PAR LB COL DR CHEVILLE ET LES DIABLBRETS
12 h- — Chemin de mulets ; — très-belle course, dangereuse par le mauvais temps, très-facile par le beau temps. — Un guide peut être nécessaire. — 11 faut emporter des provisions, car on ne trouve que du lait aux chalets d'Anzendas. — Un mulet 20 fr., un guide 12 à 15 fr. — De Grion à Sion, un guide demande 12 fr.
N. B. On doit aller le soir à Grion, pour abréger la journée d'environ 2 h. — On trouve i Grion des mulets pour monter au col (7 fr.).
Un bon chemin de voiture conduit de Bex (l'ancien chemin abrège) à Grion. On découvre dans ce trajet de beaux points de vue sur les vallées de Frenière et de l'Avençon, dominées par l'Argentine , le Grand- iMoveran , le Petit-Moveran et la Dent de Morcles, sur la vallée du Rhône, le Val d'Illiez, la Dent du Midi et les glaciers du Saint-Bernard.
2 h. 15 min. Grion (hôt. : la Croix- Blanche; bonne pension chez Saussaz), v. de 382 hab. réf., situé entre la Grionne et l'Avençon, à 1 130 met., au penchant d'une riante colline, d'où l'on jouit d'une belle vue sur une partie de la vallée du Rhône, le lac de Genève et les Alpes de la Savoie.
A 5 min. de Grion, on laisse à g.
le sentier du col de la Croix (R. 138) , et, suivant une pente douce à travers des prairies ombragées, on passe devant la petite cascade V Eau-Rousse, à peu de distance des
(45min.) Clialets de Serniémin (1284 mèt.), disséminés au fond d'un petit vallon, à l'extrémité duquel (15 min.) on tràverse l'Avençon pour gravir une rampe assez roide dans une forêt de sapins On aperçoit en face de soi, un peu à g., les cimes noirâtres des Diablerets, et l'on est dominé à dr. par les belles parois du Grand- Mo ver an (3061 mèt.) , qui s'élèvent de plus de
600 mèt. au-dessus de V Argentine (2418 mèt.), dont on côtoie la base.
Repassant sur la rive dr. du torrent (30 min.) , on se trouve au milieu dhin plateau recouvert de gazon , resserré entre les Rochers du Vent à g. et l'Argentine à dr. , et au fond duquel on aperçoit les chalets de (10 min.) Solalez (1461 mèt.). Gravissant alors une gorge étroite et désolée , où les arbres deviennent de plus en plus rares, on atteint en 45 min. les anciennes murailles d'Anzendaz, puis (15 min.) les beaux chalets du même nom, à 1897 mèt. — (on y trouve du lait et du fromage et on peut au besoin y passer la nuit) — d'où l'on aperçoit, en face des pics nus des Diablerets, le glacier de Paneyrossas, qui descend de la Tête du Grand-Jean (2705 met.) ; reliée par le glacier de Plan-Xêvê au Graud-Moveran.
On peut monter en 3 h. 1/2 des chalets d'Anzendaz à la cime la plus élevée des Diablerets. L'ascension est difficile, la descente dangereuse, car les pentes sont fort escarpées. Un bon guide est nécessaire.
La montagne appelée les Diablerets, et
souvent exorcisée au moyen âge, parce que les paysans da Valais la regardaient comme un des vestibules de l'enfer, se composait de cinq pics : deux de ces pics se sont éboulés en i 7 1 ^ et 1749. Sa base septentrionale est formée par une paroi de rochers presque h pic, haute de plus de 32 'i met., au pied de laquelle se trouve, derrière la plaine des Iles, une gorge sombre, nommée le Creui-de-Champ. Quelques cascades, tombant le long de cette muraille gigantesque, donnent naissance au torrent de la Grande-Eau (R. 138). Al'E., de vastes plaines de neige s'étendent par la Pointe ou Jiecca du Ses-Houge (2982 mèt.) jusqu'à YOldenhorn ou Audon (3124 mèt.), et un énorme glacier descend du côté du Valais, derrière l'Oldenhorn et le Sanetsch -, ce glacier porte le nom de glacier des Diablerets et de Sanfleuron. Au S. se dressent les sommités appelées Ses-d'Euzon (3251 mèt.) et Tour de Saint-Martin (2918 mèt.). Du côté de l'O., les Diablerets présentent plusieurs assises ou gradins de rochers qui descendent vers les pâturages du Tavigliana. Ce sont les rochers crevas-
DE BEX A SrON
sés de Culant. Une plaine de neige, large d'env. 2000 pas, en couvre le sommet.
