ROUTE 177] LE PONT DU DIABLE. — ANDERMATT
raier pont fut construit par Gérald, abbé d'Ein*iedeln. On a donc fait trop d'honneur au diable en lui en attribuant la fondation. Le vieux pont, Léger segment de cercle suspendu dans l'air à une hauteur de 23 mèt.
au-dessus de la Reuss, sans parapet , et à peine assez large pour permettre à deux personnes de passer de front, était plus pittoresque et plus élégant que le pont actuel.
Lorsqu'on a franchi le pont du Diable , la seule issue qui paraisse s'offrir au voyageur est le lit du torrent; mais, tournant un angle de la montagne , on arrive au pied d'une paroi de rochers nommée Teuf elsberg [montagne du Diable), qui semble fermer tout passage. Jadis un pont suspendu en l'air avec des chaînes de fer transportait le voyageur au delà de cet abtme, et les flots d'écume, dont il était sans cesse couvert , l'avaient fait surnommer die stœubende
Brùcke, c'est-à-dire le Pont couvert d'écume. 11 en est déjà fait mention dans des actes de l'an 1370. Mais de nombreux accidents forcèrent le gouvernement à chercher un autre moyen de communication : comme il était aussi impossible de franchir ces rochers que de les déplacer, on prit le parti de les percer. L'an 1707, un
Le pont du Diable.
ingénieur suisse, nommé Pierre Moretini, fit creuser une galerie appelée l'Urnerloch, ou le Trou d'Uri. File avait alors 64 mèt. de longueur, 3 de largeur et 4 de hauteur. Lors de la reconstruction de la route du Saint- Gothard, elle fut élargie pour livrer passage aux voitures. Elle a actuellement 4 mèt. de haut et 5 mèt. de large.
Au * sortir de cette galerie, le voyageur entre dans la verte et riante vallée d'Urseren , située à 1400 mèt.
d'altitude, longue de 3 h. et large de 20 à 30 min. La plupart des montagnes qui l'entourent sont couvertes de neiges perpétuelles. Huit grands et plusieurs petits glaciers en descendent; les premiers sont ceuxdelaFurka, de Biel, Matt, Crispait, Sainte- Anna , Weisswasser, Lucendro et Pisciora.
Suivant la tradition populaire, la vallée d'Urseren n'a pas toujours été dépourvue de bois. Un puissant magicien , demeurant dans quelque lieu plus élevé et moins agréable, et jaloux du bonheur des habitants de cette vallée, non-seulement avait brûlé les forêts, maïs enchanté le sol de telle manière qu'il a toujours été depuis incapable d'en produire.
20 min. (8 1. 2/8 de Fluelen), An dermatt ou Vrsereny en ital., Orsera (hôt. : pension du JSêint- Gothard,
bon, Drei-Kœnige ou Poste, Krone; marchands de minéraux, MM. Meier, Nager et Mûller; cabinet ornithologique de Nager) , v. de 1326 hab.
cath., avec Hospenthal, Realp et Zumdorf, si tué à 1444 mèt. , au pied du Gurschen ou montagne de Sainte- Anne, couverte d'un beau glacier.
Une petite forôt, soigneusement entretenue, mais bien diminuée pendant les guerres de la Révolution, ne le garantit qu'imparfaitement des avalanches. Le village actuel aura peutêtre un jour le sort de l'ancien village situé jadis au pied du Rilcherberjg, où l'on voit encore une vieille église et quelques étables, et qui fut emporté par une avalanche. — Pendant la guerre de 1799, il fut deux fois pillé et perdit les trois quarts de ses habitants.
D'Andermatt à Coire et a Dissentis, par roberalp, R.W9.
A la g. de la route, en allant à Hospenthal, on remarque deux poteaux de pierre assez grossiers; c'est l'ancienne potence d'Andermatt, datant de l'époque à laquelle la vallée d'Urseren était une république. On aperçoit, au-dessus de la montagne, le glacier de Sainte- An ne.
45 min. (3 h. de Wasen) Uospital ou Hospenthal (hôt. : Meyerhof) bon et pension, Goldiner Lcttve; marchands de minéraux, les frères Meier, Mûller ; voitures et chevaui pour Airolo ou Altorf),v. de 316 hab. cath., situé au pied de la Hûhnereck, au confluent des deux premières sources de la Rcuss, a l'entrée de la vallée du Saint-Gothard et à Î4«4 mèt. ; ainsi nommé d'un ancien hospice qui n'existe plus aujourd'hui. Au sommet d'une colline voisine s'élève une vieille tour, ancienne résidence de la famille Hospenthal, et qui est, dit-on, ainsi que l'église d'Andermatt, l'ouvrage des Lombards.
