisiveté que pour repousser les Turcs, qui, après avoir conquis Constantinople, poussaient leurs incursions jusqu’en Carniole et en Carinthie. Son apathie laissa les membres nombreux du grand corps germanique vivre de leur vie propre, et ils en profitèrent pour augmenter leur indépendance. Sous ce règne, qui dura cinquante-trois ans (de 1439 à 1493), il n’y a guère d’histoire générale de l’Allemagne, et, après lui, il n’y en aura plus que de loin en loin, et seulement pour les affaires où la (Confédération germanique tout entière sera intéressée.

• Sous Frédéric III, l’Allemagne fut déchirée par des guerres presque continuelles. Il y en eut entre l’électeur de Saxe et son frère, entre le margrave Albert de Franconie et la ville de Nuremberg. Le duc de Bavière, l’électeur palatin, l’archevêque de Mayence, etc., ne furent pas plus pacifiques. Mais cette agitation perpétuelle semble être aevenue un état normal, et les divers Etats qui couvrent le sol germanique ont acquis un tel caractère d’individualité, qu’on ne peut plus regarder leurs guerres comme des guerres civiles.

Ce fut pourtant au milieu de ce chaos politique que naquirent en Allemagne les arts, et notamment l’imprimerie, que les sciences se développèrent, que les esprits s’éclairèrent et s’enhardirent, que commença enfin le mouvement intellectuel qui allait bientôt produire la réforme religieuse. Des cendres de Jean Huss et cfe Jérôme de Prague était né Martin Luther, avant que Maximilien montât sur le trône.

Plus actif que son père, Maximilien s’efforça d’abord de rétablir l’autorité impériale, en ôtant aux ducs, margraves, comtes, etc., le droit de vider leurs querelles par la voie des •armes, ou, comme on disait en Allemagne, le droit du poignet. La Diète réunie par ses soins à Worms, en 1495, décréta une paix perpétuelle, et, contie tout vassal qui chercherait à se faire justice lui-même, la mise au bail de l'Empire, une amende de deux mille marcs d’or et la perte du fief. Cela entraînait la création d’un tribunal suprême, chargé de vider les différends

Sui pourraient surgir entre les membres de la Confédération, n institua donc la chambre impériale, présidée par un prince

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ecclésiastique ou laïque, et composée de seize juges, dont huit docteurs en droit et huit chevaliers. Tous devaient être nommés par l’Empereur, mais ne pouvaient l'être sans l’assentiment des Etats assemblés. A la cnambre impériale succéda, quelques années après, le collège impérial, auquel Maximilien s’efforça de substituer dans la pratique le conseil auUque impérial qu'il avait, établi à 'Vienne, pour administrer la justice suprême dans ses Etats héréditaires. Tout cela n’empêcha pas la guerre d’éclater encore et de ravager une grande partie de l’Allemagne occidentale à propos de la succession de Ravfrre.

Maximilien prit part aux guerres qui, de son temps, dévastèrent l’Italie, grâce à la funeste ambition des rois de France; il n’en tira ni honneur ni profit. Il fut encore plus malheureux contre les Suisses. Mais il fit plus pour la grandeur de sa famille par la diplomatie que par les armes. Il obtint pour son fils, Philippe le Beau, héritier de Marie de Bourgogne, la main de Jeanne d’Aragon, fille de Ferdinand le Catholique; et de cette union naquit Charles-Quint, destiné à régner par droit héréditaire sur 1 Autriche, la Franche-Comté, les Pays-Bas, l’Espagne, les Deux-Siciles et le nouveau monde.

Lorsque Maximilien mourut, le 12 janvier 1519, la lutte théologique qui aboutit à la réformation était déjà engagée.

On sait que le trafic des indulgences, ordonné par Léon X, qui avait de grands besoins d’argent, en fut l’occasion. Martin Luther, professeur à l’université de Wittemberg, renouvela et développa les thèses de Jean Huss. Le dominicain Jean Tetzel, qui prêcliait les indulgences (voir Jüterbogk), fit brûler, en qualité d’inquisiteur de la foi, les thèses de Luther. Les étudiants de Tuniversité de Wittenberg Brûlèrent les thèses de Tetzel. Léon X cita Luther à comparaître à Rome. Luther ne s’y rendit point. Frédéric, électeur de Saxe, intervint en faveur de Luther et obtint que le pape envoyât un légat en Allemagne pour juger la querelle. Luther comparut à Augsbourg devant le cardinal Cajetano, argumenta contre lui et l’emporta par l’audace et la vigueur de sa dialectique. Le cardinal déclara Luther hérétique, et demanda qu’il lui fût livré. L’électeur de Saxe le lui refusa, et Luther appela du pape à un concile général.

L'empereur Maximilien mourut sur ces entrefaites et, en vertu de la Bulle d’Or, Frédéric de Saxe, le protecteur de Luther, devint vicaire de l’Empire. Le pape, devenu plus circonspect, tenta d’amener un accommodement. Cela ne servit qu’à rendre Luther plus hardi.

Cependant Charles d’Autriche, déjà roi d’Espagne et souverain des Pays-Bas, et François I'^''^ roi de France, se disputaient la couronne impériale. Les électeurs, qui auraient préféré mettre un souverain moins puissant à la tête de cette nizarre république de princes et de villes libres, qu’on appelait l’Empire d’Allemagne, voulurent réunir leurs voix sur l’électeur de Saxe : mais il déclina cet honneur et entraîna par son vote l'élection

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de Charles, cinquième du nom, ou, comme on dit habituellement, Charles-Quint (28 juin 1519). On lui imposa, en le nommant, une Capitulation électorale, qui fut reconnue plus tard comme une loi organique de l'Empire. La grande affaire du moment était la question religieuse. Luther avait gagné beaucoup de terrain. La sympathie populaire lui était acquise, etdes seigneurs puissants se déclaraient j)our lui. En L520, il fit paraître un pamphlet intitiilé : Adresse à la noblesse chrétienne de la nation allemande, où les abus du papisme étaient violemment attaqués. Cet écrit eut un s^iccès immense. Le pape émit une bulle où il déclarait Luther hérétique et condamnait ses livres au feu. Luther répliqua par une publication contre la bulle exécrable de Vantechrist, déclara qu'il n’acceptait plus d'autre autorité que la Bible, et, de sa main, brûla publiquement la bulle du pape, et un exemplaire àaDt'oit canonique. (Uoir "Wittenberg.)

