‹ Itineraire descriptif et historique de l'AllemagneChapitre 79 sur 328 · DE FRANCFORT · texte numérisé non relu

DE FRANCFORT

servis à tonte heure ; un café-divan pour les fumeurs.

Sur la façade tournée du côté du jardin anglais, nommée jardin du Kursaal, s’étend une large terrasse pavée en asphalte, communiquant avec la salle de bal et les ailes (on y prend des rafraîchissements). A dr. s’élève le kiosque, où deux fois par jour un excellent orchestre fait entendre une musique variée.

Les Jeux de Hombourg l'emportent sur les autres jeux de l’Allemagne, non-seulement par la magnificence de leur palais, mais par les avantages qu’ils ofl'rent aux joueurs, avantages qu’il est inutile d’éijumérer ici. En outre, ils sont ouverts toute l’année, hivercomme été. Ils rapportent donc d’énormes bénéfices aux fermiers et au landgrave, qui se fait payer fort cher l’autorisation qu’il leur accorde, et qui tient beaucoup plus à ce rivilége qu’à tous ses autres roitsmoinslucratifs. Le7 mai 1849 un commissaire impérial, agissant au nom du pouvoir central allemand, avaitfaitfermer les jeux de Hombourg ; le landgrave s’^est empressé de les rouvrir dès qu’il a cessé de craindre le pouvoir central allemand. Du reste, landgrave et fermiers ne négligent aucun moyen pour attirer à Hombourg beaucoup de joueurs, c’est-à-dire de perdants : annonces dans les journaux, bals (avec invitation gratuite, grands bals tous les mercredis, où le costume de bal est de rigueur), concerts, théâtres, promesses de parties dé chasse sur quarante mille arpents de terres etc., etc.

Près du Kursaal (à dr.) s’élève l’établissement des bains, qui contient vingt-quatre chambres de bains avec bains de vapeur, douches et bains de pluie.

Les sources de Hombourg jaillissent à 5 ou 10 min. du Kursaal, dans les prairies q^ui s'étendent au-dessous du jardin, et qu’on appelle le Parc des sources. Peu éloignées l’une de l'autre, elles

A HOMBOURG. (Roctk 13. J

sont renfermées dans des bassins en pierre entourés d’élégantes balustrades. A g. est la.^ource Louis, ui, grâce à un sondage artésien, onne mille bains pariour, etdont le niveau s’abaisse et s^élève périodiquement tous les quarts d’heure (on appelle ce phénomène, Sprude?)- La source de l'Empereur, située à l'extrémité de l’allée de peupliers, vis-à-vis du vieux Kursaal, est le produit d’un forage artésien ( 135 met. de profond). A l’autre extrémité de l’allée de peupliers, est 1 a source Elisabeth, qui donne 11,600 lit. par24h. Le dégagement du gaz acide carbonique la fait bouillonner à sa surface. A côté s’élèvent un kiosque où l’on fait de la musique tous les matins, et la vaste orangerie qui sert de promenade couverte aux buveurs.

Quant à la source Ferrugineuse , l’une des plus chargées en fer que l’on connaisse, elle jaillit à peu de distance de celle de l’Empereur.

Les plus faibles de ces sources sont celles de Louis et d’Elisabeth, dont l'eau se boit à doses de deux à quatre verres par jour. Les deux autres, étant beaucoup plus énergiques, exigent plus de précautions.

Il s’exporte chaque année plus de trois cent mille cruchons ou bouteilles des eaux de Hombourg.

