‹ Itineraire descriptif et historique de l'AllemagneChapitre 80 sur 328 · LE DOM · texte numérisé non relu

LE DOM

Seigneur, dussé-je voir conjurés contre moi autant de démons qu’il y a de tuiles sur les toits des maisons. » Introduit devant la diète, il reconnut ses ouvrages et refusa de se rétracter. Au contraire, il souti/it énergiquement ses doctrines. L’empereur lui enjoignitde sortir de Worms, en lui accordant un sauf-conduit de vingt et un jours. Le 25 mai suivant, il le déclarait hérétique et schismatique, le mettait au ban de l’empire, et ordonnait de l’arrêter. Mais il était déjà en lieu de sûreté (voir Wartburg, R. 77).

Le seul édifice de Worms qui ait résisté aux boulets et aux torches des Français, est le Dont ou cathédrale. Commencée en 996 par l’évêque Burchard et inaugurée en 1016, en présence de l’empereur Henri II, cette église appartient à « la famille romane des cathédrales k double abside, style qui engendre nécessairement quatre clochers, supprime les portails de façade, et ne laisse subsister que les portails latéraux. » Le portail S., qui est orné de belles sculptures, date de 1472. L’intérieur a 158 mèt. do longueur. « Quand on y pénètre, dit le poète ci-dessus cité, l’impreséion est k la fois variée et forte. Les fresques byzantines, les peintures flamandes, les beaux bas-reliefs du xiiie siècle, les chapelles exquises du gothique fleuri, les tombeaux néo-païens de la Renaissance, les consoles délicates sculptées aux retombées des arcs-doubleaux, les armoiries coloriées et dorées, les entrecolonnements peuplés de statuettes et de figurines, composent un de ces ensembles extraordinaires où tous les styles, toutes les époques, toutes les fantaisies, toutes les modes, tous les arts vous apparaissent k la fois. Les rocailles exagérées et violentes des derniers princes-évêques , font dans les coins de gigantesques coquetteries. Çà et Ik de larges pans de muraille, autre-

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fois peinte et ornée, aujourd’hui

nue, attristent les regards

Dans une grande chapelle basse, j’ai admiré plusieurs in.erveilles du XV" siècle ; une piscine baptismale, urne immense sur le pourtour de laquelle est figuré Jésus, entouré des apôtres ; plusieurs pages sculpturales tirées des deux Testaments: enfin un Christ en croix, presque de grandeur naturelle, œuvre qui fait qu’on se récrie et qu’on rêve, tant la délicatesse curieuse et parfaite des détails s’allie, sans la troubler, à la fierté sublime de l’expression. »

Cette chapelle est fermée. Il faut se la faire ouvrir, moyennant un tritikgeld (18 kr.), par le sacristain ; on l’appelle Tmifkapelle ou la chapelle de Baptême ; elle se trouve à g. près du portail méridional. Une autre chapelle (la prem.àdr.), renferme, outre la tombe de sainte Kmbède, sainte Barbède et sainte Wellebède, un beau bas-relief : Daniel dans la fosse aux lions. Enfin, on remarque dans la chapelle .Saint-Nicolas de curieuses scupitures (1187), derniers débris du cloître aujourd’hui détruit.

L’ornementation du chœur (marbre et or) ne date que du xviii« siècle; on répare acuiellcnitnt le coupole du transsept. .

Du côté N. du Doni, on voit encore des restes de l’aiicieu palais des évéques. dans lequel se tint la diète do Worms. Détruit par les Français, (>n 1689, ce palais avait <*té reconstruit en 1727. Les Français l’ont détruit de nouveau en

l/eglisa luthérienne de la Sainte- Trinité fDreifaltigkcils Kirche), sur la place du marché, rebâtie en 1725, renferme une fresque de .Neekatz , représentant Luther devant la diète.

La synagogue, située près do la porte de Mayence, se recommande par son ancienneté (l’intérieur a été récemment remis h.

neuf). Elle a été bâtie dans le style byzantin pendant le cours

[Route 15.]

du xir siècle. La colonie juive de Worms est une des plus anciennes de l’Allemagne. D’après la tradition elle s’y serait établie 558 ans avant la naissance du Christ, et elle aurait protesté contre la condamnation du Fils de Dieu. Aussi obtint-elle, au moyen âge, des privilèges étendus. En 16.59, l’empereur Ferdinand I"'' ordonna, par exemple, que le grand rabbin de Worms aurait le pas sur tous les autres rabbins de l’Allemagne.

