‹ Itineraire descriptif et historique de l'AllemagneChapitre 41 sur 328 · PAR NAMÜR, LIÈGE ET AIX-LA-CHAPELLE · texte numérisé non relu

PAR NAMÜR, LIÈGE ET AIX-LA-CHAPELLE

492 kil. chem. de fer. 3 conv. p. jour, en 11 h. par train express. Prix : fi7 fr. 25 c. et 42 fr. 55 c. Point de 3° classe à partir de lafrontière belge. — N. B. Pour la description détaillée de cette route, voir ri/j'néraiVe de la France (4' section, Nord et Est), par Ad. Jeanne et le Guide du voyageur en Belgique, par A. J. Du Pays.

391 kil. de Paris à Verviers par (51 kil.) Creil. — (84 kil.) Compifegne. — (108 kil.) Noyon. — (154 kil.) •Saint-Quentin. — (229 kil.) Maubeuge. — (241 kil.) Erquelines, première station belge. — (270 kil.) Uharleroi. — (306 kil.) Namur. — (366 kil.) Liège. — (386 kil.) Pepinster (Spa).

A Verviers les voyageurs sont

* Les Toyagear.< qui voudront visiter Bruxelles (370 kil. de Paris), en allant i Cologne retrouveront le train difect pour Cologne, soit à

Naicr (56 kil. de Bruxelles), en passant par Boitefort, Groenendael, La Hulpe, Rixeneart , Ottignies , Mont-Saint-Guibert , Chastre, Gembloux , Saint-Denie-Bovesse et Rhisne, soit à

Liëgb (114 kil. de Bruxelles), en passant par Malines, Louvain, Tirlcmont, Landen, Waremme et Ant.

Voir pour les dclails ritinéroiVe de la France, par Ad. Jeanne, et le Guide du voyageur en Belgique, par A. J. Du Pays.

Allsm. du N,

obligés de laisser visiter leurs bagages et d’exhiber leur passeport, revêtu du visa d'un ambassadeur.

A peine a-t-on quitté l’embarcadère que l’on traverse un tunnel.

De Verviers à la frontière prussienne , le chemin de fer monte constamment en passant d’un tunnel sur un viaduc, et d’un viaduc dans un tunnel. De forts remblais succèdent à de profondes tranchées. On n’a pas le temps de contempler les jolis paysages qui attirent les regards de enaque côté du chemin. Au delà des tunnels de Chic-Chac et de Biolley, qu'on franchit à la hauteur de Verviers même, on atteint celui de la Basse- Grotte, que suit un pont de 5 arches , élevé de 18 mèt. au-dessus des eaux moyennes de la Vesdre ; puis, après avoir dépassé ceux de Chantoire et de Nasproue , on traverse un pont de 7 arches sur la Vesdre , et bientôt on entre dans le souterrain de la Foulerie, à l’issue duquel commence l’un des plus beaux ouvrages d’art que l’on remarque sur ce chemin de fer, le

fiont-viaduc de Dolhain , qui joint e tunnel de Dolhain à celui de la Foulerie. Ce pont , long de 270 mèt., a 21 arches de 10 met, d’ouverture chacune, et do 20 mèt. de hauteur.

399 kil. Dolhain-Limbourg , V. de

•2,000 nab. env., composée du v. Je Dolhain, situé dans la vallée, et de la ville de Limbourg, située sur la montagne. Ancienne capitale du duché de ce nom , que Jean l" réunit en 1288 à son duché de Brabant, après la bataille de Worringen, Limbourg futsaccagée par les Normands en 805, par les troupes de l’empereur Henri V en 1106 , incendiée par les Liégeois en 1457, pillée en 1654, et de nouveau brûlée ctdémantelée parles Français en 1677, assiégée en 1701 et 1702, occupée par les patriotes belges en 1700. Sous ses murs, le 10 messidor an IV, liernadotte vainijuit l’armée des coalisés ; « Au lieu do son antique château et de ses hautes murailles, dont il ne reste que d’insignifiants débris , Limbourg , dit un auteur belge , n’a plus que quelques usines , et,

fiour remplacer sa gloire ducale , a célébrité de ses fromages. » Sa vieille église gothique do .Saint- Georges , incendiée en 1834, et restaurée depuis, contient un élégant tabernacle gothique de 1520, et un monument d’une princesse de Bade (1672).

