‹ Itinéraire descriptif et historique de la Suisse, du Mont-Blanc, de la vallée de Chamonix et des vallées du PiémontChapitre 531 sur 865 · DE LUCERNE A FLUELEN · texte numérisé non relu

DE LUCERNE A FLUELEN

lée de Goldau présente encore un affreux tableau de destruction et de mort. On distingue parfaitement les quatre courants principaux que suivirent les couches des rochers. Mais, pour se faire une juste idée de tout ce que ce vallon désolé otlre d'épouvantable, il faut, dit Ebel, aller d'Art, par Kothen, à Steinen, ou sur le Steinerbcrg (3 h. env.\ en suivant le nouveau sentier. Depuis 180tï, quelques petits eboulemeuts partiels ont encore eu lieu, et de temps en temps d'éuoraus

quartiers de rochers descendent du Rossberg. Ainsi, le tl juillet 18^4, il se détacha du sommet de la montagne un bloc qui avait environ '26 met. de long, sur 7 met. de larg., maib dont la chute ne causa aucun accident.

De Goldau au Rigi, R. 109.

La toute d'Art a Lowerz traverse L'éboulement sur une étendue d'au moins 30 min. au point le plus élevé,

Ci AT>

Goldau avant l'éboulement.

appelé Borncrhœlu! (la hauteur des Bernois), on découvre devant soi une telle vue sur le lac de Lowerz, la vallée de Schwyz, les Mythen, et, en se retournant, entre le Rigi et le Rossberg, sur Art et le lac de Ztig.

50 min. Lowerz (hot. Ailler), v.

de V*9 hab. cath., est situé à l'extrémité N. du charmant petit lac du même nom (1 h. de long., 30 min. de larg. et 17 mût. de prof.), diminué

d'un quart depuis la catastrophe de Goldau (on peut le traverser en bateau). « Les débris lancés dans le lac de Lowerz, dit M. Zay, quoiqua 1 L 1/2 du Rossberg, le comblèrent en partie, et chassèrent les eaux avec tant de violence , que, s'élevant comme une muraille et passant par-dessus IMlede Schwanau, située au milieu du lac, et haute d'env. 22 met. , l'énoime vague envahit la côte opposée, trans-

portant des maisons et leurs habitants loin dans les terres, du côté de Schwyz, et à son retour en entraînant d'autres dans le lac. La chapelle d'Olten, bâtie en bois, fut trouvée à 30 min. de l'endroit qu'elle occupait.

Plusieurs grands blocs de pierre changèrent de place. >»

De Lowerz au Rigi,R. 169, page 552.

LOWERZ. — SEEWEN.

La route, en partie taillée dans le roc, suit la rive dr. du lac de Lowerz, dont les rochers escarpés et sauvages contrastent avec les pentes douces, fertiles et riantes du Steinerberg, situé sur la rive opposée, et au pied duquel est bAti Steinen (R. 214).

Deux îles embellissent le lac de Lowerz. Autrefois ces îles étaient habitées par des ermites. 11 ne reste plus

Goldau après l'ébouleraent.

aujouid'hui aucun vestige du château de Lowerz, bati sur cette petite lie; mais la plus grande, appelée Schuanau, a conservé les ruines du château de ce nom, détruit en 1308; il parât t que la tour que l'on y voit encore fut bâtie au xx« s.

1 h. Seewen (hôt.: Zum Krcuz, Rœssli), v. de 988 hab. cath., situé au pied de l'Urmiberg et à l'extrémité S. du lac de Lowerz, près de l'ein-

houchure de la Seewen. — Bains ferrugineux renommés. Dépense par jour, y compris le bain, 4 fr. 60 c.

Route directe de Seewen à Brunnen, l h. 15 m in.

Des sentiers, plus courts et plus agréables que la route de voitures, conduisent de Seewen à (30 min.

3 L d'Art, 7 1. 3/8 de Lucerne) Schwyz.

Schwyi (hôt. : Hediger, Bœssli, bon, et prix modérés), ch.-l. du district et du canton de ce nom , est situé à 514 mèt. à la jonction du Muottatbal et des vallées d'Art et de Brunnen, à la base des Mythen (Mitres) et du Hacken, et en face de l'Urmiberg, dernier gradin du Rigi. La paroisse, dont dépendent un grand nombre de villages et de chapelles annexes, renferme 5742 hab. cath.