A l’extrémité supérieure de la Grande-Rue (à, g.) s’élève le château du landgrave, dont l’architecture tient le milieu entre celles de la caserne et de la grange. C’est le landgrave Frédéric II, à la jambe d'argent, le vainqueur de Fehrbcllin (bataille gagnée le 18 juin 1675 sur les Suédois), qui le fit bâtir à la place de la Hohenburg, brûlée dans la guerre de Trente ans. On voit dans le mur, au-dessus de la porte intérieure, la statue équestre de ce landgrave qui, par une charge hardie de cavalerie, fit remporter la victoire à l’électeur de Brandebourg. La tour Blanche, haute de 60 mèt. (dans la cour intérieure), est tout ce qui reste

fkoDrE li.l ENVIRONS DE HOMROURG. 109

de cet ancien château. Sous l’escalier, on remarque dans le mur une pierre votive romaine, découverte au milieu des ruines de la .Saalburg. La plate-forme offre un beau point de vue. L'intérieur du château ne mérite pas une visite. Ce u’il y a de plus curieux ce sont es anciennes armures et des antiquités romaines. Les jardins seraient assez beaux s'il étaient bien entretenus. Ils ont été dessiné.s par la landgrave Elisabeth, lille du roi d'Angleterre George III.

Hombourg n'offre pas aux étrangers d'autres curiosités intéressantes. On peut faire d'agréables romenades dans ses environs, ien que la nature n'y soit que médiocrement belle. De l’autre côté du Kursaal, au-dessus des sources , s’élèvent des coteaux boisés, au pied desquels on a construit une belle restauration (sur Waldlusl\elâ.'oii\'on découvre d’assez belles vues, d'un coté, sur le Taunus, de l’autre, sur TOdenwald, ainsi (tue sur la plaine qui s’étend entre tes deux chaînes de montagnes (15 inin. pour monter au Temple). Les jardins du château (voir ci-dessous) ont de beaux ombrages et une jolie pièce d’eau entourée d’arbres remar<|iiables jiar leur grosseur. La serre contient des plantes exotiques. Au delà de la porte de sortie, s’étend jusqu’au J æyerhaus à la base du raunus, une allée de peupliers séculaires, longue d’une lieueenviron, bordée de jardins: à dr. le jardin de la princesse Elisabeth, à g. celui du prince Gustave, et un peu plus loin, la ferme suisse (un temple grec orne le milieu de sa pièce d’eau). — N. B. On vend à la ferme du café, des cnufs et du l.iitage ; — plus loin encore, est le ra/'c' re.itaiirorit appelé AUeehaus (tir au pigeon et au pistolet); enfin, à l’extrémité de l'allée de peupliers, commence la grande forêt de sapins {Tannenu-ald), à l’entrée de laquelle, près d’une jolie maison de chasse gothique, sont le jardin holamijue, la pepimcre et Vétang uu.v truites.

ALhtii. ni' N,

Des sentiers et des routes de voitures traversent dans tous les sens le Tannenwald qui, divisé en grand et en petit, s’étend sur la montagne. Les points les plus intéressants à visiter sont, outre les parcs réserves, où l'on élève des daims, la roche d’Elisabeth, éminence rocheuse d’où Ton jouit d’une belle vue, et derrière laquelle se trouve, près du monument fiinéraire du prince Léopold de Hesse-Hombourg, tué en 1813 è, Lützen, le chêne de Luther, plantien 1817 (Luthereichc). La vue (sur Francfort et la plaine) est encore plus belle de la Goldgrube, mine d’or abandonnée depuis longtemps. On s’y rend par le sentier d’Ad' la’ide . — Au delà de cette forêt, on peut faire l’ascension du Feldberg (3 h. de Hombourg), décrite dans la H. 21.

l.es Français qui viennent iiHonibourgne manquent pas d’aller visiter (1 h.) Friedrichsdorf et (30 min.) Dornholshausen, deux villages fondés au XVI 10 siècle (lar les protestants français que la révocation de Tédit de Nantes avait forcés de s’exiler. On y parle le français du temps de Louis XIV. Deux pensionnats, — un de jeunes gens, et un de demoiselles, — y ont été fondés. On v envoie dès enfants des contrées les plus éloignées de T.âllemagne pour y apprendre le français.

On peut aussi de Hombourg aller visiter Friedberg ctNauheini (voir R. 76), Oberursel, Schœnberg , Cronbcrg, Cronthal , Kœnigstein, Sodcn (voir R. 21); enfin, à I h. 15 min., la Saalburg, ane.

forteresse romaine, construite par Drusus, qui doit y être mort de ses blessures.

