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INTRODUCTION
de la Valserine dans le Rhône, et finit vers les Clées, sur la rive dr. de l'Orbe; \a."seconde^ longue de 15 lieues et large de 3, part de l'embouchure du Séran dans le Rhône, à PO. de Seyssel, et se continue jusque dans les environs de Boudry (canton de Neuchâtel), rive droite de la Reuse; — la troisième s'élève insensiblement au S. 0. de Pontariier, près de la source de la Reuss, et s'étend jusqu'au milieu du canton d'Àrgovie, où elle s'arrête sur la rive gauche de l'Aare. Cette dernière chaîne a 33 lieues de long et environ 2 lieues de large.
Enfin, sur la rive droite de l'Aare, se trouvent le Uegern (canton de Zurich), qui appartient à la même formation que le Jura, et qui se relie au Randen (canton de Schaffhouse).
Le Jura est presque entièrement composé d'un terrain calcaire particulier qui se retrouve aussi dans différentes parties de l'Europe, où il est connu sous le nom de Terrain jurassique. Du côté de la Suisse, sur les couches supérieures de ce terrain calcaire, on remarque un nombre considérable de blocs de granit ou d'autres roches des Alpes, dont le plus gros, celui de Pierre-à-Bot, près de Neuchâtel, est élevé d'environ 700 mèt., et n'a pas moins de 1713 mèt., 865 cubes. Comment ces blocs ont-ils été transportés ainsi du sommet des Alpes dans le grand bassin suisse et sur les flancs du Jura? Sont-ce des courants qui les y entraînèrent, des éruptions volcaniques qui les y ont lancte? Y ont-ils glissé sur des pentes inclinées détruites aujourd'hui, ou enfin sur des nappes de glaces entièrement fondues, comme le prétend M. Agassiz? (V. §111, les Glaciers.) Ces questions, la science moderne n'a pas encore pu les résoudre. Mais, comme l'a dit M. Dollfus-Ausset, « on peut espérer et entrevoir la fin prochaine de débats qui ne sauraient se prolonger en présence de faits incontestables, de preuves évidentes, recueillis de toutes parts à l'appui de la théorie glaciaire et confirmés chaque jour par de nouvelles observations. »
Les sommités les plus élévées du Jura n'atteignent nulle part la véritable région alpine ; elles se dépouillent chaque année de leurs neiges pendant plusieurs mois ; cependant on voit en quelques endroits des cavités naturelles où de petites flaques de neige ne fondent jamais entièrement1.
Considérée sous le rapport de la végétation, la Suisse peut être divisée en sept régions principales.
1. On trouvera, dans le 1" volume de V Alpine Guide de M. Bail, deux intéressantes monographies sur la Géologie des Alpes, par M. Desor. et la Zoologie alpestre , par M. Carter.
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I. La région des vignes. Limite supérieure, 552 met., et môme dans le canton de Zurich, et près du lac de Thun, 584 mètres.
II. La région montagneuse inférieure, ou la région des chênes. On y trouve des noyers. La culture de l'épeautre y est plus considérable que celle du froment. Les prairies donnent deux récoltes de foins et les regains. Limite supérieure, 807 mèt.
III. La région montagneuse supérieure, ou des hêtres. Le seigle et l'orge y prospèrent ; les pommes de terre y viennent petites, mais bonnes ; les pâturages y sont abondants et excellents. Suivant les expositions, quelques arbres fruitiers atteignent et dépassent môme les limites de cette région. Limite supérieure, 1332 mèt.
IV. La région subalpine ou des sapins. L'hiver y dure huit à neuf mois. La pomme de terre et quelques plantes potagères s'y cultivent encore. Aux sapins, à l'érable, au sorbier, etc., succèdent le mélèze, le pin rabougri et les saules des Alpes. Limite supérieure, 1786 mèt.
V. La région alpine inférieure. Plus de culture, mais des plantes rares et de magnifiques pâturages. Limite supérieure, 2111 mèt.
VI. La région alpine supérieure. Ni printemps ni automne ; été de cinq semaines. Plaques de neige qui ne fondent jamais. Magnifiques plantes. Limite supérieure, 2708. mèt.