Parmi ses monuments publics on remarque surtout V église paroissiale, a laquelle conduit un escalier de pierre ( 1769-1774). L'orgue est de Boutelier. La chaire, toute de marbre, est soutenue, au-dessus du sol, sur trois figures colossales représentant les trois célèbres réformateurs Luther, Zwingle et Calvin. — On jouit d'une belle vue du haut du clocher. — Derrière cette église se trouvaient la petite chapelle de la Sainte-Croix , épargnée par les flammes dans l'incendie de 1642, et celle de Saint-Michel, appelée la prison, où l'on célébrait autrefois le service divin quand le pays était mis en interdit.— Le cimetière renferme la tombe d'Aloys Heding, le général des Suisses, dans la guerre de 1198. Un monument a été érigé à sa mémoire en 1818 visà-vis de 1 hi tel du Rœssli.

V Hôtel de ville (Rathhaus) dont la façade orne la place publique, et où siègent les Conseils du canton, possède les portraits de quarante-trois landammans, et un tableau représentant les événements de l'ancienne histoire suisse. — La salle du Conseil mérite la visite des étrangers.

Larsenal contient des bannières prises par les Schwyzoisà Morgarten, celles qu'ils portaient à Laupen, à Sempach, à C;ippel, à Mo rat, et un étendard consacré que leur donna le pape Jules 11.

Les archives sont conservées dans une tour carrée à trois étages, qui fut probablement autrefois un château fort.

Le vaste bâtiment construit (avec

une église) sur la hauteur, était destiné aux jésuites. Les événements de 1847 (T. l'introduction) en ont expulsé ses propriétaires ; c'est aujourd'hui un gymnase.

L'histoire du bourg et du canton de Schwyz offre un plus grand intérêt que celle de tous les chefs-lieux des autres cantons de U Confédération suisse. Personne ne l'ignore, Schwyz posa les premiers fondements de la Confédération et de l'indépendance de toute l'Helvetle, qui prit alors son nom, et s'appela depuis cette époque la Suisse.

« Derrière les lacs, au pied des haute* Alpes, où, dit Henri Zschokke, s'étaient réfugiés très - anciennement , peut-étrt après les victoires des Romains, les derniers fils des Cimbres, leurs descendants vivaient séparés du reste du monde. Ni Allemand ni Bourguignon, ni Frank n'eût osé habiter leur» déserts aussi pauvres qu'horribles : ils faisaient paître Iears troupeaux sur des montagnes inconnues.

On ne voyait ni châteaux sur leurs rochers, ni villes dans leurs vallées. Pendant longtemps les Bruchenburen( paysans du marais) n'eurent qu'une seule église dèns la vallée de la Muotta : le peuple de Schwyz, d'Unterwalden et d'Uri l'y rendait. Les habitants de ces trois val' lées étaient de la même race et vivaient sous un gouvernement commun, (orne d'hommes de leur choix, respectables par leur expérience et par leur loyauté. Mais, quand la population se fut trop accrue, chaque vallée eut son église, son landammann, son conseil, son tribunal- Ainsi Schwyz, Uri et Unterwalden rompirent leur communauté, mais continuèrent d'agir, dans les affaires importantes, corn me un seul et même petit Étal. Personne, excepté l'empereur, ne prétendait avoir un droit de souveraineté snr ces montagnes, et le peuple aimait à se trouver sous la protection d'un aussi poissant monarque. Quand des divisions éclataient dans son sein, il choisissait ordinairement pour arbitre un seigneur de l'empire, de préférence un des comtes de la maison de Lenzbourg. »

Or, un jour l'abbé d'EinsieJeln voolot faire paiire ses troupeaux sur les pâturages des bergers de Schwyz; ceux-ci réclamèrent en vain ; l'empereur leur donna tort. A dater de ce moment, ils résolurent de se passer de sa protection et s'unirent à leurs frères d'Uri et d'Unterwalden (IIUJ

SCHWYZ.

par un traité d'alliance qui, renouvelé en 12M, devint la première base de la Confédération Helvétique.

