‹ Itinéraire descriptif et historique de l'EcosseChapitre 57 sur 75 · BOUTE 45. — IONA, STAFFA, MULL · texte numérisé non relu

BOUTE 45. — IONA, STAFFA, MULL

compte 450 habitants. Son sol sablonneux ne produit que de l’orge, des pommes de terre et un peu de blé ; on y élève des moutons. Nul étranger ne viendrait la visiter si elle n’avait pas été le berceau du christianisme et de la civilisation dans l’Écosse et le nord de l’Angleterre. Ce fut, en effet, à Iona, qu’en 565, débarqua l'Irlandais Columba, converti à la religion du Christ par les successeurs de saint Patrick ; ce fut là qu’il fonda un monastère célèbre, où il vit à ses pieds les grands chefs des îles et de l’Éçosse. Quand il mourut, trente-deux ans après son arrivée, la plupart des clans du Nord étaient chrétiens, l’homme qui les avait convertis était devenu pour eux l’objet de la plus grande vénération ; ils donnèrent son nom à l’Ile où il avait résidé, et l’appelèrent Ey-Colum-Kill, l'ile de la cellule de Colum. Plus tard, l’ile elle-même fut personnifiée, et on en fît une sainte, Sainte- Columba ; depuis la réforme, elle a repris son nom d’Ey ou Iona.

Le monastère d’Iona (l)avait atteint le plus haut degré de prospérité, quand, dans l’année 807, les rois de la mer, guidant une nombreuse flotte danoise , descendirent dans nie et la saccagèrent. « Nous venons de leur chanter la messe des lances, disaient, avec des rires féroces, ces barbares, en dévastant le couvent; elle a commencé de grand matin, elle a duré jusqu’à la nuit! » Beaucoup de religieux furent tués ; les autres, avec Collach, leur abbé, se réfugièrent sur le continent, et, pendant sept années, Iona ne présenta plus qu’un monceau de ruines. Des moines de Cluny s’établirent au milieu

(1) Ses moines s’appelaient Cuildliich (Culdces), c’est-à-dire les individus qui se retirent dans des coins, ou qui adorent Dieu dans des retraites. C’étaient, en effet, plutôt des hermites que des moines ; ils habitaient des espèces de huttes, et leurs églises n’étaient que des cabanes de troncs d’arbres.

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de ces décombres, relevèrent les murailles'du couvent, restaurèrent le monastère et s’y maintinrent jusqu’à la réforme. A celte époque, il fut définitivement dissous* et ses revenus, qui étaient considérables, furent réunis à ceux de l’évêché d’Argvle. Au temps de sa prospérité, il était devenu la pépinière des évêques des Trois Royaumes, et sa bibliothèque, fameuse dans toute l’Europe, renfermait les archives de l’Écosse, et un nombre incalculable de manuscrits précieux et uniques qui furent ou dispersés ou détruits lors de la réforme. Æneas Sylvius, depuis Pie II, fit un voyage en Écosse à la fin du xv° siècle, pour chercher dans la bibliothèque d’Iona ce qui avait été perdu des historiens romains, mais surtout de Tite-Live, dont le couvent possédait, dit-on, un exemplaire complet. Il ne reste aujourd’hui des splendeurs d’Iona que quelques tas de pierres que les moines ont laissés au bord de la mer, des monceaux de ruines, la haute tour de l’église du couvent et une croix encore debout.

« Sur la partie O. de la montagne de l’Abbé, située au centre de l’ile, on voit un enclos plein de pierres de formes bizarres, que recouvre en partie un lit épais de mousse et de plantes sauvages ; cet enclos s’appelle le Cimetière des druides ( Clachnan druinach). Ce sont là les ruines de l’époque fabuleuse, les monuments de la première origine d’Iona, qui fut l’île des Druides (Inisk Druinish ), avant d’être l’IIe chrétienne, l’ile de Saint- Columba. Au N.-E. et au S. de la montagne do l’Abbé sont les ruines chrétiennes, le couvent des moines et le couvent des nonnes, les chapelles des deux couvents, la cathédrale et l’évêché.

