‹ Itinéraire descriptif et historique de la Suisse, du Mont-Blanc, de la vallée de Chamonix et des vallées du PiémontChapitre 183 sur 865 · FRIBOURG · texte numérisé non relu

FRIBOURG

lités nombreuses; de là, de fréquentes tentatives d'insurrection ; de là, enfin, le soulèvement de 1781, dont l'issue fut si malheureuse pour son chef, Pierre Chenaux, — car il la paya de sa vie, — et pour le parti qui s'était insurge.

En 1798, lorsque le pays de Vaud se déclara indépendant de Berne sous la protection des armes françaises, lorsque l'Argovie, trop longtemps sujette , réclama aussi sa liberté, Berne et Fribourg se hâtèrent de mettre des troupes sur pied pour subjuguer et réduire au silence le

pays de Vaud et l'Argovie. Mais dès le premier jour de la guerre (2 mars), Fribourg fut prise par le maréchal Brune, après deux heures de résistance.

En 1803, quand Napoléon, alors premier consul, donna aux Suisses l'Acte de médiation, il désigna Fribourg pour exercer d'abord le pouvoir directeur, et il nomma M. D'Afry premier landammann de la Suisse.

La reaction de 1814 rétablit en partie l'oligarchie qu'avait renversée la révolution de 1798. A l'exemple de Berne, Fri-

Pont du Gotteron, à Fribourg. — D'après une photographie sur veire

de MM. Soulier et Ferrier.

bourg annula l'Acte de médiation, et déclara en même temps, par un acte public, qu'elle reprenait possession de son ancienne domination et de ses anciens droits dans toute leur étendue. Cette déclaration occasionna plusieurs soulèvements comprimés par la force. Mais, après la révolution de juillet 1830, le parti aristocratique dut renoncer à ses prétentions exclusives; une assemblée constituante fut nommée, et, le 24 janvier 1831, elle vota une constitution qui proclama l'égalité des droits politiques.

Lorsqu'on 1847 la majorité de la diète

suisse eut volé la dissolution du Sotulerbund ou de la ligue particulière des sept cantons ( V. l'Introduction), Fribourg se rendit sans résistance à l'armée fédérale, commandée par le général Dufour, qui venait l'assiéger. Depuis, le parti vaincu a essayé plusieurs fois de ressaisir le pouvoir dont cette capitulation l'avait dépossédé, mais ses tentatives ont échoue.

Le canton de Fribourg est le neuvième canton de la Confédération par l'ordre son admission (1481), le huitième par son étendue (26 mil. car.\ et le huitième par sa population (105 523 hab. dont 89 987

cath., lb 505 réf. et 8 juifs). Il parie le français et l'allemand. Sa plus grande longueur est de 13 h.; sa plus grande largeur de 10 h. Il touche, au N-, au lac de Neuchâtel, aux cantons de Vaud et de Berne ; au S. et à 10., au c. de Vaud.

Monuments. — Gorloaltés.

Dans le quartier du Bourg, on peut visiter :

L'église paroissiale et collégiale de Saint-Nicolas (la cathélrale), fondée au mois de juin de l'année 1 183, par Roger, évèque de Lausanne, et terminée seulement en 1500- La tour, haute de 78 met. , ne fut commencée qu'en 1470 (belle vue de la plateforme). Le grand portail est décoré d'un curieux bas-relief représentant le Jugement dernier, le Ciel d'un côté et l'Enfer de l'autre. Le chœur actuel date du xvn" s. On remarque surtout à l'intérieur de l'église : — l'orgue (achevé en 1834) renommé d'Aloys Mooser, mort en déc. 1839 :

il compte G7 registres et 7800 tuyaux, dont quelques-uns ont 10 met. de long, et il imite la voix humaine, le tonnerre, le vent, etc. 1 : en 1852, M. Haas y a fait d'heureuses adjonctions: — la sonnerie, qui passe pour la plus belle de la Suisse; — les stalles du chœur, ornées de sculptures; — la chaire; — le baptistère; — les vitraux des trois fenêtres de l'abside, qui proviennent de l'église d'Hauterive; — un joli tableau de Deschwauden (Sainte Anne et In Vierge) ; — le monument érigé en 1852 à Aloys Mooser, etc.; — Y église Notre-Dame, restaurée en 1854; — Yéglise des Cordeliers, qui contient le monument funéraire en bronze érigé, par la ville de Fri bourg, au père Girard, né le 17 sept. 1765, mort le fi mars 1850, dont la statue a été érigée, en 18G0, sur la place voisine ; — la Mais<tn de ville^m fut élevée, dit-on, à l'endroit

1. L'organiste joue de l'orgue tons les jours, à t h. 1/j de l'après-midi et il 8 h. du soir, moyennant 1 fr. par personne.

Des billets sont délivres aux hôtels.

môme où se trouvait jadis le château des ducs de Zaehringen, et qui a été construite en majeure partie dès 1514.

Le rez-de-chaussée sert d'arsenal. Devant cet édifice, dont le style moderne contraste avec Y Hôtel du Gouvernement, ou remarque l'ancien tronc du tilleul, contemporain de Berthold IV, suivant une tradition, ou planté le jour de la bataille de Morat. Un jeune Fribourgeois qui avait contribué à la victoire , désirant en apporter le premier la nouvelle à ses concitoyens, courut, dit-on, tout d'une traite, de Morat jusqu'à Fribourg. Il arriva sur la place publique encore tout couvert de sang et tellement épuisé de fatigue, qu'il tomba à terre et n'eut que le temps de crier : Victoire! avant d'expirer. Une branche de tilleul, qui lui avait servi de panache, ou qu'il tenait à la main, fut immédiatement plantée à côté de son cadavre, et devint l'arbre énorme | que l'on voit aujourd'hui, et dont les branches, à peine couvertes de petites feuilles chétives, sont soutenues par des piliers de pierre. Durant le xvic s., il se tenait tous les samedis, sous cet arbre, une cour de justice.

