RÉDUCTION DES PIEDS ALLEMANDS EN CENTIMÈTRES FRANÇAIS
1 pied est égal à Mèt.
3° Distances.
Les distances sont calculées dans ce volume en milles et en heures. Le mille allemand varie selon les États : il vaut en
Bade, 8888 mèt. 900 cent.;
Bavière, 7425 mèt. 786 cent.;
Prusse, 7532 mèt. 485 cent.,
Wurtemberg, 7507 mèt.
1 V. la bibliographie : Nelkenbrecher's allgemeine Taschenbuch, etc.
RENSEIGNEMENTS ET CONSEILS AUX VOYAGEURS. xi Une poste allemande se compose de 2 milles. Les heures sont généralement calculées sur une moyenne de 5 kil. à l’heure. Un bon marcheur fait aisément l kil. en 10 minutes. soit 6 kil. à l’heure.
N. B. Sur les lignes de chemins de fer, les distances sont indiquées différemment que sur les routes de voitures et les chemins de piétons. La distance totale se trouve toujours additionnée en tête de chaque route , mais nous indiquons, sur les lignes de chemins de fer, la distance de chaque station au point de départ, et sur les routes de voitures et les chemins de piétons, la distance des localités entre elles.
D. Moyens de transport. Hôtels, Guides.
1° Chemins de fer (Eisenbahnen.)
L’AJlemagne est plus riche que la France en voies ferrées. Elle en possède déjà plus de 5000 milles ; 1000 milles sont en construction, 3000 décrétés. Il y a beaucoup à louer dans les chemins de fer allemands. Les voitures de seconde classe sont aussi confortables que les voitures de première classe en France et en Angleterre. Aussi les touristes les plus difficiles voyagent-ils généralement en seconde classe. En outre, les prix des places sont très-inférieurs à ceux des chemins de fer français; enfin tous les trains contiennent des voitures de deuxième classe et (à peu d’exceptions près) des voitures de troisième classe. On compte 4 voyageurs sur 100 pour la première classe, 26 pour la seconde, et 70 pour la troisième. Les voyageurs sont rarement parqués dans les gares, ouvertes à tout le monde. Mais les conducteurs ne nomment presque jamais à haute voix les stations où s’arrêtent les trains. Les étrangers doivent donc avoir le soin de s’informer de l’heure à laquelle ils doivent arriver à la station où ils se proposent de descendre.
Nous avons indiqué en tête de chaque route, si elle est une voie de fer, une route de voitures ou un chemin de piétons, et, dans les deux premiers cas, combien il y a par jour de convois ou de départs, quel est le prix des places, quelle est la durée du trajet, à combien de livres de bagages chaque voyageur a droit, etc. Mais ces renseignements sont trop variables pour qu’on puisse y ajouter
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une foi absolue. Du reste, les heures de départ ont été omises à dessein, pour ne pas exposer les voyageurs à des erreurs fâcheuses. A son entrée en Allemagne, tout etranger A devra donc acheter : soit le Hendschetl’s Telegraph, soit 1 ’Eisenbahn-Post und Dampschijf Cours-Buch (F. la bibliographie), deux petits livres bien supérieurs, comme disposition, ordre des matières et impression , au Bradschaw de l’Angleterre et à tous les Indicateurs français.
î° Bateaux à vapeur.
Des services de bateaux a vapeur sont établis maintenant sur le Rhin, le Neckar et la Moselle. On trouvera en tête de chaque route les renseignements nécessaires. Nous nous contenterons donc de rappeler ici que les compagnies du Rhin distribuent des billets valables pour un trajet plus ou moins long avec lesquels on peut s’arrêter à toutes les stations établies entre celle du départ et celle de l’arrivée. Il y a des restaurants à la carte et des tables d'hôte sur la plupart des bateaux à vapeur. A la différence des administrations de chemins de fer, les agences des bateaux à vapeur ne répondent pas des bagages des passagers. Ces bagages sont déposés pêle-mêle sur le pont. Pour éviter des erreurs ou des soustractions, on les confie à un employé spécial qui, moyennant une rétribution d’un gros ou de 2 à 3 kreuzers par article se charge de les placer dans l’entre-pont et de les garder. Cet employé appose sur chaque bagage un numéro dont un double est remis au voyageur, qui est tenu de le représenter pour obtenir la restitution des objets qu’il a déposés.
3° Diligences.