Charles-Quint cita I.ulher devant la Diète de 'VV^orms. Le docteur s’y rendit et y soutint ses doctrines avec une grande fermeté. Le pape l’avait déjà excommunié solennellement quatre mois auparavant, léédit de 'Worms du 8 mai 1581 mit Luther, ses partisans et ses ])rotectours au ban de l’Empire. L’électeur de Saxe n'osa plus se déclarer ouvertement, mais il prit un biais : il fit enlever Luther, et l’enferma au château de la AVartburg. En siireté dans cette retraite, Luthery traduisit en langue vulgaire la Bible, dont les exemplaires inondèrent bientôt l’Allemagne septentrionale. En 1522,1e pape Adrien, qui venait de succéder à Léon X, demanda à la Diète de Nuremberg de faire exécuter l’édit de Worms. La Diète lui répondit par les cerit griefs de la nation allemande , et promit d’agir contre la Réforme, quand Sa Sainteté aurait fait droit aces griefs. Mais, en 1524, le cardinal Campeggio, envoyé par Clénmnt VII, réussit à réunir à Ratis- ' bonne les chefs de quelques Etats, autour de Ferdinand, frère de Charles-Quint, qui gouvern/iit les Etats héréditaires de la maison d’Autriche et qui était hostile aux innovations religieuses.

En même temps, le mouvement imprimé aux esprits atteignait les plus extrêmes limites et produisait des excès très-dangereux pour la cause de la Réforme. Carlstadt, élève de Luther, exagéra toutes les doctrines de son maître; la secte des anaba^istes exagéra les exagérations de Carlstadt. Luther sortit de la W’artburg et rétablit la tranquillité à Wittenberg. Mais les sectaires expulsés par lui se répandirent dans la basse Allemagne et dans la Souabe. Deux cent mille paysans, opprimés par leurs seigneurs , se soulevèrent sur différents points. Traités en Souabe avec une extrême barbarie, ils répondirent à la cruauté par la cruauté, et résolurent de ne plus laisser vivre « aucun prince, aucun comte, aucun seigneur, aucun gentilhomme, aucun moine, aucun prêtre. » Le massacre de Weinsberg prouva que celte résolution était sérieuse. Luther comprit que la cause de la Réforme était perdue s’il ne la dégageait pas immédiatement de ces excès. Il tonna contre les insurgés, il appela les princes au

Lxx ITINÉRAIRE DE L’ALLEMAGNE.

secours de l’ordre social en péril. L’insurrection fut domptée : les anabaptistes furent défaits à Frankenhausen avec un grand carnage; et la Réforme, au lieu de perdre du terrain, fit aussitôt de nouveaux progrès. L’électeur de Saxo, le landgrave de Hesse, Magdebourg, Francfort-sur-le-Mein, Nuremberg et beaucoup d’autres villes impériales se séparèrent .avec éclat de 1 Eglise romaine; l’ordre Tcutoniqne, qui régnait en Prusse, les imita et se sécularisa. Les ])rinces catholiques, elTrayés, se liguèrent alors pour étouffer la Réforme : les princes luthériens se liguèrent de même, et la Diète do S]iire , incertaine entre ces deux masses à peu près égales, décréta que, jusqu’au concile général, chaque Etat de l'Allemagne jiourrait interpréter à son gré l’édit de Worms. Voilà où en était arrivée la Reforme eu 1526.

Pendant ce temps Charles-Quint guerroyait contre le roi de France, et Ferdinand son frère, contre les Turcs, qui en 1529 vinrent jusqu’à Vienne, l’assiégèrent et ne purent la prendre. Cela n’occupait pas l’Allemagne autant que la question religieuse. A l’instigation des catholiques, une nouvelle Diète de Spire, tout en passant condamnation sur les faits accomplis (sauf les décisions du futur concile), interdit toute innovation ultérieure. Les Etats luthériens protestèrent avec énergie : c’est de là qu’est venu le nom de FroteUants.

Charles-Quint revint, en 1530, d’Italie, où il s'était fait sacrer par Clément VIL II convoqua une Diète à Augsbourg, où les Etats protestants lui présentèrent l’exposé de leur nouvelle foi; c'est cet acte qu’on a appelé Confession d’Auqsbourg. Charles

Eublia une réfutation de leur doctrine, et. quelques mois après, t élire son frère Ferdinand roi des Romains, ce qui donnait au parti catholique un chef permanent. Les protestants virent le danger; six princes, deux comtes et onze villes impériales formèrent en 1531 la ligue de Smalkalden, qui, suspendue en 1532 par la paix de Nuremberg , fut reformée en 1533 pour dix ans. Des deux côtés on se préparait à la guerre. La nouvelle apparition des anabaptistes, leur triomphe momentané dans Münster, et l’intronisation de leur prophète Jean de Leyde, n’apportèrent aucun changement à ces dispositions. Protestants et catholiques se réunirent contre Jean de Leyde. Le landgrave de Hesse l’assiégea dans Münster, le prit, ainsi que la ville, qui fut rendue à l’évéque; après quoi les deux partis qui divisaient l’Allemagne recommencèrent à se menacer. En 1538 les princes catholiques, l’Empereur en tête, formèrent la sainte ligue, contre la ligue de Smalkalden. En 1541, ce même empereur publia un édit appelé inhalt, par lequel chacun était autorisé à garder

Provisoirement sa croyance. C’est que Soliman venait de battre armée autrichienne, et de s’emparer de la Hongrie, en laissant la Transylvanie au jeune fils de Jean Zapoli, qui avait disputé le trône de Hongrie a F erdinand, et dont Soliman avait embrassé la cause. Il s’agissait de réunir contre le Turc toutes les forces de l’Empire chrétien, et l’on ne regardait plus aux nuances!

