‹ Itinéraire descriptif et historique de la Suisse, du Mont-Blanc, de la vallée de Chamonix et des vallées du PiémontChapitre 169 sur 865 · ROUTE 16] BATAILLE DE GRANDSON · texte numérisé non relu

ROUTE 16] BATAILLE DE GRANDSON

en 4 h. 30 min. kV Aiguille de Beaulmet et au Chasseron (R. 16).

En 1474, 1m Suisses , irrités des vexations du sire de Hagenbach, gouverneur du due de Bourgogne dans le comté de Fsrrette, s'allièrent avec le roi de France et les Autrichiens, leurs anciens ennemis, firent décapiter Hagenba?h et battirent les Bourguignons a Héricourt. L'année suivante, au mois d'octobre, ils déclarèrent la guerre à Jac-juis de Savoie, comte de Romont et baron 4e Vaud, dévoué a la Bourgogne . et ils conquirent en trois semaines tout !e pays de Vaud et tout le bas Valais, où ils défirent, |

le 10 du mois suivant,, une armée de 10 000 Savoyards. Mais, lorsqu'ils furent bien engagés dans cette guerre qu'ils faisaient pour io roi de France et pour l'empereur d'Allemagne, ces deux princes les abandonnèrent tout à coup par la plus lâche perfidie. Louis XI accorda même le libre passage au duc dans tous ses Etats. S'étant ainsi débarrassé de ces deux puissants ennemis, Charles leva une armée considérable, soit en Bourgogne, soit en France et en Italie, résolu d'immoler tous les Suisses à sa vengeance. En vain les Confédérés lui exposèrent qu'il n'y avait rien à gagner contre eux. « Il y a p'us d'or, lui écrivirent-ils, dans les éperons

Grandson.

de vos chevaliers que vous n'en trouvères dans loua nos cantons. » En vain ils lui envoyèrent deux ambassadeurs pour lui offrir la paix, une alliance exclusive et toute espèce de satisfaction : Rim ne rouimi le dit due tnUwlrt, remarque Philippe de domines, etfà le conduisait son malheur. Il rejeta fièrement leurs offres, traversa le Jora depuis Besançon, à la tète de 60 ooo hommes, et marcha sur la ville de Grandson (mars 1476), qui fut prise après deux assauts, dont le second dura trois heures; mais le château, dans lequel Georges Stein s'était enferme avec soo hab., se défendit pendant dix jours, « Je n'ouvrirai les portes, répondit le commandant, que par ordre des Confédérés. »

Le onzième jour, le seigneur de Honchamp vint annoncer k la garnison que Fribourg était prise , et que Berne et Soleure s'étaient soumises. « Si vous persistez à tenir, ajonta-t-il, aucune force humaine ne peut vous sauver ; le duc m'a promis de vous offrir une capitulation, croyez-en ma parole, voua vous retirerez libres, sains et saufs. » Ce discours persuada les assiégés. Pour témoigner tour reconnaissance 4 leur médiateur, ils lui firent un présent de 100 florins, et sortirent sans soupçon du château, malgré la protestation de MOUer, l'un de leurs chefs. Quels gens soni ceci ? demanda le duc en les voyant. Aussitôt on les arrêta, on les attacha dix par dix. on les livra au

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prévôt, et, sur l'ordre du duc, on les pendit par centaines aux arbres voisins, ou on les noya dans les eaux du lac.

« A cette nouvelle, dit Comincs, les Confédérés témoignèrent courroux si furieux que dire ne se peut, jurant tous que vengés seraient leurs frères par sang et vie sans nul répit; et, bien qu'ils ne fussent que 20 000, ils marchèrent sans hésiter sur Grandson, contre une armée deux fois supérieure en nombre. » Au point du jour du 3 mars 1476, les soldats de Lucerne, de Schwyz et de l'Oberland bernois, se montrèrent dans les vignobles situés entre le lac et le Jura, au-dessus du petit village de Concise. Charles, voulant secourir le château de Vauxmarcus, vigoureusement assiégé, avait eu l'imprudence d aller u leur rencontre et de perdre ainsi l'avantage que la plaine donnait à sa cavalerie. • Marchons à ces vilains, disait-il, ce ne sont pas gens pour nous. » Quand les deux armées furent en présence, les Suisses, selon l'usage de leurs pères, tombèrent à genoux, et, les bras étendus vers le ciel, invoquèrent le Dieu des armées.

