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L’ALLEMAGNE

RÉSUMS RISTORIQUB.

La région à laquelle les Romains donnaient le nom de Germanie était beaucoup plus étendue que l’Allemagne ne l’est aujourd’hui. La Suède, la Norvège, le Danemark, la Livonie, la Finlande même, en faisaient partie. Les peuplades sauvages répandues sur ce vaste territoire se ressemblaient de mœurs et de langage, et présentaient les mêmes caractères physiques, stature élevée, membres robustes, yeux bleus, peau transparente, cheveux d’un roux ardent. Ils figurent pour la première fois dans l’histoire un siècle avant Jésus-Christ, alors que la république romaine faisait la guerre en Afrique contre Jugurtha. Deu.x peuples sortis tout entiers, on ne sait pourquoi, des deux provinces du Danemark qu’on ^pelle aujourd’hui le Schleswig et le Jutland, traversèrent la Germanie, passèrent le Danube et le Rhin, et vinrent menacer tout à la fois le nord et i l’ouest de la haute Italie. Les Teutons avaient déjà ravagé tout le midi de la Gaule quand Marins les détruisit dans les plaines de la Provence. Les Cimbres pénétrèrent en Italie et franchirent l’Adige. Mais ils trouvèrent devant eux, à leur tour, sur les rives du Pô , le terrible consul romain, qui les anéantit comme les Teutons.

Quand Jules César vint dans les Gaules, un chef germain, qu'il appelle Arioviste, s’y était établi depuis quelque temps, grâce aux divisions qui armaient périodiquement les Gaulois les uns contre les autres. Les Séquaniens l’avaient ap,pelé à leur secours contre les Eduens. Arioviste avait battu lesEduens, les avait soumis à un joug de fer, et s’était installé dans la partie ) septentrionale du territoire des Séquaniens,, c’est-à-dire dans le pays compris entre Besançon et Bâle. Les Eduens implorèrent l’assistance de César, qui n’était pas homme à négliger cette occasion. On peut lire dans le premier livre des Commentaires

ITINÉRAIRE DE L’ALLEMAGNE

les négociations qu’il entama avec Arioviste, et qui aboutirent à la guerre. Il* se porta à marches forcées sur Besançon, dont il s’empara. Puis il s'avança contre Arioviste avec cette audace mêlée de prudence qui était une de ses plus éminentes qualités. La bataille eut lieu à cinquante milles du Rhin. Elle fut sanglante et décisive. Les Germains furent poursuivis avec un carnage effroyable jusqu’au Rhin, et ne le repassèrent qu’en petit nombre. Les deux femmes d’Arioviste et l’une de ses filles périrent dans ce désastre. Une autre fut prise par les Romains. César nomme les peuplades dont les guerriers suivaient Arioviste et combattaient sous ses ordres. C'étaient les Harudes, les Marcomans, les Triboques, les Vangions, les Némètes, les Sédusiens, les Suèves. On voit j>ar les détails de la campagne qu’ils avaient déjà quelques éléments de tactique militaire.

César passa deux fois le Rhin, mais seulement pour imprimer aux habitants de la rive droite la crainte du nom romain, et pour mettre la Gaule à l’abri de leurs invasions. Tibère fut plus entreprenant. Il franchit le grand fleuve, s’avança jusqu’à l’Elbe, et y ébaucha quelques établissements militaires. Mais bientôt les Germains se soulevèrent sous la conduite d’Arminius, ou Herrmann, chef particulier de la tribu des Chcrusques, et immolèrent à leur farouche indépendance trois légions commandées par Varus. Les Romains, dès lors, renoncèrent à pousser plus avant leurs conquêtes sur le sol germanique, et se bornèrent a conserver ce qu’ils eb avaient déjà pris.

L’Empire, qui s’étendait en Europe de l’océan Atlantique à la mer Noire, était borné et défendu par le cours du Rhin jusqu’à Mogontiacum, et par celui du Danube, depuis la contrée où est aujourd’hui Ratisbonne jusqu’à la mer. De Mogontiacum à Ratisbonne, ils avaient construit une ligne de retranchements et de fortifications, dont il subsiste encore quelques vestiges auprès d'Œhringeu et de Wiesbade. Cette ligne fortifiée renfermait le pays où sont aujourd’hui Darmstadt, Bade, le Wurtemberg, la Bavière, le Tyrol et l’Autriche méridionale.

Tout ce qui était demeuré en deçà des limites que nous venons d’indiquer avait subi la domination romaine. Plusieurs tribus s’étaient établies sur la rive gauche du Rhin. Les principales, eu allant du sud au nord, étaient les Triboques, les Némètes, les Vangions, en deçà de la Moselle ; au delà de cette rivière les .Tongres, les Ubiens, les Toxandres, les Ménapiens, les Bataves. LesRomains fondèrent le long du Rhin plusieurs villes dont les plus importantes furent Basilia, Mogontiacum, Donna, Colonia Agrippina. Ce sontaujourd’hui Bàle, Mayence, Bonn et Cologne. Leur nom même n’a pas changé : il n’est que traduit.