INTRODUCTION.— RÉSUME HISTORIQUE. Lxsi

François I", d’ailleurs, qui ne cessait de harceler la maison d’Autriche, venait de s'allier avec le sultan, et avait entamé des négociations avec les princes protestants de l'Allemagne, qu’il ■fallait détourner à tout prix de s'unir avec la France.

Mais la paix de Crespy ayant ôté à Charles-Quint cette inquiétude, en 1544, ce prince commença de grands préparatifs contre les protestants. Geux-ci lui fournirent un prétexte, en 1545, par leur refus de reconnaître le concile de Trente, qui venait de s’ouvrir. Le pape s’unit à l’Empereur, lui envova.^des troupes et de l’argent, et, par une bulle, appela les catholiques à une sorte de croisade. L’Empereur levade son côté des soldats et rassembla une armée sur la frontière des Pays-Bas. Les confédérés de Smalkalden coururent aux armes, et réunirent soixante-quatre mille fantassins, sept mille ^cpt cents chevaux, cent douze canons. Mais ils n’agirent qu’avec mollesse et divisèrent bientôt leurs efforts. Maurice de Saxo, ambitieux sans scrupule, s’unit à l'Empereur contre l'électeur Jean-Frédéric, chef de sa maison. Celui-ci, pour défendre ses Etats, quitta les confédérés et rompit toutes leurs mesures. Les armes imjiériales acquirent alors une supériorité décidée. Le duc de "W^urtemberg fut obligé do se soumettre, puis les villes du Rhin et la Westphalie. Charles entra enfin, à la tête de trente-cinq mille hommes, sur les terres de l'électeur de Saxe, qui fut battu et fait prisonnier, malgré des prodiges de valeur. Charles le fit juger et condamner à mort, et Jean-Frédéric n’échappa à l’exécution qu’en'renonçant, au profit de son perfide parent Maurice , a son duché et à son titre électoral. Le landgrave de Hesse fut bientôt, à son tour, obligé de se rendre, et resta, comme Jean-Frédéric, prisonnierde l'Empereur.

Charles croyait avoir abattu pour jamais le parti luthérien. Mais son protégé Maurice, devenu électeur de Saxe, comprit qu'il accroîtrait sa puissance en relevant le protestantisme et en en devenant le chef. Chargé par l’Empereur d'assiéger Magdebourg. en 1550, il investit la ville sans la presser, ouvrit sous main des négociations avec le margrave de Brandebourg-Culinbach, le duc de Mecklembourg, le fils du duc de Hesse, et le roi de France Henri II, auquel il abandonna, pour prix de sa coopération, les trois évêchés de Metz, Toul et Verdun, qui, depuis lors, sont restés à la France. Il ne prit Magdebourg qu après un siège de treize mois. Aussitôt il leva le masque, marcha rapidement sur l’Allemagne méridionale, envahit le, Tyrol, où Charles-Quint, qui, n’ayant pu pfevoir une pareille attaque, se trouvait sans soldats; il faillit s’emparer de sa personne, et le força de fuir jusqu'en Italie. Charles fut réduit, par le trait, é de Passau, à rendre au landgrave de Hesse sa liberté et ses Etats, à réintégrer dans leurs biens et honneurs les autre.s chefs du parti protestant, et à garantir le libre exercice de la religion luthérienne, que la Diète d’Augsbourg confirma pour jamais, en 1555, par l’acte appelé Paix de religion.

Charles essaya, en 1552, de se venger au moins sur la France

Lxxil ITINÉRAIRE DE L’ALLEMAGNE.

de ses disgrâces, en reprenant les trois éviiehés ; niais il échoua misérablement. Dégoûté du pouvoir, il résigna les Pays-Bas et l'Espagne à sou fils Philippe, et l'Empire à son frère Ferdinand, aïKiuei il avait déjà cède les possessions héréditaires de l’Autriche; ajirès quoi il se retira dans le monastère de Saint-Just.

Ferdinand accepta les faits accomjilis et n’essaya pas de revenir sur \n. paix de religion. Son règne fut celui delà tolérance. De l.ïô6à 1.164, rien ne troubla d’une manière grave la tranquillité de l’Allemagne. Maximilien II, son fils, fut aussi sage que lui. Pendautque les factions religieuses déchiraient la France avec une fureur dont l'histoire offre peu d’exemples, l’Allemagne jouit d'u* repos profond. Les dissidences qui surgirent entre les protestants n’amenèrent qu'une guerre do j)lume. Quant aux catholiciues, ils employèrent ce temps à rassembler leurs forces. Les jésuites s’établirent dans l’Allemagne méridionale, à Vienne, à Prague, à Ingolstadt, à Munich, étendant peu à peu leur influence et préparant sourdement la réaction qui éclata sous les règnes suivants.