Au delà de Dolhain, on quitte la vallée de la Vesdro , et, passant d’une tranchée dans un tunnel , puis , dans un autre tunnel plus petit, on sort de la Belgique, près de Welkenraedt, à g. , pour entrer en Prusse à

406 kil. Herbesthal , v. situé à 5 kil. au nord d’Eupen {Neaux), V.

industrielle de 12,000 hab., sur la Vesdre , d’où l’on peut aller rejoindre à Montjoie la R. 30. Les passe-ports y sont demandés aux voyageurs qui se rendent , soit à Aix-la-Chapelle, soit à Cologne, et rendus à Aix-la-Chapelle ; les bagages sont examinés à Aix-la- Chapelle ou à Cologne.

A quelques minutes de Herbesthal , le chemin de far traverse près de la station d’Astenel la vallée de la Goehl sur un viaduc long de 170 met. , large de 8 , haut de 31 inèt. , et formé par doux rangs de 7 arcades superposées, de 8

COLOGNE. [Route l.|

mèt. d’ouverture. Cette remarquable construction a coûté 1,500,000 francs. A g. , on aperçoit le v. de Hergenraâ , et , au sommet d’une éminence, les ruines du château A'Einehourg ou Emmaburg , qui , selon la tradition , aurait été le théâtre des amours d'Emma , la fille de Charlemagne et d'Eginhard (voirErbach, R. 10). A l’extrémité d’une tranchée , on entre dans un tunnel de 168 mèt. , pratiqué sous le bois d’Aix-la-Chapelle , et bienlût après on en traverse un second, long de 740 mèt. , au sortir duquel on se trouve h la station de Honheide , construite au sommet du plan incliné, long de 3,500mèt., qui descend à Aix-la-Chapelle.

Ûno machine à vapeur fixe remonte sur cette pente les convois qui se dirigent vers Herbesthal.

169 kil. Aix-la-Chapelle, en allemand Aachen (Hût. : Nuellens , en face de la fontaine Elise jGrand- Monarque , chez M. Dremel; des Cluatre Saisons , sur la place du théâtre; du Dragon-d' Or, de Bellevue, de l'Empereur, de Paris (près du chemin de fer ) , Royal , du Chemin de fer, près de la gare; de laOoitronne(Hoyer). — Cafés-restaurants : Kurhaus , Elisenbrunnen , Klüppel , Café littéraire, Gericke , Theater strusse. — Omnibus : Pri.x sans bagages, 3 sgr. ; avec bagages, 4 sgr. — Vigilantes il ou 2 personnes , avec ou sans bagages , .5 sgr. ; 3 et 4 personnes, 7 1/2 sgr.. — Libraires : F. Henrath et Vogelgesang: J. A. .Mayer, librairie française et étrangère.

Aix-la-Chapelle fut connue de.s Romains, qui l’appelèrent Aqtiisgranum , Civilas aquensis. En 540 , elle devint la résidence de Théodoric. Trois cents ans plus tard, la ville romaine eut pour second fondateurCharlomagne, qui y était né, dit-on , et qui y mourut le 28 janvier de l’an 814 , à l'âge de 72 ans. Il y fut même enterré dans l’église qu’il avait fondée deux ans après la mort de sa femme Fastnida, en 796, que le pane Léon III bénit en 804, et pour la dédicace

rUoüTE 1.1 AIX-LA-CHAPELLE. ;j

de laquelle, dit la tradition . deux évêques de Tonçres, morts et ensevelis à Maestricht , sortirent de leurs sépultures, afin de compléter dans <'ette cérémonie les .■16.5 prélats , représentants les jours do l’année.

Chailemagne fit d’Aix-la-Chapelle la seconde ville de sou empire ; par son ordre cette inscription fut gravée au-dessus de l’entrée de son palais :

Hic sedes regni trans Alpes habeatur, caput omnium provinciarum et civitatum Galliæ.

Que cette ville soit regardée comme le siège de l'empire au delà des .àlpes, et comme la capitale de toutes les provinces et cités de la Gaule.

Enfin , il décida que les empereurs d’Allemagne y seraient désormais couronnés, et, de 1514 à 1531, elle a vu sacrer trente-sept empereurs et onze impératrices.

Ferdinand I" , le successeur de Charles-Quint , fut le dernier. Depuis , le couronnement des empereurs d’Allemagne s’est fait à Francfort.

Ravagée par les Normands en 891, rebâtie parOthon III, en 936, incendiée en 12i4 et en 1230 , inondée et prise en 1247, par l'em-

fiereur Guillaume , comte de Holande, Aix-la-Chapelle, qui avait cfTacé peu à peu les traces de tous ces désastres, obtint, en 1356, de l’empereur Charles IV, la confirmation ot l’extension de ses privilèges. L’année suivante elle acquit le droit de s’entourer de murailles et de fossés, en sa Qualité de ville libre impériale. Eüe atteignit alors à un tel degré du prospérité que sa population s’élevait , dit-on, à 100,000 hab. De 1570 à 1576 , la peste y causa do grands ravages , et quelques années plus tard, la Réforme y suscita de violentes discussions civiles.