Au delà des frontières romaines habitaient ou erraient, suivant leur degré de civilisation, les innombrables tribus germaniques indépendantes , que l’on peut classer eu trois groupes principaux : les Snèves , les Kattes et les Saxens. Ils étaient '’ontinuellement on rrnorre les uns contre les antres, et se réii-

Qigiiizoa oy v.jOUgli

INTRODUCTION.— RÉSUMÉ HISTORIQUE. xlvii

nissaient momentanément pour attaquer les Romains. Pendant deux siècles ils furent constamment repoussés. Mais l’Empire s’affaiblissait progressivement* et la force des barbares s’accroissait de jour en jour. Au iii® siècle on les voit s’organiser en confédérations plus compactes et plus puissantes. La confédération des Gotns, formée en partie de tribus de la Germanie orientale et en partie de peuplades slaves, part des rivages de la mer Baltique, et se répand au nord du Danube, depuis la Theiss jusqu’à la mer Noire, etle longde la merNoirejusqu’au Tanaïs. , Ceux-ci sappellent Ostrogoths. Ceux qui occupent la Dacie septentrionale, c’est-à-dire la vaste province que Trajan avait conquise au delà du Danube (où se trouvent aujourd’hui la Hongrie septentrionale, la Transylvanie, la Valacnie, la Moldavie), prennent le nom de Visigoths.

La confédération des Alemans, formée de toutes les peuplades suèves , s’établit sur les bords du Main et du Neckar, franchit bientôt la ligne fortifiée des Romains, qui n’est plus contre eux une barrière suffisante, et arrive jusqu’au haut Danube. Celle des Franks embrasse tous les ])euples établis sur la rive droite du Rhin, depuis la Lahn jusqu’à la mer du Nord. Celle des Saxons comprend tout ce qui habite à l'est des terres occupées par les Franks, des bouches du Weser à celles de l’Oder, sans en excepter la grande presqu'île et les îles qui forment aujour- «l’hui le Danemark.

Vers la fin du iv« siècle, la terrible invasion des Huns vient bouleverser de nouveau la Germanie. Ces Goths, refoulés e n deçà du Danube, envahissent la Thrace, défont, auprès d’Andriuople, l'empereur Valens, qui périt dans le combat, et obtiennent des terres de son successeur Théodose. Bientôt ils font irruption en Grèce d’abord, puis en Italie. Vaincus par Stilicou àPollentia et à Vérone, ils reviennent à la charge après la mort du général romain, se répandent comme un torrent dans la péninsule, et mettent au pillage la ville éternelle.

Vers la môme époque, d’autres barbares, les Alaius et les Vandales, traversent la Germanie de l’est à l’ouest, malgré la résistance que leur opposent les Alemans et les Franks, ravagent la Gaule sans s’y arrêter, et s’emparent des trois quarts de l’Espagne. Les Visigoths passent d’Italie dans les provinces méridionales de la Gaule, où ils s’établissent. Les Franks s’emparent de la vallée de la Meuse. D’autres Germains, les Burgondes, occupent les deux versants des Vosges, et les Saxons vont fonder, dans la Grande-Bretagne, les sept royaumes de l’heptarchie. L’empire romain n’est plus qu’un cadavre dont la race germanique dévore les membres épars.

Ce fut en réunissant sous ses drapeaux tous ces conquérants de la Gaule qu’Aétius put arrêter l’invasion des Huns, et livrer cette terrible bataille des Champs catalauniques, où les combattants et les morts se comptèrent par centaines de mille. Get événement mémorable s’accomplit en 451, Dans les soixante

itinérairp: de l’allemagne.

années qui suivent, les Burgondes s’emparent de l’Helvétie et de tout le jiajs compris entre les Alpes, le Rhône et la Durance. Une confédération de Germains, ayant pour chef Odoaker, inonde l’Italie, et enferme dans un château fort le dernier empereur romain. Les. Frauks, réunis sous le commandement de Chlodewig, que nous avons depuis appelé Clovis, envahissent la Gaule septentrionale, effacent dans Soissons les derniers vestiges de la puissance romaine, défont les Alemans à Tolbiac, puis les Visigotlis à Vouillé, et s’établissent définitivement dans les Gaules. La monarchie franke est fondée.

Clovis avait embrassé la religion catholique, et son pauple, ou plutôt son armée, suivit peu ii peu son exemple. C’était le moyen le plus sûr et le plus prompt de consolider une conquête qu’ils avaient due, en grande partie, à la coopération du clergé. Une fois installés dans les Gaules, les Franks ne tardèrent pas à guerroyer contre leurs frères de l’est, les Germains de la Souabe , de la Thuringe, de la Bavière, qui étaient loin de les égaler en puissance. La monarchie burgondienne avait péri treize ans après la mort de Clovis. Absorbée dans l’empire frank, elle n’a pas laissé d’autre trace que le nom de Bourgogne, conservé par une de ses provinces.

Dépravée par la prospérité, épuisée, dégradée, abêtie par des excès de toutes sortes, la dynastie mérovingienne ne dura pas plus de deux siècles. Les Franks du nord-est, ou d’Austrasie, se séparèrent d’abord de ceux de l’ouest, ou de Neustrie, les vainquirent en 687, à Testry, sur la Somme, puis , eu 717, à Viney, près de Cambrai. Ils*àvaient pour chef, la première fois, leur duc ou Herzog Pépin d’Héristal, et, la seconde, le fils de ce Pépin, Karl, qu’ils surnommèrent J/arfel ou marteau. La guerre de Karl contre les Arabes appartient à l'histoire de France, comme celle de Pépin le Bref, son fils, contre l’Aquitaine.