vRodolphc succéda à Maximilien II en 1576, et la cour impériale changea aussitôt de maximes. Des mesures rigoureuses, des entreprises d'une e.xtr»'me violence contre des villes protestantes, décidèrent enfin les princes luthériens et calvinistes à organiser la résistance. Ils formèrent YlJnion évangélique , qui ne fut pas moins forte que la ligue de Smalkalden. En somme, toutes les tentatives du zèle catholique réussirent peu sous Rodolphe; leur résultat le plus clair fut de compromettre et d’ébranler la maison d’Autriclie. En Bohême, en Hongrie, en Autriche môme, elle fut forcée de capituler. En môme temps elle était en proie à des dissensions et a des rivalités intestines trop bien motivées par la faiblesse et l’ineptie de l’Empereur. Son frere Matthias, en 1608, le contraignit à lui céder le gouvernement de l’Autriche et de la Hongrie. En 1611, il se fit céder la couronne de Bohôme, ne laissant à l’Empereur que son titre, dont il n’aurait probablement pas tardé à être dépouillé s’il ne fût mort à 'propos, le 12 janvier 1612. Matthias fut Empereur après lui pendant sept années. Quand il mourut, en 1619, l’incendie qui, trente ans durant, devait dévorer l’Allemagne, venait d’éclater. Des protestants de Bohême, troublés dans l’exercice de leur culte, s’étaient adressés à l’Empereur et n’avaient rien obtenu. Ils se soulevèrent dans Prague, s’emparèrent de l’hôtel de ville, et jetèrent les deux gouverneurs impériaux par les fenêtres. La nation suivit le mouvement. On chassa les jésuites. On leva une armée. Los protestants de la Moravie, de la Hongrie, de l’Autriche, de la Silésie, de la Lusace, s’unirent aux Bohèmes. L’Union évangélique leur envoya quatre mille hommes de renfort. Les catholiques ne furent pas pris au dépourvu. Ils avaient, de leur côté, formé antérieurement une ligue catholique, dont Maximilien de Bavière et l’archiduc Ferdinand, frère de Matthias, étaient les membres les plus influents. Or ce fut préci-

INTRODUCTION.— RÉSUME HISTORIQUE. lxxiii

sèment ce Ferdinand qui succéda à Matthias, réunissant à la dignité impériale le gouvernement direct de tous les Etats héréditaires de la maison d’Autriche. Ce prince s’appuyait en outre sur la branche espagnole de sa famille, qui avait, à la vérité,

fierdu la Hollande, mais qui, possédant encore la üelgiq^ue et a Franche-Comté, pouvait peser d’un poids énorme sur 1 Allemagne protestante.

Les détails do cette longue guerre appartiennent à l’histoire des différents pays qui en furent le théâtre. Elle eut de nombreuses, d’étranges péripéties. Ferdinand, d’abord malheureux, perdit la Bohême, qui se donna un autre roi, et vit, un moment, sa capitale assiégée. Aidé de l Espagne et de la ligue catholique, il reprit bientAt le dessus. En IftîO il était le maître de l’Allemagne, lorsque le roi de Suède, Gustave-Adolphe, vint au secours des protestants écrasés, traversa en vainqueur la Poméranie et le Brandebourg, entra en Saxe, et se rendit, à son tour, maître de l’Allemagne par la bataille de Leipsick. Il fut tué, l'année suivante, à la bataille de Lützen, le 16 novembre 1632. Les Suédois, affaiblis par la perte de leur héros, reculèrent peu à peu. La bataille de Xœrdlingen, gagnée en 1634 par Ferdinand II, les rejeta en Poméranie, et la cause protestante allait délinitivement succomber, si le cardinal de Richelieu, qui alors gouvernait la Franco, n’eùt compris le danger dont l’agrandissement ,de la maison d’Autriche menaçait l’indépendance des autres Etats. L’épée de la France, jetée tout à coup dans la balance, rétablit l’équilibre, et, après quinze ans, mêlés, pour chaque parti, de succès et de revers, la guerre fut terminée enfin ]uir le traité d'Osnabrück et de Munster, qui fixa, sur des bases nouvelles, le droit public do l'Europe en général et de l’Allemagne on particulier. Mais Ferdinand II, pas plusque Richelieu, ne vit ce dénoiiment. Il était mort en 163/, et Ferdinand III, son fils, avait hérité de son titre et de sa puissance.

Par le traité de Munster, la France obtint, à titre perpétuel et irrevocable, les trois évêchés de Metz, Toul et Yeedun , qu’en fait elle avait déjà depuis un siècle. Elle acquit*en outre la ville de Brisach, le landgraviat do haute et basse Alsaee, le Sundgau et le bailliage des dix villes impériales unies de l’Alsaee. L’Empire n'a jamais recouvré ce grand et riche territoire. La Suède garda l'ile de Kiigen, la Poméranie occidentale, une partie de la Poméranie orientale, et d'importantes villes vers l’embouchure <lcs grands lletives de l'Allemagne. Depuis, elle a perdu successivement toutes ces conquêtes. Les autres remaniements de territoire n’êtèrent rien à l’Allemagne. La liberté religieuse fut définitivement reconnue et garantie. La Suisse fut affranchie formellement d,e la dépendance de l’Empire. La souveraineté des différents Etats fut reconnue, avec le droit de faire des alliances entre eux et avec les puissanees étrangères à la Confédération, pourvu que ces alliances ne fussent pas dirigées contre l’Empire. On sent combien cette dernière précaution était illu- Allem. du n. t

Lxiiv ITINEKAIRE DE L’ALLEMAG.N E.

soire, et combieu les liens auxquels le corps germanique avait

dù jusque-là sa cohésion furent relâchés par les traités de 1648.

Sa dissolution devint dès lors inévitable, ou du moins sa transformation, bien que la sécularisation des évêchés et des. abbayes dans les États protestants eût réduit de mille à trois cents le nombre des membres de l’Empire.

