LE ROS9BERG
le 2 septembre, un énorme rocher tomba dans la vallée, et, en tombant, souleva un nuage de poussière noire. Vers la partie inférieure de la montagne, le terrain semblait pressé par la couche supérieure, et. lorsqu'on y enfonçait un pieu ou une bêche, ces objets se mouvaient d'euxmêmes. Un homme, qui creusait un trou dans son jardin, prit la fuite, elïraye par ces phénomènes extraordinaires. Bientôt, on remarqua une crevasse plus large que toutes les autres ; elle s'agrandissait insensiblement. Toutes les sources cessèrent de couler au même moment, les oiseaux s'envolèrent de tous côtes en poussant des cris; quelques minutes avant cinq heures , les symptômes d'une grande catastrophe devinrent de plus en plus frappants; toute la surface de la montagne sembla glisser dans la vallée, mais si doucemeut, que les habitants auraient eu le temps de se sauver....
• La partie de la montagne qui s'était éboulée n'avait pas moins de 1 lieue de long. ,324 met.
de larg. et 32 met. d'épaisseur. En cinq minutes, une des plus belles vallées de la Suisse venait d'être transformée en un affreux désert. Quatre villages entiers, Goldau, Rœthen, Obcr et Unter- Busingen, six églises, cent vingt maisons, deux cents etables ou chalets, quatre cent cinquante sept habitants, deux cent vingtcinq têtes de bétail (les bêtes qui se trouvaient au pâturage prirent la fuite à '.emps\ cent onze arpents de terrain, dont un tiers en magnifiques prairies, étaient ensevelis, écrasés sous les ruines du Rossberg. On évalua la perte à 2 millions de francs. »
Nous ne raconterons qu'un seul épisode de cette affreuse catastrophe. Onze voya-
geurs des familles les plus distinguées de Berne s'étaient rendus à Art, le 2 septembre, avec l'intention de faire une excursion sur le Rigi , et ils en partirent à pied quelques instantsavant léboulement. Sept d'entre eux avaient pris les devants, et précédaient les autres de deux cents pas. Ceux-ci voyaient leurs amis entrer dans le village de Goldau, et ils distinguaient même l'un d'eux M. B. Jenncr) montrant à ses compagnons la cime du Rossberg, à plus d'une lieue de distance en droite ligne, où l'on apercevait un mouvement extraordinaire. Prenant eux* mêmes une lunette d'approche pour observer le phénomène, ils le firent remarquer à deux étrangers qui les avaient joints. Tout à coup des pierres traversent l'air au-dessus de leurs têtes comme des boulets de canon j un nuagt de poussière remplit la vallée, et dérobe tous les objets à leurs yeux ; un bruit affreux se fait entendre....
Ils prennent la fuite. Dè que l'obscurité se fut un peu dissipée, ils se rapprochèrent et cherchèrent le village de Goldau et leurs amis; mais 32 mèt. de décombres couvraient ce village, et le pays tout entier n'était plus qu'un chaos de ruines. L'un de ces malheureux appelait en vain sa jeune épouse, un autre son fils, et un troisième les deux élèves dont il était précepteur. Toutes les fouilles faites depuis n'ont fait découvrir aucun vestige des amis qu'ils avaient perdus. Il n'est resté de Goldau qu une cloche de son église trouvée à 1/4 de lieue.
Le 2 septembre de chaque année, une cérémonie religieuse a lieu dans l'église du village d'Art, en mémoire de cette horrible catastrophe. Aujourd'hui la val-