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venus trop roides : ils fondent, s'évaporent et disparaissent alors en peu de temps.
Fleurs. — Lorsque, le soir, la température tombe au-dessous de zéro, tous les petits filets qui courent à la surface d'un glacier et toutes les gouttières qui se déchargent sur leurs flancs s'arrêtent, la surface des flaques d'eau dormante se congèle, le glacier se hérisse de toutes parts de petites aiguilles de glace résultant de la congélation de l'eau qui remplissait pendant le jour toutes les fissures comprises entre les fragments anguleux dont se compose le glacier. Les habitants des Alpes donnent le nom de fleurs du glacier à ces bouquets d'aiguilles de glace qui1 affectent souvent les formes les plus variées. Dès le matin, toutes les fleurs disparaissent avec le retour de la chaleur : les petits filets d'eau reprennent leurs cours, les flaques se dégèlent, et la surface du glacier reprend l'aspect animé qu'elle a habituellement pendant les jours de l'été.
La neige rouge. — La neige rouge, signalée pour la première fois par de Saussure, ne fait pas partie de la glace des glaciers : c'est un corps étranger qui se développe à la surface, et qui, scientifiquement parlant, n'a pas plus de rapport avec le massif des glaces que les plantes et les animaux n'en ont avec les couches minérales de la terre. Des observations et des études de M. Schuttieworth sur ce cuneux phénomène (Biblioth. univ. de Genève, fév. 1840), il résulte que cette couleur n'est pas donnée à la neige par des globules inanimés de protococcus, comme on l'avait pensé jusqu'alors, mais par des corps organisés, de forme et de nature diverses, appartenant au règne végétal, mais surtout au règne animal. Ce fait si remarquable de l'existence dans la neige d'un nombre infini d'êtres microscopiques et évidemment animés, à une température rarement élevée de plus de quelques degrés au-dessus de zéro, et souvent au-dessous, i&ontre combien la science a encore de phénomènes à découvrir et de mystères à expliquer.
Vogt et Rougemont , à la suite d'observations faites au glacier de ! Interaar, ont cru pouvoir établir en fait que la neige rouge se compose principalement de petits infusoires du genre des discerœa, * distinguant par une carapace siliceuse, ovale, et deux appendices *n forme de trompes au moyen desquels ils se meuvent*.
Voûtes, — A l'extrémité inférieure de la plupart des glaciers, on
l. Outre ces infusoires, on a constaté sur les glaciers l'existence d'une poussière complètement inorganique, et des pucerons, découverts, pour la première fois, ;*r M. Desor, au Mont-Rose (desoria glacialis). Voir les Alpes de Tscnudi, traduction Vooga, p. 579 et suit.
INTRODUCTION
remarque une voûte terminale plus ou moins belle et spacieuse, par laquelle s'échappent les eaux de tous les torrents qui coulent sous le glacier ou à sa surface. « Ces eaux sont en général, dit Ébel, d'un bleu blanchâtre, parce qu'elles charrient toujours de nombreuses particules de quartz, de feldspath, de mica et d'autres espèces de roches. » Quant aux voûtes, à peine visibles en hiver, elles atteignent quelquefois, au printemps et en été, une hauteur d'environ 30 mèt. et une largeur de plus de 20 mèt. ; mais leur forme et leur grandeur varient suivant la pente du glacier et suivant les agents qui les créent, qui les agrandissent et qui les diminuent, c'est-à-dire les eaux, les vents chauds et les sources. Presque toujours elles occupent le milieu du glacier, les eaux cherchant naturellement le niveau le plus bas, situé d'ordinaire au milieu de la vallée ; parfois, cependant, elles ne sont pas centrales. Enfin, les glaciers qui se terminent à de grandes hauteurs n'en ont pas; ceux qui sont très-inclinés à leur extrémité n'en ont que de tres-petites et de très-peu stables ; les plus spacieuses, 1rs plus solides et les plus belles, sont celles des glaciers peu inclinés.