Ferdinand III mourut en 1657, et eut pour successeur son fils Léopold, dont le long règne fut agité par les guerres que suscita l’ambition de Louis XIV^ Celle de 1672, dirigée d’abord contre la Hollande, mais à laquelle l’Empire prit pari deux ans après, aboutit à la paix de Nimegue, par laquelle le roi de France obtint la ville de Freiburg, en échange du droit, qui lui avait été reconnu par le*traité de Münster, d'entretenir une garnison dans Philisbourg. Pendant ce temps, Léopold avait do vifs démêlés avec les Hongrois, qui s'insurgèrent enfin, prirent pour chef le comte Téléki, et appelèrent les Turcs à leur secours. Les Turcs envahirent la Hongrie, et vinrent en 1683 assiéger Vienne, qui dut son salut à la bravoure et à l’activité du roi de Pologne, Jean Sobieski. Léopold reconquit ensuite la Hongrie, qui perdit à cette occasion le droit d’élire ses rois, et devint pays héréditaire.

Après la paix de Nimègue, Louis XIV avait institué des chambres de réunion, chargées de rechercher les domaines dépen- dant des villes d’Alsace et des trois évêchés. Il prétendait que l’accessoire devait suivre le principal, et, en vertu des décisions de ses chambres de réunion, il fit occuper en effet par ses troupes plusieurs territoires. En 1681, il s’empara de la ville libre de Strasbourg. En 1685, l’électeur palatin étant mort sans héritier direct, Louis XIV réclama, au nom de la duchesse d’Orléans, sœur de cet électeur, la succession mobilière et les biens allodiaux de la maison palatine. Ces procédés hautains et ces prétentions amenèrent la ligue d’Augsbourg, et firent éclater la guerre de 1688, où le Palatinat fut si cruellement dévasté. Au bout de neuf ans, malgré d'éclatants succès, la France se trouva épuisée et Louis XIV, pour avoir la paix, rendit, par le traité de Ryswick tout ce qu’il s’était adjugé sous prétexte de réunion, et tout ce qu’il avait conquis par scs armes, sauf la ville de Strasbourg, qui, depuis, est restée à la France.

Ce fut pendant cette guerre, eu 1690, que le corps électoral allemand s'enrichit d’un neuvième membre, qui fut le duc de Brunswick-Hanovre. Le huitième existait depuis 1623. Ferdinand II avait à cette époque conféré la dignité électorale à Maximilien de Bavière.

La guerre de la succession d’Espagne, qui fit verser tant de sang, et accumula tant de ruines pendant quatorze ans, n’eut aucun résultat pour l’Allemagne, si ce n’est la perte de la forteresse de Landau, qui fut cédée à la France. Mais la maison d’Autriche y gagna les Pays-Bas espagnols, le royaume de Naples, le Milanais et la Sardaigne. Pendant la durée de cette guerre.

INTRODUCTION.— RÉSUMÉ HISTORIQUE. Lxxv

Josepli avait succédé à Léopold, en 1705, et Charles VI à Joseph en 1711.

Les aventures du roi de SuèdCf Charles XII, ne troublèrent » pas l’Allemagne, et la levée de boucliers des Turcs, en 1714, n'intéressa guère que l’Autriche. Les Turcs, battus par le prince Eugène, y perdirent la Servie, une partie de la Yalachie, de la Croatie et de la Bosnie. L’Autriche perdit de nouveau ces conquêtes en 1739. La querelle de Charles VI avec l'Espagne, en 1720, n’eut pour objet que les possessions de la maison d’Autriche en Italie. Il n en fut pas de même de celle qu’il eut en 1733 avec la F rance, à propos de l'élévation de l’électeur de Saxe, Auguste III, au trêne de Pologne. Louis XV, qui avait voulu faire élire son beau-père, Stanislas Lesczinski, se prétendit lésé.

Il fit marcher une armée sur le Rhin, une autre en Italie. L’Espagne, se joignant à lui, envahit la Sicile et le royaume de Naples. Le duc de Savoie, devenu depuis quelque temps roi de Sardaigne, attaqua le Milanais. Charles VI lut obligé do céder à l'Espagne ' les Deux-Siciles et l’îlc d'Elbe, au roi de Sardaigne un lambeau du Milanais. Il n’obtint pour compensation que Parme et Plaisance. L’Empire perdit la Lorraine, qui fut donnée viagèrcment à Stanislas, et dut, après la mort do ce prince, être annexée à la France. A la vérité, Charles VI y gagna la reconnaissance, par la France et l’Espagne, de la pragmatique sanction, ce qui lui importait jdus que tout le reste. La pragjnatiquc sanction était un acte qui assurait la succession de ses Etats héréditaires à sa dcséendauce féminine. Il n'avait pas d'enfants mâles.

L’Angleterre, la Russie, le Danemark avaient déjà reconnu et garanti par des traités cet ordre de succession. L’électeur de Saxe avait obtenu, en y adhérant, l’appui de l’Empereur auprès de la Diète de Pologne. Des autres souverains de l'Allemagne, l’électeur de Bavière était le seul qui eût protesté. Il descendait d’une fille de Ferdinand Dr, et quand Charles VI mourut, en 1710, il réclama tout l’héritage de la maison d’Autriche. L’électeur de Saxe, malgré ses engagements, ne fut pas plus modéré.

Il avait épousé la fille aînée de Joseph I<îr. Le roi d’Espagne éleva les mêmes prétentions. Il descendait d'une fille de l'Empereur Maximilien II, que Philippe II, roi d Espagne, avait epousée. Frédéric II, qui venait de monter sur le trône de Prusse, se contenta de réclamer quatre duchés de la, Silésie, et, pour abréger le procès, il prit la Silésie tout entière. La guerre alors éclata de toutes parts. La France prit le parti de l’électeur de Bavière, et appuya ses prétentions d'une armée. L’électeur s’empara immédiatement de la Souabe autrichienne, puis de la Boheme , et se fit couronner à Prague. Deux mois après, en ' janvier 1742, il fut investi à Francfort de la dignité impériale, et s’appelait Charles VII.