Nous avons appelé du nom commun de diligences, comme le HendscheVs Telegraph, les diverses voitures — DILIGENCES, MALLES-POSTES, ElLWAGEN, ScHNELLPOSTEN etc. ,
— qui servent dans les pays décrits ci-dessous au transport des voyageurs. Ces voitures, établies par les gouvernements et pour leur compte, partent du bureau de la poste où s’assurent les places, elles sont généralement lourdes, peu confortables, et traînées par des chevaux qui ne se dépêchent pas plus que leurs conducteurs, mais elles par-
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lent et elles arrivent presque toujours à l'heure fixée. En outre, h moins d’une affluence miraculeuse de voyageurs, elles se multiplient fort utilement selon les besoins du service. Il est donc rare, qu’on n’y trouve pas une place. Cette place — sauf certaines diligences où le coupé, se payant plus cher, peut être retenu spécialement — est désignée par un numéro. Vous présentez-vous le premier au bureau, vous avez droit au n" 1. Tant pis pour vous si vous préférez le n“ 7 par exemple qui, au lieu d'être dans l’intérieur, se trouve dans le cabriolet ou coupé de devant. Jamais un employé allemand ne consentira à vous inscrire au n” 7 sur une page de son registre dont les six premières lignes resteraient vides. En ce cas il faut vous adresser au conducteur qui, moyennant une gratification, vous appellera, à l'heure du départ, pour la place que vous aurez choisie.
N. B. On paye le prix de sa place entière en l’assurant, et l’employé donne un reçu. Les bagages doivent être remis une heure avant le départ. Chaque voyageur n’a droit qu’à un certain nombre de livres (en général 40). Dans certains pays on n’obtient de place que sur la présentation d’un passe-port en règle.
Les observations qui terminent le paragraphe consacré ci-dessus aux chemins de fer s’appliquent aussi aux diligences.
4° Exlrapostes.
Ce qu’on appelle la poste aux chevaux en France se nomme Extrapost en Allemagne, le mot de poste servant à désigner spécialement les services de voitures réguliers établis par les gouvernements et pour leur compte. Depuis l’établissement des chemins de fer on ne voyage pas plus souvent en Allemagne qu’en France avec des chaises de poste ; mais on y voyage encore dans certains pays avec des extrapostes, c’est-à-dire avec des voitures louées par les maîtres de poste et dont on change à chaque relais en même temps que de chevaux. Ces voitures sont en général en mauvais état, surtout de propreté, mais par un beau temps et dans un beau pays, quand on les prend découvertes, elles offrent une ressource assez commode aux voyageurs qui n'ont pas beaucoup de bagage.
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Les maîtres de poste ne mettent que 2 chevaux à une voiture contenant plus de trois personnes et plus d’une malle, mais ils font payer — c’est leur droit — 3 chevaux pour 3 personnes avec deux malles ou pour 4 personnes avec une malle, et 4 chevaux pour 4 personnes avec plusieurs malles.
Lorsqu’on veut voyager vite avec l’Extrapost, il faut prendre 12 ou 24 heures avant son départ un Iiaufzettel (billet de course). On paye alors en sus à peu près la moitié du prix fixé pour l’Extrapost, mais on a l’avantage de trouver des chevaux prêts h tous les relais. Seulement il faut voyager le jour et la nuit, car les chevaux n’attendent pas plus de 6 heures à chaque relais. Pour obtenir un Laufsettel il suffit de déclarer par écrit à un bureau de poste quel est le pays où l’on veut se rendre et l’heure à laquelle on se propose de partir.
»o Voituriers ( Lohnkutscher ).
On trouve encore dans presque toutes les villes d’Allemagne des 'Voiturins (Lohnkutscher) qui, pour 6 à 7 thalers ou 8 ou 10 florins par jour, pourboire non compris, font lentement avec une calèche à deux chevaux un certain nombre de milles entre le lever et le coucher du soleil. Le nombre de ces voitures a beaucoup diminué depuis l’établissement des bateaux à vapeur et des chemins de fer. Les prix varient selon les conventions particulières qui doivent être en général rédigées par écrit et signées, bien que les Lohnkutscher allemands soient plus honnêtes que les Vetturini italiens.
6° Bagages.