On s'expose à un danger réel en s'approchant de ces voûtes, car il s'en détache fréquemment des blocs de glace, dont la chute peut être occasionnée par le moindre choc. La voûte du glacier des Bois, l'une des plus grandes et des plus belles qui existent, est peut-être la plus accessible de toutes, quoique la masse d'eau qui en sort empêche de pénétrer dans l'intérieur. Il en est d'autres sous lesquelles on s'avance beaucoup plus loin. Hugi a parcouru un espace de plus d'un quart de lieue carrée sous le glacier d'Uraz, près du Titlis. Les couloirs, de dimensions très- variables, avaient de 80 cent, à k ruèt. de hauteur.
Du mouvement des glaciers. — Les glaciers se meuvent constamment dans le sens de leur pente. C'est un fait dont l'observation ne permet pas de douter1; toutefois, on ne connaît pas encore Tétendue du trajet qu'ils parcourent dans un temps donné , et il s'en faut de beaucoup que les savants soient d'accord sur les causes de leur marche progressive. Ainsi, Gruner, de Saussure et Escher de la Linth, pensent qu'ils glissent sur leur fond, en vertu de leur propre
t. M. Forbes a constaté ce fait sur la mer de glace de Chamonix; mais c'est sur les glaciers de l'Aare que les observations ont eié continuées avec le plus de soin et de persévérance. MM. Agassiz etDesor, aides du concours de MM. Wild, Otz et Dollfus-Ausset, *e sont occupés pendant plusieurs étés consécutifs de cette question; ils ont reconnu que, dans sa partie moyenne, ce glacier avance de 7» mèt. par an. Vers l'extrémité intérieure, la vitesse de la progression se ralentit au point de n'être plus que de 39 met.; elle s'accélère au contraire un peu vers le haut. — Le glacier parcourt annuellement un espace de 75 mèt.
LES GLACIERS
pesanteur, et que ce glissement est favorisé par les eaux au fond de leur lit; d'un autre côté, Scheuchzer, M. Biselz, prieur du Saint- Bernard {Annales de physique de Gilbert, vol. LX1V, p. 183), M. de Charpentier, et plus récemment encore M. Agassiz (chap. xn), ont attribué leur marche à la dilatation de l'eau imbibée dans leurs fissures et leurs crevasses. D'après ce dernier système, le mouvement des glaciers suppose des alternances fréquentes de chaud et de froid. Or, dans la région des glaciers, ces alternances ne se produisant que pendant les mois chauds de Tété, il en résulterait, par conséquent, que le mouvement des glaciers ne pourrait s'opérer que pendant cette saison, et que l'hiver serait pour les glaciers une époque de repos. D'autres observateurs prétendent, au contraire, que les glaciers cheminent aussi bien en hiver qu'en été. Dans l'opinion de M. Forbes, un glacier est un fluide imparfait ou un corps visqueux poussé en avant sur des pentes d'une certaine inclinaison par la pression mutuelle de ses parties.
MM. Tyndall et Huxley combattent la théorie de la viscosité et croient que la progression des glaciers doit être attribuée uniquement aux phénomènes de clivage, c'est-à-dire à cette propriété qu'ont certains corps, les schistes par exemple, de se partager en lames parallèles. Dans la glace, les plans de clivage sont toujours perpendiculaires à la force de plus grande pression ; de temps en temps, sous le poids des masses qui les poussent, les lames de glace se détachent et tombent ou glissent en avant; quelquefois elles se brisent ; niais les fragments, comprimés par le poids des glaces supérieures, se ressoudent toujours par un phénomène de c regel, » et le glacier ne cesse pas d'être un corps compacte . .
La température des glaciers. — La température étant l'agent essentiel de la formation des glaciers, de leur extension et de leur mouvement, il serait important de connaître exactement les causes qui peuvent modifier les conditions si variées de l'atmosphère et du wl dans les hautes Alpes. Malheureusement, les observations manquent. De celles que M. Agassiz a faites sur le glacier inférieur de * Aare, dans une cabane construite à cet effet près de la moraine médiane qui sépare les glaciers du Schreckhorn et du Finsteraarhorn, à une élévation d'environ 2,kkk mèt. , il résulte qu'à une certaine profondeur la température de la glace d'un glacier est constamment lu-dessous de zéro ; que, pendant le jour, lorsque la température extérieure est au-dessus de zéro, celle du glacier s'élève à zéro dans les couches superficielles ; que ces oscillations sont presque toujours journalières durant l'été, et que, par conséquent, l'eau qui pénètre
INTRODUCTION
dans la masse du glacier doit passer et passe réellement à l'état de glace. Quant aux filets d'eau qui courent sur la surface du glacier, leur température ne s'élève jamais au-dessus de zéro, quel que soit d'ailleurs le degré de la température extérieure ; seulement, lorsque ces filets d'eau se réunissent de manière à former des torrents, leur température s'élève, ainsi que celle de l'eau des baignoires chargées de limon, de sable ou de gravier.