En 1598, l’empereur Rodolphe II la mit au ban de l’empire, parce que les protestants s’y étaient emarés du gouvernement ; de 1614 1610 , les protestants en furent

expulsés; ils allèrent transporter ailleurs les branches d’industrie (surtout des fabriques de drap) qui avaient rendu Aix-la-Chapelle si riche et si célèbre. Ce fut une perte irréparatile. Les habitants partis , leurs maisons brûlèrent.

En 16.56 , un incendie détruisit presque toute la ville. 2,600 habitations privées, l’hôtel de ville, la cathédrale, etc., devinrent la proie des flammes.

Prise par Dumouricz en 1792 , prise et reprise depuis , Aix-la- Chapelle resta définitivement à la France, en 1794. Elle devint sous l’empire le siège d’un évêché , d’un tribunal de commerce , et d’une préfecture ; elle fut le cheflieu du département de la Uoêr.

Occupée par les allié# en 1814.

depuis 1815. elle appartient à la Prusse. En 1825 , elle perdit son évêché , et fit de nouveau partie de l’archévêché de Cologne qui fut alors rétabli Aujourd'hui c’est le siège d’une régence , d’un tribunal provincial , d’une direction des douanes , d’une chambre et d’un tribunal de commerce , enfin d'une société d’assurance contre l’incendie. Sa population est de 54,000 hab.

Aix-la-Chapelle a vu se tenir dans ses murs vingt-cinq diètes de l’empire, onze conciles et trois congrès. Deux traités de paix, célèbres dans l’histoire, y ont, en outre, été conclus t celui de 1668, qui assura â la France la possession de la Flandre, et celui de 1748, qui termina malheureusement pour la France la guerre de la succession d’Autriche.

Située au milieu d’un bassin riant et fertile, qu’environnent des hauteurs en partie boisées, en partie cultivées, parmi lesquelles le Louisberg et le Salvatorberg attirent surtout l’attention, Aix-la-^ Chapelle formait autrefois deux villes, la ville intérieure et la ville extérieure , aujourd'hui réunies en une, car ses murailles ont été démolies et ses fossés comblés.

Les trois ruisseaux, le Pau, la

DiijillZCCi b;/ GoogI

Paunele et lo Johannisbacli qui l’arrosent , offrent de grands avantages aux manufactures pour le lavage des laines. Chaque année, elle voit s’augmenter le nombre do ses maisons avec celui de ses habitants. Cette prospérité croissante, elle la doit h son industrie et à son commerce (draps, aiguilles, épingles, sucres raffinés, machines, etc.); à ses eaux minérales qui y attirent chaque saison 4,000 baigneurs env.

Quand on connaît l’histoire d’Aix-la-Chapelle, on ne s’étonne plus de n’y trouver, à part deux ou trois monuments, aucun vestige de la ville de Charlemagne.

Lummense majorité de ses maisons date de la fin du xvii' siècle.

Devant l’embarcadère du chemin de fer s’étend un square-jardin, bordé à g. par les bâtiments de la douane. Les rues qui s’ouvrent sur le square descendent dans la belle rue du théâtre, à l’extrémité inférieure de laquelle le Théâtre a été construit en 1825. Le péristyle de cet édifice, composé de huit colonnes d’ordre ionique, supporte un frontispice où sont sculptés de grandeur naturelle le Génie des arts et les Muses de la comédie et de la tragédie: au-dessous de ce groupe se lit l’inscription suivante en lettres de cuivre :

Musagetæ Heliconiadumque choro.

L’intérieur peut contenir environ 1,200 spectateurs.

A g. du théâtre, en regardant sa façade, s’élève sur la place Frédéric-Guillaume, plantée d’arbres, la Fontaine d'Élise (Elisenbrunnen), beau bâtiment achevé en 1824, et ainsi nommé en commémoration du mariage du prince royal de Prusse (le roi Frédéric- Guillaume IV) avec la princesse Elise de Bavière, dont le buste (par Tieck) est placé sur une con-, sole de marbre blanc. La façade, de stjdo dorique, a 89 mèt. de long., au milieu s’élève une rotonde de 21 mèt. de haut. De chaque côté de cette rotonde

L COLOGNE. [Route 1.]

s’étendent des colonnades couvertes qui servent de promenade par le mauvais temps. C’est là que tous les matins les baigneurs viennent boire trois ou quatre verres d’eau thermale, aux sons d'un orchestre qui joue de 7 à 8 h.; dans l'après-midi, de 3 h. à 4 h. 1/2. L’eau qui alimente cette fontaine vient du bain de l’Empereur, par un canal de 206 mèt.

de long; malgré cette distance, elle ne perd pendant le trajet que 3“ C., elle a encore 54®.

