‹ Itinéraire descriptif et historique de la Suisse, du Mont-Blanc, de la vallée de Chamonix et des vallées du PiémontChapitre 536 sur 865 · ALTORF · texte numérisé non relu

ALTORF

berg, montagne escarpée, formée de grauwacke qui se décompose et l'engloutirait tôt ou tard, si la foret de Bann (Bannwald), aux arbres de laquelle il est expressément défendu de toucher, ne le mettait à l'abri des éboulements. En 1799, un épouvantable incendie, alimenté par le fœhn, le détruisit presque entièrement. On évalua le dommage à 4 550 000 fr.

Les ruines nombreuses que Ton y rencontre de tous côtés attestent que ce village ou bourg ne se relève que lentement de ce désastre. On y remarque Yéglise paroissiale, qui possède un orgue magnifique et quelques tableaux (une Nativité attribuée à Van Dyck?; à dr., dans le chœur, une Mise au sépulcre de Carrache et, à côté du portail N., une Madone en marbre de Imhof, de Rome, 1848), trois ou quatre couvents, dont un de Capucins, fondé en 1581 , et jouissant d'une belle vue, Yhùtel de ville, V arsenal, pillé par les Français, Yhôpital, la maison dVco/e, le casino, etc. — En 1861 a eu lieu, sur l'emplacement de l'ancien puits de Tell, l'inauguration de la statue colossale de Guillaume Tell (par Siegfried), offerte aux tireurs d'Uri par la ville de Zurich.

Près de l'église paroissiale se trouvent deux chapelles, dont l'une renferme un ossuaire ou les crânes sont disposés avec ordre dans des cases séparées.

C'est à Altorf, personne ne l'ignore, que se sont passés quelques-uns des événements qui ont immortalisé le héros de l'Helvétie, Guttlaume Tell. A la place où s'élevait jadis un tilleul f abattu en 1567 , et où l'on voit aujourd'hui une petite fontaine de pierre décorée de la statue de Tell portant un étendard aux armes du canton d'un côté, et aux armes d'Altorf, de l'autre, l'enfant fut placé avec une pomme sur la tête. Cent pas plus *oin, c'est-à-dire près de l'autre fontaine, de même forme et de même grandeur, surmontée de la statue de Tell, l'arbalète sous le bras, pressant son enfant contre son cœur, et regardant fièrement devant

SUISSE

lui, comme si Gessler se trouvait en sa présence, le père dut, sur l'ordre du tyran enlever avec sa flèche la pomme posée sur la tête de son fils. Quant à la tour, qui est couverte de peintures représentant l'histoire de Tell, elle est antérieure au xiv« s., et ne fut donc pas construite sur l'emplacement qu'occupait le tilleul.

Le canton d'Uri et la vallée de la Reuss ont servi aussi de théâtre à la mémorable campagne de 1799. Les armées de trois grandes nations, la France, l'Autriche et la Russie, les occupèrent et s'enchâssèrent tour à tour. Au mois de mai 1799, les Français, commandes par Soult, alors général, s'emparèrent du passage du Saint- Gothard ; du 16 au 18, ils se battirent contre les Autrichiens dans le Val Levantina et le t», ils se retirèrent par la vallée d'Urseren dans les Grisons; le 28 , le général autrichien Saint-Julien emporta le pont du Diable, et de nouveaux combats eurent lieu jusqu'au 6 juin, époque à laquelle les troupes françaises quittèrent entièrement le territoire d'Uri.

Mais, au mois d'août de la même année, Lecourbe passa les Surenen, Loison le Susten, et Gudin, avec un fort détachement, se fraya un passage par le Grimsel et la Furka. Attaqués en même temps, de front, sur les côtés et par derrière, les Autrichiens furent , du 14 au 19, chassés pas à pas de toute la vallée jusqu'à Andermatt. et, du 20 au 21, repoussés dans les Grisons, par l'Obérai p. Un mois après cette dernière victoire, Lecourbe apprit qu'une armée nombreuse venait de faire son apparition à la base méridionale du Saiot-Gothard. C'était Souwarow qui, au lieu de déboucher en Suisse dans le flanc d'un ennemi attaqué de tous côtes, allait trouver, au contraire, tous ses lieutenants dispersés et s'engager au milieu d'une armée victorieuse de toutes parts.

