ROUTE 52] DE MARTIGNY A BRIEG. — LE VALAIS
la Lizerae , arrêtées par les débris ac- 1 cumulés, formèrent les lacs de Derborence. Il y en a trois. Le plus grand, de forme irrégulicre, est entouré de débris de rochers. La Lizerne y entre à l'O. , et en ressort à l'E., en petites cascades. Le deuxième est plus au N. E.; un bois de sapins et des chalets le dominent. Le troisième, très-petit, est a TE. du premier.
2 h. seulement après avoir quitté les chalets de Derborence, on laisse derrière soi les dernières traces des éboulements des Diablerets. D'abord on franchit le Darbonère , qui descend du vallon de Darbon et se jette dans le lac de Derborence; puis, contournant dans une belle l'orôt une énorme paroi de rochers ombragés de sapins, on traverse sur un pont de bois la Lizerne, dont on ne quitte plus la rive g. De ce pont, on aperçoit les glaciers des hautes montagnes qui séparent le Valais du Piémont. Peu de temps après l'avoir franchi, on entre dans le Chemin neuf, sentier étroit creusé tantôt dans le roc, tantôt dans des ravins schisteux dominés quelquefois par des parois à pic, dominant partout d'effroyables précipices de plus de 600 mot. de profondeur, au fond desquels coule la Lizerne, que Ton ne voit pas toujours et qu'on n'entend presque jamais. On reste constamment sur le versant oriental de cette étroite vallée ou gorge qui s'ouvre dans la vallée du Rhône, près d'Ardon, et qui s'étend jusqu'aux Diablerets , entre le Haut de Cry (2956 mèt.), le Monlacaljère (2619 mèt.), à l'O., la Pointe de Clore et la Fava (2618 mèt.), à l'E. Ce chemin n'est nullement dangereux quand le temps est beau. Il présente à chaque tournant de magnifiques points de vue sur les Diablerets dont le glacier grandit à mesure qu'on s'en éloigne, sur la gorge de la Lizerne et les nombreux ravins noirâtres qui s'y précipitent. Le passage le plus étroit s'appelle le Saut du Chien. Un peu plus loin tombe parfois une petite cascade
sous laquelle il faut nécessairement passer. Avant d'arriver à la Chapelle- Saint -Bernard , on traverse une superbe forêt de hêtres.
A la Chapelle-Saint- Bernard (3 h.
45 min. du lac de Dcrboience, 2 h.
15 min. de Sion), on découvre une vue magnifique sur la vallée du Rhône et les Alpes qui séparent le Valais du Piémont. Presque en fare s'ouvrent les vallées de Nendaz etd'Hérens. 15 min.
suffisent pour descendre à Arent, d'où un chemin ombragé çà et là et offrant de beaux points de vue. descend en 1 h. 15 min. au pont de la Morge (R. 52); il passe par Erdes, Conthey et Plan Conthey.
45 min. Sion. (R. 52).
DE MARTIGNY A BRIEG
17 h. — Chemin de fer de Martigny à Sion. — En construction ou à l étude de Sion à Brieg; route de poste desservie par la poste suisse. — Route qu'on ne doit pas faire à pied.
S. B. La grande vallée du Rhône ou le Valais, dont les vallées latérales offrent aux touristes tant et de si belles excursions, n'a par elle-même aucun intérêt pittoresque, surtout de Martigny à Brieg. D'une température insupportable, elle est souvent inondée, marécageuse, par conséquent insalubre, infestée de moustiques.
La base des hautes montagnes qui la forment est nue ou plantée de vignes. Les touristes devront donc la descendre ou la remonter, surtout en été, le plus vite possible, en chemin de fer et en voiture.
Le canton du Valais (en ail. Wallis), situé dans la partie S. de la Suisse, le vingtième en rang dans la Confédération , où il est entre en 1815, le troisième par son étendue, le onzième par sa population, est borné au S. par l'Italie, à l'E. par les cantons du Tessin et d'Uri, au N. par le canton de Berne, à l'O. par le canton de Vaud et la Savoie. Sa plus grande longueur, du lac de Genève à la Furka est de 4o 1.; sa plus grande largeur du Mont- Rose au Breithorn, de 16 1 ; il a une superficie de 90144 mil. carres, dont un seizième est inhabitable. Sa population.
DE MARTIGNY A BRIEG
qui parle l'allemand et le français, est de 90 79? bab. cath.