Les sources thermales d’Aix-la- Chapelle jaillissent à l’intérieur même de la ville. On èn compte six principales divisées, d’après leur position, en supérieures et en inférieures. Les sources supérieures sont : 1® La source de l'Empereur, 57”, 5 C. Elle alimente quatre établissements: les bains de l’Empereur et de la reine de Hongrie, le bain Neuf et la fontaine Elise ; 2® la source du Buchel, 57®, 5 C.; la source de Saint-Quirin, 42°, 5 C., elle alimente lesbains de Saint-Quirin et delà reine de Hongrie. Ses sources inférieures , moins chaudes et moins abondantes en gaz hydrogène sulfuré que le» supérieures, sont les sources Cornélius, 46° C.; du iain de la Rose, 46® C., et l’ancienne Trinkquelle, 46®. Tons les établissements de bains sont en même temps des hôtels garnis.

Ces eaux, incolores dans un verre, verdâtres dans un bassin, d’une saveur peu agréable mais cependant supportable, exhalant une forte odeur d’hydrogène sulfuré, se prennent en bains, en douches et en boisson ; elles sont surtout recommandées dans les maladies de la peau, les rhumatismes et d’autres maladies dont la nomenclature serait ou trop longue ou déplacée ici.

Les deux rues qui s’ouvrent de chaque côté de l’Elisenbrunnen, conduisent à la Cathédrale ou Chapelle, qui reçoit d’ordinaire la première visite des étrangers.

« Si l’on aborde par la façade cette historique et fabuleuse

.OOglf

{Route l.J AIX-LA-CHAPELLE. 5

église, dit M.* V. Hugo , voici comme elle se présente :

« Un portail du temps deLouis XV en granit gris bleu, avec des portes de bronze du viii« siècle, adossé à une muraille carlovingienne qui surmonte un étage de pleins cintres romains. Au-dessus de ces archivoltes un bel étage gothique richement ciselé , où l’on reconnaît l’ogive sévère du xtv' siimle ; et pour couronnement une ignoble maçonnerie en briques à toit d’ardoise qui date de ce siècle. A la dr. du portail, une grosse pomme de pin, en bronze romain, est posée sur un pilier de granit, et de l’autre côté sur un autre pilier, il y a une louve d’airain, egalement antique et romaine, qui se tourne à demi vers les passants la gueule entr’ouverte et les (lents serrées*. Ainsi quand on aborde la Chapelle par le grand portail, le romain, le roman, le othique , le rococo et le moerne se mêlent et se superposent sur cette façade, mais sans affinité, sans nécessité, sans ordre, et par conséquent sans grandeur.

* La légeade expliqua ainai ta préaence de cette louve ou do ce loup au aeuil de cette église: « Loa niagialratf délibéraient sur lea Dioyena de ao procurer les fonda néceaaaires pour raclièrement de la cathédrale, quand survint un individu de belle apparence qui leur promit l’argent dont ils avaient besoin, à la condition qu'ils lui livreraient la première &me qui entrerait dans l'égliso après son achèvement. Les magistrats reconnurent Satan ; mais ils acceptèrent son offre. Grand fut leur embarras quand il leur fallut ouvrir rédifice au public ; heureusement, pendant qu'ils délibéraient encore, un garde do la ville vint leur présenter un loup vivant qu’il avait pris au piège. C’est un secours du eiel, s’écrièrent-ils;, le loup sera la victime. Et à l’ouTerlure des portes, on le langa dans l’église. » Satan attendait la gueule ouverte et les yeux voluptueusement fermés : < Juges de sa rage, dit l’auteur du Rhin, (]uand il sentitqu’il avalait un loup. Il poussa un rugissement effroyable et vola quelque temps sous lea hautes arches de l’église avec le bruit d’une tempête. Pois il sortit enfin, éperdu de colère, et en sortant, il donna dans la grande porte d’airain un si furieux coup de pied, qu’elle se fendit de haut en bas. > D’après M. Victor Hugo, la pomme de pin figura la pauvre âme du loup si stupidement mâchée par Salan. *