VII. La région des neiges éternelles , qui commence à 2708 mèt., et qui ne finit qu'au sommet des plus hautes montagnes. On n'y trouve que des mousses et des lichens.
§ III. Les glaciers.
Les glaciers sont ces amas de glaces éternelles qui se forment et se conservent en plein air dans les vallées et sur les pentes des hautes montagnes. Les Allemands les appellent gletscher; les habitants des Grisons, tcader, wadrel, vedreg (du mot roman vadrac) ; les Tyroliens, firn ou ferner; les montagnards des Alpes italiennes, vedretli; les Romans, glacar, les Carinthiens, kœss, les Lapons, jegna; les Islandais, jxckel; les Norvégiens, gykel; enfin, dans les Pyrénées, on les nomme serneilles.
Bien qu'ils soient l'un des phénomènes les plus curieux et les plus extraordinaires de la nature dans les hautes Alpes, les glaciers n'avaient été jusqu'à ces dernières années l'objet que d'un très-petit nombre d'observations scientifiques. Malgré les remarquables travaux de : Simler (de Alpibus) ; Scheuchzir, l'illustre physicien de Zurich; Gruner {Die Eisgtbirge des Schweizer landes, 3 vol. in-8". Berne, 1760); de Saussure {Voyages dans les Alpes); et, parmi les con-
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temporains, de MM. Hugi, Venetz, de Charpentier, Rendu, Agassiz, Martins, Forbes,Studer, Dollfus-Ausset, Tyndall, il n'est peut-être aucun point de l'histoire des glaciers sur laquelle la science fournisse des données certaines ; les opinions et les théories sont presque aussi nombreuses que les observateurs.
Des glaciers en général. — Dans la zone où se trouve située la Suisse, les glaciers ne peuvent se former que sur les hautes Alpes, sous l'influence d'une température moyenne au-dessous de 0, et lorsque certaines circonstances se trouvent réunies. Parmi ces circontances, on distingue surtout les agents atmosphériques, la forme, la position et la structure des montagnes. Ils n'arrivent pas tous au môme niveau; les uns s'arrêtent entre 2300 et 2000 mètres; d'autres, au contraire, descendent jusqu'à moins de 1000 mètres. Leur longueur varie également, ainsi que leur largeur. Les plus petits ont toujours au moins un quart de lieue de long et près d'un quart de lieue de large; les plus grands, six à dix lieues de long sur une lieue et une lieue et demie de large ; mais , en général , ils se rétrécissent vers leur extrémité inférieure. Quant à leur épaisseur, elle parait aussi très-variable. Hugi l'évalue, en moyenne, à 27 et à 32 mètres pour la partie terminale, et à 38 mètres et même 68 mètres pour la partie supérieure.
« Les conditions les plus favorables à la formation des glaciers existent, dit M. Agassiz, lorsque plusieurs hautes montagnes se trouvent tres-rapprochées ; telles la Jungfrau, l'Eiger, le Mœnch, le Finsteraarhorn , le Schreckhorn, dans l'Oberland bernois; le Gœrnerhorn, le Mont-Rose, la Lyskamm, etc., dans la chaîne du Mont- Rose; ou bien le Mont-Blanc, l'Aiguille du Midi, le Dôme du Goûter, le Pic du Géant, etc., dans la chaîne du Mont-Blanc. Il arrive alors que non-seulement les sommités, mais même les plateaux et les vallées intermédiaires, se recouvrent de glaciers jusqu'à des niveaux où probablement il n'en existerait point si les hautes cimes étaient plus éloignées l'une de l'autre. De vastes plateaux, qui ont dix, vingt et même trente lieues carrées, ne présentent ainsi qu'une surface continue de glaces , du milieu de laquelle les crêtes et les cimes des plus hautes montagnes s'élèvent comme des lies volcaniques du milieu de l'Océan. Ce sont ces vastes étendues de glaciers auxquelles ou donne le nom de mers de glace (Eismeeren). Ces mers de glace détachent, sur toute leur circonférence, des émissaires qui descendent par les gorges et les anfractuosités des montagnes dans les régions inférieures. Ce sont des glaciers proprement dits; leur nombre est très-variable et dépend essentiellement de la structure
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des massifs recouverts par les mers de glace.» — M. Mayer de Knonau compte en Suisse 608 glaciers proprement dits : 370 dans le bassin du Rhin; 137 dans le bassin du Rhône; 66 dans celui de l'Inn, et 35 dans ceux des fleuves qui se jettent dans l'Adriatique. Ébel, essayant de calculer d'une manière approximative l'étendue de leurs surfaces, a trouvé que la partie des Alpes comprise, dans la Suisse, entre le Mont-Blanc et les frontières du Tyrol, doit former une mer déglace de plus de 138 lieues carrées. «Tels sont, ajoute-t-il, les réservoirs intarissables qui entretiennent les plus grands et les principaux fleuves de l'Europe. »