En passant le Rhin, en s’établissant dans les Gaules au milieu et au-dessus de la population gallo-romaine, en abjurant leur culte barbare, en embrassant le christianisme, les Franks avaient vu s’agrandir le cercle de leurs connaissances ; ils avaient acquis, avec de nouveaux besoins, des idées nouvelles. Leurs mœurs s’étaient adoucies. Leur organisation sociale s’était améliorée.' Conquérants de peuples et de territoires, ils avaient été conquis peu à peu, malgré qu’ils en eussent, par la civilisation. Mais ceux des Germains qui n’avaient point quitté le sol germanique étaient demeurés, sauvages. C’étaient toujours les Germains dont César et Tacite ont décrit les mœurs. Mêmes croyances, même culte, même ignorance des arts industriels, même horreur du travail et de l’agriculture, même éloignement pour la paix, môme passion pour la vie errante, la guerre et le pillage. Cepend.ant leur temps était venu, et la civilisation u’allait pas tarder à les conquérir à leur tour.

C’est au christianisme qu’appartient la gloire de cette grande œuvre, de cette audacieuse entreprise.

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Vers la fin du iv» si<'‘cle, quelques Irlandais, encore païens, mais poussés par le désir de voir, parcoururent le continent, et allèrent jusqu a Rome. Là, quatre aentre eux se convertirent au christianisme. De retour dans leur pays, ils y répandirent avec un grand zèle la semence évangélique. Les papes les secondèrent par l’envoi de Palladius et de ses compagnons, puis, liientôt après, de saint Patrick, qui acheva l'œuvre commencée, et fut l’apôtre de l’Irlande.

Après l’Irlande, la conquête chrétienne envahit l’Angleterre, occupée par les Anglo-Saxons. Le moine Augustin, envoyé par le pape saint Grégoire le Grand, y jeta les fondements de la foi chrétienne, qui s’y développa si bien qu’au bout d’un siècle l’idolàfrie n’y existait plus qu’à l’état de souvenir.

Dès lors il n’était plus impossible de convertir la Germanie, ou du moins de le tenter, car les nouveaux chrétiens d’Angleterre parlaient la même langue que les Germains, et les regardaient comme des frères. D’ailleurs les moines anglo-saxons étaient pleins de cette ardeur de zèle qui anime toujours les néophytes. Les moines irlandais leur avaient frayé le chemin. Déjà leurs établissements cernaient, pour ainsi dire, la Germanie. Saint Colomban avait fondé le monastère de Luxeuil,daus les Vosges. Ses disciples, saint Gall et saint Sigebert, avaient construit en Helvétie le monastère qui porte le nom du premier de ces missionnaires. De là leur prédication avait rayonné dans toute la Suisse allemande, et en avait rapidement changé la faCe, car à cette époque le christianisme était inséparable de la civilisation. Avec une théologie moins grossière et une morale plus pure, les missionnaires chrétiens enseignaient aux sauvages du désert l’agriculture, les arts mécaniques et le respect qui est dô au travail. Vers la fin du vu® siècle, le Northumbrien "Willibrod attaqua la Germanie par l’autre extrémité; il porta la bonne nouvelle au nord, dans le pays des Frisons. EnfinWinfried, autre Anglo-Saxon, que l’Église romaine a nommé saint Boniface, franchit le Rhin et pénétra en Thuringe.Fort de la protection du chef des Franks, Charles Martel, dont l’influence sur ces contrées était plus que suffisante jiour le faire respecter, il obtint en peu de temps les résultats les plus heureux. Aidé de quelques disci-

fdes aussi déxmués que lui, il catéchisa et défricha la Thuringe, a Hesse, la Franconie, la Bavière; il y construisit des monastères et des églises ; il y établit des évêchés, points isolés alors, et perdus dans l'espace, mais autour desquels se sont groupées

Eeu à peu des villes importantes, Eichstadt, Erfurt, Würzburg.

■es fils de Charles Martel, Carloman et Pépin, qui avaient succédé à leur père, nommèrent Boniface évêque de Mayence, et le })ape Zacharie érigea ce siège de Mayence en métropole de toute la Germanie, afin d’augmenter l'autorité de celui qui l’occupait.

Ce fut Boniface qui suggéra à Pépin de s’adresser au pape pour changer son titre de maire du palais, sous lequel il avait gou-

L ITINERAIRE DE L’ALLEMAGNE

verné jusqu’alors, coutre le titre de roidesFranks. Cefut encore lui qui sacra ce monarque dans la cathédrale de Soissons. Il entreprit bientôt après d'aller porter l’ÉvaDgile chez les Saxons, où il termina sa laborieuse carrière par un «lorieux martyre.

Les Saxons étaient la plus septentrionale et la plus farouche de toutes les nations germaniques. Sortis du Holstein et des îles voisines, ils s’étaient répandus entre l’Elbe etl'Ems, à mesure que les Franks avaient quitté ces contrées pour s'avancer dans les Gaules. Ils menaçaient l’empire des Franks, comme les Franks avaient longtemps menacé l’empire romain. Charlemagne comprit le danger d’un tel voisinage et la nécessité de changer de manière ou d’autre cet élat de choses. Il résolut de civiliser les Saxons ou de les exterminer. Il entra pour la première fois sur leurs terres en 772, dix-sept ans après la mort de Boniface. Mais, malgré toute sa puissance militaire, il lui fallut environ douze ans de guerre, cinq expéditions et des cruautés effroyables, pour vaincre leur résistance désespérée, pour rendre définitive une soumission qui n'avait été longtemps que passagère et apparente. Après l’acfe de vigueur de "Werden, où quatre mille cinq cents nobles saxons furent décapités en un seul jour, le reste de la nation courut aux armes avec l'énergie de la rage et du désespoir,- et soutint la guerre, une guerre sans merci, pendant trois années. Mais les Saxons étaient les plus faibles, et il leur fallut céder. 'Wittekind, le plus influent de leurs chefs, leur donna l’exemple, et soumit sa tête au baptême. Tous les Saxons de l’ouest et du centre en firent autant, et devinrent à la fois et pour toujours chrétiens et sujets du grand empire. Les Saxons de l’est firent encore une tentative quelques années plus tard, en 792. Charlemagne, pour en finir, les transplanta dans la Gaule et dans l’Italie, et donna leur territoire à des Slaves, qui avaient été ses alliés contre eux. .