« Si l’on arrive à la Chapelle par le chevet, l’effet est tout autre. La haute abside du xiv* siècle vous apparaît dans toute son audace et dans toute sa beauté avec l’angle savant de son toit, le riche travail de ses balustrades, la variété de ses gargouilles, la sombre couleur de sa pierre, et la transparence vitreuse de ses immenses lancettes, au pied desquelles semblent imperceptibles des maisons à deux étages réfugiées entre les contreforts. Cependant, là encore, l’aspect de l’église, si imposant qu’il soit, est hybride et discordant. ’ Entre l’abside et le portail, dans une espèce de trou où toutes les lignes de l’édifice s’écroulent, se cache, à peine relié à la façade par un joli pont sculpté du xiv' siècle, le dôme byzantin à frontons triangulaires qu’Othon III fit bâtir au x' siècle, au-dessus du tombeau même de Charlemagne.

« Cette façade plaquée, ce dôme enfoui, cette abside rompue, voilà

la Chapelle d’Aix Un système

de chapelles basses, rattachées à la hase de la grande chapelle centrale, devait, au portail près, envelopper tout l’edifice dans ses articulations. Déjà deux de ces chapelles qui subsistent encore, et qui sont admirables, étaient bâties quand survint l’incendie do 1354 (’r). Cette puissante végétation architecturale s'est arrêtée là.

Chose étrange , le xv' et le xvi* siècle n’ont rien fait pour cette église. Le xviii* et le xix" l’ont gâtée.

« Après avoir franchi la voûte du portique et laissé derrière moi les antiques portes de bronze ornées à leur milieu d’une tête de lion, et coupées carrément pour l’adapter à des architraves, ce qui a d’abord frappé mon regard, c’est une rotonde blanche à deux étages, éclairée par le haut, dans laquelle s’épanouissent de tous côtés toutes les fantaisies coquettes de l’arehitecture rocaille et chicorée. Puis, en abaissant mes yeux vers la terre, j’ai aperçu au milieu du pavé de

tiuugle

fl

cette rotonde, bous le jour blafard que laissent tomber les vitres blanches, une grande lame de marbre noir, usée par les pieds des passants , avec cette inscription en lettres de cuivre :

CAROLO MAGKO.

« Rien de plus choquant et de plus effronté que cette chapelle rococo, étalant ses grâoes de courtisane autour de ce grand nom carlovingien, Des anges qui ressemblent à des amours, des palmes qui ressemblent à des panaches, des ' guirlandes de fleurs et des nœuds deruban, voilàtout ce que le goût Pompadour a mis sous le déme d’Othon III, et sur la tombe de Charlemagne.

c La seule chose qui soit digne de l'homme et du lieu dans cette indécente chapelle, c’est une immense lampe circulaire à quarante-huit becs d’environ douze pieds de diamètre, donnée, au xii' siècle, pa-r Barberousse à Charlemagne. Cette lampe , qui est en cuivre et on argent doré, a la forme d’une couronne impériale ; elle est suspendue à la voûte, au-dessus de la lame de marbre noir, par une grosse chaîne de fer de quatrevingt-dix pieds de long.

« La lame noire a environ neuf pieds de long sur sept de large. «

Charlemagne n’est plus sous cette pierre. En 997 l'empereur Othon III fit ouvrir son tombeau.

On y trouva Charlemagne assis sur un trône de marbre recouvert de lames d’or , paré des ornements impériaux, l’epéo au côté, la couronne on tête, les Evangiles sur ses genoux; le sceptre et le bouclier étaient à ses pieds ; le manteau impérial recouvrait ses épaules, et la panetière de pèlerin, qu’il porta constamment dans ses voyages à Rome, était attachée à sa ceinture.

Othon fit de nouveau sceller le tombeau après en avoir retiré les objets suivants: le trône, une croix d’or, la couronne, le sceptre, le globe, le livre d’Evangiles et l’épée. Ces derniers objets qui ont

[Houtk 1.]

constamment servi depuis au sacre des empereurs d’Allemagne, étaient confiés h la garde de la ville d’Aix-la-Chapelle qui, à chaque sacre, nommait une députation chargée de porter les insignes de l’Empire au lieu du couronnement. Ils sont aujourd’hui déposés à Vienne, sauf le trône {voir ci-dessous).

En 1165, Frédéric Barberousse voulut aussi voir les restes de Charlemagne et viola son tombeau. L’archevêque de Cologne et l’évêque de Liège reçurent le corps , qui fut placé dans une châsse et exposé à la vénération des curieux. Le trône de marbre, déposé dans une galerie, servit depuis aux couronnements (voir ci-dessous]. Quant au corps, dont on montre à la sacristie des os ou fragments d’os, on l’ensevelit dans un sarcophage do marbre de Paros (voir ci-dessous). On assure que tous les autres débris qui avaient disparu ont été découverts en 1847, et enfermés dans une châsse d’argent doré.