La surface d'un glacier devient humide et fond par une température de l'air extérieur qui n'excède pas un degré ; cependant il arrive souvent que la température extérieure s'élève considérablement sans que le glacier paraisse s'humecter. Lorsque l'air est très-sec, la glace, au lieu de se fondre, se transforme immédiatement en vapeur d'eau par l'effet de l'évaporation, et la surface du glacier demeure sèche.
On a beaucoup discuté sur les causes de la fonte des glaciers à leur partie inférieure. De Saussure l'attribue en grande partie à la chaleur intérieure de la terre; mais M. Bischof a démontré que cet agent ne doit exercer qu'une très-faible influence sur la température du sol à la surface inférieure du glacier, et qu'en général la fonle produite par un pareil effet ne peut avoir lieu qu'à des niveaux où la température moyenne du sol est au-dessus de zéro, c'est-à-dire, dans les Alpes, à une hauteur maxima d'environ 2,000 mèt. En faisant abstraction de l'influence des courants inférieurs, on peut en conclure, selon M. Agassiz, que tous les glaciers dont l'extrémité inférieure n'atteint pas 2,000 mèt. ne doivent pas fondre à leur surface inférieure, mais seulement par la surface supérieure et par les flancs pendant l'été.
L'influence réfrigérante de la masse du glacier ne s'étend guère au delà des limites de ses bords : c'est du moins ce qui résulte de quelques observations de M. Bischof , qui a trouvé la température du sol à 8° 5'. à cent pas de distance d'un glacier, tandis qu'au bord môme de la glace elle était de 2°. Au contraire, la température des rivières et des fleuves qui découlent des glaciers se maintient pendant très- longtemps froide.
Ainsi les eaux de la Viége étaient :
A la sortie du glacier de Zermatt, le matin au-dessous de zéro, la journée, à l°5\
A une lieue du glacier, le matin, un peu au-dessus de zéro.
A deux lieues (l'air étant a 9'), à t»7.
A T*sch ( — à &•), à 2'.
A Berbringen ( — à »•), à 2".
A Stalden i sept lieues) ( — à 14*), à 5°.
LES GLACIERS. LXXI
Des oscillations des glaciers. — La fonte et l'évaporation maintiennent les glaciers dans certaines limites qui varient peu de nos jours.Mais des faits nombreux recueillis par plusieurs observateurs, et surtout par M. Yenetz, dans son Mémoire sur la variation de la température des Alpes ( Uenkschriften der Schweizerischen Gesellschaft, première partie; Zurich, 1833), démontrent jusqu'à l'évidence :
1° Que certains glaciers ont pris, depuis plusieurs siècles, une extension assez considérable pour fermer complètement des passages jadis très-praticables, môme avec des chevaux ;
2° Que d'autres glaciers, au contraire, se sont retirés en deçà de leurs anciennes limites.
Ainsi, le col de la Fenêtre (de la vallée de Bagnes, dans le Val Pellina), les passages de la vallée d'Hérens à Zermatt, de la vallée de Saas à celles d'Anzasca et d'Antrona, de Grindelwald à Vi esc h, etc., ouverts pendant les xr, xn% xiii*, xivc et xv" siècles, sont devenus difficiles au commencement du xvmc siècle', et inaccessibles, les uns aux chevaux, les autres aux piétons, durant le cours de ce même Hècie.
Ainsi, au contraire, d'anciennes moraines plus ou moins éloignées de l'extrémité actuelle des glaciers, prouvent que les glaciers qui les ont accumulées, occupaient jadis tout l'espace compris aujourd'hui entre ces moraines et leur limite actuelle.