Parmi les glaciers les plus nouveaux , M. Tschudi cite la Neige Bleue du Saentis ; le Dreckgletscherli du Faulhorn , qui augmente rapidement; les grands résidus d'avalanches, près do la Binna, audessus d'Ausser-Binn (Valais), dont l'un, depuis douze ans, s'est déjà, à sa base, transformé en glacier ; etc., etc.
Leur structure. — La glace des glaciers ne ressemble en rien à la glace ordinaire qui, par un froid rigoureux, se forme sur les lacs, les étangs ou les rivières de l'Europe. Au lieu d'être glissante et polie, elle est inégale à sa surface, le plus souvent ridée ou striée, rarement tout à fait lisse, composée enfin d'une multitude de fragments angulaires de glace, qui ont d'ordinaire de 20 à 50 centimètres de diamètre , et qui sont séparés les uns des autres par des fissures capillaires innombrables. A mesure que l'on s'élève vers la partie supérieure des glaciers, ou voit ces fragments dinûnuer de volume et se réduire enfin à de simples granules ; la masse entière passe alors à l'état d'une neige grenue, que les habitants des Alpes françaises appellent névé, et que l'on désigne en allemand sous le nom de firn. Le névèy ajoute M. Agassiz, est en quelque sorte une forme intermédiaire entre la glace et la neige , qui n'existe que dans les hautes régions.... Les glaciers ne sont, pour ainsi dire, que des transformations de névés opérées par l'eau de la manière suivante : quoique la température moyenne des régions où régnent les névés soit de beaucoup au-dessous de zéro , le soleil parvient cependant à en fondre annuellement une partie pendant les mois chauds de l'été. L'eau qui résulte de cette fonte s'infiltre dans la masse, où, remplaçant l'air que le névé contient en abondance, elle se congèle pendant la nuit, et transforme ainsi une partie du névé en une glace d'abord peu compacte , mais qui gagne de plus en plus en consistance et en épaisseur, à mesure que de nouvelles eaux viennent s'y infiltrer et que la masse entière chemine. La transformation du névé en glace s'opère généralement de bas en haut, par la raison fort simple que
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l'eau, tendant continuellement à descendre, c'est la partie inférieure du névé qui s'imbibe la première. »
De ce fragment emprunté à l'ouvrage de M. Agassiz, il résulte que le névé ne peut se transformer en glace qu'à l'aide de l'eau, soit que cette eau provienne de la fonte de la croûte supérieure ou des pluies. D'un autre côté, s'il est vrai que l'eau soit indispensable pour transformer le névé en glacier, il est également vrai que la glace des glaciers ne saurait se former directement de l'eau, et c'est en quoi elle diffère de la glace ordinaire. En effet, la glace qui se forme pendant les nuits d'été sur les petits cours d'eau et les creux de la surface d'un glacier, ne ressemble en rien à celle du massif de ce glacier. Enfin, un autre caractère propre à la glace des glaciers, et qui tient à son mode de formation , c'est qu'elle est stratifiée. Tous les glaciers , avant de passer à l'état de glace compacte , ont donc été, ajoute encore M. Agassiz, à l'état de névé ; mais le névé lui-môme ne parait pas être la forme primitive ; il n'est qu'une modification de la neige opérée par la gelée. »
Hugi croit que la limite inférieure des névés, c'est-à-dire la ligne au-dessous de laquelle on ne les trouve pas, est extrêmement constante. D'après ses calculs, cette ligne, qu'il propose de substituer k celle des neiges éternelles, ne dépasse pas 2290 mètres sur le versant N. des Alpes, et 2306 mètres sur le versant. S. De son côté, M. Agassiz prétend que cette ligne n'est nullement appréciable, puisque, selon ses propres observations, elle varie de plus de 500 mètres, d'une part, suivant la position des lieux, et, d'autre part, suivant les années, dans les mêmes lieux, autant, en un mot, que les influences qui tendent à transformer les névés en glace.