Les colonnes de marbre, de granit et de porphyre q^ue Charlemagne avait fait venir de Ravenne et de l’Orient pour en orner la cathédrale, avaient été enlevées parles Français en 1791, et transportées à Paris. Restituées en 18L5, elles ont été replacées en 1840 aux frais du roi de Prusse.

Les nouveaux vitraxix, hauts de 9 mèt., représentent le couronnement et l’Assomption de la Vierge, d’après des desseins de Cornélius.

Ils ont été donnés par Frédéric- Guillaume IV.

Quatre chapelles sont disposées autour de l’église, et en font partie : 1° la chapelle Saint-Nicolas (1433) (beau crucifix en bois); 2° la chapelle Hongroise, fondée en 1373 par Louis 1", roi de Hongrie, restaurée en 1746 par l’impératrice M arie- Thérèse; 3“ la chapelle Saint-Michel (1.54.3) ; la chapelle Sainte-Anne (1449).

Le chœur, commencé en 1353, fini en 1413, a 38 mèt. de haut,

DE PARIS A COLOGNE

[UouTK l.] AIX-LA-CHAPELLE.

20 met. 00 cent, de long, et 13 met.

33 cent, de large. Il est éclairé par treize fenêtres de style gothique.

Les principales curiosités de la Chapelle, les grandes et les petites reliques, la chaire, le sarcophage et le tréne de l’empereur, ne se voient pas sans le payement jjréalable d’une somme assez forte fixée par un tarif. On paye, pour voir les petites reliques. 1 thaï, (de 1 à 8 personnes). S’adresser à la petite porte delà sacristie qui s’ouvre à 1 entrée du chœur, à or., sous la chaire ; pour la chaire, le sarcophage et le trône, s’adresser au suisse, 15 sgr. (de 1 à 3 personnes).

Les grandes reliques sont exposées tous les sept ans. Dans l’intervalle, il n’est fait d'exception que pour les têtes couronnées.

La dernière exposition a eu lieu dans l’été de 1800. Elles comprennent :

1. La robe que la sainte Vierpe portait lors de la naissance de Jesus-Chrlst.

Elle est de coton ülë d’une longueur de 1 mèt. 80 cent. — 3. Les langes qui enveloppèrent le Sauveur dans la crèche. — 3. Le drap sur lequel saint Jean-Baptiste a été décapité.— 4. La toile qui ceignit les reins Idu Sauveur sur la croix, — Cesreliqiies, que Charlemagne reçut d’Yvan, patriarche de Jérusalem, sont empaquetéos.dans des pièces de soie, que l’on découpe, lors de cloaque exposition, pour en distribuer les morceaux aux personnes présentes.

Les petites reliques sont exposées àlacontemplation des fidèles, chaque année, au jour de la Fête-Dieu.

L’armoire qui contient les plus précieuses de ces reliques, — avec les grandes renfermées dans une châsse d’argent doré, longue de 1 ihèt. 66 cent., et haute de 1 mèt., en forme de toit ou vaisseau de cathédrale, « châsse du xii' siècle que Frédéric Harberousse a donnée il l’église, — cause, quand on l’ouvre, une sorte d’éblouissement, tant elle est resplendissante d’orfèvreries. Les battants sont couverts, à l’intérieur, de peintu-

res sur fond d’or, parmi lesquelles on remarque des panneaux qui sont évidemment d^lbert Durer.

Sur les tablettes, l’or et l’argent brillent sous mille formes ; ce ne sont que châsses, soleils, calices, reliquaires, figurant autant do chapelles, de llècnes et de cathédrales auxquelles les saphirs, les émerauaes et les diamants tiennent lieu de vitraux. Les petites reliques sont ;

1. La ceinture de J.-C. en cuir; Charlemagne a scellé les deux extrémités de cette ceinture de son sceau, dont les empreintes sont très-bien conservées. — 2, Une partie des cordes dont J.-C, fut lié. — 3. Un fragment d’nn des clous qui ont servi pour attacher J.-C. è la croix. — 4. Une partie de l’éponge qui servit à le désaltérer. — 5. Une partie de la verge dont il fut frappé. — G. Une ceinture de ta sainte Vierge; elle est fort longue et légèrement rouge aux extrémités.--?. La tête de saint Anastase. — 8. Le bras du grand-prêtre Siméon, sur lequel il porta Jésus enfant. — 9. Du sang et désossements de saint Étienne , martyr. — 10.