C'est là que le juge casse la verge sur les condamnés agenouillés, lorsqu'on les conduit à la mort.

Dans le quartier de l'Auge (die Au), communiquant avec le Bourg par le Stalden (montée roide), se trouvent :

— Le couvent des Augustins, fondé en 1224 (curieux maltre-autel) ; — Yhôpital Sa int- Jacques ; — le Grabensaal, coteau couvert de prairies, entre la ville et la rive g. de la Sarine ; — le Dùrrenbiihl, hauteur surmontée par une tour flanquée de remparts.

Le quartier des Places (en ail. der Welsclie Plati), déjà connu en 1281, renferme : — le Pensionnat des Jésuites, l'édifice le plus vaste de la ville, situé dans la partie la plus élevée. Le couvent des Jésuites fut fondé en 1584 par le pore Canisius, qui y mourut en odeur de sainteté à l'âge de 77 ans. 11 a été fermé à la suite

des événements de 1847. Le nombre des élèves dépassait 900.

Le quartier de la Neuve-Ville (ville basse) n'offre de remarquable que la porte de Bourguillon et la tour de ce nom, magasin à poudre, que le feu du ciel fit sauter en 1737.

Les collections scientifiques se trouvent au Musée cantonal, fondé en 1822 et établi en 1836 au Lyceum.

On y remarque une belle mosaïque, malheureusement mutilée, qui représente Thésée terrassant le Minotaure dans le labyrinthe de la Crète, et qui a été découverte à Corraerod , village situé à une heure d'Avenches.

Les bâtiments de Yécole cantonale, divisée en trois parties : le progymnase, le gymnase, et les cours supérieurs ou académiques, voisins de Yèglise Saint-Michel, renferment la bibliothèque cantonale (30 000 vol.).

Autrefois, lorsqu'on arrivait à Fribourg par la route de Berne, il fallait descendre une côte roide jusqu'au fond de la vallée de la Sarine, traverser cette rivière sur trois petits ponts, et remonter une autre côte non moins roide. Aujourd'hui, .un Pont magnifique jeté sur la vallée relie les deux plateaux.

Ce fut le 10 février 1830 qu'une société d'actionnaires signa avec un Français, M. Chaley, un traité qui accordait à cet ingénieur 200 ooo fr. pour la construction du pont, et la concession du péage pendant 80 ans, terme réduit plus tard de moitié. Le 9 juin 1834 vit tendre la première chaîne; le 13 août, on monta les deux câbles, et le 8 octobre les travaux étaient complètement achevés. Ce jour-là, M. Chaley passa sur le pont, lui huitième, dans une voiture attelée de deux chevaux. Le 15 du même mois, 15 pièces d'artillerie traînées par 50 chevaux, et accompagnées par 300 personnes, le traversèrent et furent concentrées sur un même point, d'abord au centre, puis aux deux extrémités. Ce poids extraordinaire occasionna une certaine dépression dans la partie la plus pesamment chargée, mais on ne remarqua aucune oscillation sensible. Quatre jours après, Tévèque et les autorités de la ville inaugurèrent l'ouverture du pont, traversé

alors par une procession de 2000 personnes marchant au pas, nouvelle épreuve estimée au double de la précédente.

Ce pont magnifique, d'une seule travée, part de l'emplacement de l'ancienne boucherie et aboutit au Schœnenberg, où se développe la route de raccordement sur une longueur de 1941 mèt. Deux beaux portiques d'ordre dorique et de 26 mèt. d'élévation le terminent. Les puits d'amarre, taillés dans le roc, ont 19 mèt. de profondeur et lo mèt. de largeur. Ils renferment chacun 3 chambres placées à une certaine distance l'une de l'autre, contenant chacune 3 voûtes renversées, formées d'énormes blocs de pierre. Les cables d'amarre, au nombre de 16, traversent toutes ces voûtes, reposent de plus sur 12 cylindres en fonte, et sont retenus par 128 ancres, du poids total de 512 kil Ces 16 cables d'amarre retiennent les 2 grands cables qui supportent de chaque coté les grandes poutres du tablier au moyen de 164 chaînes de suspension.

Chaque câble d'amarre se compose de 528 fils, soit 4224 fils pour les 16, à chaque extrémité du pont ; chaque câble suspenseur, de 1056 fils, soit 4224 pour les 4. La force moyenne d'un fil est de 610 kil.

Longueur entre les deux por»

tiques 287 m. 47 c.

Hauteur 21

Largeur 7 »

Fer employé 85 000 kil.

Bois du tablier 115 ooo

Poids que supportent les grands câbles 120 ooo

Poids qu'ils peuvent supporter 240 000

Les dépenses totales se sont élevées â 368 868 fr.

Le 19 octobre 1840, un autre pont suspendu, jeté sur la vallée du Gotteron, a été ouvert au public, après avoir subi l'épreuve exigée d'un poids de 100 kil. par mèt. carré de sa su perficie. Le niveau du tablier, qui, durant l'épreuve, s'était abaissé de près de 50 cent. , a repris ensuite sa première forme, offrant un arc gracieux et hardi. Ce pont, plus élevé que le premier, a 97 mèt. au-dessus du fond de la pittoresque vallée qu'il traverse, et une distance de 210 mèt.

env. sépaie les deux points d'appui.

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