A 'W'oilburg G mil. R. 36.

DE FR.âNCFOKT A MAYENCE (CASTEL)

A BlEnERICn rT a wiesbade.

'1 1/2 mil., .6 I I mil., et ti 3/i mil.- — Chem, de fer ; 6 dop. par j.; Irrjp'. en 1 h.

DE FRANCFORT A MAYENCE. [Roütk 14.]

5 min. (Castel), et 1 h. 30 min. (Wiesbade). Prix pour Ceistel : 1 fl- 48 kr., I fl. 9 kr., et 42 kr. Pour Bieberich : 2 fl. 6 kr., 1 fl* 18 kr. et 48 kr. Pour Wiesbade : 2 fl. 15 kr., 1 fl. 24 kr. etOlkr.

Le chemin de fer de Francfort à Mayence, Bieberich et Wiesbade, a été ouvert en 1840. Il côtoie, à des distances inégales, la rivedr.

du Mein, qui se jette dans le Rhin au-dessus de Mayence, traverse une plaine fertile, mais monotone, et laisse sur la dr., au N., la belle chaîne du Taunus (voir R. 21).

L’Altkœnig, le grand et le petit Feldberg, et la chapelle blanche de Hofheim, attirent surtout les regards. On remarque aussi les ruines du château de halkenstein (voir R. 21). ...

Peu de temps après avoir quitté Francfort, on entre dans le duché du Nassau.

1 1/4 mil. Hœchst, V. de 2.000 hab., sur laNidda.-- Vieille église; ancien palais de l’électeur de Mayence; fabrication de tabac.

A Soden, à Kœnigstein , et dans les montagnes du Taunus, R. 21.

2 mil. Hattersheim (Hôt. Nassauer HoJ), v. de 900 hab.

A Hofheim, à Eppstein et à Kœnigstein, R. 21.

Flœrsheim, v. de 1,900 hab., sur le Mein. Avant d’y arriver, on laisse, à dr., le bain Wâilbach (eaux sulfureuses), qui ne possède qu’une source. Renfermée dans un élégant pavillon, à peu de distance de l’établissement, cette source, qui n'a que 13 3/4 dcg.

cent., se prend en boissons et en bains, et guérit surtout les affections chroniques de la poitrine.

Hocèlietm, V.de2,000 hab., située sur une éminence, où 1 on récolte des vins estimés. Les meilleurs vignobles appartiennent au duc de Nassau, dont on quitte le territoire pour entrer dans celui de Hesse-Darmstadt, avant d’arriver à

4 1/2 mil. Castel (Hôt. ; Jiarth, Taunus-hôtel, Anker), V. de 2,300 haï). (Hesse-Darmstadt), située sur

la rive dr. du Rhin, et réunie à Mayence par un pont de bateaux de 555 mèt. de long. Les fortifications dont elle est entourée font partie du système de défense de Mayence (voir R. L5).

N. B. A l’arrivée de chaque convoi, des omnibus conduisent les voyageurs à Mayence pour 12 kr.

par personne.

Au delà des fortifications de Castel, on laisse à ç. le fort Montebello, et, un peu plus loin, au delà des frontières de Nassau, les voitures qui vont à Bieberich sont détachées du train, puis traînées par lies chevaux, de cet embranchement jusqu’à Bieberich (voir R. 19), qui n’en est éloignée que de quelques minutes.

5 3/4 nul. Wiesbade (voir R. 19).

Le Rhin.— Renseignements généraux. — Sa navigation.

Le Rhin, appelé en allemand der Rhein, de lihen, Ren, mot celtique signifiant qui coule, en latin Rhenux, en goth Rino, Rinno, — ce fleuve célèbre que les Romains désignaient déjà par l’épithète de superbe, se forme dans le canton suisse des Grisons, de la réunion de trois bras appelés : Rhin antérieur, du milieu et postérieur.

