ROUTE 251] LE BERNINA
LE MORTERATSCH. 825
source dans le Septimer, descend réellement des glaciers du Val Féiloz, qui fait partie de la chaîne du Bernina. Une trentaine de lacs de toute grandeur se cachent çà et là au pied des pics et des glaciers du Bernina; le plus grand, le Lago Bianco, long de 1850 mèt., est voisin du col du Bernina. Enfin les glaciers du groupe du Bernina (les plus vastes sont ceux de Roseg et de Mortcratsch), mesurent ensemble 42 100 jucharts.
Les renseignements suivants, relatifs à l'ascension du Bernina, sont empruntés à M. J. Coaz (Rapport annuel de la Société d'histoire naturelle des Grisons, Coire, 1856).
Le 13 septembre, à 6 h. du matin, M. Coaz et ses compagnons quittèrent l'auberge du Bernina (H. 253), et, voyant que les rochers dominant le glacier de Mortcratsch étaient à peu près inaccessibles, ils résolurent d'atteindre le pic en remontant le glacier
Le Piz Morteratsch, d'après une photographie de M. Clusard.
lui-môme, dont le milieu était trèscrevassé. Après avoir passé près d'une grotte immense, creusée dans un mur de glace et éclairée à sa partie supérieure par une vaste ouverture, ils trouvèrent (3 h.) le glacier couvert de petits lacs formés par des torrents, qui en ressortaient pour continuer leur cours ou disparaître dans de crevasses; peu à peu l'ascension devint difficile, puis dangereuse; il fal-
lut remonter le principal torrent, qui se brise de cataractes en cataractes dans un chaos de débris, et, à chaque cascade, gravir avec des peines infinies une muraille de glace ou s'engager, pour l'éviter, dans de longs détours. Plus haut, les voyageurs auraient pu tenter, à l'O., l'escalade d'un contre-fort rocheux, mais ils préférèrent s'engager sur la mer de glace. La première crevasse qu'ils y
PONTRESINA BT SES ENVIRONS. [ROUTE 251]
rencontrèrent dépassait en grandeur et en beauté tout ce que M. Coaz avait vu jusqu'alors dans les glaciers. Ils descendirent (6 h.) dans cette crevasse grande comme une petite vallée, bordée de deux hautes parois semblables à des fortifications et semée de blocs et de pyramides, res plendissant de mille couleurs sous les rayons du soleil. La température était de 17 à 18 degrés. Après avoir évité de nouvelles crevasses, grandes ou petites , mais d'autant plus dangereuses qu'elles étaient cachées par une couche de neige durcie, M. Coaz et ses compagnons de route, attachés à une longue corde, atteignirent enfin une espèce de cirque, d'où ils reconnurent que le Beraina était inaccessible de ce côté; ils gravirent alors, à dr., un nouveau glacier en taillant des pas dans la glace. Us arrivèrent (9 h.) épuisés et atteints d'une envie de dormir presque insurmontable, sur un plateau de granit, où ilspri rent quelques aliments et où ils se reposèrent 15 min., puis ils commencèrent à gravir le pic proprement dit. L'ascension, d'abord facile, sauf l'obstacle d'un rocher de plus de 3 mèt., devint de minute en minute plus périlleuse. Enfin après avoir constaté , à leur grande surprise, des traces du passage de chamois, guides et touristes atteignirent (12 h.) le sommet du Piz Bernina, espèce de plateau à peine assez grand pour que chacun d eux pût s'y asseoir à peu près à son aise ; de là, leur regard embrassait tous les glaciers, toutes les montagnes des Grisons, mais on n'apercevait que deux villages, Samaden et Bevers. Au N., la vue était bornée par le RaHhikon et la chaîne du Tœdi, à PO. , par la chaîne des glaciers d'Adula, qui va du Septimer au Saint- Gothard, et que domine la pyramide rocheuse du Tarabohorn (3276 mèt.); à l'E., se dressait le groupe de l'Orteler (3911 m» t.) ; au S., d'épaisses nuées couvraient glaciers et montagnes.
M. Coaz éleva une petite pyramide
[avec des pierres, arrachées péniblement de leur prison de glaces, puis planta sur le sommet du Bernina le drapeau de la Confédération. Le retour, qui prit environ 8 h., par une direction en partie différente, fut favorisé par la lune, à laquelle les intrépides explorateurs durent leur salut.
A 2 h. du matin seulement ils atteignirent l'auberge du Bernina.
M. Edward Shirley Kennedy a décrit, dans PeakSy Passes and Glaciers, l'ascension qu'il a faite du Piz Bernina, au mois de juillet 1861. Ce touriste monta au chalet de Bowl, d'où l'on jouit d'une belle vue sur la partie inférieure du glacier de Morteratsch , sur le Mont-Pers, le Piz Cambrena, le Piz Palù, le Pi* Zupo et les rochers de la Crest* Aguiza. C'est de ce chalet qu'il repartit à minuit 10 min. pour se diriger vers l'arête rocheuse qui sépare le glacier de Morteratsch du glacier de Pers. De cette arête (2490 mèt.), que le guide Jenni appelait V acropole de lo liberté des chamois, et que bordent de char iue côté de profonds précipices, il jouit, au lever du soleil, du panorama splendide qu'offrent les Alpes, de rorteler Spitze au Finsteraarhorn et à la Jungfrau. Les explorateurs se trouvaient à 6 h. au pied du P'z Palû ; ils contournèrent une grande crevasse avant de mettre le pied (7 h. 20 m.) sur l'arête qui relie le Palû au Bernina. Arrivé à la base du cône terminal, dont les pentes forment un angle de 52 degrés, le guide Jenni, craignant que le poids des cinq voyageurs, guides ou touristes, ne déterminât une avalanche, n'en voulut menerqu'un seul avec lui. M. shirley Kennedy laissa à son ami, M. John Frédéric Hardy, l'honneur de tenter l'ascension périlleuse, qui fut couronnée de succès (midi).
Dans l'intervalle de ces deux M" plorations, M. Saratz, président de la haute Éngadine , chasseur et touriste éprouvé, fit aussi en 12 h.? Ie 2 octobre 1858, l'ascension du Bernina.