‹ Itinéraire descriptif et historique de la Suisse, du Mont-Blanc, de la vallée de Chamonix et des vallées du PiémontChapitre 273 sur 865 · DE SÀINT-REMY A AOSTE · texte numérisé non relu

DE SÀINT-REMY A AOSTE

où le chemin est taillé en corniche entre le précipice et la montagne. — (45 min.) (Ugnod, village situé à 850 met., ruines d'une tour, où la végétation commence à devenir italienne, et d'où l'on découvre de belles vues sur le Val Pellina à g., sur le Val de Cogne en face et, en se retournant, sur le Vélan et le Combin; — (30 min.) Creton;— 125 min.) Signaye, illage ombragé de beaux noyers.

4u min. (6 h. à 6 h. 15 min. de l'hospice) Aoste (hôt. : le Mont-Blanc (bon), I* Poste (cher), YËeudu Valais), Avgvsta Prxtoria, petite V. de 7129 hab. SET., dont beaucoup sont goitreux et crétins, chef-lieu de la province et de la vallée de ce nom, située à 660 mèt. au-dessus de la mer, au confluent du Buttier et de la Doire ; — siège d'un évéché.

Fondée par les Salasses, 1158 ans avant J. C. selon quelques antiquaires, Aoste fut conquise par les Romains vingt-quatre ans avant l'ère chétienne.

Auguste la reconstruisit, lui donna son nom et y établit trois mille soldats des cohortes prétoriennes. Les antiquités que l'on y voit encore attestent son importance passée. Parmi ces antiquités, on remarque surtout : un .4 rcde-Triomphe assez bien conservé (il a été élevé en Thonneurd'Auguste César pour perpétuer le souvenir de la domination des Salasses) ; un pont romain caché en partie sous des maisons; les ruines d'un théâtre à dr. de la porte de la Trinité et dans l'enceinte des murs, et d'un amphithéâtre; les restes du forum, des thermes et de nombreuses inscriptions ; une porte (la Porte prétorienne ou de la Trinité avec une double rangée d'arcades) ; une tour carrée appelée vulgairement et sans raison la Maison du prêteur (entre les deux rangs d arcades de la porte de la Trinité). Enfin, au S. de la ville, et sur les murs de l'enceinte romaine qui subsiste presque entière, mais dont cette partie est la mieux conservée, près d'une an-

cienne porte de la ville, existe une tour ronde évidemment construite au moyen âge, avec des pierres provenant des murailles romaines.

Vers le milieu du xi# siècle , la vallée d'Aoste tomba entre les mains des comtes de Maurienne, créés plus tard comtes, puis ducs de Savoie. Après avoir fait pendant quelque temps partie de l'empire français, elle a été adjugée au Piémont, dont elle forme aujourd'hui une province.

La cathédrale d'Aoste, dédiée à la sainte Vierge et à saint Jean-Baptiste, avant l'érection de la cité en évéché, vers la fin du iv* s., dépendait du

Arc do triomphe d'Aoste.

diocèse de Verceil. L'extérieur n'a rien d'intéressant. Son portail à colonnes corinthiennes est tout surchargé île figures en relief barbouillées de couleurs tranchantes. On remarque à l'intérieur : des stalles en bois sculpté très-anciennes (fin du xv# s.) , dont le chrrur est garni ; deux belles mosaïques du Vf s. suivant les uns, du xn" et xnr* suivant d'autres, placées devant le maîtreautel; un beau tombeau de marbre, situé à g. du mattre-autel, et surmonté de la statue d'un comte de Savoie en costume de guerrier, qu'on croit être Thomas II, mort en 1259. — Un autre

DE MAHTIGNY A AOSTE.

tombeau , voisin du premier, et un peu plus ancien, est celui de saint Boni face de Valpergia, ou Valpergue, évèque d'Aoste (1221-1243). Sa statue, fort belle, est bien conservée. Signaions aussi, dans le basculé S., le tomlicau d'Eymericde Quart, évêque d'Aoste , de 1301 à 1313. — Les vitraux de la cathédrale (xv* s.) sont médiocres, mais ce genre de décoration est rare dans le nord de l'Italie.

Le trésor comprend : les reliques de saint Grat, patron de l'église et de la vallée, renfermées dans une châsse d'argent d'un travail admirable, ornée de figures, d'or et de pierreries; une belle châsse de saint Joconde ; — un magnifique graduel en deux volumes, dont les peintures et l'écriture sont très-belles et bien conservées; — une remarquable agrafe, aussi ancienne que l'église, et formée d'un grand camée entouré d'un certain nombre de petits ; le tout est enchâssé dans une curieuse monture en filigrane: — un beau diptyque en ivoire, de 406. portant sur ses deux faces internes la figure de l'empereur Honorius.

« En suivant l'ordre chronologique, les mosaïques et la crypte, dit M. F. de Lasteyrie ( Monographie de la cathédrale dàoste, 18S4), doivent être placées avant tout le reste. Les premières me paraissent être à peu près du v« siècle , et, quant à la crypte, si elle n'est pas antérieure au x#, il me parait impossible du moins de lui assigner une date beaucoup postérieure. Le chœur paraît avoir été construit dès le commencement du xiu* s. La nef n'est probablement que du xiv«, et la partie centrale de l'église ne fut terminée que dans les dernières années de ce siècle. C'est à peu près à la même époque que semblent appartenir les boiseries des stalles. Enfin, les vitraux, à peu d'exceptions près , datent du milieu ou de la seconde moitié du xv« s. '.•

« De toutes ces forteresses féodales construites sur les fortifications ro-

1. On peut consulter encore les Mosaïques de la cathédrale d'Aoste, par E. Aubert, in-4, Paris. Didron.

; maines, les seules dont les ruines subsistent encore, dit M. Aubert (Vallée d'Aoste) , sont : sur la face S., des remparts, l'ancien château de la maison de Challand avec sa tour ronde (la tour de Bramafan) , puis la construction nommée le Paillai ron, espèce de redoute carrée , élevée sur le bastion romain et appartenant à la même famille ; sur la face O., une tour carrée appelée depuis tour du Lépreux, qui faisait partie du domaine des sires de Friours, puis une tour ronde à l'angle IS. O., nommée Tourneuve et ayant appartenu à la famille de ce nom ; sur la face N., une seule tour (des nobles Du Palais) ; sur la face E., les murailles croidantes des bâtiments élevés par les seigneurs de la Porto Saint-Ours, au-dessus de la porte Prétorienne, et la tour carrée construite par eux sur le côté N. de l'espace compris entre les deux rangées d'arcades du monument antique.»

V Église collégiale de Saint-Ours, située près de l'arc de triomphe (plein cintre et ogive), a 3 nefs; le chœur renferme une pierre tombale de l'évôque Gallus, mort en 546. Le clocher se distingue par sa masse et par sa hauteur. Il a été construit au xir s. presque entièrement avec les pierres de revêtement des remparts romains.

A quelques pas, de chaque côté de la porte d'une chapelle, on remarque deux fûts de colonnes romaines et plus loin est un sarcophage d'un seul bloc. Un espace de 15 à 20 mèt. le sépare de la façade. — Les stalles du chœur sont d'un beau travail. — Le cloître du xn* s. (les voûtes ont été refaites au xv« s.) mérite surtout une visite. On y verra avec intérêt des colonnes de marbre romanes (peintes en vert par des sots) , et de magnifiques chapiteaux mutilés où sont sculptés les prophètes.

Au S. de la place Saint-Ours s'élève un charmant édifice (le Prieuré de Saint-Ours) construit vers la fin du xv« s. dans le style de la Renaissance et dominé par une tour octogone en

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