Le Valais n'est, ainsi que l'indique 1 elymologie latine de son nom, qu'une réunion de vallées que forment çà et là les saillies et les rentrants de la double chaîne de montagnes qui le circonscrivent de toutes parts-, outre sa vallée centrale, il comprend quarante -neuf vallées latérales, vingt-cinq dans les Alpes méridionales, vingt-qualredansles Alpes septentrionales.
Arrosé par le Rhône, qui prend sa source à son extrémité supérieure, au pied du Galenstock, et dont les inondations causent souvent de grands dégâts, il a une pente totale de 141 k met., depuis le glacier du Rhône jusqu'au lac de Genève.
Les montagnes du Valais, sur lesquelles on peut parcourir en une journée près de 10 degrés de latitude de leur base à leur sommet, se composent essentiellement, suivant M. Lardy, de quatre espèces de roches, le schiste argileux , le calcaire , le gypse et le quartz. Le schiste argileux est la roche dominante. Elles renferment de grandes richesses minérales: on y exploite des mines d'anthracite, de fer, de cuivre, de cobalt, de plomb et d'argent. Leur flore est des plus riches. D'après le savant Murrith, elle comprend les sept huitièmes des plantes suisses, et renferme vingtquatre mille espèces. Sa variété est telle qu'on peut cueillir le soir les plantes de la Laponie, après avoir récolté le matin les fruits et les fleurs de l'Espagne et de l'Italie.
Les Va lai sans sont plus exposés que tous les autres habitants des Alpes à ces deux horribles maladies que les médecins appellent le goitre et le crétinisme. Toutefois, cette dernière affection, engendrée par des causes peu connues, la constitution organique, la mauvaise qualité des eaux, la malpropreté, l'influence malfaisante des marais putrides, etc., diminue d'année en année, et elle a même disparu complètement dans certains endroits. D'un autre côté, l'affreux préjugé qui fait considérer les crétins comme des victimes expiatoires chargées des péchés de la famille n'existe plus, et celui qui faisait regarder la naissance d'un crétin comme une bénédiction du ciel s'affaiblit et disparaît de jour en jour.
Dans la Nouvelle Héloïse, J. J. Rousseau a décrit non-seulement ce pays , « où la nature semble prendre plaisir A se mettre en opposition avec elle-même, tant on la trouve différente en un même lieu, sous divers aspects , » mais les
moeurs simples et hospitalières de ses habitants, leur égalité d'àme et cette paisible tranquillité qui les rend heureux par l'exemption des peines plutôt que par le goût des plaisirs. « Leur désintéressement fut si complet, dit-il , que dans tout le voyage je n;ai pu trouver à placer un écu. • Il célèbre aussi la beauté des Valaisanes , tout en constatant un grand défaut dans leur habillement, « celui d'avoir des corps de robes si élevé$ qu'elles en paraissent bossues, et cela, ajoute-t-il, fait un effet singulier avec leur petite coiffure noire et Le reste de leur ajustement, qui ne manque au contraire ni de simplicité ni d'élégance. » Le costume national a été remplacé en partie par le costume français ; le chapeau seul a résisté presque partout à cette invasion étrangère.
L'agriculture et l'éducation du bétail forment l'occupation principale des Valaisans. Mais le commerce et l'industrie leur sont pour ainsi dire inconnus. A l'exception du sel et des denrées coloniales, la production suffit à la consommation.
« Les Valaisans, dit Tœpffer, ne sont ni industrieux, ni spirituels, mais ils ont encore la vie religieuse, contemplative ; le ciel, les cimes, les bois ont pour eux un langage, des voix de colère, de joie et de ressouvenir, et ces hommes, dans lesquels plus d'un touriste ne voit que des goitreux plus ou moinscrétins, cachent presque tous, sous des traits ingrats, une Ame douée encore de cette vie du dedans qui devient si rare.... »
DE MARTIGNY A SlON.
6 h. — 5 1. 7/to ou 2 p. — Chemin de fer; 3 ou 4 convois par jour. — Trajet en 45 min. cnv. — lr* cl. 3 fr. iS c. ; 2« cl. 1 fr. 10 c; S* cl. 1 fr. 55 c.
Le chemin de fer suit la route de poste qui traverse en ligne droite de vastes pâturages marécageux où paissent de maigres chevaux. On laisse :
à g., sur la rive opposée du Rhône.
Fully, v. de 1 150 hah. cath., situé au pied des rochers de Folaterra, qui s'appuient à la Dent de Morcles, dans Tune des contrées les plus chaudes du Valais. (Deux lacs sur la montagne, à 2000 mèt. Plantes rares et crétins.)
Une station a été établie à Saxon ou Sasson, v. de 1094 hab. cath., au pied d'une colline, dominée par Pé-