Aspect extérieur des glaciers. — Non-seulement les glaciers, quoique composés d'éléments semblables et formés par des causes analogues, présentent chacun un caractère particulier, résultant de la disposition de leurs crevasses , de leurs aiguilles , de leurs moraines, et de plusieurs autres accidents, mais encore ils changent d'aspect d'une année à l'autre , pendant une saison , quelquefois même du matin au soir, ou du soir au matin. Une mobilité si frappante dépend , d'abord , de la structure diverse de la glace dans les différentes parties du glacier ; puis , de l'influence des agents atmosphériques , de la neige, etc. ; tous cependant ont leurs flancs plus ou moins inclinés vers les parois entre lesquelles ils sont encaissés ; cette inclinaison , produite par l'effet de la fonte ou de l'évaporation accélérée qu'occasionne la chaleur que ces parois réfléchissent sur le glacier, est d'autant plus sensible que les glaciers sont plus étroits.
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Leur couleur. — Aucun glacier n'est parfaitement blanc ; vus de loin, ils ont généralement une teinte bleuâtre ou verdâtre, plus intense sur les parois des aiguilles et dans l'intérieur des crevasses qu'à la surface. Lorsqu'on se trouve sur le glacier même, la surface qui n'est point recouverte par les moraines parait d'un blanc mat. Enfin, à mesure que l'on remonte le glacier, et que la glace devient moins compacte, les teintes perdent insensiblement de leur intensité, et le bleu des crevasses, de moins en moins foncé, de plus en plus mat, se transforme en un vert d'une rare beauté. Quelles sont les causes qui déterminent ces teintes variées ? La science n'a pas encore résolu ce curieux problème. Ce n'est pas l'azur du ciel, comme on Ta prétendu, car les glaciers conservent leur couleur par un temps couvert.
Crevasses. — Tous les glaciers ont des crevasses, c'est-à-dire d'énormes fissures qui tantôt traversent la masse de glace de part en part, tantôt ne pénètrent que jusqu'à une certaine profondeur. Seulement, le nombre , la forme, les dimensions et la disposition de ces crevasses varient à l'infini dans les divers glaciers et dans les différentes parties d'un même glacier, selon l'inclinaison plus ou moins considérable de la forme et du fond de la vallée. En général, ou les enjambe ou on les saute sans peine et sans danger , mais on en rencontre parfois de tellement larges qu'il faut ou les tourner ou les franchir avec des échelles. Dans son voyage au Mont-Blanc, de Saussure en observa une qui avait plus de 32 mètres de largeur, et dont on ne voyait le fond nulle part. Cependant, il parait à peu près certain que la profondeur moyenne des crevasses ne dépasse pas 30 à W mètres. Les plus grandes, celles surtout qui séparent les glaciers des rochers, se nomment des rimayes, les Allemands les appellent Bergschrund.
On raconte en Suisse ou en Savoie une foule d'histoires plus ou moins tragiques d'étrangers et de chasseurs disparus dans ces gouflres toujours béants ; mais pour les voyageurs qui ont un bon guide, et qui prennent toutes les précautions que conseille la prudence, les crevasses ne deviennent réellement redoutables que lorsqu'elles sont recouvertes d'une couche de neige fraîche. Dans le tome II de son Voyage dans les Alpes, de Saussure raconte le danger qu'il courut en enfonçant jusqu'au cou au milieu de la neige, rattwllie par le soleil , qui fermait entièrement l'ouverture d'une immense crevasse. Il se trouvait moiti4 assis , moitié à cheval , et son pied droit ne portait plus sur rien. Son sang-froid et la présence d'esprit de ses guides le sauvèrent.
peu de savants se sont occupés des causes qui déterminent la
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formation des crevasses. Hugi les attribue à une tension excessive résultant des alternances de chaud ou de froid; M. Agassiz pense, de son côté, que c'est essentiellement à la différence de température qui règne dans les diverses couches de glace, qu'il faut demander l'explication de ce phénomène.