A la mort de Rodolphe de Habsbourg, s effrayant dea projets ambitieux de son fils, ils t'assemblèrent de nouveau (1291), et s'engagèrent par serment à défendre mutuellement, envers etcontre tous, leurs personnes, leurs familles, leurs biens, et a s'aider les uns les autres par les conseils et par les armes. Cette alliance leur fit donner le nom de Confédérés {Etdgenossen, alliés par serment). On sait comment ils tinrent leur serment. Après la grande insurrection populaire du l" janvier 1308, la mort de Oessler, l'assassinat de l'empereur Albert, le duc Léopold vint se faire battre à Morgarten (V. ce mot) par treize cents Confédérés, et les vainqueurs renouvelèrent à brunnen le pacte de leur union. « Nous jurons, dirent-ils, pour nous et nos descendants à perpétuité, que chacun de nous secourra nos alliés contre l'oppression en nous armant à nos frais, au péril de notre vie et de nos biens, soit dans notre pays, soit à l'étranger. » Comme les Schwyzois avaient principalement contribue au succès de cette mémorable bataille, les Confédérés furent dès lors appelés Suints (tchicyzer ou Schweizer).

Il serait trop long de raconter ici en détail tous les événements auxquels Schwyx prit une part plus ou moins active, soit en Suisse, soit dans les pays étrangers. Les Schwyzois étaient à Sempach, à Nœfels, à Arbedo, à Saint-Jacques, à Grandson, à Morat, à toutes ces grandes batailles que la Confédération livra pour son indépendance. Pendant longtemps, ils ne furent guidés que par l'amour de la liberté; mais bientôt on les vit ne plus vouloir de la liberté que pour eux-mêmes, acquérir des sujets, laisser concentrer le pouvoir en un petit nombre de mains, contribuer à étouffer par le fer et par le feu les mouvements populaires des autres cantons, se montrer enfin despotes et cruels dans les affaires religieuses.

A la fin du siècle dernier, le bourg de Schwyz était devenu le foyer principal de l'aristocratie suisse. Lors de la chute de l'ancienne Confédération, en 1798, il s'allia avec Uri et Claris pour maintenir l'ancien ordre de choses à tout prix, et pour s'opposer à la nouvelle constitution, appelée le Livrai d'Enfer. Le général Schauenbourg, sans vouloir les réduire par la force, avait interdit toute communication

des autres cantons avec eux. Aussitôt ils

coururent aux armes, et envahirent Lucerne qu'ils pitlèrent et désarmèrent.

Alors, pour Ig première fois, car les Autrichiens n'avaient pas dépassé Morgarten, une armée étrangère pénétra dans le canton de Schwyz. Postés près de leurs frontières, prè? de la Schendellegi et sur les rochers de l'EUel, en vue des bataillons ennemis, les Schwyzois jurèrent, avec leur général, Aloys Reding, d'être fidèles à leur patrie jusqu'à la mort. Ensuite ils se battirent vaillamment, à Wollerau et à la Scbindellegi, mais sans succès; car le curé d'Einsiedeln prit lâchement la fuite. Aloys Reding rassembla ses troupes près de Rothenthurm, non loin du champ de bataille de Morgarten. « Là

se livra, dit Zschokke, un combat

>ng

et sanglant. Les bergers se montrèrent dignes de leurs aïeux, et ils furent victorieux comme eux. C'était le 2 mai. Le jour suivant, ils se couvrirent encore de gloire dans un combat livré près d'Art. Mais la victoire coûtait à ces héros leur sang et leurs forces. Ils capitulèrent, et, la mort dans l'àme, accédèrent à la république helvétique. Ainsi finit l ancienne Confédération, après avoir subsisté quatre cent quatre-vingt-dix ans. »

Art et Schwyz avaient été désarmés par les Français. Après l'insurrection du 28 avril, le maréchal Soult les occupa, le 2 mai (799, et les désarma de nouveau. Le 3 juillet suivant, les Autrichiens et les Français se battirent à Brunnen et à Seewen. Le 14 août, il y eut encore de nouveaux combats, à la suite desquels les Autrichiens se retirèrent jusqu'au mont Etzel. Enfin, les 28, 29 et so septembre, et le 1er octobre, le vainqueur de Zurich arriva à Schwyz avec la division Mortier, empêcha l'armée russe de Souwarow de déboucher par le Muottathal, et la força à rétrograder par le Pragel (R. 176). A cette époque, la plupart des habitants s'étaient enfuis dans les montagnes et dans les forêts ; et au commencement de 1800, plus d'un quart de la population se trouvait réduit à la mendicité.

Cependant, si les braves Schwyzois avaient été vaincus, ils n'étaient pas soumis. En 1802, ils s'armèrent de nouveau contre le gouvernement helvétique, et une diète s'assembla dans leur bourg pour rétablir l'ancienne constitution. Une guerre civile était sur le point d'éclater, et le sang coulait déjà. Ce fut alors que Napoléon, commandant la paix, donna à la Suisse l'acte de médiation qui, après

Page 1