Mais la fille de Charles VI, Marie-Thérèse, était une femme d’un grand caractère. Elle assembla les états de Hongrie à Presbourg, s’y présenta tenant dans ses bras son fils aîné, parla

ITINEKAIKE DE L’ALLF.MADNK,

avec une éiierpie pleine de dignité, et enflamma l’enthousiasme des Magyars, qui lui fournirent immédiatement deux armées. En peu do temps elle reprit la Souabe et envahit la Bavière. Débarrassée du roi de Prusse, moyennant l'abandon de la Silésie, elle chassa les Fraii(;ais de la Bohême, et reporta la guerre sur le Rhin. L'empereur Charles VII, réfugié à Francfort, était réduit à vix're des auménes du roi de France. Frédéric, trouvant que l'Autriche devenait trop forte, rentra en lice et s'empara de Prague et de Munich. Charles VII étant mort sur ces entrefaites, son tils s'arrangea avec Mario-Thérése, qui lui rendit la Bavière, en échange de su renonciation aux prétentions paternelles. Puis elle Ht élire enqiereur son époux, le duc de 'rosnanc, qui fut couronné le 13 septembre 1745 sous le nom de François I*’''. Le 25 décembre suivant, elle conclut avec le roi de Prusse la ]>aix de Dresde, et, le Ifi octobre 1748, la paix d’Aix-la-Chapelle avec Louis XV. La France, malgré de brillants succès eu Belgique, ne gagna rien à cette guerre, et l’Allemagne nV jierdit que beaucoup d'hommes et beaucoup d'argent.

Il en fut de même de la fameuse guerre de Sept ans, suscitée par Marie-Thérèse qui voulait à toute force reprendre la Silésie, et qui fut obligée d’y renoncer. Pendant cette guerre on vit pour la première fois les armées russes pénétrer jusqu’au cœur de l’Allemagne, qui fut épouvantée de leur barbarie.

François Dr, qui n’avait été Empereur que de nom, mourut en 17(55. Son fils aîné, .Toseph II, prit sa place; mais il ne régna guère plus que lui tant que vécut Marie-Thérèse. Ce n’est doncpas lui qu'on doit accuser du partage de la Pologne. En 1778, après la mort do l’électeur de Bavière, qui ne laissait pas d'héritier direct, l’Autriche voulut s'approprier la basse Bavière. Le roi de Prusse, Frédéric II, l’y fit renoncer. Ce même Frédéric fit encore échouer, en 1785, un arrangement par lequel Joseph II, — dont la mère était morte en 1780, — voulait incorporer la Bavière à ses États héréditaires, en cédant à l’électeur les Pays- Bas autrichiens, qui seraient devenus royaume de Bourgogne. Ce fut à cette occasion que Frédéric forma hi ligue des prinres gei-manirpics , destinée à prévenir les envahissements de l'Empereur.

Joseph II laissa la couronne à son frère Léopold II en 1790. Les trente années qui venaient de s’écouler n'avaient rien offert <le remarquable que le magnifique dévelojipemeut intellectuel auquel avaient jirésidé Schiller et Gœthe, KlopstOck et Jean- Paul Richter, Kant, Herder et 'Wieland. Joseph II avait tenté, dans ses Etats héréditaires des réformes libérales qui avaient mal réussi. Léopold, effrayé par la révolution française, en effaça jusqu’aux dernières traces. Il se préparait à attaquer la France, aidé du roi de Prusse et de toutes les forces de l'Empire, lorsqu’il mourut en 1792.

Son fils aîné, François II, lui succéda, et la guerre éclata aussitôt. La France envahie réagit énergiquement, vainquit à Valmyles Prussiens et les Autrichiens réunis, conquit la Belgi-

IXTRODUCTION.—RÉSIJMÉ HISTORIQUE. Lxxvii

que et toute l’Allemagne cis-rhénane, arracha l’Italie à l’Autriche, etforça cette puissance à signer le traité de Campo-F ormio, qui lui ûtait définitivement la Belgique et ses possessions italiennes, et lui donnait en échange les États de Venise. Un congrès fut réuni à Rastadt pour régler toutes les questions qui intéressaient l’Empire. Quant à la Prusse, elle avait déserté la lutte dès 1795. Les négociations de Rastadt n’aboutirent pas , et la guerre recommença avec fureur en 1799. Les batailles de Marengo et de Hohenlinden la terminèrent, en 1801, au profit de la France. Toute la rive gauche du Rhin, depuis Bàle jusqu’à Nimègue, lui fut cédée par le traité de Lunéville, et il fut décidé que les

firinces dépossédés par cet arrangement seraient indemnisés par a sécularisation des principautés ecclésiastiques, qui formaient environ la sixième partie du territoire allemand.