Du reste, les crevasses sont, comme les autres accidents des glaciers, soumises à des variations extraordinaires. D'une année à l'autre, elles changent de forme, de dimension et de profondeur. Les anciennes disparaissent pour faire place à de plus récentes. Quelques-unes même s'ouvrent spontanément pendant le jour ou pendant la nuit. De Saussure raconte (tome IV), qu'à son retour du Mont- Blanc il fut obligé de descendre une pente de neige inclinée de 50 degrés pour éviter une crevasse qui' s'était ouverte pendant son voyage. Hugi en vit s'ouvrir une spontanément sur le glacier inférieur de l'Aare, près de sa cabane. Elle parcourut en un instant des distances de 3 à 6 mètres.
Entonnoirs. — Il existe à la surface des glaciers une autre sorte d'ouverture qu'il ne faut pas confondre avec les crevasses. Ce sont des espèces de puits ou d'entonnoirs de forme elliptique ou arrondie, ayant quelquefois 3 à k mètres de longueur et 1 mètre de largeur, et formés par de petits filets d'eau qui coulent sur les glaciers. On appelle baignoires ceux de ces creux que les eaux n'ont pas percés.
Aiguilles. — Les grandes crevasses ont, en général, une direction perpendiculaire à celle du glacier. Mais , comme le massif de glace chemine ordinairement moins vite près des bords qu'au centre, surtout lorsque l'inclinaison de la vallée augmente , il en résulte que bientôt les crevasses prennent une forme plus ou moins arquée. « Des que le fond de la vallée présente une dépression brusque, on voit aussitôt, dit M. Agassiz , la masse entière du glacier entrer dans un désordre complet, au point qu'on ne reconnaît plus ni la direction des crevasses ni celle des moraines ; les tranches du glacier se disloquent dans tous les sens et occasionnent ainsi ces figures bizarres et irrégulières qu'on appelle des aiguilles, et qui sont d'autant plus hardies qu'elles sont plus rapprochées de l'extrémité du glacier. En effet , la même raison qui fait que les crevasses sont rares dans les hautes régions , c'est-à-dire la compacité de la glace , est aussi la cause que l'on n'y rencontre point d'aiguilles. »
Moraines. — On donne , dans les Alpes de la Suisse française, le nom de moraines à ces amas de roches , de sable et de débris que Ton remarque le long des bords , à l'extrémité supérieure ou sur la
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surface même d'un glacier, et que les Allemands appellent Gandecken, Gletschersehutz et Gufferlinien. M. Agassiz les divise en latérales ou riveraines, médianes et terminales.
Les moraines , l'un des phénomènes les plus importants des glaciers, sont produites par les écoulements des montagnes qui les dominent. Leur grandeur varie suivant la fréquence des avalanches dans les diverses vallées , la nature des roches dont ces avalanches sont formées, la forme du glacier, etc. ; mais, en généra], elles augmentent à mesure qu'elles avancent vers l'extrémité inférieure du glacier, par la raison fort simple que les débris qui se détachent des parois entre lesquelles chemine un glacier, s'ajoutent continuellement à la masse mobile des moraines. Enfin, elles se rétrécissent de plus en plus vers leur extrémité supérieure et finissent même par disparaître entièrement. Cela tient surtout à la nature de la glace ; ar aussi longtemps que le glacier est à l'état de névé, les blocs qui tombent des parois environnantes, au lieu de restera la surface, pénètrent dans l'intérieur de la masse , continuellement recouverte par des couches de neige fraîche.