En ce qui touche le bagage, nous n’avons qu’une seule recommandation à faire aux voyageurs : En emporter le moins possible. Le bagage est une cause incessante d’ennuis, de fatigues et de dépenses. Sur la plupart des chemins de fer allemands, les voyageurs nont pas même une franchise de dix livres , mais on leur laisse la faculté de conserver près d’eux leur bagage, lorsqu’il est d’un faible volume et qu’il peut se placer facilement sous les banquettes, sans incommoder les autres voyageurs. — En usant de cette latitude, on a l’avantage d’éviter les pertes de temps occasionnées au départ et à l’arrivée par l’enro-
svt
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gistrement et la reconnaissance des bagages. En outre, on est plus sûr de trouver à l’arrivée une place dans les omnibus ou voitures, dont le nombre n’est pas toujours proportionné à l'affluence des voyageurs. Enfin, si l’on peut porter son bagage du chemin de fer à la voiture ou du bateau à vapeur à l’hôtel, on fait chaque jour une assez forte économie en pourboires
Savoir voyager, c’est avant tout savoir se contenter d’un sac ou d’une petite valise que l’on porte soi-même à la main et qui ne contient que les objets les plus indispensables. On trouve partout des blanchisseuses, des tailleurs, des chapeliers, des lingères. Mieux vaut cent fois s’exposer à la nécessité d’acheter soit une chemise, soit un pantalon, soit un chapeau, que de traîner après soi, à grand’peine et à grands frais, toute une garde-robe, la plupart du temps inutile. Je le répète, pen de bagages ; un jour viendra, je l’espère, où l’on dira : pas de bagages»
7° Chevaux, mulets, ânes.
On trouve des chevaux, des mulets ou des ânes dans la plupart des bains de l’Allemagne et dans les contrées montagneuses où l’emploi de ces animaux peut être nécessaire. En général, les prix de location sont fixés par un tarif. Partout où il n’existe pas de tarif, on devra avoir le soin de débattre et d’arrêter d’avance les conditions du marché.
8» Hdteli.
MM. les aubergistes de l’Allemagne, surtout ceux des bords du Rhin, méritent maintenant les mêmes reproches que ceux de la Suisse; plus le nombre des voyageurs augmente, plus ils élèvent leurs prix, plus ils diminuent leurs frais. Leurs prétentions deviennent exorbitantes. De leur proprç aveu , ils s’assemblent chaque année dans une grande ville pour délibérer entre eux sur les divers moyens, proposés par les plus inventifs, à l’effet d’imposer une note plus élevée aux voyageurs futurs, tout en abaissant dans une égale proportion leur budget de dépenses. La bougie, cette invention toute moderne — elle a presque la même date que la vapeur — la bougie a été successivement portée dans certains hôtels, de 50 c. prix de début, à 1 fr. 25 c. ; le lit , de 1 fr. 50 c. à 2 fr. 50 c. Le ser-
RENSEIGNEMENTS ET CONSEILS AUX VOYAGEURS, xvn vice, de volontaire , est devenu forcé. Au vin autrefois potable du dîner, augmenté de 1 fr. environ, s’est substitué peu à peu, soit un carafon d'eau saumâtre, soit une boisson si abominablement mauvaise, qu’à moins de s’exposer à mourir de soif, il faut nécessairement acheter, 3 fr. ou plus, une petite bouteille bien effilée qui passe à tort pour contenir du médoc. — N. B. Tous les vins de France que l’on boit en Allemagne sont du médoc. — Si les serviettes des lits sont restées à peu près ce qu’elles étaient autrefois, — serait-il possible d’en rogner le plus petit morceau?— celles de la toilette se sont réduites d’abord de deux à une , en quelques hôtels de une entière à une moitié. S’ouvrent encore cinq ou six chemins de fer nouveaux qui doublent ou triplent le nombre des voyageurs, .MM. les aubergistes suisses et allemands feront payer 50c. pour l’eau nécessaire aux soins de propreté les plus vulgaires, et 50 c., peut-être 1 fr., pour cette demi-serviette qu’ils ont encore la générosité de vous donner gratuitement dans une chambre payée par nuit 4fr. 50 c. {2 fr. ou 2 fr. 50 c. la chambre, 1 fr. la bougie, 1 fr. le service).
Ces exigences croissantes s’expliquent tout naturellement. Soit par amour-propre , soit par faiblesse de caractère, soit par insouciance, MM. les voyageurs ont la bonté de s’y soumettre; rarement une plainte trahit leur mécontentement trop légitime ; on les exploite donc, et c'est vraiment justice, sans réserve et sans pitié. Qu’arriverat-il cependant? C’est que presque partout, en Allemagne comme en Suisse, s’élèveront, à côté des hôtels de première classe, où la vie devient de moins en moins confortable et de plus en plus chère, des hôtels de deuxième classe mieux tenus et raisonnables dans leurs demandes.