Le Rhin antérieur (Vorderrhein) sort du petit lac Toma, enfermé dans une cavité du mont Badus (2,351 mèt.); près de Chiamut, il reçoit le Rhin de Cornœra, et le Rhin du Kæiner ou Gæmerthal, et, à Disentis (1,111 mèt.), il môle ses eaux à celles du Rhin du milieu (Mittelrheinj qui, descendu du lac Dim, à l’O. du Luckinaiiier (2,169 mèt.) et grossi par l’écoulement du lac .Scur et divers torrents, vient de parcourir la vallée de Medels. De Disentis à Keichenau, le Rhin antérieur et le Rhin du milieu réunis entraînent avec eux environ soixante ruisseaux ou torrents. A Reiehenau (594 mèt.), ils se réunissent au Rhin postérieur (Hinferrhein). Celui-ci sortdu glacier du Rhcinwald, au fond de la vallée de ce nom, à 1,871 mèt. et

[Route 14.1 LE RHIN.— RENSEIGNEMENTS GENERAUX. 111

au pied des monts Adula, Moschelhorn, Piz Val Rbein, et grossi par treize torrents ou ruisseaux, il traverse la Via .Mala et le Trou Perdu, et parcourt, avant d’arriver à Reicnenau, la belle vallée de Domlescbg, où il reçoit encore la Nolla, l’Albula, la rivière de Davos et le Rhin de l’Oberhalbstein.

De Reicbenau, les trois Rbins n’en forment plus qu’un seul qui coule à l’E. jusqu’à Coire, prend, près de cette ville, la direction du N., arrose toute la vallée qui porte son nom, jusqu'au lac de Constance, sort de ce lac à Constance, et, se dirigeant à l’O., traverse un second lac qu'il quitte à Stein, puis court à Schatlbouse former la chute du Rhin. De SchafThouse à Râle il conserve presque toujours la même direction (ü.); près de Coblenz, il reçoit l’Aar qui lui apporte, avec la Limmat et la Reuss, toutes les eaux des cantons de Fribourg, de Lucerne, d’Untervvalden, d Uri, de biehwyz, de Zug et de Claris, et une partie de celles des cantons de Vaud, NeuchiUel, Berne, Soleure, Argovie, Zurich et Saint- Gall, car son bassin s’étend de l’O.

à l’E. depuis le lac des Rousses jusqu'à la frontière des Grisons, et du S. au N. depuis le .Saint-Gothard jusqu'au Rhin.

Au delà de Bàle [24,‘l mét.) le Rhin, s’éloignant de la Suisse, prend une direction septentrionale et forme jusqu'à Strasbourg les limites du grand-duché de Bade (rive dri) et de la France (rive g.).

Les bords du Rhin, de scs sources jusqu’à Bâle, sont décrits dans l’Hinéraire descriptif et historique de la Suisse. De Bdle à Mannheim la navigation à vapeur est interrompue depuis l’établissement des chemins de fer. La rive g. a été décrite dans l Itinc'raire du Voyageur en France, par Ad. Jeanne; la rive dr. le sera dans rAllein.igne du Sud. Quant au cours du Rhin compris entre .Mannheim et la mer, ou en trouvera la description dans les

routes ci-dèssous. 11 suffira donc d’ajouter ici aux indications géographiques qui précèdent quelques renseignements généraux sur sa longueur, sa largeur, sa profondeur, sa rapidité, son histoire, sur les pays les plus curieux à visiter le long de ses bords, enfin, sur sa navigation.

La longueur du cours du Rhin est d’environ 1,300 kil., dont 900 navigables. Son bassin est évalué à 251,890 kil. carrés, dont 31,000 en Suisse, 37,500 en France, 2,150 en Autriche et dans Lichtenstein, 11. CIO dans le grand-duché de Bade, 25,000 en Bavière, 13,300 dans le Wurtemberg, 77,880 en Prusse, 22,0.50 dans divers petits Etats de la Confédération germ.anique, 10,250 en Belgique, 10,550 dans les Paj’s-Bas. On porte à 12,283 le nombre de ses affluents qui ont une certaine importance.