Selon M. Agassiz, les habitants des Alpes ont raison de dire que les glaciers repoussent à leur surface tous les corps étrangers qui tombent dans leur intérieur. Trois causes très-di verses , ajoute-t-il, contribuent à produire cet effet : l'évaporation , la fonte et la transformation de l'eau résultant de la fonte en glace compacte. Quant aux moraines médianes, que de Saussure et Hoffmann attribuent à la tendance qu'auraient les glaciers à se presser vers le milieu des vallées , où ils entraînent avec eux les terres et les pierres dont ils sont couverts (tome I), le savant géologue neuchâtelois pense qu'elles sont dues uniquement à la rencontre de deux glaciers qui confondent leurs moraines entre elles. A l'en croire, la meilleure preuve que l'on puisse en donner, c'est qu'il n'y a de moraines médianes que sur les placiers composés , tandis que les glaciers simples en sont toujours dépourvus.
Les moraines terminales diffèrent des moraines médianes et latérales en ce qu'elles ne reposent jamais sur le glacier môme ; ce sont des digues ou des remparts qui se forment en avant du glacier, et que celui-ci pousse incessamment devant lui, en accumulant tous les débris mobiles qu'il rencontre sur son passage. Elles sont toutes très- variées.
Enfin, dans quelques glaciers, les moraines latérales et médianes se dispersent à tel point qu'elles ne forment qu'une seule grande nappe de 6&>cs, recouvrant toute la surface de la partie inférieure
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des glaciers, quelquefois jusqu'à une distance considérable de leur issue.
Les crevasses exercent une influence très-marquée sur la forme des moraines médianes et latérales. En déplaçant continuellement les blocs qui les composent, elles les empêchent de s'élever comme un rempart; et, dans les parties très- escarpées du glacier, on a souvent de la peine à reconnaître les moraines au milieu des aiguilles et des déchirures sans nombre qui, ainsi que nous Pavons dit plus haut, se forment partout où la pente est considérable. Mais elles reparaissent à mesure que les crevasses se referment et que les aiguilles tombent et disparaissent. Hugi prétend, au contraire, que les moraines ne sont jamais affectées par les accidents des glaciers.
Tables. — On appelle tables des glaciers de grands blocs de pierre d'une forme plus ou moins aplatie, reposant sur un piédestal de glace et ressemblant à des tables. Les gros fragments de rochers qui, par un accident quelconque, se trouvent isolés à la surface d'un glacier, étant de bons conducteurs de la chaleur, commencent par fondre la glace sur leurs bords; puis, leur volume mettant toute la partie qu'ils recouvrent à l'abri de l'action des agents extérieurs, ils s'élèvent successivement de toute l'épaisseur de la glace qui se dissout autour d'eux par la fonte et l'évaporation, et se trouvent ainsi portés à une hauteur quelquefois assez considérable au-dessus de la surface du glacier. Mais, à mesure qu'ils s'élèvent, le soleil et les vents attaquent latéralement la colonne de glace sur laquelle ils reposent; cette colonne devient de plus en plus grêle, jusqu'à ce que, trop faible pour soutenir le poids de sa charge, elle se brise; la table tombe et glisse, puis occasionne le môme phénomène tant qu'elle n'a pas atteint le bord du glacier, où elle se confond avec la moraine. Quelques-unes de ces tables ont 6 mèt. de long et 3 ou k mèt. de large. En général, elles sont situées près desjnoraines médianes, dans les endroits où le glacier est peu incliné, et dégagées seulement du côté du S.
Cônes graveleux. — Outre les moraines et les tables, on remarque parfois sur la surface des glaciers de petits cônes de gravier tout à fait semblables à de grandes taupinières, s'élevant à plusieurs mèt. de hauteur et recouvrant un cône de glace très-compacte. Ce phénomène s'explique aisément. Les cailloux isolés accélèrent la fonte au lieu de l'empêcher; le gravier, au contraire, protège la glace qu'il recouvre contre l'évaporation et la fonte ; les cônes ainsi formés par le gravier s'élèvent de plus en plus jusqu'à ce que les petites pierres qui les protègent glissent le long de leurs flancs de-
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