ROUTE 45. — ION A, STAFFA , MU LL
Uère d’Iona contenait donc les cendres de soixante-un rois et vice-rois , sans compter les dépouilles mortelles de plusieurs chefs des clans des îles ou des montagnes, qui regardaient comme un insigne honneur de placer leur pierre tumulaire à côté des sépulcres des rois.
L’endroit où sont ensevelis ces rois est entouré d’un mur ruiné en partie ; cette enceinte se trouve au sud de la cathédrale ; on l’appelle Reilig Ourain, ou le reliquaire d’Oran , du nom d’Oran , compagnon de Columba , en l’honneur duquel celui-ci avait fait bâtir une chapelle, qui s’élève encore au milieu du cimetière. Cette chapelle, le premier monument que Columba construisit dans l’ile. au dire des légendes, est assez bien conservée. Elle renferme plusieurs tombes, dont quelques-unes sont de curieux monuments de la domination des Norwégiens dans les Hébrides. Sur l’une d’elles est gravé un navire pareil à celui qu’on voit dans les armes des rois norwégiens de l’ile de Man. Près de la tombe norwégienne se dresse la pierre sépulcrale d’Angus Og, Lord des Iles, l’ami de Robert Bruce, et qui combattait avec lui à Bannockburn.
« Ilic jacet Corpus Angusii, filii Angusii domini Mc.Domhuill de Ilay »
lona possède deux églises modernes , dont l’une a été bâtie par la nouvelle secte appelée Free Church. Depuis quelques années seulement on y a établi une très-petite auberge. Quant aux maisons doses habitants, qui forment lo hameau de Threld, un voyageur contemporain en a fait la description suivante :
« Ce n’est qu’une seule chambre entre quatre murs de boue , de paille , de branchages et do touffes de gazon desséchées. 11 n’y a ni fenêtre , ni pavé. Le jour vient par la porte. Au milieu, contre deux pierres, des mottes
442 ROUTE 45. — IONA, STAFFA, Ml'LL.
de tourbe se consument sans brûler. La fumée sort à travers le toit fait de racines de bruyères et de roseaux, liés avec des herbes marines et assujettis par des galets. A côté de ce foyer rustique, sur deux grabats jonchés de fougère et de je ne sais quelles autres plantes peu élastiques, traînent des lambeaux de couvertures de laine. Une vieille, le chef du ménage, au regard éteint, accroupie sur les talons, distribue un peu de grain à des poulets et à des canards qui se le disputent. Dans un coin , des cochons dévorent en grognant des épluchures de légumes , et une couche de fumier infect, épaisse de plusieurs pouces, couvre le sol. Cette chaumière n’est ni la plus pauvre, ni la moins soignée, toutes se ressemblent. C’est l’égalité de la misère ; puisse celle de la résignation y régner de même !... »
En allant d’Iona à Statfa, on aperçoit à l’O. le beau phare récemment élevé sur le rocher Skerryvore, d’après les dessins d’Alan Stevenson (la tour a 438 pieds au-dessus de la première assise), et, plus au N., les îles Tiree, Coll et Treshnish. Mais ce n’est qu’en approchant de Stafîa qu’on parvient à distinguer ses beautés merveilleuses si connues du monde entier, ses grottes et ses colonnes basaltiques naturelles qui ressemblent à des œuvres d’art.