Ces Saxons orientaux occupaient les rives de l’Elbe. Ce fleuve formait donc alors la limite extrême de la Germanie, depuis les montagnes de la Bohême jusque vers le Mecklembourg. Au nord, la Germanie s’étendait jusqu'à l’Eyder, comprenant ainsi le Holstein, berceau des Saxons. Au sud, elle s’arrêtait au Danube. Tout ce qui, habitait au delà était de race magyare, slave ou Scandinave. A partir de 78.5, la Germanie, devenue chrétienne, fut donc tout entière partie intégrante de l’empire de Charlemagne. C’est aussi de cette époque que date l’histoire de la Germanie moderne ou civilisée, que nous nous obstinons à nommer Allemagne, bien que les habitants de ce grand pays l’appellent Deutschland.

Charlemagne y traça des circonscriptions politiques, ecclésiastiques et administratives. Il y établit des évêchés; ü y construisit des forteresses, des palais impériaux, qui bientôt donnèrent naissance à autant de villes. Il éleva des châteaux forts sur le cours de la Saale et de l’Elbe, eut un pont fortifié sur ce dernier fleuve, et an delà un poste avancé. Pour mieux assurer

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$es extrêmes frontières, il institua les deux margraviats du Nord et de l'Autriche , celui-ci sur le Danube, l’autre sur l’Elbe inférieure. « 11 en confia la garde, dit M. Mignet, à des chefs et à des guerriers de sa nation. Les Franks furent distribués comme des colons militaires dans les districts saxons, qui reçurent l’organisation territoriale et politique de la Gaule et de l’Italie, comme ils en avaient reçu la croyance religieuse et la constitution ecclésiastique. Les Saxons furent régis par la législation générale des capitulaires en ce qui regardait leurs rapports avec l'Etat et par leur loi particulière , que modifièrent toutefois le christianisme et la conquête, en ce qui regardait leurs rapports personnels. »

« Les marécages et les bois de la Saxe, ajoute cet historien, se changèrent peu à peu en riclies cultures , et se couvrirent de villes qui firent adhérer à jamais la population au sol.... Les colons bénédictins se rendirent en foule sur le territoire des Saxons. Ils y formèrent plusieurs de ces grands établissements à la fois religieux, agricoles, littéraires, qui pourvoyaient à tous les besoins de la culture humaine. Les deux principaux furent la Nouvelle-Corbie, fondée sur le Weser..., et l’abDaye de Herford, qui fut destinée aux femmes.... Elles devinrent les deux grandes écoles de la Saxe, et c’est de Corbie que partirent bientôt les missionnaires qui convertirent les Slaves et les Scandinaves.... » Au v« siècle, la conquête franke avait rendu la Gaule barbare : au viiie, elle civilisa la Germanie.

Sauf la partie méridionale de l’Italie, l’Espagne et l’Angleterre, tout ce qui autrefois en Europe avait formé l’empire d’Occident se trouvait réuni sous les lois de Charlemagüe ; et nous avons même vu qu’au nord les limites du nouvel empire dépassaient de beaucoup celles de l’ancien. Le conquérant prit enfin le titre qui correspondait à sa puissance. Le pape Léon III, le 25 décembre 80d, lui mit sur la tête la couronne impériale, au nom de Dieu et de saint Pierre , il le proclama empereur et césar. Ce sont en effet les titres qu’il se donne dans son testament.

Charlemagne mourut en 814, laissant à son fils Louis sou empire tout entier, moins l'Italie, dont il avait disposé en faveur de son fils Pépin et de son petit-fils Bernard.

Louis le Débonnaire , second empereur, régna vingt-six ans de la façon la plus misérable. Dès la troisième année, il associa son fils aîné, Lothaire, à l’empire, et donna un royaume à chacun des deux autres. Pépin eut l’Aquitaine, et Louis la Bavière, avec quelques pays voisins. L’empereur (Tarda le reste , de l’Allemagne, jusqu’au moment où sa seconde femme Judith lui donna un quatrième fils, qui fut Charles le Chauve. Il forma immédiatement pour ce nouveau-né un apanage de tout le territoire situé au delà du Rhin , entre le Main et le Danube, à quoi il ajouta la Bourgogne transjurane. Ce partage méconteata les trois aînés, qui prirent les armes contre leur père. T.ouis

LU ITINÉRAIRE DK L’ALLEMAONE.

s’enfuit, fut mis en prison, puis déliTrc', j>uis déposé cl enfermé dans un couvent. On le réhabilita après un an de pénitence. Son règne tout entier fut un temps d’anarchie et de guerres civiles. Mais l’Allemagne n’en fut j>as le théâtre , et la Uavière seule y prit une part active, grâce au roi Louis.

Ce fut sous ce triste règne que les Normands ou Scandinaves sortirent de leurs limites et attaquèrent à leur tour l’Europe civilisée, ou qui commençait à le devenir. Ils brillèrent Hambourg, évêché récemment établi par Louis le Débonnaire; ils saccagèrent la Frise, et l’empereur ne s'en débarrassa qu'avec de l’argent, ce qui ne dut pas leur ôter l’envie de revenir.