De Ik le dicton populaire « Juifs de Worms, Juifs débonnaires.»

( Wormser Judon, fromme Juden.)

On montre dans l’école, à côté de la synagogue, le siège en pierre du célèbre rabbin Salomon Isaac Raschi , mort h Troyes en 1180, et qui avait enseigné à Worms pendant (quelques années.

— Le cimetière juif (à 3 min. du Dom, hors de la ville) est intéressant par ses vieilles tombes h.

inscriptions hébra’iques.

Outre la synagogue et la cathédrale, un troisième édifice a échappé aux ravages des Suédois et des Français. C’est V église (gothique) de Notre-Dame (Liehfrauen Kirche), située autrefois dans le faubourg de Mayence, aujourd'hui détruit. Elle a été bâtie au commencement du XV' siècle, et avait trois tours dont l’une a disparu.

Le ehœur est assez beau. En fait de sculptures, on remarque sur le portail les vierges sages et les vierges folles, la mort et le couronnement de Marie, et à l’intérieur la sépulture de J.-C.

Les vignobles voisins produisent le vin estimé connu sous le nom de Liebfraucnmilch (lait de Notre-Damel. Du reste les vins récoltés de l'autre côté de la ville et appelés Luginsland et Kattcrloch, ne sont pas moins recherchés. Lors du partage de l’empire de Charlemagne, Louis le (termanique se fitdonner les districts de Worms et de Spire, h cause de ces vins qu’il aimait beaucoup.

1/hiUel de ville, qui date d'une époque assez récente, renferme

DE LUDWIGSHAFEN A MAYENCE.

Digitize, "

fRouiE 15.1 WOKMS.— OPPKNHEIM. 117

beaucoup d'archives de l’époque impériale. Le document le plus ancien de ce genre remonte à 107.1 ( Henri IV ). — On y montre aussi quelques inscriptions romaines, sans intérêt.

Bientét, peut-être, Worms possédera un monument plus important (^ue tous ceux qui l'ont orné jusqu à ce jour. Des souscriptions se tout dans toute l’Allemagne, pour hâter l’achèvement du monument de Luther, modelé et commencé par Rietschel mort avant d’avoir pu achever son oeuvre. La statue du réformateur, haute de.

plusde.lmèt. dominera, d’un piédestal de 6 mèt, , tout un groupe de statues : Huss, Wiclef, Savonarole et Pierre VValdo , assis et s’adossant au socle; autour d’eux, debout, les défenseurs de la réforme par le glaive ou par la parole, Philippe de Hesse et Frédéric le Sage, Reuchlin et Mélanchton; enfin les statues assises des trois villes qui ont joué le rôle le plus actif dans l’histoire de la Réformation, Augsbourg. Spire et Magdebourg. Les bas - reliefs représenteront les épisodes les plus saillants de la vie de Luther.

T.e Rosengarlen ou le Jardin des Roses, était autrefois une lie. Il fait aujourd'hui partie de la terre ferme, et il n’y croit que de l'herbe et des broussailles. D’après la tradition, il aurait été le théâtre de quelues-uns des événements racontés ans les Kibetungen.

Près de Pfiffligheim (30 min. de Worms) on peut visiter l’orme magnifique sous lequel Luther fit à ses amis, avant de se rendre à la diète de Worms, la réponse rapportée plus haut.

De Worms à Alzey (K. 2.3), 3 mil.

Chemin de fer en construct., dil. t. 1. j. en 2 3/t h., pour 64 kr. ; — à Creuznach, (R. 2) ti 3|t mil., dil. t. 1. j. par Alzey en 5 h. 3/1, pour 2 fl.;— à Bensheim (R. 9) 2.3/4 mil , 3 dil. p. j. en 2 h., pour 36 kr. — Bat. à vap. 4 fr. fois par jour pour Mayence (R. l.'ij.