Rien de plus curieux à étudier que la figure d’un aubergiste allemand le jour de l’arrivée ou celui du départ. Quand il appelle à grands coups de sonnette ses nombreux serviteurs pour vous faire escorter dans votre appartement, il vous salue jusqu'à terre, il est rempli des plus délicates attentions pour votre femme ou pour vos enfants; il ne veut même pas vous laisser porter votre itinéraire ou votre canne; sa figure est toute radieuse du bonheur qu’il éprouve à vous donner l'hospitalité ; vous voyez sourire jusqu’à ses oreilles. Mais comme il vous parait changé si vous pouvez parvenir jusqu'à lui à l’heure
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où vous devez lui demander votre note. Quel air sombre, pressé, préoccupé, souffrant! Il a tant d’ouvrage qu’il ne peut môme pas ouvrir les yeux. Pourquoi tant de rides menaçantes ont-elles remplacé en quelques instants tant de sourires fascinateurs ! Si aimable hier et si morne aujourd’hui ! Qu’il soit accablé de chagrins ou , ce qui est plus probable, bourrelé de remordg, vous n’oseriez jamais adresser la plus insignifiante demande de réduction à un hôte aussi malheureux, aussi farouche, aussi occupé. Vous constateriez même une grosse erreur d’addition, que vous hésiteriez à la faire rectifier. Allez en paix, honnêtes et candides touristes, la farce est jouée. Si vous reveniez une heure après, vous seriez accueilli comme la veille, comme l’est ce voyageur qui entre au moment même où vous sortez.
Règle générale. Un Allemand, paye toujours un tiers de moins qu’un Français dans un hiitel allemand.
Les hôtels allemands — je ne parle ni de ceux des bords du Rhin ni de ceux des grandes villes, où l’on est généralement bien traité si l’on paye des prix trop élevés, — les hôtels allemands ont deux grands inconvénients : la table et le lit. La table y est presque partout mauvaise, insuffisante. Voici, pour ne citer qu’un exemple, le menu d’un dîner de table d’hôte servi le dimanche l,r août 1854 dans le meilleur hôtel de Nuremberg : potage inconnu et sans nom, bœuf bouilli entouré de légumes, choux-fleurs et carottes, mêlés de telle sorte que des porcs un peu difficiles les auraient peut-être dédaignés, écrevisses, oie, compote, salade, pâte chaude, qualifiée du nom de gâteau, fromage, pruneaux. Mais enfin, si mauvais qu’il soit, le dîner est un dîner. Malheureusement on ne saurait en dire autant du lit. Le lit n’existe pas en Allemagne, car on ne peut pas donner ce nom à une espèce de petite boite de bois, trop étroite pour un homme un peu gros, trop courte pour un homme un peu grand, dont les oreillers, beaucoup trop nombreux, forment un angle droit avec le matelas, et dont les prétendus draps ne sont que des serviettes de moyenne grandeur. Au premier mouvement que vous vous permettez de faire dans cette horrible boite, les deux serviettes entre lesquelles vous vous étiez introduit faute de mieux disparaissent comme par enchantement, et vous avez, en outre de toutes vos pe-
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tites jouissances précédentes, la satisfaction de passer le reste de la nuit sur un matelas, fort peu propre d’ailleurs, et dont les crins aigus vous écorchent tout le corps.
Dans presque tous les hôtels de l’Allemagne , on déjeune généralement avec du thé ou du café (ce dernier est fort mauvais). On dîne à 1 h., et le soir on soupe à la carte. Cependant, dans les bains et dans les grandes villes, il y a aussi des dîners de table d’hôte à 4 h. ou à 5 h.
9° Guides et porteurs.
Mêmes observations que pour les chevaux, les mulets et les ânes.
40° Pourboire.
La boutade suivante, empruntée à M. Victor Hugo, n’est malheureusement que trop vraie.
