‹ Itinéraire descriptif et historique de la Suisse, du Mont-Blanc, de la vallée de Chamonix et des vallées du PiémontChapitre 271 sur 865 · DES CHALETS DE C0KBAS8IÈRE · texte numérisé non relu

DES CHALETS DE C0KBAS8IÈRE

Lorsqu'on fait l'ascension du Cornbin, en partant des chalets de Corbassière, il faut env. 1 h. 30 min. pour atteindre les herbes de Panossère, d'où en remontant le glacier, 4 h. 30 min.

sont nécessaires jusqu'à l'endroit où Ton rejoint le chemin du col de la Maison-Blanche, c'est-à-dire à 3 h. 30 min. ou 4 h. du sommet (F. ci dessus, 1°).

Du sommet, il faut redescendre par le môme chemin jusqu'à ce qu'on soit à peu de distance du col de la Maison- Blanche (2 h. 30 min.). Là on peut choisir entre les deux directions et gagner Bourg- Saint- Pierre en 4 h.

45 min. ou l'hôtel du pont de Monvoisin par le col des Pauvres en 6 h. 30 min. (K. R. 59).

Au sortir de Saint-Pierre, défendu jadis de ce côté par une muraille surmontée de créneaux et percée de meurtrières, on franchit la Dranse de Vassorey, qui forme une belle cascade dans une gorge étroite et sauvage. On traverse ensuite une superbe forêt de mélèzes, où l'artillerie de l'armée française eut à surmonter les plus grandes difficultés, et où les Valaisans ont, depuis quelques années, taillé une belle route dans le roc au-dessus du profond précipice de la Dranse. Au delà de (45 min.) cette forêt et de ce défilé, nommé défilé Cherrayre, se trouve, à 1802 mèt. , la cantine de Proz (bonne

auberge, bon guide Dorsaz) , d'où l'on peut faire l'ascension duYélan.

[On monte au glacier de Proz ou de Menouve (?h. 30 min. de la cantine), peu crevassé et d'une traversée facile (1 h. env.) , mais dont la bergschrund, ou crevasse terminale, offre parfois d'assez grandes difficultés. Cette crevasse franchie, on s'élève, sur des rochers escarpés et difficiles (2 h. 30 min. ; 6 h. de la cantine) , au sommet du Mont-Vélan (3765 mèt.) d'où l'on jouit d'un admirable panorama, surtout à cause de la situation de cette montagne entre les deux grands groupes du Mont-Blanc et du Mont-Rose. Si l'on ne veut pas passer le col de Menouve, il vaut mieux descendre par le glacier de Vassorey, bienqu'il soittrtscrevassé , que par les rochers. Dans celte descente, on a une très-belle vue sur le Grand-Combin. La descente jusqu'aux chalets de Vassorey demande 4 h. 30 min. C'est entre le glacier de Vassorey et celui du Tzeudet que se trouve là Gouille-à-Vassu , décrite par de Saussure.]

Au delà de la cantine de Proz, on remarque le glacier de Menouve , que domine la cime élevée du Mont-Vélan. Après avoir dépassé ce bassin, on s'élève, dans une autre gorge de plus en plus aride et sauvage (le défilé de Marengo), jusqu'à (45 min.) deux petits bâtiments voûtés qui portent le nom d'hôpital (2100 mèt.). L'un sert à faire reposer et à réchauffer les voyageurs. Le domestique du couvent, le Maronnier ou l'Hospitalier, y vient souvent, et surtout à l'entrée de la nuit, au-devant des voyageurs, et y laisse, en se retirant, du pain, du vin et du fromage. L'autre bâtiment, la Morgue ou la chopdle des morts, était destiné à recevoir les corps des voyageurs inconnus morts sur cette route; on les y déposait avec tous leurs vêtements , pour aider , au besoin, à les faire reconnaître. L'air est si froid et si peu favorable à la putréfaction, qu'un cadavre pouvait

s'y conserver plusieurs années sans être défiguré au point de devenir méconnaissable.