D'Hospenthal au glacier du Rhône, à obi-rgeatelto, dan» le Valaia, et au Gnm- »el, R. 1S4. %:
On sYlève par de nombreux zigzags, en remontant le cours de la Reuss, dans une gorge solitaire et sauvage. Il faut î h. environ pour atteindre le pont de la Reuss (Rodontbrùtke), en deçà duquel on a passé du canton d'Uri dans le canton du Tessin. Continuant de monter, on aperçoit à dr. (5 min.) le lac de Lucendro, situé à 2083 met., où la Reuss prend sa source; laissant ensuite à g. d'autres lacs plus petits, appelés (5 min.) lacs du Saint-Gothard , on ne tarde pas à arriver (5 min.) à l'Hospice, vaste bâtiment construit, à 2093 mèt., aux frais du canton du Tessin, qui a aussi lait bâtir plusieurs maisons de refuge pour la réception des voyageurs. Cet hospice contient quinze lits; il esi placé sous l'administration d'un chapelain nommé par le canton.
Dans un sens étendu, on désigne sous le nom de SeJnt-Gotherd le massif de montagnes placé aux sources du Rhône, du Tessin et du Rhin, et contenant celles de la Reuss. Ce massif, de forme rfaom boïdale, renferme dix-sept vallées , huit glaciers considérables et une trentaine de lacs. Ses quatre angles sont le Galenstock au N- 0., le Disruterberg au S. 0., le Cornera au S. £. et le Crispait au N. E. De ce centre du système alpin partent quatre grandes chaînes, dont les nombreuses ramifications s'étendent jusqu'au bord de la Méditerranée, de l'Adriatique et du Danube. Les montagnes de ce massif ont de 2663 à 3671 mèL d'élévation. Elles jettent dans l'intérieur du rhomboïde des rameaux qui séparent les différentes sources de la Reuss. L'un d'eux, parti do Galenstock, borne le massif au N., ne lais sant qu'un étroit passage à cette rivière. Les sommités principales, en partant do Galenstock, sont : la Furka, le Mutihorn, le Fieudo, le Stella, le Cornera . le Sixmadun, le Radux et le Crispait. Les principales vallées sont celles d'Urseren , de Weiten-Wasser, du Gothard ou du Redont, de l'Unteralp, de Gospîs, de Stella, de Soreccia , de Tremola , de Bedretto et de Canaria. C'est la partie des Alpes la plus riche en minéraux.
Dans un sens plus restreint, on désigne sous le nom de Gothard la portion du massif situé entre Hospenthal et Airolo.
[ROUTE 177] HOSPENTHAL. — 8AINT-GOTHARD.
La partie la plus élevée de ce massif, et sur laquelle se trouve l'hospice, forme un bassin d'une lieue de long dans la direction du N. au S., et complètement entouré de hautes montagnes escarpées Ces montagnes sont : à 10., le t'ieudo, le Fibbm (2742 mèt.) , le Lucemiro (2959 mèt.) et YOrsiuo ou YOr>ertns]niz 0*689 mèt.); à l'E., la Soreccia (H'ia met.) , le Scipêiiu (2410 mèt ), le Stella 2528 mèt.), If G<Mpis ou SfeMO di Sa't Goitardo (2.196 mèt.) et le Prosa. On peut monter en 2 b. sur le Fibbia 3 h. aller et retour; belles vues). Rien de plus nu. de plus aride et de plus désolé que ce pl.tteau du Saint Gothard L'hiver y dure neuf mois ; mai- il est rare de voir le thermomètre centigra le descendre au-dessous de — 24*; quand le vent dn sud souffle pendant longtemps, il y pleut , même au mois de janvier.
On ne connaît pas l epoque précise où fut ouvert le pas-age du Saint-Golhard. En 1300 , il y avait, à ce qu'il parait, un hospice au pied de la montagne. En 1374, un abbé, qui possédait les pâturages de Fortuney , Hodont et Lucendro, fit construire au haut de la montagne un hospice et une chapelle dédiés à saint Gothard. Frédéric Bon ornée y
envoya le premier prêtre en 1602, et y lit construire, en 16J9, une maison qui resta abandonnée de 1648 à I68J. Les efforts du cardinal Visconti, auquel se joignit Uri, parvinrent, l'année suivant**, à faire établir définitivement l'hospice, desservi par deux pères capucins. Une avalanche J'empora, en 1775, avec la chapelle et une grande écurie -, rétabli deux ans après, il fut détruit par les Français qui brûlèrent, pour se chauffer, tout le bois qu'il renfermait. Depuis cette époque jusqu'à ces années dernières, aée construit l'hospice actuel, à peu de distance duquel s'élève une auberge (doyaita < nouvellement bâtie, et tenue par un Tessinois (malpropre). — Près de quatre mille voyageurs pauvres sont reçus par an à l'hospice.
Le trou d'Un.