Lothaire, qui avait depuis longtemps le titre d’empereur, prétendit, après la mort de Louis le Débonnaire, réunir tout l’empire sous ses lois, ou du moins établir à son profit un droit de suzeraineté sur ses deux frères. Ceux-ci armèrent aussitèt, battirent l’empereur, et lui imposèrent un nouveau partage de l’empire. Ils lui laissèrent, avec le titre d’empereur. Tltalie et la région comprise entre le Rhéne, la Saône, la Meuse et le Rhin. La partie septentrionale de ce territoire porte encore aujourd’hui un nom qui est un monument de ce partage (Lorraine, Lotharinqia, le domaine de Lothaire). Charles eut toutes les provinces occidentales de l'empire, et Louis, tout ce qui était au delà du Rhin, et, sur la rive fjauche de ce lleuve, les trois villes épiscopales de Mayence, 'VV'orms et Spire.

(Je Louis, que les historiens ont surnommé le Germanique, employa' tout le re.ste de son règne à guerroyer contre les Normands, les Magyares et les Slaves, qui occupaient la rive droite de 1 Elbe, dejiuis la Bohème jusqu’au Mecklembourg.

Lothaire se fit moine en 8-35, laissant son titre d’empereur avec l’Italie à son lils aîné Louis II. Son second lils, Lothaire II, eut la Lorraine. La ])art du troisième, nommé Charles, fut la Savoie, le Dauphiné, une partie du Lyonnais et la Provence.

Charles mourut le premier, et ses deux frères se partagèrent ses Etats. Lothaire mourut à son tour, et la Lorraine devint la proie de Louis de Germanie et de Charles de France, qui s’en adjugèrent ciiacun la moitié. Louis II, l’empereur, mourut enfin en 875, et Charles, gagnant son frère de vitesse, alla surle-champ se faire sacrer à Rome. Il n’eut pas ce titre pour rien. Il reconnut solennellement qu’il le tenait du pape, et que le pape seul avait le droit de le conférer. Louis le (lermanique, qui en aurait dû hériter, puisqu’il était l'aîné, mourut avant d’avoir pu se venger du tort que lui avait fait son frère.

Charles le Chauve voulut tirer parti de la mort Se Louis le Germanique. Il entra sur son territoire à la tète d’une armée ; mais il fut battu. Les trois fils de Louis le Germanique se partagèrent l’héritage paternel. Mais les deux aînés moururent bientôt, elle troisième, Charles le Gros, régnadès881 sur l’Allemagne tout entière. Il fut même reconnu roi des Franks occidentaux en 884, au détriment d’un fils posthume de Louis III, un roi

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enfant n’ayant point paru une défense suffisante contre les incursions des Normands.

Jamais, en effet, les Normands ne s’étaient montrés si entreprenants ni si terribles. En 882 ils avaient bri'ilé Aix-la-Cha-

felle, et pénétré jusqu’à Metz. En 845 ils passèrent la Somme et Oise, brûlèrent Pontoise et assiégèrent Paris. N’ayant pu emporter cette ville, ils allèrent piller la Bourgogne, en remontant la Seine et l’Yonne dans leurs chaloupes de guerre. Charles ne lit rien de sérieux pour défendre les peuples qui s’étaient donnés à lui. Dans le même temps ses Etats patrimoniaux étaient attaqués de tous côtés par les Slaves obotrites, ou du Mecklembourg et de la Saxe, par ceux de la Bohême et de la Moravie, et, plus au midi, par les Magyares ou Hongrois, descendants des Huns. L’empire de Charlemagne affaibli, épuisé, n’ayant pour soutien qu’un chef pusillanime et presque imbécile, tombait en dissolution. Ce fut a la faveur de cette dégradation de l’autorité suprême que les chefs militaires, ducs, marquis ou margraves, comtes, barons, réussirent à rendre leurs charges et leurs fiefs héréditaires; que beaucoup d’évêques et d’abbés devinrent seigneurs terriens; que les bénéficiers (possesseurs usufruitiers des domaines de la couronne) se firent propriétaires incommutables; que les plus faibles de ces petits usurpateurs se mirent sous la protection des plus puissants, et que la hiérarchie féodale s’établit de proche en proche dans toute l’Europe. C’était l’irrésistible tendance des mœurs germaniques qui agissait en ce sens depuis trois siècles, et que la viguCiir des premiers Carlovingiens avait seule pu arrêter. La faiblesse des derniers fut emportée par le torrent. Le mouvement commença sous Louis le Débonnaire, et ne s’arrêta plus. Ni Charles le Gros, ni Arnolphe ou Arnould, qui succéda à Charles quand celui-ci eut été déposé, ni Louis IV, fils d’Arnould, n’essayèrent d’entraver cette révolution sociale, l’une des plus importantes de l’histoire.

Louis IV mourut en 912, à Ratisbonne, où il s’était réfugié pendant que les Hongrois saccageaient l’Autriche. Il était âgé devingt ans. Avec lui finit en Allemagne la race carlovingienne, et la dignité impériale devint élective.

Une assemblée de seigneurs laïques et ecclésiastiques so réunit à Worms pour élire un roi d’Allemagne. L’élu fut Conrad, duc de Franconie. Il y avait alors en outre un duc de Saxe, un duc de Lorraine, un duc de Souabe, un duc de Bavière.