La largeur du Rhin est :

Près de Reichenau, de 77 mètres.

A SchaITtiouse 113 —

— la Cataracte lOÜ —

— Rheiiifelden 200 —

— Baie 253 —

Entre Strasbourg et Spire de

A Mannheim 400 —

— Mayence 400 —

— Biejierich 500 —

— Eltwyl (JOO —

Entre Bing-n et Coblenz.. . .383 — Entre Coblenz etNeuwied.. 410 —

— Bonn 4.13 —

— Cologne 433 —

— Dusseldorf. . ...... 400 —

près d'Emmerich 717 —

ha. profondeur du Rhin est de;

îles m.c. m.c.

Depuis Bàle jusqu’à Brisach CO 1 » à 3 33

— Brisach-Strasbourg. . 80 1 33 4 >

— Strasb.-Germersheim 70 1 06 6 »

— Germersh.-Mannh. . 18 1 80 6 33

— Mann.-.\1ayence. ... 30 2 » 8 »

— Mayence-Bingen 18 2 33 (! »

— Bmgen-Caub 2 » 0 60

Jusqu’à l’emboucb. de l'Abr. 4 33 6 S3

‘ DE FRANCFORT A MAYENCE. [Route 14. J

îles m.c. m-c-

Entre Lintz et la Kripp. . . . 8 <16 9 66

Près de Bonn 3 33 5 »

A Cologne 3 ^

Entre Oolog. et Düsseldorf 2 66 7 66

Jusqu'à Düsseldorf........ 6 66 17 »

— Kaiserswerth 3 66 5 »

— Emmerich 3 ’ 5 >

La profondeur du Rhin est, du 'reste, trhs-variable, mt'ine à de petites distances, tnôme d’une rive a l’autre. Des bancs de sable s'accumulent souvent en quelques jours dans les endroits les plus profonds, tandis que des passages à peine recouverts d’eau deviennent au contraire navigables. Certaines îles augmentent ou diminuent chaque année. En général, cependant, la rive dr. e.st toujours plus profonde que la rive g. C’est en mai et en octobre que les eaux sont le plus basses, en juillet qu’elles sont le plus hautes.

La rapidité du Rhin varie aussi, selon la pente et la largeur de son lit: en moyenne, elle est évaluée, dans la partie navigable, à 5 kil.

à l’heure.

Ses sinuostfés allongent de près de 150 kil. le cours du Rhin. Pour éviter les plus longs détours, des canaua; ont été ouverts sur divers points. D’autres canaux le mettent en communication avec les principaux fleuves des bassins voisins ; le plus important de ces canaux est le canal Louis, qui l’unit au Danube par la Bavière.

Le Rhin n’est navigable, à proprement parler, qu’au-dessous de SchafThouse, et même qu’au-dessous de Bâle. Il porte, entre Bâle et Strasbourg, des navires de 30 à 40 tonneaux ; de 100 à 125 t.

entre Strasbourg et Mayence, de 125 à 200 t. entre Mayence et Cologne, de 300 à 4.50 1. entre Cologne et son embouchure. La navigation, ‘ surtout la navigation à vapeur dont il sera parlé tout à l’heure, y est très-active. A la descente, le principal article de transport, sont les bois des forêts riveraines du Rhin, de la Murg, du Neckar,

de la Moselle etc. Au-dessous de Mayence, les petits trains descendus, soit du cours supérieur du fleuve, soit de ses affluents, sont réunis avec un art curieux en imme'nses radeaux , longs quelquefois de 300 met. , larges de 25 mèt., portant de douze à quinze cabanes avec une population d’éniigrants, des provisions, du bétail souvent et des marchandises de toute espèce, et dirigés, non sans peine, surtout dans les passages difficiles, par 400 ou 500 hommes.