« Par saint George* ! s'écria le duc. ces canailles demandent merci, (lens des canons, feu sur ces vilains ! » A ces mots, les Bourguignons se précipitèrent contre cette forêt de piques qui s'avançait au pas de course, mais dans laquelle ils ne purent pas pénétrer.

La bataille durait déjà depuis plusieurs heures, lorsque des cris terribles appelèrent tout à coup les regards des deux armées sur les hauteurs de Bonvillars et de Champigny, couvertes du corps principal de l'armée confédérée. A trois heures le ciel s'éclaircit, et les rayons d'un soleil éclatant dorèrent les brillantes armures de ces troupes fraîches.

« Qu'est ceci ? demanda Charles à Brandolf de Stein, qui était son prisonnier.

— Ce sont, répondit ce jeune seigneur, les véritables Suisses, les montagnards devant lesquels ont fui les Autrichiens.

— Malheur à nous ! s'ecria Charles, une poignée de ces hommes nous a fatigués <l) puis le matin jusqu'à cette heure. Que deviendrons-nous maintenant vis-à-vis de leur multitude ? »

En même temps, du haut des collines retentissaient dans Sa plaine ces deux trompes d'une monstrueuse grandeur que les Suisses avaient, disaient-ils, reçues de Charlemagne, et qu'on nommait le taureau d'Uri et la vache d'Unterwalden. Dès lors rien n'arrêta les Confédérés. Les Bourguignons effrayés s'enfuirent en dés-

ordre. Charles essaya en vain de les rai lier, la déroute de son armée fut bientôt complète. Forcé de songer lui-même à la retraite, il abandonna son camp, ses canons, ses trésors à ses vainqueurs, qui le poursuivirent fort avant dans la nuit, « et qui, dit Schilling, présent au combat, chassèrent les Bourguignons devant eux comme un troupeau de bétail. ■ Profitant de ce premier moment de confusion et de trouble, la garnison de Vauxmarcus parvint à s'échapper.

Cependant les Suisses, revenus sur le champ de bataille, se jetèrent à genoux pour remercier le Tout-Puissant de la vie loire. A la vue de leurs malheureux compatriotes pendus aux arbres de Grandson.

les Bernois indignés s'élancèrent à l'assaut avec une impétuosité telle que la garnison du château se vit obligée de se rendre. Pour chaque Suisse que l'on décrocha, on pendit au même arbre un Bourguignon.

Le butin fut immense. On l'estimait alors 300 millions. Charles perdit 2000 hommes, 120 pièces de canon, 400 mousquets, 800 arquebuses à croc, 27 bannières, S 50 drapeaux. 4oo tentes doublées de soie, parmi lesquelles se trouvait le pavillon ducal, le plus riche qu'il y eut en Europe, son siège de vermeil, ses bijoux, sa vaisselle d'or et d'argent, 4oo coffres de voyage remplis d'étoffes précieuses , etc. Les soldats se partageaient l'argent avec leurs chapeaux. Dans sa fuite, Charles perdit un diamant qu'il prisait autant qu'une province : c'était un des plus gros de la chrétienté. « Il fut levé par un Suisse, dit Comines, puis remis en son étui, puis rejeté sur un chariot , puis le revint quérir et le vendit à un prêtre pour 1 florin ; celui-là l'envoya à leurs seigneurs, qui lui en donnèrent 3 francs. » Ce même diamant fut vendu, quelques années après, 47 000 florins, passa entre les mains des Génois, puis dans celles d'un prince qui le vendita Harlay de Sancy, dont il garda le nom, et il demeura pendant plus d'un siècle le premier de la couronne de France.

Le partage de cet énorme butin opéra un changement très-sensible dans les mœurs des Suisses. La plupart, dit Comines, ont laissé le labeur pour se faire gens de guerre. « Quant à Charles le Téméraire, ajoute le vieux chroniqueur, la douleur qu'il eut de la perte de la bataille lui troubla tant les esprits qu'il on tomba en grande maladie. La tristesse mua sa complexion, et, depuis ladite maladie, i) ne fut si sage qu'auparavant, mais beaucoup diminué de son sens. »

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