‹ Itinéraire descriptif et historique de la Suisse, du Mont-Blanc, de la vallée de Chamonix et des vallées du PiémontChapitre 158 sur 865 · ROUTE 14] COPPET. — CÉLIGNY. — NYON · texte numérisé non relu

ROUTE 14] COPPET. — CÉLIGNY. — NYON

baronnie , V. de 4S7 hab. réf. , qui n'a d'intéressant que son château, est située tout près de la station, sur le chemin de Commugny. — Ce château, qu'entourent de beaux jardins et un petit parc, a été construit sur les ruines d'un manoir féodal, brûlé par le^Bernois en 1536, apr«s un siège opiniâtre; c'est un bâtiment simple, carré, et dont la façade, regardant le lac, est flanquée d'une tour à chaque extrémité. Necker, Mme de Staël, son petit-fils Auguste de Staël, et le fils posthume de M. de Staël, mort à 2 ans, en 1 8*29 T ont été ensevelis dans un bosquet fermé, situé à l'O. des bâtiments. Le parc offre une agréable promenade.

Le château de Coppet a compté successivement parmi ses habitants, le philosophe Bayle, qui y fut (de 1670 â 1672 ) le précepteur des enfants du comte de Duhna; Hoguer, banquier saint-gallois, qui, après avoir possédé une fortune de plus de 20 millions, fut complètement ruiné à la suite des revers de Louis XIV, son débiteur, et mourut dans une chaumière, près de Versailles; Necker, depuis 1790, jusqu'à sa mort (1804); enfin Mme de Staël, qui y réunit souvent autour d'elle Benjamin-Constant, Schlegel, de Sismondi, MM. de Sabran, de Bonstetten, de Barante, de Montmorency, le prince Auguste de Prusse, etc., et son fils, le baron de Staël-Holstein.

Û appartient actuellement au fils afné de M. le duc de Broglie (M. Albert de Broglie), qui ne jouira de la nue propriété qu'à la mort de sa mère, usufruitière. On moutre dans le château la table de travail de Mme de Staël, son portrait (par David) et le buste de Necker.

On peut se procurer à Coppet des voitures pour Divonne (R. 3).

En face de Coppet, sur la rive opposée du lac, est la petite ville française d'Hermance.

Au delà de la station, on longe sur la dr. l'extrémité du parc du château de Mme de Staël. Le chemin de fer,

SUISSE

parallèle à la route de poste, continue à offrir de charmants points de vue sur le lac, les Alpes et le Jura. Founex dépassé, on croise l'avenue du Château- Bossnj, puis on passe audessous de Belle-Ferme, en deçà de

17 kil. Céligny . v. génevois de 298 hab. réf. , enclavé dans le territoire du canton de Vaud. Quand on ne veut pas aller à Divonne, c'est à la station de Céligny qu'il faut descendre pour faire l'ascension de la Dôle (H. 3). Le village voisin, Crans, dont le beau château entouré de vignes appartient à M. Saladin, dépend du canton de Vaud. U a 334 hab. réf.

Le Mont-Blanc commence à reparaître à la g. des Voirons. En se tournant du côté de PO. , c'est-à-dire en regardant le Jura, on voit presque en face de soi le sommet nu et un peu arrondi de la Dôle, qui domine une sombre forêt de sapins. Un remblai précède la station de

22 kil. Wyon (hôt. : la Couronne, Y Ange), Novidunum , Noiodunum, en allemand Neuss, V. de 2926 hab.

réf., construite en partie au bord du lac, entre l'Aasse et le Corjeon, et divisée en ville basse et en ville haute. La ville basse porte le nom de Rire.

On y remarque une vieille tour bâtie, dit-on, avec les débris d'un édifice romain. L'église, qui domine la ville haute, date de 1471. Tout auprès sont le collège et les deux cures. Une terrasse, d'où l'on découvre une belle vue, la relie au château qui , bâti au xvr s. , a été jusqu'à la Révolution la résidence des baillis bernois. Parmi ces baiilis, on cite l'agronome Engel, de Hallerde Kœnigsfelden et de Bonstetten, qui y accueillit Carnot fugitif.

Fondée, dit-on, par Jules-César, qui y établit une colonie de chevaliers, connue sous le nom de Colonia Jnlia equestris, détruite au v- s. par les Barbares, rebâtie en 628, Nyon fut de nouveau complètement détruite par un incendie durant la dernière année du xiv* s. Sous la domination de la maison de Savoie, elle

devint l'une des quatre bonnes villes du pays de Vaud. On y a trouvé des antiquités romaines, et le musée cantonal possède une superbe lampe de bronze découverte en 1822.