Un de ces radeaux, moins grands qu’ils ne l’étaient autrefois, consomme, dans un voyage, depuis le jour où il aétc commencé jusqu’à celui oùil est vendu, à Dordrecht, 23,000 kilos de pain, 15,000 kilos de viande, 5,000 Kilos de fromage, 50 sacs de légumes secs, 500 tonneaux de bière etc. Le bois dont il se compose rapporte de 300,000 à 350,000 11. Le trajet de Bingen à Dordrecht peut être parcouru en huit jours dans des circonstances favorables, mais quelquefois aussi il demande six semaines. Chaque année, le Rhin transporte ainsi en Hollande pour 4,250,000 fr. de bois.

C’est en 1827 seulement que la compagnie de Cologne établit un service de bateaux k vapeur régulier entre Mayence et Cologne. La remière année, elle transporta 8,000 voyageurs. En 1837, ce nombre s’était élevé à 150,000. Alors se fonda une compagnie rivale, la compagnie de Düsseldorf. Comme cela arrive souvent, cette concurrence, qui l’avait d’abord effrayée, eut pour effet de tripler les bénéfices do la compagnie de Cologne.

Les deux sociétés rivales, aujourd’hui associées , transportèrent ;

En 1839, 487,000 voyageurs.

En 1840, 636,000 —

En 1851, 800,000 —

Le chiffre total doit aujourd’hui dépasser de beaucoup un million.

On trouvera dans l'introduction et en tête de chacune des routes consacrées au Rhin, tous les renseignements relatifs à la durée du trajet, aux heures de départ, au

[Route 15. J GERNSHEIM. 113

nombre des bateaux, au prix des places, à celui des repas à berd, aux bapa^es etc.

Les bords du Rhin, beaucoup trop vantéü, ne sont réellement intéressants à visiter que de Mayence à Cologne, entre Bingen et Bonn surtout (voir R. 17 et

< Le Rhin réunit tout, a dit M. V. Hugo. Le Rhin est rapide comme le Rhône, large comme la Loire, encaissé comme la Meuse, tortueux comme la Seine, limpide et vert comme la Somme, historique comme le Tibre, royal comme le Danube, mystérieux comme le Nil, pailleté d’or comme un fleuve d’Amérique, couvert de fables et de fantômes comme un fleuve d’Asie. »

Les poctes allemands appellent souvent le Rhin le père ou le rot Rhin. « Doit-on s’étonner, se deniandeun écrivain allemand, qu’on désigne sous de pareils noms un fleuve qui rappelle tant de victoires et de défaites des Romains et des Barbares, tant d’exploits chevaleresques dans les temps féodaux, tant de conciles ecclésiastiques, tant de guerres et de négociations de paix dans les temps modernes, tant de couronnements de ces empereurs, dont la dépouille mortelle repose à son côté, tant de rois fameux et tant d'illustres capitaines. »

L’histoire môme succincte du Rhin, remplirait plus d'un volume.

Ce n’est pas ici le lieu de l’écrire.

On trouvera dans les routes qui sontconsacrées à son cours ou qui longent ses bords, ou enfin qui viennent y aboutir, le résumé des principaux événements qu’il a vus s’accomplir sur ses eaux ou sur ses rives, depuis l’époque où il coulait entre des volcans jusqu’à ces dernières années.

DE LÜDWIGSHAFEN A MAYENCE.

A. Far le Rbln.

La navigation est plus active de Mann-

heim à Mayence que de Strasbourg à .Mannheim ; mais elle u'est pas plus intéressante. C’est en chemin de fer qu'il faut aller de Mannheim à Mayence, et non en bateau à vapeur.

3 bateaux à vapeur partent chaque jour de Mannheim pour Mayence, à 5 h., 8 h., et 11 h. 3/4 du matin (vérifier les heures de dép.art qui changent souvent). Le trajet se fait en 3 h. U-2 à la descente, et en 4 h. 3/4 à la remonte. — On paye, de Mannheim à WorniS, 9 et 6 sgr. ; de Mannheim ù Mayence, 1 th. G sgr., et i>4 sgr. — GÜ livres de bagages franches de port.