Durant ces derniers temps, les oscillations des glaciers ont été trèssensibles : les uns augmentent, les autres décroissent. Pour ne citer ?ne peu d'exemples, le glacier inférieur de l'Aare continue à s'étende, tandis que le glacier supérieur diminue; le glacier de Gorner a envahi les prés d'Aroleit; le glacier de Findelen, au contraire, a considérablement diminué ; à trois époques différentes, le glacier du Rhône a diminué de 234 mèt. M. Venetz attribue ce phénomène à la différence d'inclinaison des glaciers ; M. Agassiz pense que les oscillations des glaciers ne sont, en résumé, qu'un effet de compensation résultant, d'une part, de leur marche progressive, et, de 'autre, de la décomposition qu'ils subissent à leur extrémité.
En réunissant tous les faits, on ne peut s'empêcher de reconnaître une certaine périodicité dans les oscillations des glaciers ; mais rien ne prouve que cette périodicité soit régulière, comme le prétendent quelques habitants des Alpes. Quelle est la cause de ce phénomène si remarquable , la science l'ignore encore, et nous ne pouvons que répéter ici ce qu'écrivait de Saussure, il y a plus d'un demi-siècle : * Ce ne sera qu'après avoir rassemblé beaucoup de faits, et les avoir comparés avec une grande exactitude pendant une longue suito
LXXII INTRODUCTION
d'années, que Ton pourra décider avec certitude si la masse totale des glaces augmente, diminue ou demeure constamment la même. »
Après avoir ainsi décrit et essayé d'expliquer, à l'aide des travaux scientifiques les plus récents, les principaux phénomènes que présentent les glaciers, qu'il nous suffise, — sans sortir des limites que nous nous sommes imposées, c'est-à-dire sans tenter de pénétrer dans le domaine de la science, — de résumer ici en quelques mots une théorie toute moderne, car elle ne date que de ce siècle. MM. Venetz, de Charpentier, Agassiz, Martins et d'autres géologues, pour expliquer certains faits extraordinaires, tels que le transport des blocs erratiques, le poli de certaines roches (les roches striées ou moutonnées), l'existence d'anciennes moraines dans les lieux où il n'existe plus de glaciers, etc., soutiennent qu'à une certaine époque l'Europe entière s'est couverte de glace ; que cette époque est celle de la disparition des grands mammifères que l'on trouve déposés dans les graviers glacés du Nord ; qu'elle a dû précéder le soulèvement des Alpes; mais que le retrait des glaces, les surfaces polies, les moraines et la dispersion des blocs erratiques jusqu'au sommet des hautes montagnes, sont des phénomènes postérieurs à l'élévation des Alpes à leur niveau actuel.
« L'apparition de ces grandes nappes de glace, dit M. Agassiz (p. 314), a dû entraîner à sa suite l'anéantissement de toute vie organique à la surface de la terre. Le sol de l'Europe, orné naguère d'une végétation tropicale, et habité par des troupes de grands éléphants, d'énormes hippopotames et de gigantesques carnassiers, s'est trouvé enseveli subitement sous un vaste manteau de glace recouvrant indifféremment les plaines, les lacs, les mers et les plateaux. Au mouvement d'une puissante création succéda le silence de la mort. Les sources tarirent, les fleuves cessèrent de couler; et les rayons du soleil, en se levant sur cette plage glacée (si toutefois ils arrivaient jusqu'à elle), n'y étaient salués que par les sifflements du vent du nord et par le tonnerre des crevasses qui s'ouvraient à la surface de ce vaste océan de glace. Mais cet état des choses eut sa fin : une réaction s'opéra; les masses fluides de l'intérieur de la terre bouillonnèrent encore une fois avec une grande intensité ; leur action se fit sentir dans la direction de la chaîne principale des Alpes, dont les roches furent altérées de diverses manières, et soulevées jusqu'à leur hauteur actuelle avec la croûte de glace qui les recouvrait.... La température devint plus forte, les saisons alternèrent de nouveau.... Puis commença cette longue série de phéno
LES GLACIERS