15 min. au delà de l'hôpital, on traverse le torrent du Saint-Bernard sur le pont de Hudri, ou Nudri, d'où 1 h. suffit pour monter à

L'Hospice du Saint - Bernard , l'habitation permanente la plus élevée des Alpes, fondé, vers l'an 970, par Bernard de Menthon', et situé à 2472 met., au bord d'un petit lac, au sommet d'une gorge resserrée entre de hautes montagnes (la Chenalette (2889 mèt.) et les Mont-Mort (2860 met.), aucune des cimes voisines ne portant le nom du passage), et courantdu N. E. au S. 0. 11 est habité toute Tannée par dix ou douze religieux «le l'ordre de St- Augustin, dont les fonctions consistent à recevoir, à loger et à nourrir gratuitement toutes les personnes qui traversent ce passage fréquenté ; ils doivent de plus, pendant les sept ou huit mois les plus dangereux de l'année, parcourir journellement les chemins— (le 17 décembre 1825, le frère Victor a été enseveli par une avalanche, et en 1845, le père Franz Cart de Sallanches a eu le môme sort), — accompagnés de domestiques appelés m aronniers, et de gros chiens dressés à cet effet, porter aux voyageurs qui sont en danger les secoure dont ils ont besoin, les sauver et les garder dans l'hospice jusqu'à leur entier rétablissement, le tout sans leur demander aucune rétribution. Mais les voyageurs aisés trouveront dans l'église un tronc destiné à recevoir leurs offrandes.

« Le chien du Saint-Bernard, dit M. Le Pileur, a le nez excellent , et l'on prétend qu'il reconnaît à la profondeur d'un mètre la présence d'un homme enseveli sous la neige; il a de plus l'instinct merveilleux de chercher sous la neige les objets qu'elle recouvre, comme le terre-neuve a l'instinct d'aller chercher dans l'eau ce qu'il y voit i tomber ; enfin, de même que ce dernier est excellent nageur, le saint - bernard

1 Quelques écrivains attribuent la fondation de cet utile établissement à Louis le Débonnaire, et d'autres à Cbarlemagne.

possède au plus haut degré le talent de frayer le chemin dans la neige nouvelle.

• Ces instincts, ces qualités rendent le chien du Saint- Bernard précieux comme sauveteur et non moins précieux comme chien de garde. Les arts ont vu en lui l'ami de l'homme, mais nombre de personnes ont appris à leurs dépens que c'est un ami dangereux....

« Quand on est accompagné d'un chanoine ou d'un domestique de l'hospice, ces terribles gardiens deviennent trèsdoux, et, comme tous les chiens, manifestent leur bonne humeur en remuant la queue, malheureusement ces coups de queue, lorsqu'ils rencontrent les jambes, y causent une sensation très -analogue à celle d'un coup de bâton, en sorte que le mieux est de se tenir à distance des chiens du Saint-Bernard , même quand ils sont de bonne humeur. »

20 000 personnes environ passent chaque année au Saint-Bernard (on en compte quelquefois cinq cents dans un seul jour). Les frais s'élèvent à plus de 50 000 fr. par an ; ces frais sont couverts en partie par des collectes faites en Suisse et par les dons des étrangers.

Près de l'ancien bâtiment, qui dat du milieu du vi' s., et qui a été élevé d'un étage en 1822, on en a construit récemment un nouveau, nommé VhAtel de Saint-Louis, et servant de dépôt pour les marchandises. 11 contient aussi quelques chambres pour les voyageurs, car il deviendrait un lieu de refuge en cas d'incendie, événement arrivé deux fois depuis la fondation de l'hospice.

L'intérieur du couvent du Saint- Bernard renferme, outre un grand nombre de chambres proprement meublées, environ 200 lits dont 32 bons, un réfectoire, des écuries, des magasins, etc. ; une jolie petite église, oit l'on remarque quelques bons tableaux et le monument élevé par Napoléon à la mémoire de Desaix ; une bibliothèque et un salon, — le prince de Galles y a envoyé un piano, — dans lequel les religieux font, avec une bonté et une grâce parfaites, les honneurs de leur maison. Les murs

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