« Le plaisir de voir toutes ces choses belles ou curieuses, musées, églises, hôtels de ville, est tempéré, il faut le dire, par la grande importunité du pourboire. Sur les bords du Rhin, comme d’ailleurs dans toutes les contrées visitées, le pourboire est un moustique fort importun, lequel revient à chaque instant et à tout propos piquer, non votre peau, mais votre bourse. Or la bourse du voyageur, cette bourse précieuse, contient tout pour lui, puisque la sainte hospitalité n’est plus là pour le recevoir au seuil des maisons avec son doux sourire et sa cordialité auguste. Voici à quel degré de puissance les intelligents naturels de ce pays ont élevé le pourboire. J'expose les faits, je n’exagère rien : Vous entrez dans un lieu quelconque ; à la porte de la ville, un estafier s’informe de l’hôtel où vous comptez descendre, vous demande votre passeport, le prend et le garde. La voiture s'arrête dans la cour de la poste ; le conducteur, qui ne vous a pas adressé un regard pendant toute la route, se présente, vous ouvre la portière, vous offre la main d’un air béat. Pourboire. Un moment après, le postillon arrive à son tour, attendu que cela lui est défendu par les règlements de police, et vous adresse une harangue charabia qui veut dire: Pourboire. On débâche ; un grand drôle prend sur la voiture et dépose à terre votre valise et votre sac de nuit. Pourboire. Un autre drôle met le bagage sur une brouette, vous demande à quel hôtel vous allez et se met à courir
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devant vous, poussant sa brouette. Arrivé à l’hôtel, l'hôte surgit et entame avec vous ce petit dialogue, qu’on devrait écrire danstoutes les languessur la porte de toutes les auberges : — Bonjour, monsieur. — Monsieur, je voudrais une chambre. — C’est fort bien, monsieur. (A la cantonnade) Conduisez monsieur au N* 4 ! — Monsieur, je voudrais dîner. — Tout de suite, monsieur, etc., etc. Vous montez au N* 4, votre bagage y est déjà. Un homme apparaît, c’est celui qui l'a brouetté à l’hôtel. Pourboire. Un second arrive ; que veut-il ? c’est lui qui a apporté vos effets dans la chambre. Vous lui dites : C’est bon, je vous donnerai en partant comme aux autres domestiques. — Monsieur, répond l’homme, je n’appartiens pas à l'hôtel. Pourboire. Vous sortez. Une église se présente, une belle église. Il faut y entrer. Vous tournez alentour, vous cherchez. Les portes sont fermées. Jésus a dit : Compelle intrare; les prêtres devraient tenir les portes ouvertes, mais les bedeaux les ferment pour gagner trente sous. Cependant une vieille femme a vu votre embarras ; elle vient à vous et vous désigne une sonnette à côté d’un petit guichet. Vous comprenez , vous sonnez , le guichet s'ouvre, le bedeau se montre ; vous demandez à voir l’église, le bedeau prend un trousseau de clefs et se dirige vers le portail. Au moment où vous allez entrer dans l’église, vous vous sentez tirer par la manche: c'est l'obligeante vieille que vous avez oubliée, ingrat, et qui vous a suivi. Pourboire. Vous voilà dans l’église ; vous contemplez , vous admirez, vous vous récriez : — Pourquoi ce rideau vert sur ce tableau? — Parce que c’est le plus beau de l’église, dit le bedeau. — Bon, reprenez-vous ; ici on cache les beaux tableaux; ailleurs on les montrerait. De qui est ce tableau ? — De Rubens. — Je voudrais le voir. — Le bedeau vous quitte et revient quelques minutes après avec un individu fort grave et fort triste : c’est le custode. Ce brave homme presse un ressort, le rideau s'ouvre, vous voyez le tableau. Le tableau vu, le rideau se referme et le custode vous fait un salut significatif. Pourboire. En continuant votre promenade dans l’église, toujours remorqué par le bedeau, vous arrivez à la grille du chœur, qui est parfaitement verrouillée et devant laquelle se tient debout un magnifique personnage splendidement harnaché : c’est le suisse, qui a été prévenu de votre passage et qui vous