Ce fut le duc de Saxe qui succéda à Conrad. 11 s’appelait Henri, et fut surnommé l’Oiselenr, parce qu’il était à la chasse aux oiseaux quand on vint lui apporter la couronne. Il guerroya contre les Danois et les Slaves, et constitua sur la frontière nord de l’Allemagne trois nouveaux margraviats, ceux du Schlesvig, de la Misnie et de la Saxe septentrionale. Après quoi il eut à soutenir une guerre terrible contre les Hongrois, et leur fit subir deux défaites désastreuses. Quarante mille Hongrois, dit-on, restèrent sur le chamj) de bataille de Mersebourg. C’est

Liv ITINERAIRE DE L’ALLEMAGNE.

vers cette époque qu’il est question pour la première fois des villes libres de l’Allemagne. Plusieurs avaient déjà conquis ou acheté leur indépendance, et leurs députés figurèrent à l’élection de Henri l’Oiseleur.

Après sa mort 1936), son fils Othon fut élu. Othon régna trente-huit ans au milieu d’une agitation et de luttes continuelles contre ses grands vassaux, contre le roi de France, surtout contre les Slaves et les Hongrois, et, en dernier lieu, contre les papes. Il était actif et habile. Il dépouilla quelques ducs de leurs seigneuries, et les mit en des mains qu’il estimait plus dévouées et plus fidèles. Il soumit les Slaves do Bohême, et les convertit au christianisme. Il battit les Danois et les Slaves du nord, et commença l’œuvre do la civilisation do ceux-ci, par les mêmes moyens qui avaient été employés autrefois à l’égard des Saxons, c’est-à-dire qu'il établit à Magdebourg, sur l'Elbe, un évêque métropolitain, et, au delà de ce grand fleuve, des évêchés à Brandebourg, à Havelberg, à Misnic, à Mersebourg, qui devaient faire rayonner autour d’eux la lumière chrétienne. Il battit les Hongrois aussi rudement que l’avait fait son père, et leur reprit le margraviat d’Autriche, qu’il érigea en duené. Malheureusement il fut saisi d’une ambition moins raisonnable-; il voulut régner en Italie. Une reine détrônée des Lombards lui üfl'rit ses droits avec sa main. Il accepta, passa les Alpes une première fois, puis une seconde, se fit couronner à Milan roi de Lombardie, alla ensuite à Rome, et s’y fit proclamer empereur par le pape. Personne, en Europe, n’avait porté ce titre depuis trente-huit ans. Othon eut en Italie de nombreuses querelles avec le pape et avec le peuple de Rome, qui avait horreur du joug allemand. Il investit Rome, et y entra de vive force; il déposa deux papes. Il en établit un de sa façon dans la chaire de Saint-Pierre, et il résulta de tout cela qu’à l’avenir l'Empereur devrait recevoir la couronne des mains du pape, mais qu’en revanche l’élection du pape devrait être soumise a l’approbation de l’Empereur.

Othon 1er, qu’on a surnommé le Grand, mourut en 974. Son fils, Othon II, fut élu à sa place. Celui-ci régna neuf ans. Il avait pris la précaution de faire élire d’avance et proclamer son fils, encore au berceau. Othon III n’avait que trots ans lorsqu’il succéda à son père. Mais il mourut à vingt-deux ans, sans postérité. Le secona et le troisième Othon firent, comme le premier, la gnerre aux Danois, aux Slaves et aux Romains. Après Othon III, le duc de Bavière Henri, petit-neveu, d’Othon I«, réunit les suffrages de la nation allemande, eut à combattre quelques grands vassaux révoltés, fut couronné empereur à Rome, en 1014, malgré un parti national qui s’était lormé en Italie, et avait choisi Ardoin, margrave d’Ivrée. Il mourut en 1024, et fut canonisé, ainsi que sa femme Cunégonde, en récompense des faveurs dont il avait comblé le clergé.

Henri II eut plusieurs querelles avec les Slaves polonais.

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qu’on voit figurer pour la première fois, sous son règne, dans rhistoire de l’Allemagne. C est sous Othon III que saint Adalbert avait été massacré par les Prussiens ou Borussiens.

Henri II ne laissa pas d’enfants, et la dynastie saxonne s’éteignit avec lui. Bien que le droit de la nation à l'élection directe ou indirecte de ses souverains n’eùt jamais été contesté, cependant les rois d’Allemagne ou empereurs* ayant introduit, comme on l’a vu, l’usage de faire élire, de leur vivant, leur fils aîné, la couronne s’était transmise jusqu’alors avec autant de régularité que si l’ordre héréditaire eût été légalement établi. Henri II mort, il fallut pourvoir à son n-mplacement. Une assemblée électorale se tint sur les bords du Rhin, entre Mayence et Oppenheim. Conrad II, prince franconien, fut élu. « D’après le précédent fourni par cette élection, dit M. P. Bernard, la constitution électorale s’établit à peu près de la manière suivante: Si le trône était devenu vacant, sans qu’aucun successeur eût été désigné d’avance *, on tenait d’abord une délibération préliminaire qui devait avoir lieu aux assemblées provinciales des principales nations spécialement convoquées, ou dans un comité nommé par ces assemblées. l’élection proprement dite, les trois princes primats de l'Église germanique, les archevêques de Mayence, de Cologne et de Trêves représentaient le clergé, et les quatre principales nations de l’Empire étaient représentées par leurs ducs. Les nations présentes à l’élection campaient sous la bannière de leurs ducs, et faisaient connaître leur assentiment par acclamation. L’archevêque de Mayence avait la première voix à la Diète; les deux autres princes primats avaient la seconde et la troisième voix. Parmi les jirinces séculiers, le duc de Franconie, plus tard le comte palatin du Rhin, auquel se joignaient les Lorrains, votait le premier. Le duc de Saxe, qui avait avec lui la Bohême, votait après lui, et ensuite le duc de Bavière et le duc de Souabe. Depuis le milieu du xn® siècle, ces princes ecclésiastiques et laïques sont désignés sous le nom d’électeurs... »

Cela faisait en tout sept électeurs, trois ecclésiastiques et quatre laïques.