Un anneau de la chaîne que porta saint Pierre dans sa prison. — 11. De l’huile de sainte Catherine; la légende rapporte que cette sainte fut enterrée pur des anges sur le mont Sinaî, et que de son tombeau s’écoula une huilç miraculeuse, dont l’emploi guérit un grand nombre de maladies.— 12. Dos cheveux de saint Jean- Baptiste et de saint Barthélemy. — 13. De la manne dont les Hébreux se nourrissaient dans le désert. — 14. Des fragments de la verge d’Aaron. — 15. Les trois reliques suspendues au col de Charlemagne au tombeau, un vase de cristal renfermant des cheveux de la sainte Vierge, son portrait peint par saint Lue, et un fragment de la vraie croix. Charlemagne avait reçu une partie de ces reliques, en 799, de Jean, patriarche de Jérusalem, une autre partie lui fut donnée en 806. par Haroun-al-Raschid, qui lui Ht en même temps don de Jérusalem et des saints lieux; enfin le reste lui fut envoyé de Constantinople, ainsi qu’il l’a certifié

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lui-mème dans le dipldmc qu’il a délivré à cet effet.

Outre ces reliques sacrées, on montre encore — sans supplément de prix, — dans la sacristie, des reliques qu’on peutappelerprofanes; ce sont : le crâne de Charlemagne et un fragment d'os de son bras ou de sa jambe, et son cor, énorme dent d’éléphant évidée et sculptée curieusement vers le gros bout. On y fait voir aussi la copie exacte en argent doré de la couronne germanique de Charlemagne.

La chaire, placée à l’angle du chœur — dont les verrières de couleur ont disparu, et où la riche tombe d’Othon III, détruite en 1794, est remplacée par une pierre plate, — a tout l’aspect d’une chaire de village ; « mais quand elle se débarrasse de sa hideuse chrysalide de bois roussâtre, elle vous apparaît subitement comme une splendide tour do vermeil. C’est un prodige de la ciselure et de l'orfévrerie du xi” siècle, donnée par l’empereur Henri II H la Chapelle. Des ivoires byzantins profondément fouillés, une coupe de cristal de roche avec sa soucoupe, un onyx monstrueux de 9 pouces de long sont incrustés dans cette cuirasse d’or qui entoure le prêtre parlant au nom de Dieu, et dont la lame antérieure représente Charlemagne portant la Chapelle d’Aii sur son Ijras. » Le Rhin.

Le sarcophage de Charlemagne, enfermé actuellement dans une armoire, est un magnifique cercueil romain en marbre tjlanc de Paros, sur la face antérieure duquel est sculpté, du ciseau le plus magistral, l’enlèvement de Proserpine. « Ce bas-relief est un poème, » dit M. Victor Hugo.

Le fauteuil, le trône ou la chaise de Charlemagne se trouve actuellement dans la galerie qui forme le premier étage de la rotonde et qu’on appelle le Hoclimünster. Ce fauteuil bas, large, à dossier arrondi, formé de quatre lames de marbre blanc, nues et sans sculptures, assemblées par des che-

COLOCNE. [Routk 1.]

vrons de fer — des plaques d’or, couvertes de sculptures byzantines et conservées dans le trésor de la Chapelle , l’ornaient autrefois — a pour siège une planche de chêne recouverte d’un coussin de velours rouge. 11 est exhaussé sur six degrés dont deux sont de granit et quatre de marbre blanc.

C’est sur ce fauteuil que Charlemagne resta 352 ans, de 814 à llCb’, assis dans son tombeau, au haut d’une estrade de pierre ; c’est sur ce fauteuil que trente-sept empereurs ont été couronnés — de l’rédéric Barberousse à Ferdinand I*''.

On s’occupe actuellement de restaurer la cathédrale, les fonds (100,000 th.) sont fournis par la société appelée Carlsverein et patronnée par le rcù de Prusse.

Messe en musique, tous les dimanches à 10 h.

Tout près de la Chapelle, sur la place du Marché, s’élève l’Hêtel de ville iRathhaus), édifice fait comme la Chapelle de cinq ou six autres édifices. « Des deux côtés d’une sombre façade à fenêtres longues, étroites et rapprochées, ui date de Charles-Quint , se ressent, dit M. V. Hugo, deux beffrois, Tun bas, rond, large et écrasé ; l’autre haut, svelte et quadrangulaire. Le second beffroi est une belle construction du xiv* siècle. Le premier est tout simplement la fameuse tour de Granus le général romain qui passe pour e fondateur d’Aix-la-Chapelle), qu’on a peine à reconnaître sous l’étrange clocher dont elle est coiffée. Au bas de la façade se développe un vaste escalier, composé comme l’escalier de la cour du Cheval-Blanc à Fontainebleau.