La branche la plus florissante du commerce de Nyon est l'exportation de bois de hêtre.

Le grand lac commence à se montrer presque tout entier, encadré dans une belle bordure de montagnes.

De Nyon à Saint-Cergues, aux Rousses, à Morez, R. 10; — à la Dôle, R. 3.

En face de Nyon, sur la rive g. du lac, est le village français de Sernier.

Quand on a traversé l'Aasse qui descend de Bonmont. on reste pendant quelque temps encore sur un remblai élevé, puis on s'enfonce dans une longue et profonde tranchée courbe, au sortir de laquelle (J5 min.

de Nyon) on aperçoit à dr. la toiture du château de Prangins, v. de 440 hab. réf. Ce château fut bâti en 1723 par Louis Guiguer, riche négociant de Saint-Gall, qui acheta 142 000 fr.

la Iwuonnie de ce nom. Il a été habité par Voltaire de 17.Vi à 1755, et il devint, en 1816, la propriété de Joseph Bonaparte, qui construisit la ferme voisine appelée la Bergerie. Il est occupé par une pension. — Le prince Napoléon possède à peu de distance une bergerie modèle sur la pointe voisine de Promenthoux.

A 15 min. de Prangins, la route de poste, plus rapprochée du lac, laisse à dr. Promenthoux, ham. situé sur le cap ou promontoire dont il a pris le nom et qui sépare le grand lac du petit.

On y découvre une belle vue sur les deux lacs. En face, sur la côte de la Savoie, s'avance la pointe d'ïvoire.

On traverse la Promenthouse.

2C, kil. Gland, v. de 484 hab. réf.

La çtatien dessert les villages voisins de Ttc/*, Coinsins, Genollier, Begnins, bassins, Arzier et Dullit.

Sur la g. , commence le fameux vignoble de la Côte, qui se continue jusqu'à Aubonne, et dont les vins sont

justement renommés en Suisse. Le chemin <le fer longe la base de cette ramification du Jura. Les villages y sont tellement rapprochés, qu'ils confondent leurs maisons. Le Jura s'éloigne de plus en plus du lac de Genève pour aller vers le N. border le lac de Neuchfttel. Au delà de la joute de Saint-Cergues, ses principales sommités se nomment le Soirmont (1532 mèt.), le Marchai™ (1450 met.), et îe Mont-Tendre (1680 mèt.).

Dullit, v. de 175 hab. réf. (à dr.), a un beau château récemment restauré.

Bursinel, qui n'en est éloigné que d'un kil., rappelle un souvenir historique digne d'une meniion. C'est dans son château que, en 1527, les chevaliers de la Cuiller, mettant leur cuiller en sautoir, firent le serment d'avaler Genève. Plus loin, sur le bord du lac, sont les belles propriétés deChoisy (M. Dclessert), de Beaulieu (M. Eyuard-Lullin) et de Bellerire.

De la station de Rolle, située, comme celle de Nyon, sur un remblai élevé, on jouit d'une vue admirable.

En effet, c'est entre Rolle et Thonon, qui se montre au fond du golfe de ce nom. sur la rive opposée, que le lac de Genève a sa plus grande largeur.

33 kil. Rolle (hôt. : la THe-Noire, la Couronne), Rotulum ouRotula, en ail. lioll, V. de 1591 hab. réf., se compose d'une seule nie, large et bien alignée, que termine une jobe promenade du côté de Morgcs. Son principal édifice est le château, fondé en 1261 , ainsi que la ville, par deux barons de Mont-le-Vieux , nommés Ébald, et rebAti au xvi» s. Ses bains, restaurés en 1818, jouissaient d'une grande réputation dans le siècle passé.

L'eau minérale, essentiellement ferrugineuse, est apéritive, tonique et fortifiante. De riantes promenades conduisent aux bains, ainsi qu'aux moulins, au château du Bosey et à Bellerire.

En face de la ville, sur une petite ile, construite en 1839 pour former

[ROUTE lk ] ROLLE. — SIGNAL DE BOUGY.

un port, on a élevé, il y a quelques années, un monument à la mémoire du général Laharpe, né a Rolle en 1754 et mort en 1838. Un ol>élisque de 13 mèt. de haut porte sur son piédestal le buste en relief du précepteur d'Alexandre de Russie, du patriote à qui le canton de Vaud doit son indépendance. Le buste est de Pradier.