« Le couvent des moines, ainsi que l’évêché, ne présente plus qu’un amas de ruines , ajoute M. F. Mercey, La cathédrale, située derrière 4e monastère, est bâtie en

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forme de croix. Sa longueur, de l’E. à l’O. , est de <60 pieds, et sa largeur de 30 pieds à l’endroit du chœur et de la nef, et de 70 au plus à l’endroit des transepts. La cathédrale est construite tout entière avec un granit rouge tiré du petit îlot des Nonnes. Le couvent des religieuses de Saint-Augustin avait été établi sur ce rocher, voisin d’Iona , avant que le caprice d’une abbesse vînt l’accoler peu convenablement à celui des moines. Les murailles de granit de la cathédrale sont d’une épaisseur singulière ; aussi ont-elles résisté aux efforts du temps ; et tandis que les charpentes so sont rompues et que les toits se sont effondrés , elles sont restées debout dans toute leur majesté. La construction de cet édifice n’est pas uniforme, elle date de plusieurs époques. La partie la plus ancienne , c’est-à-dire le chœur , remonte au vue ou au vin* siècle ; ses piliers lourds et écrasés , les énormes pierres superposées par lits épais, qui ont servi à le construire , et ses voûtes arrondies en plein cintre, sont antérieurs au goût gothique et dénotent la transition du style romain au style normand. Ce chœur formait autrefois une église complète ; mais la prospérité d’Iona s’étant accrue , et le vaisseau du temple étant devenu trop étroit pour contenir l’affluence des fidèles, on ajouta une nouvelle église à l’ancienne. Cette nouvelle église composa la nef et les transepts : les transepts s’étendirent au point de soudure , et le clocher , ou la tour de l’ancienne église , situé d’abord au-dessus du porche à l’extrémité opposée à l’autel, se trouva désormais placé entre les deux églises et au point d’intersection des deux branches de la croix. Cette nouvelle église, juxtaposée à l’ancienne, doit dater du xie ou duxiie siècle. La forme gothique a prévalu dans ses détails, mais elle a conservé, dans la masse, quelque choso de la lourdeur romaine. Ses arcades ogivales sont portées par des piliers dé

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40 pieds de hauteur, les chapiteaux compris, et de 9 pieds de circonférence. Les chapiteaux de ces colonnes sont d’un travail curieux : chacun d’eux est orné de figures grotesques sculptées avec une naïveté qui approche déjà de la délicatesse des âges suivants. Les unes représentent des anges pesant des âmes , les autres des démons jouant avec des pourceaux ; l’un de ces démons a une figure monacale qui doit avoir été sculptée d’après nature. La tour du clocher de la cathédrale a été bâtie peu de temps avant la partie gothique du monument ; mais, quelle que soit son ancienneté, elle est parfaitement conservée , et sa solidité parait encore à l’épreuve de bien des siècles. Elle n’aurait besoin que d’ètre recouverte et planchéiée pour être habitable.

« L’autel occupe l’extrémité orientale de l’église; cet autel était composé de larges dalles d’un marbre blanc veiné de gris : il a été détruit presque entièrement par la superstition du peuple. Ces insulaires , quoique convertis aux doctrines de la réforme , regardent toujours un morceau de marbre de l’autel d’Iona comme un merveilleux talisman. Us ont donc mis en pièces le marbre de l’autel , qui a dû faire bien des heureux. Dans la nef de l’église, on voit plusieurs tombeaux en pierre. Ces tombeaux sont disposés de manière à ce que la tète du mort soit toujours tournée du côté de l’orient.

« En suivant la chaussée appelée Main-Slreet pour se rendre à la chapelle du couvent des nonnes et au cimetière des rois , on voit dans la plaine une croix d’un travail remarquable, formée d’un seul morceau de granit rouge de 4 4 pieds de hauteur; cette croix s’appelle Maclean’s Cross (4) : elle repose sur un piédestal de 3 pieds de haut.

(1) Iona possédait 360 croix qui furent Jetées dans la mer, par uq arrêt du synode d’Argylc, vers 1560.

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