Pendant plusieurs siècles, la route du Saint Gothaid fut l'un dts passages les plus frvquentés des Alpes, la voie de communication la plus irecteet la plus commode entie Bal , Zurich, la Suisse septentrionale et la Lombardie , entre une partie de l'Allemagne et les villes importantes de Milan et de Gènes. Environ seize mille voyageurs et neuf mille chevaux la traversèrent encore en I8u0 et durant les années suivantes ; mais, comme elle n'était alors qu'un simple chemin de piétons et de mulets , elle fut presque entièrement abandonnée après la construction des grandes routes de voilures du Simplon.
du Bplflgen et du Bernardmo. Enfin Uri et le Tessin comprirent que leurs intérêts bien ent ndus les obligeaient en quelque sorte à convertir le chemin de piétons en
une route de voitures, qui pût rivaliser avec les routes nouvelles des montagnes voisines. Commencée en f 820 , la route actuelle fut corn plé temenl achevée et ouverte, en 1832, aux frais d'une compagnie formée dans le canton d Uri et dans les cantons environnants, par un ingénieur d'Altorf, nommé Muller.
Elle a une largeur moyenne de 6 mètres. La circulation n'y est maintenant interrompue que pendant les plus mauvais jours de l'hiver. Dès que le temps reievieut beau, c'est-àdire quand le veut s'apaise et que la neige cesse de tomber, les habitants d'Andermalt, d'Hospenthal et d'Airolo s'empressent de rétablir les communications un moment suspendues. L'époque la plus dangereuse de l'année pour la traverser est le printemps. On ne doit pas alors s'y aventurer sans avoir pris conseil des habitants; car il y tombe souvent des avalanches, surtout dans les gorges les plus resserrées. Mais en, été, il n'y a aucun danger à craindre. — Les diligences descendent partout au trot, tant les pentes ont été bien ménagées.
Non loin de l'hospic^ on traverse
le Tessin qui descend à l'E. du lac Sella (2231 met.) — ou ne voit pas ce lac de la route — et de nombreuses terrasses en zigzags conduisent dans la gorge sauvage nommée le Val Tremola , en ail. Triimenthal (vallée tremblante). Cette gorge, dans laquelle le Tessin forme plusieurs cascades, est très-exposée aux avalanches. De tristes catastrophes y sont arrivées. Un des passages les plus dangereux est appelé Buco dei Calanchetti, parce qu'une troupe de vitriers du Val Calanca, étant partie de l'hospice en dépit des conseils et des avertissements des habitants, y fut ensevelie sous la neige; en 1478, une avalanche y emporta un détachement de soixante soldats suisses; en 1624, une autre avalanche y engloutit trois cents personnes.
Près du dernier zigzag, les mots Souwarow Victor, gravés en larges lettres sur le rocher, rappellent le souvenir de la victoire que les Russes remportèrent en cet endroit, dans la campagne de 1790. Les grenadiers russes furent pendant quelque temps arrêtés par le feu des tirailleurs français postés derrière les rochers. Le vieux Souwarow, indigné d'être battu pour la première fois de sa vie, fit creuser une tombe, et, s'y couchant, déclara qu'il voulait être enseveli sur le lieu où ses enfants avaient été repoussés. A ces mots, ses soldats jurèrent d'être vainqueurs, et, s'élançantsurses traces, ils tinrent presque aussitôt leur sénnent. Les Français se virent obligés d'abandonner leur position.
Après avoir dépassé le troisième pont jeté sur le Tessin, et quitté la gorge du Val Tremola, on peut, près d'un refuge nouvellement construit, suivre, pour gagner Airolo, l'ancienne route de mulets , beaucoup plus courte que la route de voitures, qui fait de longs détours sur les flancs de la montagne ; en ce cas, on descend dans le Val Bedretlo parla forêt de Piotella. — On découvre^ mesure que l'on des-
cend, de belles vues sur le Val Bedretlo et sur le Val Levantina.
2 h. à 2 h. 30 min . (3 h. à la montée) Airolo, en ail. Ericlx (hôt. : Potte).
v. de 1932 hab. cath., Italiens par le langage et les mœurs, situé à 1179 met., sur le versant S. du Saint-Gothard, et sur le Tessin, à 20 min. du confluent des deux bras de ce torrent, qui descendent du Val Bedretto et du Saint-Gothard.
A Obergestelen dans le Valais , par le passage de la Nufenen, R. 109; — à Pommât dans le Val Formaixa, R. 1 iO ; — à Fusio dans le Val Lavixxara, R. 181, — à Dissentis, par l'Uomo et la vallée de Medels, R. 234.
N. B. Outre la grande route du Saint-Gothard, un sentier, qui n'est praticable que pendant Tété, conduit en 5 ou 6 h. d'Airolo à Andermatt en remontant le Val Canaria, intéressant surtout pour les géologues, entre les montagnes de Fonjio, de Taneda, de Scipsiusetde Sella, traverse la gorge du même nom , qui sépare cette dernière montagne de l'arête du Puntenero, et descend par l'Unteralp à Andermatt (F. ci-dessus).