Cette opération aétruisit l’ancienne constitution féodale de l’Empire. Un grand nombre de ses membres laïques furent supprimés et presque tous ses membres ecclésiastiques. Les trois électorats de ce dernier ordre, c’est-à-dire les archevêchés de Trêves, de Cologne et de Mayence, appartenaient désormais à la France. Pour les remplacer, on en créa deux nouveaux, qui furent ceux de Ratisbonne et de Salzbourg. Le premier fut donné à l’ancien archevêque de Mayence, qui conserva la présidence de la Diète et le titre d’archichancelier de l’Empire. L’autre fut attribué à l’archiduc Ferdinand, qui avait perdu la Toscane et qui obtint en échange, outre l’évêché de Salzboui'g, celui d’Eichstedt, le territoire de celui de Passau et la: prévôté de Berchtesgaden. Le duc de Modène, autre prince autrichien, eut le Brisgau en échange de son duché. Ainsi l’Autriche fit indemniser aux dépens de l’Allemagne des princes italiens étrangers à l’Empire. La Prusse ne fut pas plus désintéressée. Le prince d’Orange, qui n’avait perdu que le stathoudérat de Hollande et quelques terres sur le territoire de cette république, reçut, grâce aux réclamations du roi de Prusse, son neveu, l’évêché et l’abbaye de Fulda, l’abbaye de Corvey et quelques autres. La Prusse se fit adjuger pour sa part les évêchés de Hildesheim, de Paderborn, une partie de celui de Munster, les territoires d’Erfurt et de l’Eichsfeld, plus quelques abbayes et villes libres. La Bavière eut les évêchés de "Würzburg, de Bamberg, de Freisingen et le territoire de celui d’Augsbourg, l’abbaye de Kempten, le comté de Werdenfels, les villes de Passau, Ulm , Memmingcn, etc. Elle céda à l’Autriche tout le territoire au delà de l’Inn , en échange des villes autrichiennes de la Souabe. Le margrave de Baden obtint l’évêché de Constance et d’importants territoires sur la rive, droite du Rhin, entre autres celui de Heidelberg. Le duc de Wurtemberg ne fut pas plus mal traité, ni le duc de Hanovre, ni les comtes de Westplialie. Le nombre des électeurs fut augmenté. Il était de huit avant la révolution française, le neuvième ayant été précédemment supprimé, et se trouvait réduit à sept par la disparition

Lxxvm ITINÉRAIRE DE L’ALLEMAGNE.

d’un électeur ecclésiastique. On investit de cette dignité le margrave de Bade, le duc de Wurtemberg et le landgrave de Hesse, ce qui porta le nombre des électeurs à dix. Les quaranteneuf villes impériales, restées libres jusque-là, suivirent le sort des territoires où elles se trouvaient enclavées, à l’exception d’Augsbourg, de Nuremberg, de Ratisbonne, de Wetzlar, de Francfort et de Lübeck. Celles de Hambourg et de Brème, qui n’étaient pas villes impériales, le devinrent. Telles furent, pour l’organisation territoriale et politique de l’Allemagne, les principales conséquences du traité de Lunéville. La Diète de Ratisbonne les sanctionna de son vote le 2ô février 1803.

L’année suivante. Napoléon s'étant fait couronner empereur des Français, François II, de son côté, prit le titre d’empereur d’Autriche, reconnaissant ainsi solennellement une vérité qui frappait tous les yeux, savoir, qu’il n’y avait plus d’Empire allemand.

Cela devint plus évident encore l’année suivante, quand l’Autriche se coalisa de nouveau, contre la France, aven la Russie et l’Angleterre. La Prusse resta neutre. Le Wurtemberg, la Bavière et Bade s’allièrent avec la France. En trois mois de temps les Autrichiens furent chassés de la Vénétie; une autre armée autrichienne fut anéantie à Ulm, et l’empereur Alexandre essuya près du village d’Austerlitz, en Moravie, une, défaite si meurtrière, qu’il ne songea plus qu'à rentrer dans ses Etats. L’Autriche

fierdit a la paix de Presbourg la Vénétie, le Frioul, l’Istrie, a Dalmatie, le Tyrol, etc. Le duc de Bavière et celui de Wurtemberg, considérablement agrandis, prirent le titre de roi. Le margrave de Baden obtint le Brisgau. La Prusse s’accrut également par suite de certaines circonstances que l’on trouvera dans l’histoire particulière de cette monarchie.

La dissolution de l'antique empire d’Allemagne était désormais un fait accompli. Le conquérant qui réglait alors les destinées de l’Europe occidentale imagina d’y suppléer par une confédération restreinte aux Etats allemands les plus rapprochés de la France et les plus disposés à subir son influence. Les rois de Bavière et de Wurtemberg, l’archevôque de Ratisbonne, les grands-ducs de Bade, de Berg (c’était alors Murat, beau-frère de Napoléon), de Hesse-Darmstadt, les ducs de Nassau-Usingen et de Nassau-Weilbourg, les princes de Hohenzollern-Hechingen, de Hohenzollern Sigmaringen, de Salm-Salm, de Salm- Kirchbourg, d’Isembourg, d’Aremberg, de Liechtenstein, de Leven, formèrent la confpcîpration du Rhin, sous le protectorat de l’empereur des Français. L’archevôque de Ratisbonne, prince archichancelier, en était président. Les confédérés se séparaient à jamais de l’Empire germanique, et s’unissaient à la France par une alliance défensive et offensive. Tout prince dont la terre se trouvait enclavée dans le territoire d’un membre de la Confédération devenait son sujet, ou, pour employer le terme consacré, était médiatisé, c’est-à-dire qu’il cessait de relever immédicUement

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INTRODUCTION.— RESUME HISTORIQUE. lxxix

du chef de l’Empire. Les villes de Nuremberg et de Ratisbonne étaient données à la Bavière, et l’archevêque de Ratisbonne devenait archevêque de Francfort, où devait siéger désormais la Diète de la Confédération.