La seconde dynastie franconienne, qu’on appelle aussi salienne, apparemment pour la distinguer de la première, dura 101 ans, de 1024 à 1125 Sous Conrad II, le premier de ces princes, les Italiens essayèrent de se soustraire à la domination germanique, mais ils furentcontraints de se soumettre. Conrad ceignità Milan la couronne de fer des anciens rois lombards, que Charlemagne autrefois avait mise sur sa tête (cette couronne était d’or comme les autres, mais un cercle de fer y était enchâssé). Il alla ensuite à Rome, où le pape le proclama empereur. Conrad contraignit le

* L’élection le» faisait rois. La consécration papale seule le» faisait empereur».

* Ce aaocesaeur, élu d’avance, avait le titre de roi da Romaim.

ITINÉRAIRE DE L’ALLEMAGNE

duc de Pologne Miecislas à so reconnaître vassal de l'Empire et à (juitter le titre de roi qu’il avait pris. Il soumit les Slaves de la Lusace; puis il passa de nouveau en Italie avec une armée, pourterniinerun différend (|u’il avait avec l’archevêque de Milan. Mais il eut peu de succès. Son armée fut décimée par les maladies. Lui- même mourut l’année suivante à Utrecht, en 1039. Son règne est surtout remarquable par la lutte qu’il engagea sourdement et par des moyens légaux avec les grands vassaux de l’Empire, et que son fils Henri III continua avec vigueur. Celui-ci destitua des ducs sans ménagement, prolongea à son gré la vacance des duchés, donna la Bavière à sa femme Agnès, à titre d’alleu, dépouilla du duché de basse Lorraine le duo Godefroy le Barbu, qui avait prétendu hériter de la haute Lorraine sans l’assentiment de l’Empereur. Il eut de vifs démêlés avec le peuple romain et plusieurs papes, en for(,’a trois d’abdiquer, s’adjugea le droit de les élire, et en nomma deux en effet, qu'il prit, l'un et l’autre, dans le clergé allemand. Il fit rentrer la Bonême sous la suzeraineté de l’Allemagne; il étendit même cette suzeraineté sur la Hongrie, temporairement il est vrai : mais enfin il créa un précédent, dont ses successeurs, dans la suite des temps, surent tirer parti. Il mourut en 1056, laissant un fils âgé de cinq ans, et des sujets fatigués de son despotisme et disposés à diminuer le plus qu'ils le pourraient l’autorité souveraine.

L’impératrice régente commença par les mesures les jdus propres à calmer ce mécontentement, à llattcr les. grands vassaux, à restaurer leur influence. Mais elle n’v gagna rien, et finit par s’enfermer dans couvent. Sou fils, tienri IV, jeune, faible, inexpérimenté, devint un instrument entre les mains de l’archevêque de Mayence et du duc de Bavière, puis de l'archevêque de Brème. Plus tard il fut obligé par le mécontentement général de se remettre sous la férule de l’archevêque de Mayence, aidé de celui de Cologne. Le caractère sacré de ses deux mentors ne le rendit ni moins débauché ni moins violent. Il s’était aliéné presque toute sa nation quand éclatèrent ses démêlés avec le saint-siège.

Grégoire VII venait d’y niontcr. Sous les deux papes précédents il avait gouverné l’Eglise, et s’était plaint souvent du trafic que faisaient l’Empereur et ses favoris aes dignités ecclésiastiques. Devenu pape lui-mème, il voulut y mettre un terme, et soutint qu’au saint-siège seul appartenait le droit de conférer les bénéfices et de donner aux évêques l’anneau et \q paUium, insignes de leur dignité. Il publia cette prétention dans un décret fameux et menaça d’excommunication quiccynque oserait l’enfreindre. Henri l’enfreignit aussitôt de propos délibéré pour maintenir le droit du pouvoir temporel. C’est ce que l’on,a appelé la querelle des investitures. Grégoire réunit à Rome un concile devant lequel il cita l’Empereur. Henri en assembla un autre à Worms. par lequel il fit prononcer la déposition du poutifç. Gré-

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goire excommunia l’Empereur et délia ses sujets de leur serment de fidélité. A ce signal, la Saxe se souleva ; les ducs de Souabe, de Bavière et de Carinthie se liguèrent avec les princes saxons, convoquèrent une Diète à Tribur, forcèrent Henri à s’abstenir des fonctions royal-es jusqu'à ce qu’il eût fait lever l’excommunication, et à promettre de renoncer à la couronne au bout d’une année, s’il n y réussissait pas. Henri se soumit, partit pour l’Italie avec sa femme et son enfant, et se rendit à Canossa, où Grégoire était alors. Affublé du costume de pénitent, couvert de bure, et les pieds nus, il attendit pendant trois jours, dans la cour du château, que le pape voulût bien le recevoir. Il parvint enfin jusqu’à lui, se mit à ses genoux, promit de lui obéir en fout et d'aller attendre son arrêt à Augsbourg

Les seigneurs italiens prirent le parti de l’Empereur. Mais les seigneurs allemands, réunis à Forchheim, élurent un nouveau roi d’Allemagne, Rodolphe, duc de Souabe. Cependant Henri se reforma un parti en Allemagne, et la guerre s’alluma entre les deux compétiteurs. Henri fut battu à Melrichstadt, puis, l’année suivante, auprès de Mühlhausen. Le pape, qui ne s^était pas déclaré d’abord, reconnut alors Rodolphe et excommunia Henri de nouveau. Mais Henri, secouru par le puissant Godefroi de Bouillon, vainquit à son tour Rodolphe à Mersebourg. Rodolphe y périt de la main de Godefroi lui-même.