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attend. Le chœur est au suisse. Vous en faites le tour. Au moment où vous en sortez, votre cicerone empanaché et galonné vous salue majestueusement. Pourboire. Le suisse vous rend au bedeau. Vous passez devant lasacristie. O miracle ! elle est ouverte. Vous y entrez. Il y a un sacristain. Le bedeau s’éloigne avec dignité, car il convient de laisser au sacristain sa proie. Le sacristain s’empare de vous, vous montre les ciboires, les chasubles, les vitraux, que vous verriez fort bien sans lui, les mitres de l’évêque, etc. La sacristie est vue, reste le sacristain. Pourboire. Le bedeau vous reprend. Voici l’escalier des tours. La vue du haut du grand clocher doit être belle, voulezvous y monter? Le bedeau poussesi lencieusement la porte; vous escaladez une trentaine de marches. Puis le passage vous est barré brusquement. C’est une porte fermée. Vous vous retournez, vous êtes seul. Le bedeau n’est plus là. Vous frappez, une face apparaît à un judas : c’est le sonneur. Il ouvre et il vous dit : Montez , monsieur. Pourboire. Vous montez, le sonneur ne vous suit plus; tant mieux, pensez-vous , vous respirez , vous jouissez d’être seul, vous parvenez ainsi gaiement à la haute plateforme de la tour. Là vous regardez , vous allez et venez ; le ciel est bleu, le paysage est superbe, l’horizon est immense. Tout à coup vous vous apercevez que depuis quelques instants un être importun vous suit, vous coudoie et vous bourdonne aux oreilles des choses obscures. Ceci est l’explicateur juré et privilégié, chargé de commenter aux étrangers les magnificences du clocher, de l’église et du paysage. Cet homme-là est d’ordinaire un bègue. Quelquefois il est bègue et sourd. Vous ne l’écoutez pas, vous le laissez baragouiner tout à son aise, et vous l’oubliez en contemplant l’énorme croupe de l’église, d’où les arcsboutants sortent comme des côtes disséquées , les mille détails de la flèche de pierre, les toits, les rues, les pignons, les routes qui s’enfuient dans tous les sens comme les rayons d'une roue dont l’horizon est la jante et dont la ville est le moyeu, la plaine, les arbres , les rivières , les collines. Quand vous avez bien tout vu, vous songez à redescendre, vous vous dirigez vers la tourelle de l’escalier. L’homme se dresse devant vous. Pourboire. — C’est fort bien, monsieur, vous dit-il en empochant; maintenant voulez -vous me donner pour moi? — Comment! et
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ce que je viens de vous donner? — C’est pour la fabrique, monsieur, à laquelle je redois deux francs par personne ; mais, à présent, monsieur comprend bien qu’il me faut quelque petite chose pour moi. Pourboire. Vous redescendez. Tout à coup une trappe s’ouvre à côté de vous : c’est la cage des cloches. Il faut bien voir les cloches de ce beau clocher. Un jeune gaillard vous les montre et vous les nomme. Pourboire. Au bas du clocher vous retrouvez le bedeau qui vous a attendu patiemment et qui vous reconduit avec respect jusqu’au seuil de l’église. Pourboire. Vous rentrez à votre hôtel et vous vous gardez bien de demander votre chemin à quelque passant, car le pourboire saisirait cette occasion. A peine avez-vous mis le pied dans l’auberge, que vous voyez venir à vous, d’un air amical, une figure qui vous est tout à fait inconnue. C'est l’estafier qui rapporte votre passe-port. Pourboire. Vous dînez, l’heure du départ arrive, le domestique vous apporte la carte à payer. Pourboire. Un garçon d’écurie porte votre bagage à la diligence ou à la schnell-poste. Pourboire. Vous montez en voiture , on part , la nuit tombe ; vous recommencerez demain.
« Récapitulons. Pourboire au conducteur, pourboire au postillon, pourboire au débâcheur, pourboire au brouetteur, pourboire à l’homme qui n’est pas de l’hôtel, pourboire à la vieille femme, pourboire à Rubens, pourboire au suisse, pourboire au sacristain, pourboire au sonneur, pourboire au baragouineur, pourboire à la fabrique, pourboire au sous-sonneur, pourboire au bedeau, pourboire à l’estafier, pourboire aux domestiques, pourboire au garçon d’écurie, pourboire au facteur ; voilà dix-huit pourboires dans une journée. Otez l’église, qui est fort chère, il en reste neuf. Maintenant calculez tous ces pourboires d’après un minimum de cinquante centimes et un maximum de deux francs qui est quelquefois obligatoire, et vous aurez une somme assez inquiétante. N’oubliez pas que tout pourboire doit être une pièce d’argent. Les sous et la monnaie de cuivre sont copeaux et balayures, que le dernier goujat regarde avec un inexprimable dédain.
«Pour ces peuples ingénieux , le voyageur n’est qu’un sac d’écus qu’il s’agit de désenfler le plus vite possible. Chacun s’y acharne de son côté , le gouvernement luimême s’en mêle quelquefois, il vous prend votre malle et
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