Les stations comprises entre Worms et Oppenheim sont Osthofen, Metlenheim, Alsheim et Guntersblum. C’est dans la plaine monotone où sont situés ces villages, qu'eut lieu, en 1021, l'éleclion de Conrad II (le Salien). Les tribus électives campèrent sur les rives du Rhin, aucune ville n’étant assez grande pour les contenir.

3 3/4 mil. Oppenheim (Hôt. :

Gelbes Haus, sur l’autre rive du Rhin ; Anker), la Bonconicn des Romains, V. de 2,400 hab., située sur la rive g. du Rhin, anc. V. impériale détruite par les Français, en 1689. Une seule maison resta debout au milieu des ruines, et le côté occidental de l'église Sainte- Catherine , bâtie de 1262 k 1317 (l’aile occidentale n’a été achevée qu’en 1439), sur une hauteur, fut môme la proie des flammes. Cette belle église de style gothique (remarquable rosace) renferme les tombeaux de la famille Dalberg, une des plus anciennes familles de la chevalerie allemande. Elle est dominée par les ruines de la forteresse impériale Landskron, construite sous l’empereur Lothaire, et que des souterrains, outre un murextérieur, réunissentkla ville.

A côté de la station, on voit un moulin à vapeur, l'un des plus importants des bords du Rhin.

C’est d’Oppenheim que l'on visite souvent la Schu/cdcnsieule, au delà du Rhin. C’est un obélisque que fit ériger Gustave-Adolphe en mémoire de son passage du Rhin.

(17 déc. 1631).

A Woerrstadt (R. 23) 2 3/1 mit., dil. t. 1. j. en 2 h., pour -18 kr.; — à .âizey (R. 23) 4 1/4 mil., dil. t. 1. ]. en 3 1/4 h. p. l fl.; — à Creuznach (R. 2), 5 .3/4 mil. dil. t. 1. j. en 4 1/4 h. pour 2 fl. 6 kr.; — à Darmstadt (R. 9) 3 1/-2 mil., dil. t. 1. j. en 2 1/4 h. pour l fl. La route de Darmstadt traverse le Rhin et passe par Guinsheim et Grossgerau.

A peu de distance d’Oppenheim se trouve Nierstein, dont les vins sont renommés, et dont la chapelle, élevée par la famille Her-

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ding, contient des fresques — Adoration des bergers, Coiironncnicnt de In Vierge, Madeleine pénitente, la Foi, 1 Espérance et la Charité) — de Gœtzenberger , artiste de Munich, qui a peint les fresques de la Trinklialle à lîade.

Le chemin de fer, longeant la base d’une chaîne de collines basses, plantées de vignes aux produits justement estimés, s'arrête ensuite aux stations de Nakenheim, Uodenheim ei Laubenheim, avant d’entrer par le beau v. de IV'eissrnau à 2 1,2 mil).

Mayence.

IléTKLS : 1" classe, de l’Europe, du Rhin, de Hnllnnde , de Hesse, d’Angleterre ; 2' classe, Rheinherg et StadlCoblenz, Drei Reichskronen, Karpfen (près de la poste) ; Landsberg. Ruthes Haus, Stadt Krenznach, Schiitzenhof. A Castel, hâtel Rarth, hdtel Tavnus. Les hôtels de (’astcl sont très-favorablement si tués pour les voyageurs du chem. de fer.

C.vFEs : Café de Paris, sur la place du Théâtre; Café Neuf (Insel); Ohau.< (près de la gare); Café français et du Rhin (près du pont).

Re.staurants : Café-restaurant en face de l’hôtel du Khin; Yolk, Emmeransgasse (le soir seulement); Café de Paris et Klein (place du Théâtre).

LinRAïKiE.s deZabern, Leroux, Schott.

O.M.MBi's: 12 kr. la place (le péage du |)ont non compris).

Droschkkn ; -A 1 cheval (1 et 2 pers.), pour 15 min., 12 kr., (.S ou 4 pers.) 18 kr. A 2 chevaux, 18 et 24 kr. L'iieurc se paye de 18 kr. à 1 11. pour les voitures à 1 cheval, et de 1 fl. kl 11. 12 kr. pour les voitures Ù2 chevaux. On donne en sus pour chaque malle Okr. Le pont se paye k part (2 kr. par personne).