De Rolle on peut, par un temps serein, apercevoir Genève que les premiers promontoires de la rive g.

vont bientôt dérober aux regards ; mais le grand lac montre déjà, quelques-unes des hautes montagnes dont il baigne la base. Le mont des Allinges, le roc d'Enfer, les montagnes de Bogève, de Bellevaux .

du Biot et de l'Abondance, dominent les golfes de Thonon et d'Évian. Plus loin se dressent les Dents d'Oche. Le Mont-Blanc ne tardera pas h disparaître, mais on reverra bientôt le Jura que la Côte dérobait aux regards.

On peut monter en 1 h., par Jfonf, au signal de Bougy (K. ci-dessous).

On passe sous les beaux vignobles de Bougy et de Féchy, dominés par le signal de Bougy, quand on laisse à dr. Perroy, v. de 382 hab. réf., d'où Ton découvre le lac presque tout entier, et bientôt on aperçoit sur la g. la ville d'Aubonne. située à 5 kil. env. du chemin de fer, à l'extrémité de la Côte.

38 kil. Allaman, v. de 294 hab.

réf., est dominé par l'ancien et vaste château des Menthon. Ce château, dans lequel Mauhert a composé, à ce que Ton assure, le Testament politique du cardinal de Hichelieu, et qui fut habité plus tard par le roi Joseph, appartient aujourd'hui a la famille Sel- Ion, de Genève. Voltaire avait voulu Tacheter, mais leurs Kxcellence sde Berne ne le lui permirent pas, sous prétexte qu'il était catholique romain.

C'est à Allaman (omnibus) qu'il faut quitter le chemin de fer si Von veut aller visiter (45 min.) Aubonne (liôt. : la Couronne), V. de 1734 hab. réf. , bâtie en amphithéâtre au-dessus

de la rive dr. de la rivière dont elle porte le nom. « De sa belle promenade, assise sur une terrasse, on découvre, a dit Byron, une vue admirable du lac de* Genève et du Mont- Blanc. C'est là que Tavernier , le voyageur oriental, acheta et bâtit un château (aujourd'hui siège des écoles primaires et du tribunal criminel), parce que le site égalait celui d'Êrivan, ville située sur la frontière de la Perse. C'est là qu'il termina ses voyages. » L'église d'Aubonne renferme le tombeau élevé par le marquis Duquesne, réfugié protestant , à son père, le célèbre amiral français. D'Aubonne on monte en 30 min. au fameux Signal de Bougy (712 met.), — dont la vue diffère peu. du reste, de celle de la terrasse du château d'Aubonne, — par le chemin des Philosophes, le chalet de l'tilysêe, les Casca telles et la belle maison de campagne de M. Fr. Delessert. Du Signal de Bougy, on voit le Léman tout entier, les monts des Allinges, le roc d'Knfer, le col d'Abondance, les golfes d'Évian et de Thonon,' toute la rive vaudoise, le Jura, etc.

(Panorama gravé par Weibel.)

Au delà d'un bois de chênes , un remblai élevé précède le beau viaduc sur lequel le chemin de fer franchit la vallée de l'Aubonne. Ce viaduc le principal ouvrage d'art de la ligne de Genève à Lausanne, a 135 mèt. de long et 23 mèt. de haut. On y découvre des deux côtés de charmants points de vue sur la vallée encaissée de l'Aubonne. Le v. de Buchillon (à dr. ) occupe la pointe du cap qui forme, avec celui de Piomenthoux, dont il est éloigne de 2 h. 30 min., l'entrée de la baie de Rolle. Près du lac, on remarque Fraidaigues, maison de campagne construite par un Hollandais et ressemblant à un temple. Plus loin on aperçoit du même côté Saint-PreXy v. de 556 hab. réf., bâti sur l'emplacement de l'ancien Lisus, submergé en 563, lors de la chute du mont Tauretunum (V. Meil-

lerie). La pointe de Saint-Prex marque le milieu de la rive dr. du lac.

Cependant le chemin de fer s'est rapproché de la route de poste et du lac, et, quand il n'est pas encaissé entre deux talus, il offre des points de vue de plus en plus beaux sur le fond du lac. Le Mont-Bla/ic , qui s'est caché derrière les montagnes de la Savoie, ne tardera pas à reparaître.

C'est à la station de Morges qu'il se montre sous son plus bel aspect.