I.es principales localités que l’on aperçoit à dr. et g. en descendant le Rhin, de Mannheim à Mayence sont :

Rive dr. Sandhofen, v. qui possède deux églises..

Rive g. Frankenthal (voir ci-dessous B).

Rive dr. Lampertheim, bourg de 3,0ÜÜ hab. (Hesse-Darmstadt).

Rive g. Roxheim, v. de 1,000 hab.

situé, sur le vieux Rhin qui ressemble à un lac sinueux.

Rive g. Worms { voir ci-dessous B).

Rive g. Hernsheim, v. entouré de murs, situé à 30 min. du Rhin. Son château appartient au duc de Dalberg. — Le prince primat y est né.

Rive g. Rheindürkheimer Fahrt.

Rive droite. Gernsheim (Hôt. :

Lamm), V. de 3,L'Ü0 iiab., d’où un omnibus conduit à (3 rail.) Darmstadt (voir R. 9) pour 30 kr. On y a érigé, eu 1836, une statue en grès (parScholl) à Pierre SchœtTer, quiyestné. Ce fut Pierre Schœffer, gendre de Fust qui, en 1454, inventa les caractères fondus. — Au delà de Gernsheim, on a creusé un canal pour éviter un des plus longs détours du Rhin. Au milieu du coude que fait le fleuve, sur la rive dr., près d'Erfe.lden, Gustave-Adolphe a élevé un monument en souvcTiir de son passage du Rhin dans l’hiver de 1631 (7 déc.) (voir ci-dessous B. Oppenheim).

114 DE LUDWIGSHAFEN A MAYENCE. [Route 15.1

Le Rhin se rapproche du chemin de fer. On laisse Ji g. Oppenheim et Nierstein (voir ci-dessous li), puis il dr. Trehnr ou Tribur, où les rois carlovingiens avaient un château dont il ne reste aucun vestige, et, après avoirdépassé (rive g.) Nakenheini, Bodenheim, Laubenheiin et Weissenau, et (rive dr.) Ginsheim, v.

près duquel le Schwarzbach se jette dans le Rhin, on laisse à dr.

l’einbouchure du Mein en arrivant à Mayence (voir ci-dessous B).

B. Par le chemin de fer.

9 mil. chem. de fer. 5 convois p. j.

trajet en l h. 50 min. à 2 h. pour 3 fl., 1 fl. 48 kr. et 1 fl. 12 kr.

En quittant Ludwigshafeu, le chemin de fer, presque toujours parallèle à la route de poste, se dirige en ligne droite h l'O. sur

3/4 mil. Oggersheim ( Ilôt :

Zur Pfalz), V. de 1,.ÛÜ0 hab., détruite dans la guerre du l’alatinat.

Schiller y écrivit son drame de Fiesque dans l’auberge Zum Viehhofe. La chapelle, ou plutôt l’église de Lorette, y attire un grand nombre de pèlerins, lejour de l’Ascension. Un couvent de Minorités, doté par le roi de Bavière, s’y est établi en 184.5. — Un peu au delà d'Oggersheim.le chemin de fer prend une direction N. qu il ne quitte plus jusqu’à Mayence.

A Neustadt, 1 3/4 mil., R. 3. — A Spire, 2 .3/4 mil., R. 10. — A Durkheim, 2 mil.

On traverse l’Isenach avant d’arriver à fl/2 mil )

Frankenthal (Ilôt. ; Zum roih en Ltp.wen, Zum weissen Lamm), ville industrielle de 4,800 hab., à 1 h. du Rhin avec lequel elle communique par un canal. Elle doit son origine et sa prospérité à soixante familles de protestants flamands qui, chassés par les Espagnols de leur patrie, vinrent s’y établir, en 1562, dans un couvent d’.augustins, fondé en 1119.