MM. Ulrich, Studer et Siegfried ont fait, en août 1850, l'ascension des Diablerets. Ils partirent des chalets du Creur- (ir-Champ, et, après avoir contourné les rochers de Culant, montèrent, avec de très-grandes difficultés, au sommet le plus élevé de ce groupe. Ils durent gravir un mur de glace qui leur demanda 1 h. 1/2. Ils jouirent d'une vue admirable sur tout le Valais et la chaîne du Mont-Blanc. Du sommet, ils redescendirent en S h. à l'extrémité du glacier de Sanfleuron, et de là à Osteig en 3 h. — MM. Ulrich, Studer et Siegfried conseillent de monter aux Diablerets par le glacier peu difficile de Sanfleuron, en partant de grand matin des chalets du plateau du Sanetsch (Senin), après y avoir passe la nuit. On atteindrait, disent-ils, le sommet en 5 h. — On peut descendre dans la vallée des Ormonds entre le Sex-Rouge et l'Oldenhorn.
30 min. suffisent pour monter par une pente douce . sur «les pAturages où les botanistes récoltent une foule de plantes rares, au col de Cheville, situé à 203G m.M. , et à 15 min. duquel on passe «lu canton de Vaud dans celui du Valais. De ce col, qui n'offre pas une vue étendue, un sentier taillé en zigzag le long d'une paroi escarpée descend en 30 min. au fond d'un petit vallon désolé où se trouvent les chalets de Cheville (1744 met.) , les premiers chalets valaisans. Bientôt après on dépasse la limite des sapins, et un sentier roide dans une forêt de pins rabougris descend en 30 min.
aux chalets de Derbormce ( 1436 mèt.) , situés au boni du lac de ce nom, et d'où l'on contemple dans toute son étendue le cirque immense de montagnes grises et chenues qui s'est peu à peu déroulé aux regards à mesure qu'on descendait. Rien de plus grand, de plus sauvage et de plus désolé que ce magnifique paysage dont le lac Derborence, entouré de sapins, forme le premier plan, et dont l'élmulement des Diablerets occupe le milieu.
« Le 23 septembre 1714, dit Ebel, on entendit un brun sourd sur l'alpe de
Cheville; ce brait augmenta pendant la nuit et continua avec violence pendant
24 h., après quoi les Diablerets commencèrent à s'abiraer par un temps serein, le
25 septembre après-midi. — Tout à coup les rochers se précipitèrent au milieu d'une épaisse nuée de poussière et de vapeurs jusqu'à 2 1. de distance, tuèrent quinxe personnes, cent bêtes à cornes et une grande quantité de petit bétail, et couvrirent de leurs débris la surface d'une lieue carrée. Le cours des ruisseaux demeura suspendu. Il se forma des lacs. Au nombre des personnes qui furent atteintes par cet événement malheureux était un des habitants du village d'Avent, lequel se trouvait dans son chalet lorsque l eboulement commença. Un énorme bloc de pierre tomba de manière à demeurer engage dans un angle du pied de la montagne et suspendu au-dessus de son toit. Bientôt après, les pierres et la terre continuant de tomber, s'accumulèrent sur le bloc protecteur, et finirent par ensevelir le chalet et le berger sous un amas de ruines. Dans cette horrible situation, ce malheureux se nourrissait de fromage et buvait l'eau d'un petit ruisseau qui filtrait jusqu'à lui. Cependant il travaillait sans relâche à ae frayer une issue. Au bout de trois mois, un peu avant Noël, il parvint à retrouver la lumière du jour, dont ses yeux ne pouvaient d'abord plus supporter l'éclat. Lorsque cet homme, pâle et décharné, parut dans son village, tout le monde le prit pour un spectre ; la terreur s'empara de tous les esprits; on ferma les portes, et le prêtre se mit en devoir de procéder aux exorcismes. L'infortuné eut beaucoup de peine à se faire reconnaître. »
La seconde chute des Diablerets eut lieu en 1749. Un grand bruit, avantcoureur de ce désastre , donna l'alarme à tous les bergers, qui s'enfuirent aussitôt avec leurs troupeaux. Il n'y eut que cinq Bernois qui, se trouvant 2 lieues plus bas, dans un mou- Un à scie, ne firent aucune attention il cet avis salutaire, et périrent bientôt après , victimes de leur imprudence. Cet éboulement détruisit quarante chalets. La surface d'une lieue carrée, où l'on voyait auparavant des forêts, de petites vallées et des pâturages fertiles , fut ensevelie sous les ruines de la montagne. Les eaux de