48 kil. Morges (hôt. : des Alpes (pension à 6 fr.) , du Port, de la Couronne) , Morgia, en allem. Morsee, V. de 3627 hab. réf. , que sa situation avantageuse et l'activité de ses hab. rendent l'une des principales places commerciales du lac de Genève.

Son port, dessiné en 1680 par Duquesne, et fermé par deux môles, peut contenir cent barques. Il s'y fait un commerce de vins très-important.

On compte dans la ville et dans le district près de sept cents caves.

L'ancien château de Morges sert d'arsenal pour l'artillerie du canton.

L'église et autres édifices publics ne méritent pas une visite. Les rues sont larges, régulières, bien pavées; les maisons élégantes et propres.

Après avoir appartenu aux comtes de Zaehringen, qui l'environnèrent de murs, Morges tomba sous la domination de la maison de Savoie et devint l'une des quatre bonnes villes, ou villes privilégiées du pays de Vaud. En 1475, elle fut conquise par les Bernois. La Révolution Ta donnée au canton de Vaud.

A l'O. (45 min.), s'élève sur une hauteur le vaste donjon de Vuf fient, donjon carré de 50 mèt. de haut, construit en briques et bâti, dit-on, par la reine Berlhe. a Derrière ce donjon, que son propriétaire, M. de Senarclens, entretient avec le plus grand soin, dit M. L. Yulliemin dans son intéressant Tableau du canton de Vaud, il en est un second dont l'architecture diffère peu de celle du premier, mais qui tombe en ruines. Une

galerie souterraine et voûtée, d'une haute antiquité, lie les deux édifices.

Cette galerie peut remonter au temps de Berthe. Longtemps le manoir a appartenu aux Colombier. Henri IV l'acheta dans l'intention d'en faire une forteresse sur le Léman; mais il ne tarda pas à reconnaître la vanité de son projet.»— Près du château de Vufflens,on trouve encore des traces d'une ancienne voie romaine ( via Strata), la voie de l'Élraz, large de 4 mèt. env. , et qui parcourait toute la Côte, de Bussy à Bonmont.

Dès que l'on a dépassé la ville de Morges, on s'éloigne du lac et de la route de poste. Échichens, v. renommé pour sa belle vue, se montre à g. sur un coteau. On passe entre Lonaij (k.) et Préverenget (dr.) , puis entre Echandens (g.) et Venges (dr.) , avant de franchir la Venoge, rivière qui mérite, au point de vue hydrographique, d'occuper un instant l'attention du voyageur. Vers le milieu du xvii* s., la famille Duplessis conçut le projet de réunir le lac de Neuchâtel au lac de Genève, éloigné de 6 l. du premier, et plus bas sealement de 58 mèt., au moyen d'un canal creusé entre l'Orbe d'un côté, et la Venoge de l'autre. 11 se forma dans ce but, en 1 637 , une société qui commença les travaux trois ans plus tard. Le canal projeté fut ouvert sur une longueur de 1828 mèt., et poussé audelà d'Entreroches jusqu'au-dessous d'Kclépeus; mais le manque de fonds nécessaires, ou plutôt l'opposition violente des habitants de la Sarraz, qui craignaient de voir leur territoire inondé, firent abandonner l'entreprise.

La Venoge franchie, on laisse à g. la ligne d Yverdun (R. 16) pour aller, en décrivant une courbe à TE., se raccorder à peu de distance à la ligne directe d'Yverduu à Lausanne.

On traverse la Sorge et la Mèbre.

56 kil. Renens, v. de 433 hab.

réf. On n'aperçoit le lac que par échappées; mais, quand les talus des tranchée ne gênent point la vue,

LAUSANNE

on découvre toujours les Alpes audessus des petites éminences qui s'élèvent ça et là sur la droite. Les villas deviennent de plus en plus nombreuses, les paysages plus variés et plus beaux. Enfin on traverse le ravin encaissé du Flon, on croise la route de poste, on passe au-dessous de la promenade de Montbenon, et, au sortir d'une dernière tranchée, on entre dans la belle gare de

60 kil. Lausanne, admirablement située à mi-côte, à une distance à peu près égale d'Oucby et de Lausanne. On y découvre sur la ville et sur le lac un des plus magnifiques points de vue de la ligne entière.

N. B. Des omnibus conduisent les voyageurs dans la ville. Il faut 5 min. pour monter à pied à la place Saint-François.

B, De Qenéve A Lausanne,

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