Les ennemis de Henri remplacèrent Rodolphe par le comte Hermann de Luxembourg; mais ils n’étaient plus redoutables. Henri retourna en Italie. Il avait fait élire de sou côté un anti-

K. Il assiégea Grégoire dans Rome, et il l'y aurait pris si 3rt Guiscard ne fût venu le délivrer. Grégoire mourut à Salerne en 1085. Toute l’Allemagne se soumit peu à peu, et le comte Hermann lui-même, en 101^, déposa la couronne, qu’il ne pouvait plus porter. Cette guerre civile avait duré treize années.

L’Eglise n'avait pourtant pas renoncé à ses prétentions. Les successeurs de Grégoire VII, Victor III et surtout Urbain II, revinrent à la charge avec une nouvelle énergie. Urbain même, voyant à Conrad, fils aîné de Henri, une grande ambition, alla jusqu’à armer ce jeune prince contre son père. Henri dépouilla Conrad de son droit de succession à l’Empire et le transféra à son second fils. Malheureusement pour lui, ce second fils ne v'alait pas mieux que l’aîné, et, comme l’Allemagne ravagée, ruinée, épuisée, voulait à tout prix sortir de ces convulsions, l’Empereur se vit enfin abandonné par tout le monde. Poursuivi par son fils, il fut pris, et obligé d'abdiquer. Il s’évada de sa prison, erra pendant quel ci ue temps à travers l’Allemagne sans trouver aucun asile, et mourut de faim, eu 1106, après un règne de cinquante ans.

Henri V trompa les espérances du parti clérical, et ne fut pas plus accommodant que son père à l’endroit des investitures. Il passa en Italie. en-lllO, accompagné d’une troupe de jurisconsultes pour établir sou droit, et d'une armée pour le soutenir.

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Lviii mXERAIKE DE L’ALLEMAGNE.

Le pape Pascal II proposa un compromis. On ne s’entendit pas sur les termes; Henri V mit le pape en prison, et l’y retint pendant deux mois. Pascal céda enfin. Il fut convenu que les archevê(jues, évêques et abbés seraient désormais élus librement et sans simonie, et ne seraient sacrés qu’après avoir reçu du chef de l’Efat l’anneau et le pallium. De plus, Pascal s’engagea par serment à n’excommunier jamais Henri, et le couronna Empereur. Onze ans plus fard, en 1122, Henri V renonça en partie au bénéfice de ce traité. Scs efforts pour restaurer l'autorité souveraine, ses entreprises contre la féodalité, lui avaient fait mille ennemis et suscité des guerres civiles, où il n’avait pas toujours eu l’avantage, grâce à l'hostilité et aux menées du clergé. 11 sentit la nécessité de terminer cette querelle, négocia avec le

KCali.xte II, et renonça, par le concordat de Wortns, à donner nsignes de la dignité épiscopale. Le pape consentit, de son côté, à ce que l’élection se fit en présence de l’Empereur ou de son fondé de pouvoirs.

Cette longue lutte eut pour résultat l’affaiblissement de l’autorité impériale et le développement de l'elément féodal. Nombre de seigneurs se rendirent indépendants, les margraves des ducs les comtes, des ducs et. des margraves. Le territoire allemand se couvrit de petits souverains. L’élément bourgeois s’organisa aussi de tous les côtés pendant celte période, et l'im-

ftortance des villes augmenta par le nombre de leurs habitants, es richesses qu’y accumulèrent l'industrie et le commerce, et les constitutions communales qu’elles obtinrent des Empereurs.

Henri V mourut à quarante ans, et ne laissa point d héritier direct. Ses deux neveux, Frédéric et Conrad de Hohenstaufen, le premier, duc de Souabe, le second, duc de Franconie, prétendirent lui succéder. Mais on élut Lothaire , duc de Saxe, dont l’acte le plus important fut le règlement de la succession de la fameuse princesse Mathilde, l’amie de Grégoire Vil, qui avait légué ses biens allodiaux au saint-siège, les fiefs impériaux devant faire retour à l'Empire. Henri V'avait mis la main sur tout. Il fut convenu que l’Empereur tiendrait du saint-siège les biens allodiaux de la princesse, à titre de fiefs. Lothaire mourut sans postérité en 1187, et les électeurs trouvèrent son gendre, Henri le Superbe, duc de Saxe et de Bavière, trop riche et trop puissant pour être Empereur. Rien ne fait mieux voir à quel degré d’indépendance ils aspiraient. Ils choisirent un prince de la maison de Hohenstaufen, nommé Conrad. Conrad III s’occupa d’abord d'affaiblir Henri le Superbe, probablement avec l’assentiment des autres seigneurs, jaloux de celui-là. 11 lui déclara qu’il fallait opter entre ses deux duchés. Henri le Superbe ne s’étant pas assez promptementdécidé, Conrad adjugea la Saxe au margrave de Brandebourg, Albert l'Owrs. Henri prit les armes et chassa le margrave de la Saxe. Mais pendant ce temps il perdit la Bavière, que Conrad donna à son frère utérin Léopold IV, margrave d’Autriche. En 1147, Conrad, excité par

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