Ainsi finit l’empire d’Allemagne, qui avait existé mille six ans, de Charlemagne, couronné en 800, à François II, dépossédé en

Trois mois après, la guerre éclata entre la France et la Prusse. Elle fut désastreuse pour cette puissance, qui se vit enlever, par le traité de Tilsit, la moitié de son territoire. Pendant cette guerre, l’électeur de Saxe était entré à son tour dans la Confédération du Rhin, et avait pris le titre de roi. La Confédération s’accrut encore des maisons d’Anhalt, de Schwarzbourg, de Lippe, de Reuss, de Waldeck, d’Oldenbourg, de Mecklembourg, et enfin du royaume de Westphalie, formé des provinces occidentales de la Prusse et des Etats de Hesse-Cassel et de Brunswick. Nous glissons sur les détails, et ne mentionnons que sommairement ces arrangements territoriaux, qui ne devaient pas avoir une longue durée. L’Allemagne, traitée aussi violemment, ne pouvait manquer de réagir bientôt avec une égale violence.

L’Autriche crut trop tôt que le moment était venu. Sa levée de boucliers, en 1809, lui attira de nouvelles défaites, et diminua encore son territoire. Enivré d’une prospérité sans exemple dans l’histoire moderne. Napoléon alors abusa de sa force de mille manières, et l’Allemagne , ravagée, opprimée, traitée en pays conquis, commença à sentir amèrement son humiliation. Du Danube à la mer Baltique, de la Vistule au Rhin, une. seule pensée agitait tous les esprits ; briser le joug étranger; reconquérir l’indépendance nationale. Mais il fallait qu’une circonstance favorable se présentât.

Napoléon lui-même la fit naître en 1812. Quand on vit revenir en Pologne et en Prusse les restes mutilés de la grande armée, qu’avait dévorée le climat de la Russie, un frémissement de joie et d’espoir parcourut l’Allemagne. La Prusse se souleva la première. L’Autriche l’imita bientôt après, puis siiccessivement les membres de la Confédération du Rhin, avec des circonstances, il faut l’avouer, où la déloyauté ternit un peu l'éclat du patriotisme. Après la triple bataille de Leipzick, qui rejeta définitivement les Français sur la rive gauche du Rhin, la Confédération fut dissoute, et le territoire français fut envahi.

Ce fut le !«'■ janvier 1814 que les soldats de l’Allemagne et de la Russie coalisées entrèrent sur le territoire français. Ils formaient deux armées manœuvrant à une grande distance. L’une avait passé le Rhin à Bâle, et l’autre .à Coblenz. Ils devaient se reunir en Champagne, et présenter alors une masse de plus de 350 mille combattants. En outre, 80 mille Autrichiens traversaient à grands pas la haute Italie et menaçaient la Provence; une quatrième armée de près de cent mille hommes, composée de Russes, de Prussiens, de .Suédois, de Hanovriens.

ITINÉRAIRE DE L’ALLEMArrNE.

de Hollandais et d’Anglais, attaquait l’Empire au nord, et au sud; soixante mille Anglais, Espagnols et Portugais avaient déjà franchi les Pyrénées. A force de victoires. Napoléon avait réuni contre lui toute l'Europe et une partie de l'Asie. Il n’avait pas en tout deux cent mille soldats à oj)poser à cette avalanche. Il lutta pourtant pendant trois mois encore, et son armée le seconda par des iirodiges d'intrépidité, de patience et de dévouement. Vaincu aabord à Brienne, il fut vainqueur à Champaubert, à Montmirail, à Chateau-ïhierry, à Vauxcliamjjs, à Montereau, à Craonne, à Reims.

Mais les forces étaient trop inégales. Le nombre l’emporta. Paris capitula le !10 mars 1814, et l’empereur des Fraii(,-ais abiiiqua le 12 avril. La paix conclue, le 20 mai suivatit, entre les puissances coalisées et la maison de Bourbon replacée sur le Irène de France, rendit à l'.Alleinagne ses limites de 1792. Toutefois l’Empire ne fut point rétabli, et il fut décidé que l’Allemagne ne serait plus à l’avenir qu'une confédération il’Etats entièrement indé])endants. Le congrès de Vienne procéda, eu 1815, à une nouvelle délimitation de territoires. L’Autriche recouvra tout ce qu’elle avait perdu depuis vingt années, sauf la Belgique ; mais, en échange, elle eut tout ce qui avait autrefois forme les Etats de Venise. La Russie ayant exigé pour sa part le grand-duché de Varsovie, que Napoléon avait été à la Prusse en 18;)7, la Prusse demanda, eonime compensation, la Saxe tout entière. Elle en obtint les deux cinquièmes, avec le grand-duché de Posen, une partie do la Westphalie et un vaste territoire sur la rive gauche du Rhin. Tout le cours de la basse Vistule lui fut en outre concédé, y compris la ville de Dantzick. La Bavière, obligée de rendre à l’Autriche le Tyrol, le Vorarlberg et la plus grande partie du Salzbourg, reçut en échange le grand-duclié de Würzburg et un territoire considérable sur la rive gauche du Rhin. Le Luxembourg fut attribué au prince d’Orange,qui devint de plus roi des Pays-Bas, c'est-à-dire de la Hollande et de la Belgique réunies. Le reste du territoire cis-rhénan fut partagé entre les princes de Hesse-Darmstadt, de Hesse-Hombourg, d'Oldenbourg et de Cobourg.

Les souverains q^ui avaient pris le titre de roi le gardèrent. Tous les Etats de l’Allemagne maintenus ou reformés parles traités de Vienne formèrent une nouvelle Confédération, dite Conféilpration gormemique. Une Diète permanente, siégeant à Francfort-sur-le-Mcin, et composée des plénipotentiaires des souverains et d’un député rejirésentant les quatre villes qui seules fussent restées libres, fut chargée de régler les rapports des confédérés, sous la présidence du représentant de l’Autriche.

Le tableau suivant fera connaître à la fois le nom des confédérés, leur rang, le nombre de voix qui leur est attribué dans les délibérations de la Diète, leur imjiortance territoriale, leur population et le contingent qu’ils doivent fournir à l’armée fédérale

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