Vis-à-vjs, au centre de la place, une fontaine de marbre de la Renaissance, quelque peu retouchée et refaite par le xvni' siècle , supporte , au-dessus d’une large coupe d’airain, la statue de bronze de Charlemagne armé et couronné. A dr. et à g., deux autres fontaines plus petites por-

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tent à leur sommet deux argles noirs effarouchés et terribles, à demi-tournés vers le grave et tranquille empereur. C’est là, sur cet emplacement, dans cette tour romaine peut-être, qu’est né Charlemagne. B

L’intérieur de cet édifice, dont on achève la restauration, mérite d’être visité. La grande salle du troisième étage, dite la salle impériale (pourboire 7 1/î sgr. ) a 54 mèt. de long et 20 mèt. de large.

Elle sera rétablie telle qu’elle était autrefois et ornée de fresques, en partie achevées et représentant : l’Entree de Charlemagne à Pavie, la Bataille de Cordoue, la Prùe d'irmensul, le Tombeau de Charlemagne, par Rethel , et le Baptême de Wittikind, le Couronnement de Charlemagne, le Sacre de Louis le Débonnaire, le Départ de Rome et la Fondation de la Chapelle par Joseph Kehren. Les statues en pierre (grandeur naturelle) de Charlemagne et des 37 empereurs couronnés à Aix-la- Chapelle seront placées sur les chapiteaux.

A l’étage inférieur, dans la salle des délibérations du conseil municipal et des mariages, on peut voir aussi, outre un portrait de Charlemagne et les portraits des ambassadeurs qui assistèrent au congrès de 1748, les portraits do Napoléon, par Boucher (180’T), et de Joséphine par Lefebvre (1805).

C'est dans la grande salle que se tinrent les congrès de 1748 et de

Devant l’hôtel de ville s’élève une fontaine (1620) surmontée d'une statue en bronze de Charlemagne que les Français avaient emportée a Paris.

Aix-la-Chapelle possède plusieurs galeries de tableaux particulières. Il faut citer surtout celle de M. Barthold Suermondt, précieuse collection d’environ 130 tableaux, appartenant pour la plupart aux écoles hollandaise, flamande et espagnole. Pour donner une idée de son importance, il

suffit de nommer les noms de Rembrandt , Brouwer , Albert Cuyp, Metsu, Jean Steen, Jacob Ruysdaël ; parmi les flamands , ceux de Rubens, Van Dyck, Teniers, Gonzalès Coques ; et, parmi les espagnols, Vélasquez, Murillo, Cano, etc. Il a paru à Aix-la-Chapelle un catalogue (allemand) raisonné de cette belle collection, rédigé par le D' Waagen, directeur du musée de Berlin. M. W.

Burger (Thoré) s’est chargé de le traduire en français.

Le Cursaal ou Nouvelle Redoute, situé dans la rue appelée Comphausbad, et construite en 17fâ, renferme, outre des salles de jeu, -un restaurant, un cabinet de lecture, la bibliothèque de la ville, une grande et belle salle de bal et de concert; les jeux ont été supprimés en octobre 1854. Derrière le Casino s’étend une promenade (Rend), où se trouve une fontaine d’eau minérale et où l’on fait de la musique tous les jours de 8 h.Nà 4 h. 1/2. L’entrée des salons, du cabinet de lecture et de la bibliothèque n’estpas publique ; on paye :

Pour 1 jour, pai personne, 4 sgr.; pour 5 j., 20 sgr. ; pour 10 j., 1 th.; pour 15 j.,

1 th. 10 sgr.; pour 30 j., 2 th. 6 sgr. N. B. Il y a en outre des abonnements à prit réduits pour les familles. Les abonnés peuvent venir aux bals parés, mais non aux concerts qui sont donnés à la Redoute. L'établissement, tenu avec soin, est ouvert de 10 h. du matin à 11 h. du soir; le cabinet de lecture, à 8 h.; la bibliothèque de la ville, de 11 h. à 1 h.

■ L’église de Notre-Dame possède un tableau d’autel, copie de Rubens;dansl’église des Franctscai^, on voit quelques tableaux de Diepenbeck, élève de Rubens; dans celle de Saint-Michel, une descente de croix, par Honthorst ; à Saint- Léonard, une Nativité, par C. de Crayer. Parmi les autres édifices publics , on ne peut mentionner que la Jialle au Blé (Kornhaus), vieux bâtiment du moyen âge ,

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