A Zaîilbach ou k \Veissenau, 21, 30, 35 et 48 kr., selon le nombre de pers. et de chevaux.

Bains : chauds et froids sur le Ith in-.

Mayence, en allemand Mainz,

ville de îlesse-Darmstadt, le cheflieu de la province de la Hesse rhénane, est située, k 75 mèt., sur la rive g. du Rhin, presque en face de l’embouchure du Mein. Un pont de bateaux de 5.55 mèt. de longueur la réunit k la ville de Castel située sur la rive dr. (voir R. 14). Sa population dépasse 38,(100 hab. La construction d'un pont fixe est décidée.

L’enceinte de Mayence, y compris les ouvrages extérieurs , a plus de 3 lieues 1.2 de développement. Trois portes principales, sans compter celles du quai, sur le Rhin, y donnent entrée.Cc sont:

la porte Neuve (Neuthor), route d’Oppenheim cl de Worms ; celle dite (jnutkor, granderoute de Paris par .Alzey et Kaiserslautern, etc., et le Miinslerthor, roule de Bingen, Coblenz, Trêves et Creuznach.

On a récemment construit un chemin de fer le long du fleuve pour réunir la ligne de Coblenz k celle de l.udwigshafen. L’établissement de la vote a nécessité la destruction de toutes les maisons situées sur le quai entre le^ lleuve et la ligne des hôtels; il ne’ reste k côté de la voie que le rempart de la ville.

Histoire.

L’origine de Mayence est antérieure k l’ère chrétienne. Trentehuit ans avant la naissance du Christ, Marlius Agripjia, un des généraux d’Auguste, construisit en ce lieu une forteresse ou plutôt un camp retranché. La forteresse, appelée plus tard Moguntiarvm, ne lut bâtie, dix ans avant Jésus- Christ, que par le successeur d’Agrippa, Drusiis Germanicus, qui éleva aussi sur la rive dr. un castelluin (d’où le nom de Castel), réuni au castrum de la rive g. par un pont de pierre dont on voit encore des vestiges. L’an 70, la 22® légion qui avau conquis la Judé-o , et détruit Jérusalem, sous les ordres de Titus, était en garnison à Mogontiacum, et, selon la tradi-

[Rodte 15.] MAYENCE.

tion, saint Crescentius, qui prêcha un des premiers le "christianisme sur les bords du Uhin, en faisait partie comme centurion. En 103, sous le règne de Trajan, ce centurion soutfrit le martyre; aussi l’a-t-on considéré depuis comme le premier évêque de Mayence.

Au me siècle, Alexandre Sévère y fut massacré par ses troupes révoltées (233). D’après une légende populaire, que certains historiens ont accréditée, Constantin y vit luire dans le ciel cette croix lumineuse qui le convertit, car elle était entourée de ces mots, écrits en lettres de feu : «Tu vaincras par ce signe. » Tels sont, pendant la domination romaine, les jirincipaux événements de son histoire. Quand le monde romain qui l’avait fondée, agrandie, peuplee, s’écroula, elle fut entraînée avec lui dans sa chute. Détruite tour à tour par les .\lemanni, les Vandales elles Huns, elle n’était plus qu’un monceau de ruines lorsque Sidonius, son évêque, aidé’ dans sa tentative par le roi des Franks, Dagobert II, essaya do la rebâtir, en la plaçant cette fois sur les bords du fleuve. En 712, l’évêque Sigebert l’entoura de murs; en 720, Charles Martel en chassa les Bourguignons qui s’en étaient emparés; enfin, 1 an 74.'', Carloman et Pépin, après avoir élevé son évêque au rang d’archevêque, firent de son eglise la métropole ecclésiastique de toute la Germanie. En 751, le pape Zacharie confirma cet évêque dans sa nouvelle dignité. C’était un Breton, nommé Winfried, plus connu sous le nom de saint Boniface. Né à Crediton, dans le Devonshire, de parents nobles et riches, Winfried s’était fait moine dans l'abbaye de bénédictins de Nutsall, près do Winchester; mais il la quitta bientôt avec onze de ses compagnons pour venir prêcher l’K.vangile aux nations barbares de la Germanie.

Sa mission, interrompue seulement p.ar trois voyages à Home, ne dura pas moins de trente an-

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