ROUTE 157] LE GLACIER DU RHÔNE. — LE GALENSTOCK
matt et du Riffel. Utilisant de petites sources tièdes, dont nous parlons plus bas, les frères Seiler ont joint à l'hôtel un établissement de bains. Trouver au glacier du Rhône un bon repas, un bon lit et un bain chaud, c'est ce que les touristes n'eussent pas osé rêver autrefois. Aujourd'hui l'hôtel du glacier du Rhône, d'un accès facile en voilure par la vallée du Rhône, est un point de départ trèscommode pour l'ascension du Galenstock ou du Sidelhorn.
Le glacier du Rhône est généralement admiré comme un des plus beaux glaciers de toute la chaîne des Alpes. Sa forme extraordinaire, sa blancheur, son étendue, ses magnifiques aiguilles , ses crevasses et sa voûte, d'où sort le fleuve dont il porte le nom, lui ont valu cette réputation justement méritée. Il des-, cend en éventail entre le Galenstock (F. ci-dessous), au S. E., et les pointes du Geimerhorn et du Gerstenhorn, au N. 0. ,et il communique avec une vallée de glaces de plus de 6 lieues de longueur, qui s'étend jusqu'au Gadmenthal. Sa base est à 1730 met. ; son extrémité supérieure à 2433 mi t.
Depuis 1770 il a beaucoup diminué, ainsi que le prouvent les immenses moraines qui en sont éloignées de plusieurs centaines de pas.
On va visiter, à peu de distance de l'hôtel, une cascade de 50 mèt. formée par un torrent qui se précipite dans une crevasse, près du bord occidental du glacier.
Non loin du glacier du Rhône, jaillissent, au pied du Saasberg, trois petites fontaines dont la chaleur habituelle est de 1 8 deg. C. , qui ont un lége r goût de soufre et forment un dépôt rougeâtre. Les bergers les appellent Rothe (Rhône). Comme elles se réunissent et vont se jeter dans le grand torrent du glacier, de Saussure voit en elles les véritables sources du Rhône. Quoi qu'il en soit de cette opinion, toutes les eaux du glacier se frayent, à son extrémité inférieure, un large pas-
sape au travers d'une grotte ou voûte de glace (changeant souvent de forme et d'aspect, mais presque toujours magnifique, que l'on doit aller voir de près), et donnent ainsi naissance au fleuve, que les poètes anciens représentaient comme sorti des lieux les plus secrets de la terre, du séjour et des portes d'une nuit éternelle, précipitant ses ondes dans des lacs orageux au milieu du triste pays des Celtes.
Du Grimsel et de l'hôtel du glacier du Rhône on peut faire l'ascension du Galenstock (3598 mèt.), qui s'élève au-dessus du glacier du Rhône, au point culminant de la chaîne séparant le Valais du canton d'Uri.
« Cette montagne est de forme arrondie, dit le savant naturaliste Desor, représentant une imposante et magnifique coupole de neige. » Dans l'ascension qu'il fit en 18'*5, M. Desor atteignit en 1 h. le col, dont le lac des Morts occupe le sommet. «< Au lieu de prendre, dit-il, le sentier qui passe près du lac des Morts, nous nous dirigea mes vers la g., sur les flancs du Saasberg, pour éviter les gorges profondes qui sillonnent le versant oriental du col, immédiatement en amont de la Meienwand. Nous cheminâmes pendant une heure sur le dos arrondi de ce chaînon.... Arrivés au pied de l'escarpement du plateau, nous descendîmes par une pente assez facile, quoique escarpée, sur la partie supérieure (le névé) du glacier du Rhône. Le glacier franchi, nous abordâmes immédiatement le massif même du Galenstock, nous dirigeant en zigzag vers la partie la plus basse de l'arête, que nous avons désignée depuis sous le nom de Gaîensattel.
«« La vue que Ton a de ce col est imposante : elle embrasse d'un côté la grande chaîne du Finsteraarhorn et ses profondes vallées; de l'autre, la partie supérieure de la vallée de Réalp, celle que l'on suit en montant d'Andermatt à la Furka ; enfin, à nos pieds s'étendait une partie des ma-