A l’époque où la guerre de Trente

ans éclata, elle comptait huit cents familles, qui avaient apporté, dans cette partie de l’Allemagne, des industries jusqu’alors inconnues, la fabrication des étoffes de soie et de coton. Elle était alors entourée de murailles, mais ses fortifications ne l’empêchèrent p.is d'ôtre prise, pillée et saccagée tour à tour par les Espagnols, les Autrichiens, les.Suédois, les Français etc. La paix rétablie, les électeurs la reconstruisirent, et elle devint la première ville industrielle du Palatinat ; mais elle est bien déchue de son ancienne réputation. Son église protestante a été bâtie, de 1820 à 1823, à la place de l’ancien couvent, d’après •le modi'-le de l’église de Carlsruhe.

La tour, incendiée en 1844, a été reconstruite depuis. On voit encore, derrière l’église catholique, le portail de l’église de l’ancien couvent. — L'asile des aliénés intéressera les médecins.

A Durkheim, 4 h., R. 24. — AGrünstadt, 3 h., R. 24.

Au delà de Bobenheim, on traverse la Leininger, puis on sort du Palatinat bavarois pour entrer dans le grand-duché de Hesse, et on passe l’Alt, et l’Eis avant d’arriver à

1 i/4 mil. "Worms (Hôt. : Aller Kaiser , Liehfrauenberg , H’crs.'ies Hoss, près de la poste, Rheinixeher Hof. — Libraire; Rahke), V. de 8,400 hab., située à 15 min. du Rhin qui baignait autrefois ses murs. Sa population s’est élevée jadis à 40,000 âmes. La guerre de 'frente ans l’a ruinée. En 1632, les Suédois détruisirent les faubourgs ; en 1689, Mélac et Créqui la mirent à fou et à sang, sur l’ordre de Louis XIV. Elle n’a jamais pu se relever de cette sauvage exécution. C’est une ville morte. « Ayez donc été ville im|iérialc, s’écrie M. V. Hugo, qui résume poétiquement son histoire, ayez en des gaugraves, des archevêques-souverains, des évéques-princes, .une

[Route 15.] WORMS.-

pfalz, quatre forteresses, trois ponts sur le Rhin, trois couvents à clocher, quatorze églises, trente mille habitnnt.s ! Ayez été l’une des quatre cités maîtresses dans la formidable hanse des cent villes I Soyez la ville qui a vu vaincre César, passer Attila, réver Brunehaut, marier Charlemagne!

Soyez la ville qui a vu, dans le .Tardin des Roses, le combat de Sigefroi le Cornu et du dragon, et devant la façade de sa cathédrale cette contestation de Chriinhilde, d’où est sortie une épopée, et sur les bancs de la diète cette contestation de Luther, d’où est sortie une religion! Soyez la Vormalia des Vangions, et le Bormitomagus de Drusus, le Wonnegau des poètes, le chef-lieu des liéros dans les Nibelungen, la capitale des rois franks, la cour judiciaire des empereurs, soyez Worms, en un mot, pour décroître et périr ainsi Partout la soli-

tude, l’ennui, la poussière, la ruine, l’oubli. Malgré tout cela, à cause de tout cela, peut-être, Worms, encadrée par le double horizon des Vosges et du Taunus, baignée par son beau Qeuve, entourée de son enceinte décrépite de murailles et de sa fraîche ceinture de verdure, Worms est une belle, curieuse et intéressante cité. » Deux des diètes de l’empire tenues à Worms ont occupé une grande place dans Thistoire de l’Europe. Celle de 1495, en abolissant le droit de guerre privée {Fau$trecht), établit pour la première fois l’ordre en Allemagne; celle de 1521, en mettant Luther au ban de l’empire, hâta les progrès de la Réformation. Quand Luther fut sommé de comparaître devant la diète que Charles-Quint tenait à Worms, ses amis le dissuadaient d’obi'ir. Ils lui rappelaient le sort de Jean Huss, brûlé vif à Constance, malgré le saufconduit de l’empereur. « Je suis légalement sommé de comparaître à la diète de Worms, leur répondit-il, et je m’y rendrai au nom du

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