Parti d'Italie avec dix-huit mille hommes, Souwarow était arrivé au pied du Saint-Gothard le 21 septembre. Il avait été obligé de démonter ses Cosaques pour charger son artillerie sur le dos de leurs chevaux. Il envoya Rosenberg avec six raille hommes pour tourner le Saint-Gothard, par Dissentis et le Crispait; arrivé le 23 septembre, à Airolo , il y trouva Gudin avec une des brigades de la division Lecourbe. 11 so battit là avec la dernière opiniâtreté; mais ses soldats, mauvais tireurs, ne sachant qu'avancer et se faire tuer, tombaient par pelotons sous les balles et les pierres. Il se décida enfin à inquiéter Gudin sur ses flancs , et il l'o-

bligea à céder le pafsage. Gudin, par sa résistance, avait donné à Lecourbe le te.ups de recueillir ses troupes. Celui-ci n'ayant guère sous sa main que six mille hommes, ne pouvait résister à Souwarow qui arrivait avec douxe mille, et à Rosenberg, qui, transporté déjà dans la vallée d'Urseren. en avait six mille sur ses derrières. Il jeta son artillerie dans la Keuss, gagna ensuite la rive opposée, en gravis sant des rochers inaccessibles, et s'enfonça dans la vallée. Arrivé au delà d'Andermatt, n'ayant plus Rosenberg sur ses derrières , il rompit le pont du Diable et tua une multitude de Russes avant qu'ils eussent franchi le précipice en descendant le lit de la Reuss et en remontant la rive opposée.

L'armée russe arriva ainsi à Altorf et à Fluelen, accablée de f.ttigue, manquant de vivres, et singulièrement affaiblie par les pertes qu'elle avait faites A Fluelen, la Reuss tombe dans le lac de Lucerne. Si Hotze , suivant le plan < onvenu, avait pu faire arriver Jellachicu et Liuken , au delà de laLinth. jusqu'à Schwyz, il aurait envoyé des bateaux pour recevoir Soi warow à l'embouchure de la Reuss; mais après les événements qui s'étaient passés. Souwarow ne trouva pas une embarcation et se vit enfermé dans une vallée épouvantable. C'était le 2* septembre, jour du désastre général sur toute la ligne. Il ne lui restait d'autre ressource , dit M. Thiers, que de se jeter dans le Schœchenthal et de passer dans le Muotlathal par les chemins presque impra'icablcs du Kinzigerkulm (V. ci-dessus la R. 176).

La Consiitu ioii du canton d'Uri est purement démocratique. Le pouvoir su prème réside dans le peuple, réuni en Landsgemeinde. Il n'y a point de privi léges: tout loyal citoyen, âge de vingt ans révolus, csl soldat, électeur et éligible. La Landsgen-einde se réunit, le premier dimanche de mai, à Bœtzlingen, et nomme toutes les autorités inférieures : le Landammann, le statthalter, le banneret, etc.

Le canton d'Uri est le premier de la Confédération par l'ordre de son admission , le onzième par son étendue (de 23 à 24 mil. carrés», le vingt-deuxième par sa population 14 741 hab.). — Il parle la langue allemande et professe la religion catholique. - Sa plus grande longueur (de la Schœnegg au Scheyenstock) est de 8 h 30 min. , sa plus grande largeur (de Treib au Saint-Gothard), de 10 h. 3o min. — Il touche: — àl'E. , aux cantons de Glaris et des Grisons -, au S., au canton du Tcssin ;

- à l'O., aux cantons du Valais, de Berne et d'Unlerwalden : — au N., au canton de Schwyz.

Les environs d'Altorf offrent une foule de promenades et d'excursions intéressantes. On découvre une belle vue du courent des Capucins (le plus ancien couvent de toute la Suisse) et du pavillon de Waldeck, où l'on apercevait encore, avant l'incendie de 1799, des traces de Ja tour que Tschudi regardait comme un dernier débris de la forteresse Zwing-Uri, commencée par (iessler.

D Altorf à Lucerne, R. 168 ; — à Stanz. par la Schœnegg, R. 173 ; — à Engelberg, par les Surenen, R. 172; — à Bekenried, par terre, R. 168; — àSctawyx, R. 17$; — à Linththal, par le Klauseu, R. 178.

On traverse le Schschenbach , qui descend du Schaechenthal, à l'entrée duquel on aperçoit Bùrglen (R. 118) ; on laisse à dr. Attinghausen(F.R. 172) A 20 min. à g. , on aperçoit Schcutdorf, v. de 954 hab. , le plus ancien village du canton après Altorf. — On y remarque une vieille tour appelée Halbenstcin.

Au delà de (10 min.) Bœtslingen , village où se tient la Landsgemeinde du canton, le premier dimanche de mai, la route se rapproche de la Reuss, qui donne son nom à la vallée. A dr. s'élèvent les Alpes Surenen ; à g., le Dinneten, le Bel mi stock, la Grande Windgelle (3189 mit.) et la Petite Windgelle (3001 met.); au fond se dresse le D ri sten stock (V.. pour l'ascension de ces montagnes, la R. 235) A dr. . entre la chapelle Japl matt et le village d'Erstfeld (R. 172), s'ouvre X Erstfelderthal > au fond duquel brille le glacier du Schlossberg.

A (1 h. 15 min.) Elut, hameau (hôt. W risses Kreuï, , la vallée devient plus étroite. Côtoyant la rive dr. de la Reuss. on atteint, en 45 min., Silenen, village derrière l'église duquel se voient les ruines d'un ancien château (bons guides, Joseph-Marta Trœsch et A. Kraegger).

AMSTiEG.

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